ARCHIVÉ : Chapitre 3 : Les jeunes au Canada : leur santé et leur bien-être – Le foyer

 

Les jeunes

L’adolescence est une période durant laquelle la connexité familiale – les liens étroits qui unissent la famille – diminue (Resnick, 2000), tandis que les camarades prennent de plus en plus d’importance (Collins et Russel, 1991; Larson et Richards, 1991; Fulgini, Eccles, Barber et Clements, 2001). Cependant, le soutien des parents demeure essentiel au développement positif des adolescents (Nada-Raja, McGee et Stanton, 1992), notamment pour les protéger contre les comportements antisociaux et la délinquance (Hawkins, Catalano et Miller, 1992; Nada-Raja et coll., 1992; Dornbusch, Erickson, Laird et Wong, 2001). Ce soutien s’exprime par des rapports chaleureux et protecteurs, par l’établissement d’un lien d’attachement positif et par une surveillance parentale des activités des adolescents (Dekovic, 1999).

Dans le présent chapitre, nous examinons les relations des élèves de la 6e à la 10e année avec leurs parents. Pour ce faire, nous avons demandé aux adolescents dans quelle mesure ilétait facile pour eux de communiquer avec leurs parents, dans quelle mesure ils considéraient que leurs parents les comprenaient et leur faisaient confiance et s’il y avait des conflits entre eux et leurs parents.

La structure familiale

Il convient de signaler que la structure des familles canadiennes a changé et que les élèves interrogés ne vivaient pas tous dans une famille nucléaire unique. Selon l’enquête HBSC, 73 p. 100 d’entre eux vivaient avec leurs deux parents, 11 p. 100 dans des familles reconstituées, 12 p. 100 avec leur mère seulement et 2 p. 100 avec leur père seulement. Un autre 2 p. 100 des élèves vivaient dans des conditions autres que celles mentionnées.

Figure 3.1 Structure familiale (%)

Structure familiale

La communication avec les parents

La communication efficace est la clé des bonnes relations parents-enfants (Jackson, Bijstra, Oostra et Bosma, 1998). Tant chez les garçons que chez les filles de l’échantillon HBSC, le nombre d’élèves qui disaient pouvoir se confier facilement à leur mère était supérieur à celui des élèves qui pouvaient se confier à leur père (figures 3.2 et 3.3). La proportion des élèves qui trouvent facile de parler à l’un et l’autre de leurs parents diminue toutefois progressivement dans les classes des niveaux supérieurs. Globalement, les filles sont moins à l’aise de parler à leur père tout au long de l’adolescence. Ainsi, seulement le tiers des filles de 10e année trouvent qu’il est facile de parler à leur père des choses qui les tracassent, alors que plus de la moitié des garçons disent pouvoir le faire. Ces constatations correspondent à celles d’autres études publiées qui montrent que les mères ont plus de facilité que les pères à parler à leurs enfants et à discuter avec eux de questions à forte charge émotive (Leaper, Anderson et Sanders, 1998; Fivush, Brotman, Buckner et Goodman, 2000).

Figure 3.2 Élèves qui trouvent qu’il est facile de parler à leur père (%)

Élèves qui trouvent qu’il est facile de parler à leur père (%)

 

Figure 3.3 Élèves qui trouvent qu’il est facile de parlerà leur mère (%)

Élèves qui trouvent qu’il est facile de parler à leur mère (%)

La vie de famille et les relations avec les parents

Les résultats de l’enquête HBSC indiquent clairement que la plupart des élèves interrogés considèrent vivre dans un foyer heureux (figure 3.4). Cependant, les élèves des classes des niveaux supérieurs sont moins nombreux à être de cet avis, cette courbe décroissante étant plus marquée chez les filles. Ainsi, 15 p. 100 de moins de filles de 10e année que de 6e année ont dit être heureuses au foyer, alors que l’écart correspondant n’est que de 11 p. 100 chez les garçons. La nécessité pour les adolescents et adolescentes plus âgés d’acquérir une plus grande autonomie et indépendance a tendance à créer des tensions dans les relations avec les parents, ce qui peut les inciter à exprimer certaines réserves concernant le plaisir qu’ils ont à vivre dans leur foyer (Bergman et Scott, 2001).

Figure 3.4 Élèves qui pensent qu’il fait bon vivre dans un foyer heureux (%)

Élèves qui pensent qu’il fait bon vivre dans un foyer heureux (%)

Il existe une différence manifeste entre les garçons et les filles interrogés en ce qui concerne les relations avec les parents. Globalement, les garçons ont indiqué dans une plus forte proportion que leurs parents les comprenaient, et ce, de la 6e à la 10e année (figure 3.5). Par ailleurs, la majorité des élèves des cinq niveaux estimaient que leurs parents leur font confiance (figure 3.6). Il est à noter qu’on observe des écarts à cet égard entre garçons et filles en 8e année. Les filles de la 8e à la 10e année ont été plus nombreuses à dire qu’elles se chicanaient souvent avec leurs parents (figure 3.7) et qu’il y a des jours où elles voudraient partir de la maison (figure 3.8).


