Évaluation rapide du risque : le risque associé au virus Zika pour les Canadiens (première mise à jour)

L’évaluation du risque est régulièrement examinée et mise à jour au besoin.

Dernière révision : Le 22 juillet 2016
Dernière mise à jour : Le 22 juillet 2016

Quoi de neuf?

  • Il n’y a pas de mises à jour importantes dans cette version.
  • Plusieurs cas isolés de transmission inhabituelle ont déjà été consignés : transmission asymptomatique (d’homme à femme, probablement), transmission probable de femme à homme et transmission interhumaine sans contact sexuel. On juge qu’il s’agit dans tous ces cas de modes de transmission extrêmement rares exigeant que des conditions particulières soient réunies, mais ces événements montrent qu’ils sont possibles.

Résumé

  • Une épidémie du virus Zika (ZIKV), transmis par les moustiques, se propage dans de nombreuses régions des Amériques et dans plusieurs autres zones tropicales et subtropicales. Le virus ne cause aucune maladie ou seulement une maladie bénigne chez la plupart des adultes. Cependant, il peut aussi causer des maladies plus graves, comme des anomalies congénitales chez le fœtus et le syndrome de Guillain-Barré (SGB) chez les personnes infectées.
  • Le risque d’établissement du ZIKV au Canada est considéré comme négligeable parce que les espèces de moustiques associées à sa transmission ne sont pas présentes ici (Probabilité très faible, niveau de confiance élevé).
  • Plus de cent soixante infections par le ZIKV liées aux voyages ont été signalées chez des voyageurs canadiens (sur les millions de voyageurs qui visitent les régions touchées et plusieurs milliers d’échantillons analysés). Individuellement, on estime que le fait de voyager dans une région touchée est associé à un risque modéré d’infection par le ZIKV (probabilité modérée, niveau de confiance élevé).
  • Des cas de transmission sexuelle du virus, en général, de voyageurs masculins asymptomatiques à un partenaire sexuel (femme ou homme) n’ayant pas voyagé, ont été signalés. Comme relativement peu de voyageurs seront infectés par le ZIKV, la probabilité d’une transmission par cette voie est faible (niveau de confiance modéré). Il reste que, si un homme est infecté par le ZIKV et est symptomatique, la probabilité de transmission à son partenaire sexuel est vue comme modérée (faible niveau de confiance).
  • Chez la plupart des voyageurs infectés, le ZIKV n’aura que peu ou pas d’effets sur la santé (faibles répercussions, niveau de confiance modéré). Cependant, des répercussions graves (p. ex., SGB) pourraient survenir chez certaines personnes infectées (répercussions élevées, niveau de confiance élevé).
  • D’après des éléments probants récents, nous estimons qu’il pourrait y avoir des répercussions très élevées (niveau de confiance élevé) chez les enfants à naître des femmes qui contractent l’infection pendant leur grossesse.
  • Des Recommandations canadiennes pour la prévention et le traitement du virus Zika ont été préparées par le Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages.

  1. Date de l'évaluation
    Le 28 janvier 2016
  2. Date de la dernière mise à jour
    Le 22 juillet 2016
  3. Détermination du risque
    Risque de santé individuelle et publique pour les Canadiens associé à l’éclosion du ZIKV en 2015-2016 dans les Amériques.
  4. Évaluation préparée par
    Agence de la santé publique du Canada en consultation avec le ministère de la Défense nationale, Protection de la santé des Forces.
  5. Principales sources d’information
    Voir la liste des références
  6. Révision et mise à jour
    L’évaluation sera révisée au besoin, avec l’examen soutenu des nouvelles données épidémiologiques et scientifiques. Les facteurs nécessitant une révision comprennent un changement important des données épidémiologiques, de nouvelles données scientifiques ou l’augmentation du taux de cas graves.

Renseignements sur le document

Dans cette évaluation rapide du risque, nous évaluons le risque, pour les Canadiens, que pose l’épidémie au virus Zika (ZIKV) actuellement en cours dans les Amériques. Nous examinons séparément la probabilité d’infection au ZIKV et les répercussions de l’infection, le cas échéant. Nous évaluons la probabilité d’infection : (i) des Canadiens qui restent au Canada (en évaluant la probabilité de transmission locale du virus par un moustique au Canada ou de transmission sexuelle); et (ii) des Canadiens qui voyagent dans des pays actuellement touchés par le ZIKV. Nous évaluons ensuite les répercussions de l’infection par le ZIKV. Les termes « probabilité », « répercussions » et « confiance » sont utilisés de façon générale et définis à l'annexe 1.

Ces estimations peuvent changer à mesure que nous obtenons de plus amples renseignements et ce document sera mis à jour en conséquence.

Renseignements généraux sur la maladie

Agent infectieux

La maladie à virus Zika est une maladie flavivirale transmise par piqûre de moustique et causée par le virus Zika (ZIKV). Elle est liée à d’autres virus du type Flaviviridae, notamment l’encéphalite japonaise, le virus du Nil occidental, la fièvre jaune, l’encéphalite de Saint-Louis et le virus de la dengue.

Modes de transmission

Le cycle naturel du ZIKV comprend les moustiques vecteurs et les hôtes vertébrés, probablement des primates d’AfriqueReference 1 Reference 2 Reference 3. Il existe peu de documentation sur les réservoirs de ZIKV autres que des primates. Des données probantes obtenues par sérologie ont été démontrées chez des rongeursReference 4, mais leur rôle dans la transmission (s’il existe) est inconnu. On croit que lorsqu’un moustique est infecté, il le reste toute sa vieReference 5. Dans l’éclosion actuelle, les hôtes vertébrés sont des êtres humains. Outre le cas de transmission par piqûre de moustique, on a signalé des cas de transmission sanguineReference 6 Reference 7 Reference 8 et sexuelle. Cette dernière voie est illustrée par plusieurs cas où des voyageurs masculins symptomatiques ont infecté leur partenaire (femme ou homme) qui n’avait pas voyagéReference 9 Reference 10 Reference 11 Reference 12 dont un CanadienReference 13.

Une préoccupation importante concernant l’éclosion actuelle d’infections par le ZIKV est le risque de transmission verticale de la mère au nourrisson, ce qui peut causer une microcéphalie et d’autres anomalies congénitales Reference 14.

Vecteur

L’Aedes aegypti est le vecteur principal du ZIKV (ainsi que des virus de la dengue et de la fièvre jaune). Cette espèce est en grande partie confinée aux régions tropicales et subtropicales, bien que des populations puissent exister en région tempérée dans des refuges isolés Reference 15. Ae. albopictus a aussi été mis en cause comme vecteur, bien que son rôle dans la présente éclosion demeure incertain. Cette espèce est largement répandue à l’extérieur des tropiques Reference 16, mais on ignore si elle est établie au CanadaReference a

Épidémiologie

Bien que l’on sache depuis longtemps que le ZIKV peut être source de morbidité chez les humains Reference 3Reference 17, la maladie qu’il provoque était perçue comme à faibles répercussions et obscure. En 2007 toutefois, la première éclosion importante en dehors des régions décrites a été signalée sur l’île de Yap (en Micronésie), dans le sud-ouest du PacifiqueReference 18. De 2013 à 2015, d’autres éclosions ont eu lieu dans les îles et les archipels du Pacifique, dont une importante en Polynésie françaiseReference 19Reference 20. Plus récemment, on a relevé de vastes éclosions dans toute l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud, ainsi qu’au Mexique et dans les Antilles. Il y a également eu une certaine activité en Asie, en Afrique (au Cap-Vert) et dans le Pacifique Sud.