Figure 3.5 Élèves qui disent avoir des parents qui les comprennent (%)

Élèves qui disent avoir des parents qui les comprennent (%)

 

Figure 3.6 Élèves qui disent avoir des parents qui leur font confiance (%)

Élèves qui disent avoir des parents qui leur font confiance (%)

 

Figure 3.7 Élèves qui se chicanent souvent avec leurs parents (%)

Élèves qui se chicanent souvent avec leurs parents (%)

Figure 3.8 Élèves auxquels il arrive parfois de vouloir partir de la maison (%)

Élèves auxquels il arrive parfois de vouloir partir de la maison (%)

Les jeunes

Les conflits avec les parents font apparemment partie intégrante du développement normal des jeunes au début de l’adolescence (Baer, 1999). Ces conflits ont le plus souvent pour objet les amis, l’argent, la télévision, l’utilisation du téléphone, les sorties, le temps consacré aux devoirs, les tâches ménagères et les bagarres entre frères et soeurs (Barber et Delfabbro, 2000). Les différences entre les sexes sur le plan des relations avec les parents constatées dans l’étude HBSC pourraient être une indication que la transition vers l’adolescence ne se passe pas de la même manière pour les garçons et pour les filles pour ce qui concerne les sorties en couple, l’heure du couvre-feu et le choix des camarades. Ainsi, il est ressorti de la récente Étude sur la jeunesse, la santé sexuelle et le VIH/sida au Canada, que les deux parents étaient plus favorables aux sorties en couple de leurs fils que de leurs filles (Boyce, Doherty, MacKinnon et Fortin, 2003). La majorité des élèves accordent de l’importance à ce que leurs parents pensent d’eux et cherchent leur approbation. Les élèves de 6e année étaient plus préoccupés que tous les autres de l’opinion de leurs parents à leur endroit. La proportion des élèves qui disent attacher beaucoup d’importance à ce que leurs parents pensent d’eux diminue de près de 10 p. 100 en 8e année, puis se stabilise par la suite (figure 3.9).

Figure 3.9 Élèves qui disent accorder beaucoup d’importance à ce que leurs parents pensent d’eux (%)

Élèves qui disent accorder beaucoup d’importance à ce que leurs parents pensent d’eux (%)

Les élèves qui ne répondent pas aux attentes de leurs parents peuvent avoir des relations particulièrement difficiles avec ces derniers pour cette raison (Noack et Puschner, 1999). Plus de garçons que de filles considéraient que leurs parents étaient, d’une manière générale, trop exigeants envers eux (figure 3.10), plus particulièrement en ce qui concerne l’école (figure 3.11), surtout entre la 8e et la 10e année. Près du tiers de tous les élèves interrogés ont indiqué que leurs parents étaient trop exigeants à l’égard de leurs résultats scolaires. Des recherches portant sur les jeunes Canadiens révèlent que, parce qu’elles mûrissent plus vite que les garçons, les filles sont généralement plus réceptives à l’influence sociale et, par conséquent, ont tendance à mieux accepter que leurs parents interviennent dans leurs activités scolaires (Deslandes et Cloutier, 2002).


Figure 3.10 Élèves qui pensent que leurs parents sont trop exigeants envers eux (%)

Élèves qui pensent que leurs parents sont trop exigeants envers eux (%)

 

Figure 3.11 Élèves qui pensent que leurs parents sont trop exigeants à l’égard de leurs résultats scolaires (%)

Élèves qui pensent que leurs parents sont trop exigeants à l’égard de leurs résultats scolaires (%)

Barber (1997) pense qu’il faut trouver un juste équilibre entre une attitude parentale trop axée sur le contrôle et les interdictions, qui ne laisse à l’enfant que très peu de possibilité de décider lui-même de certaines choses, et une attitude relâchée, sans aucun contrôle de la part des parents. Des attentes élevées qui sont considérées comme un contrôle parental rigoureux aident les élèves à être motivés et à réussir, si elles s’accompagnent du soutien affectif et des encouragements nécessaires (Noack et Puschner, 1999).

L’échelle des relations avec les parents

On a établi une échelle des relations avec les parents à partir d’un certain nombre de questions de l’enquête. Les corrélations entre cette échelle et certaines variables de l’enquête HBSC indiquent la mesure dans laquelle les relations des élèves avec leurs parents sont liées à d’autres aspects de la vie des élèves (tableau 3.1). Ainsi, les élèves de 10e année qui avaient de meilleures relations avec leurs parents étaient plus susceptibles d’être satisfaits de leur vie. Les élèves qui avaient de meilleures relations avec leurs parents étaient en revanche moins susceptibles de fumer, de boire de l’alcool, de consommer de la marijuana et d’avoir des amis qui ont des comportements à risque. Ces mêmes élèves étaient aussi un peu moins susceptibles d’avoir des relations sexuelles.