Tableau clinique

Les infections asymptomatiques semblent être la règle : seule une personne sur quatre ou cinq (20 à 25 %) présentera des symptômes cliniquesReference 25 Reference 29. La maladie habituellement bénigne et caractérisée par les symptômes suivants : faible accès de fièvre(< 38,5 °C normalement); arthrite ou arthralgie transitoire et possibilité d’œdème articulaire, surtout aux menues articulations des mains et des pieds; éruption maculo-papulaire qui s’étend souvent du visage au corps; hyperémie conjonctivale ou conjonctivite bilatérale non purulente;  symptômes généraux non spécifiques, dont la myalgie, l’asthénie, et les céphalées têteReference 25. On sait aussi maintenant, phénomène moins répandu, que le ZIKV engendre de sérieuses complications comme celles du Guillain-Barré (SGB)Reference bReference 22 Reference 23 Reference 24,tout comme d’autres complications d’ordre neurologiqueReference 25 Reference 26. Quelques décès associés au ZIKV ont été signalés chez les adultes Reference 27.

On estime que la période d’incubation (c’est- à-dire le temps écoulé entre l’exposition et l’apparition des symptômes) varie de 3 à 12 jours Reference 28. Les symptômes morbides sont habituellement légers et d’une durée de 2 à 7 jours. La plupart des gens se rétablissent entièrement sans complications graves, et le taux d’hospitalisation est faible Reference 18.On a calculé que la virémie (période de présence mesurable du ZIKV dans le sang) dure de 3 à 5 jours après l’apparition des symptômesReference 29 Reference 30, bien qu’on ait détecté de l’ARN viral dans la saliveReference 31 ou l’urineReference 32 plus d’une semaine après l’élimination du sang Reference 40. L’infection peut passer inaperçue ou être mal diagnostiquée comme dengue, chikungunya ou autre infections virale causant de la fièvre et des éruptions.

Informations générales sur l’événement

De 2013 à 2015, plusieurs éclosions importantes ont été observées dans les îles et les archipels de la région du Pacifique, notamment une éclosion de grande ampleur en Polynésie française Reference 19 Reference 20. En 2015, le ZIKV s’est manifesté en Amérique du Sud et de vastes éclosions ont été signalés au Brésil et en Colombie. De même, des cas du virus Zika transmis par les mousqtiques ont été communiqués à l’OMS par bon nombre de pays, surtout dans les Amériques. L’information sur l’éclosion d’infections par le ZIKV continue à évoluer. Pour obtenir un résumé des renseignements à jour sur l’épidémie de ZIKV, les lecteurs sont invités à consulter le rapport de situation de l’Organisation mondiale de la Santé.

Évaluation du risque

Dans cette section, nous avons tenu compte i) de la probabilité d’infection par le ZIKV de Canadiens qui ne se sont pas rendus dans une région où circule activement le virus, ii) du potentiel de transmission locale (c.-à-d., au Canada) du ZIKV et iii) de la probabilité d’infection au ZIKV pour les voyageurs canadiens. Ensuite, nous avons envisagé séparément les répercussions sur les personnes qui contractent l’infection, d’abord dans la population générale, puis en particulier chez les enfants à naître des femmes qui contractent l’infection pendant la grossesse.

Probabilité d’exposition au ZIKV par transmission sanguine ou sexuelle pour les Canadiens qui n’ont pas voyagé

La transmission du ZIKV entre humains peut emprunter plusieurs voies, dont la voie sexuelle Reference 11 et la voie sanguine par le sang contaminé Reference 7. C’est par ces voies que les Canadiens n’ayant pas voyagé dans les régions où des éclosions sont en course peuvent être exposés individuellement à ce virus au Canada.

Comme le ZIKV ne persiste pas longtemps dans le sang (généralement de 3 à 5 jours après l’apparition des symptômes)Reference 29 Reference 30, la possibilité de transmission par transfusion sanguine est faible. Étant donné que les agences canadiennes d’hémovigilance ont imposé aux donneurs une période d’attente de 21 jours après un voyage dans les pays touchés par l’éclosion de ZIKV, la probabilité d’une transmission par cette voie est négligeable (très faible probabilité et niveau de confiance élevé).

On a relevé plusieurs cas de transmission sexuelle entre un homme symptomatique et son partenaire Reference 11 , y compris chez un voyageur canadien. Il y a aussi eu des cas de transmission d’homme à homme Reference 12. On croit qu’un virus viable peut persister dans le sperme pendant au moins plusieurs semaines après son élimination du sang Reference 7Reference 9Reference 10 .

Phénomène rare, des cas de transmission sexuelle sans qu’un homme symptomatique soit en cause ont aussi été observés. On a signalé un cas de transmission asymptomatique probableReference 35 où les partenaires ont tous deux voyagé dans une région à risque pour le ZIKV, mais le moment où l’infection s’est développée est plus représentatif d’une transmission sexuelle d’homme (asymptomatique) à femme que d’une infection par le moustique. On a en outre déclaré un cas probable de transmission de femme à hommeReference 69. Des rapports sexuels non protégés entre une voyageuse américaine de retour et son partenaire masculin (n’ayant pas voyagé) semblent avoir coïncidé avec une virémie de pointe chez la femme (immédiatement avant l’apparition des symptômes); l’homme a développé une infection symptomatique au ZIKV.

On a relevé un autre cas de transmission probable entre humains sans contact sexuel. Il s’agirait d’un cas isolé caractérisé par (i) un contact régulier et très étroit avec (ii) une personne infectée ayant développé une charge virale inhabituellement forte. L’enquête en cours par les CDC aux États-Unis devrait nous renseigner davantage sur ce cas inusité.

Nous nous attendons à ce que la transmission entre hommes symptomatiques et leurs partenaires (par le sperme) demeure le mode dominant de transmission sexuelle, mais on remarquera que les exemples cités révèlent que, dans certaines circonstances, d’autres voies rares de transmission sont possibles.

Bref, comme les probabilités absolues d’infection au ZIKV sont jugées faiblesReference c, la probabilité de transmission par toute forme de contact sexuel doit être encore plus faible (probabilité faible, niveau de confiance modéré). Cependant, si un homme infecté au ZIKV est symptomatique, la probabilité de transmission à son partenaire sexuel est jugée modérée (faible niveau de confiance).

Probabilité de transmission locale au Canada

La présence d’une espèce de moustiques pouvant être infectée par le ZIKV et le transmettre à un hôte humain est nécessaire pour qu’il y ait transmission locale. On croit que l’Aedes aegypti est le principal vecteur de l’épidémie actuelle, bien que l’Aedes albopictus joue peut-être aussi un rôle. La répartition de l’ Aedes aegypti est en grande partie limitée aux régions tropicales et subtropicales et, si l’Aedes albopictus peut être présent dans les régions tempérées, sa répartition est également limitée par le climat Reference 16 Reference 36Reference 37.

La probabilité que l’Aedes aegypti s’établisse dans une région quelconque du Canada dans les conditions climatiques actuelles est jugée très faible (niveau de confiance élevé). Ce jugement est confirmé par une étude récente Reference d Reference 23.

Un vecteur secondaire potentiel, l’Aedes albopictu est présent aux États-Unis, notamment dans la partie sud de certains États de l’Est et du Haut-Midwest à proximité de la frontière canadienne. La probabilité que cette espèce s’établisse dans une région quelconque du Canada dans les conditions climatiques actuelles est jugée faible (niveau de confiance modéré Reference e).Cette évaluation est fondée sur des travaux récentsReference 23 Reference 39 Reference 40 où on a estimé que la probabilité actuelle que cette espèce soit présente dans la plus grande partie du Canada était nulle ou presque. Dans une étude, on a signalé que de petites régions du sud de l’Ontario et de la Nouvelle-Écosse, ainsi que sur le littoral sud de la Colombie-Britannique, avaient un climat convenant faiblement ou modérément à cette espèce Reference 40.

Ajoutons que, dans un rapport récent de l’Institut national de santé publique du Québec, on est parvenu à une conclusion semblable, jugeant peu probable que l’Aedes albopictus puisse s’établir dans le sud du Québec, selon un certain nombre de scénarios prospectifs.

Bref, on ne considère pas que des populations autosuffisantes de moustiques à l’origine de la présente éclosion au ZIKV se trouvent au Canada. Si on retient cette hypothèse (absence de l’Aedes aegypti ou absence de l’Aedes albopictus dans toutes les régions canadiennes sauf en de très rares endroits), il est très peu probable (niveau de confiance élevé) que le ZIKV se répande au Canada au point de prendre des proportions épidémiques et ensuite endémiques.