Tableau 3.1 Facteurs associés à l’échelle des relations (positives) avec les parents pour les élèves de 10e année
Comportements des jeunes et satisfaction à l’égard de leur vie Coefficient de corrélation*
Sont satisfaits de leur vie 0,50
Leurs amis n’ont pas de comportements à risque 0,44
Ne fument pas 0,28
Ne boivent pas de bière 0,25
Ne boivent pas de spiritueux 0,29
S’enivrent moins souvent 0,29
N’ont pas consommé de marijuana au cours des 12 derniers mois 0,30
N’ont pas eu de rapports sexuels 0,23
* Coefficient de corrélation : faible (inférieur ou égal à 0,20); modéré (entre 0,21 et 0,39); fort (égal ou supérieur à 0,40).

L’échelle d’aisance des parents et les relations avec les parents

On a étudié le lien entre l’échelle d’aisance des parents (une mesure du statut socioéconomique dont on a parlé au chapitre 2 traitant des inégalités socio-économiques) et l’échelle des relations avec les parents (figures 3.12 et 3.13). La moitié des élèves, garçons et filles, au bas de l’échelle d’aisance des parents (EAP) avaient de mauvaises relations avec leurs parents par rapport au tiers des élèves au haut de la même échelle. Plus d’élèves au haut de l’EAP ont indiqué qu’ils avaient de bonnes relations avec leurs parents.

Figure 3.12 : Relations avec les parents, selon l’échelle d’aisance des parents, pour les garçons (%)

Relations avec les parents, selon l’échelle d’aisance des parents, pour les garçons (%)

Figure 3.13 : Relations avec les parents, selon l’échelle d’aisance des parents, pour les filles (%)

Relations avec les parents, selon l’échelle d’aisance des parents, pour les filles (%)

Les élèves qui se situent au bas de l’échelle d’aisance des parents (EAP) ont été moins nombreux que ceux qui se situent au haut de l’EAP à dire que leurs parents étaient prêts à les aider lorsqu’ils avaient un problème à l’école (figure 3.14). Fait intéressant, 70 p. 100 des filles au bas de l’EAP ont indiqué qu’elles pouvaient compter sur l’aide de leurs parents si elles avaient des problèmes à l’école par rapport à seulement 59 p. 100 des garçons se situant dans la même partie de l’échelle.

Figure 3.14 Parents qui sont prêts à aider leurs enfants lorsqu’ils ont des problèmes à l’école, selon l’échelle d’aisance des parents (%)

Les élèves qui se situent au bas de l’échelle d’aisance des parents (EAP) ont été moins nombreux que ceux qui se situent au haut de l’EAP à dire que leurs parents étaient prêts à les aider lorsqu’ils avaient un problème à l’école (figure 3.14). Fait intéressant, 70 p. 100 des filles au bas de l’EAP ont indiqué qu’elles pouvaient compter sur l’aide de leurs parents si elles avaient des problèmes à l’école par rapport à seulement 59 p. 100 des garçons se situant dans la même partie de l’échelle.

Figure 3.15 Élèves qui ont indiqué avoir une vie familiale heureuse, selon l’échelle d’aisance des parents (%)

Il semble aussi y avoir un lien entre le fait de vivre dans une famille aisée et celui d’avoir une vie familiale heureuse (figure 3.15). Un peu plus de la moitié des élèves au bas de l’EAP ont en effet indiqué qu’ils avaient une vie familiale heureuse par rapport à plus de 80 p. 100 de ceux qui se situent au milieu supérieur et au haut de cette même échelle.

Principales constatations

  • Les élèves plus âgés, surtout parmi les filles, trouvent plus difficile de parler à leur père.
  • Les filles plus âgées sont moins nombreuses à penser que leurs parents les comprennent et leur font confiance ainsi qu’à être satisfaites de leur vie à la maison.
  • Les filles plus âgées sont plus nombreuses à se chicaner avec leurs parents ainsi qu’à vouloir parfois partir de la maison.
  • Il n’y a pas de différence entre les élèves, de tous âges et garçons et filles, concernant l’importance accordée à l’approbation des parents à leur endroit.
  • Plus de garçons que de filles pensent que leurs parents sont trop exigeants envers eux.
  • Il existe un lien entre le fait d’avoir de bonnes relations avec ses parents et celui d’être plus satisfait de sa vie.
  • Il existe un lien entre le fait d’avoir de mauvaises relations avec ses parents et celui d’avoir des comportements à risque.
  • Le degré d’aisance de la famille influe sur les relations parents-enfants, l’appui des parents à l’école et la satisfaction des élèves quant à leur vie de famille.
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