On ignore si les moustiques présents au Canada sont capables de transmettre le ZIKV et si, ayant cette capacité, ils pourraient le faire dans leur milieu naturel. Cependant, l’absence de signalement de cas de transmission autochtone du virus Zika ou d’autres arbovirus associés aux climats chauds (virus de la dengue ou du chikungunya, par exemple) au Canada ou dans des régions climatiques semblables donne à penser que, même si des espèces autochtones pouvaient transmettre le ZIKV, il ne pourrait s’agir au plus que d’une transmission intermittente (probabilité très faible, niveau de confiance élevé).

Hypothèses pour l’évaluation de la probabilité de la transmission locale

Nous avons émis de nombreuses hypothèses en évaluant la probabilité de la transmission locale :

  1. Il n’y a pas de populations d’Aedes aegypti qui soient établies au Canada. C’est une hypothèse confirmée par une solide évaluation de la répartition de cette espèce vectrice Reference 16.
  2. L’Aedes albopictus n’a pas non plus de populations établies au Canada ou, si cette espèce est présente, sa répartition géographique est trop limitée pour permettre une transmission endémique soutenue du ZIKV. La formulation de cette hypothèse s’appuie sur de solides évaluations de la répartition Reference 17 et de l’acclimatabilité au Canada Reference 37 de cette espèce, tout comme de son absence (sauf pour de rares spécimens observés individuellement dans le sud-est du pays) dans le cadre des activités récentes de surveillance des moustiques en vue de la détection du virus du Nil occidental au Canada.
  3. D’autres espèces de moustiques présentes au Canada sont incapables d’entretenir des cycles de transmission du ZIKV. Cette hypothèse est fondée sur l’absence de relevés du virus dans les régions nordiques et tempérées du monde Reference 38 Reference 39 Reference 40.
  4. La transmission du ZIKV se heurte à des limites de température (la température a des effets sur la période d’incubation extrinsèque chez les moustiques), ce qui vient limiter la transmission endémique aux régions tropicales et subtropicales. Cette hypothèse est fondée sur des limites semblables reconnues pour la transmission de la dengue Reference 38 Reference 39 Reference 40 Reference 41 Reference 42 Reference 43 .
  5. Il n’y a pas d’autres voies (sans les moustiques) de transmission du ZIKV, transmission sexuelle compriseReference f, qui soient capables d’entretenir les cycles de transmission épidémique ou endémique au Canada.

Probabilité d’une infection par le ZIKV pour les voyageurs

Au moment où nous rédigeons ces lignes, de nombreux pays ont déclaré des cas du virus Zika transmis par les moustiques.   On s’attend à ce que la propagation du virus se poursuive Reference 47, de sorte que plus de régions encore en viennent à présenter un risque pour les voyageurs canadiens. À ce jour, sur les quelque 7 500 personnes soumises à des tests de dépistage par le secteur canadien de la santé, plus de 160 ont donné un résultat positif. Ainsi, chez les Canadiens ayant visité des pays associés à une transmission active du ZIKV, la probabilité d’infection est modéréeReference g (niveau de confiance élevé). En valeur absolue, la prévalence véritable de l’infection au ZIKV chez les voyageurs canadiens est probablement bien inférieure à la prévalence estimée à 2 p. 100 chez les gens qui ont subi des tests à ce jour.

Facteurs qui pourraient influencer la probabilité ou les répercussions de l’infection

L’incidence des facteurs que représentent les voyageurs et/ou les itinéraires sur la probabilité ou les répercussions d’une infection au ZIKV n’est pas encore bien décrite, mais il existe un certain nombre de liens plausibles :

  • Les conditions propres aux lieux élevés (≥ 2 000 m) ne favorisent généralement pas la survie ou la réplication virale dans les populations d’Aedes aegypti. De ce fait, la probabilité relative d’une infection au ZIKV pourrait être bien moindre chez les voyageurs des régions plus en altitude (selon le temps passé en altitude par opposition aux lieux moins élevés).
  • Toutes choses étant égales, la probabilité d’infection est supérieure dans les pays ou les régions où l’on signale un niveau élevé d’activité du ZIKV.
  • La probabilité d’une infection est vraisemblablement réduite si le voyage est de courte durée et/ou lors d’un séjour dans des environnements protégés (p. ex., séjour dans un lieu d’hébergement climatisé et muni de moustiquaires, période en transit dans un aéroport situé dans une zone à risque, séjour dans une région où de solides pratiques de réduction du nombre de moustiques sont appliquées). Cela pourrait aussi s’appliquer aux voyageurs qui séjournent dans un endroit isolé, c.-à-d. où il y a relativement peu d’habitants qui pourraient permettre une transmission soutenue.
  • Les voyageurs qui présentent des morbidités (souvent liées à l’âge) pourraient être plus exposés à des résultats plus graves associés au ZIKV.

Répercussions de l’infection par le ZIKV

Sur la plupart des voyageurs, le ZIKV aura des répercussions négligeables ou nulles (répercussions faibles, niveau de confiance modéré), parce que l’infection sera relativement peu fréquente et que de 20 à 25 p. 100 seulement des gens infectés contracteront la maladie, la plupart sous une forme bénigneReference 18 Reference 21 .

Il reste que l’infection au ZIKV engendre des résultats rares mais graves comme le syndrome de Guillain-Barré Reference 44. En fait, des cas de SGB et autres syndromes neurologiques Reference 26 Reference 25 ont été signalés dans de nombreux pays ou territoires touchés par l’éclosion actuelle Reference 24. Peut-être les données les plus probantes sur l’infection au ZIKV et le syndrome de Guillain-Barré viennent-elles d’une étude rétrospective par cas-témoins auprès de patients victimes de l’éclosion de ZIKV en Polynésie française en 2013-2014 Reference 23. Tous les cas (au nombre de 42) de SGB sauf un (proportion de 98 p. 100) présentaient des signes sérologiques (IgG et IgM anti-ZIKV) d’infection au ZIKV, comparativement à 35 témoins appariés sur 98 (proportion de 36 p. 100; rapport de cotes, 59,7; intervalle de confiance à 95 p. 100, 10,4 à ∞). D’après un taux d’attaque par le ZIKV estimé à 66 p. 100 au sein la population de Polynésie française, les auteurs estiment que la proportion de cas de syndrome de Guillain-Barré après une infection par le ZIKV est d’environ 1 cas pour 4 000 infections. Cette estimation placerait le ZIKV parmi les agents pathogènes connus qui risquent le plus de causer le syndrome de Guillain-Barré, ce risque étant égal ou inférieur à celui que pose Campylobacter jejuni (de 1 à 2,6 cas de syndrome de Guillain-Barré pour 4 000 infectionsReference 45 ), et inférieur à celui que pose le cytomégalovirus (de 2,4 à 8,8 cas de syndrome de Guillain-Barré pour 4 000 infections Reference 46).

En résumé, pour la majorité des voyageurs infectés, le ZIKV n’aura que peu de répercussions ou pas du tout sur leur santé (niveau de répercussions faible, niveau de confiance modéré). Cependant, des répercussions graves (p. ex., le SGB) pourraient survenir chez certaines personnes infectées (répercussions élevées, niveau de confiance élevé).

Répercussions de l’infection sur les enfants à naître des femmes infectées par le ZIKV

Les scientifiques s’accordent à dire que le ZIKV cause la microcéphalie du nourrisson ou d’autres graves anomalies du cerveau chez les enfants issus de femmes infectées en période de grossesse Reference 24 Reference 14. Les données à l’appui d’une telle conclusion sont bien décrites dans une publication récente Reference 14 et, par conséquent, nous estimons que les répercussions sont très élevées (niveau de confiance élevé) sur l’enfant à naître d’une femme ayant contracté cette infection. Toutefois, la probabilité qu’une infection prénatale au ZIKV nuise au fœtus demeure incertaine. Selon certaines données, le phénomène pourrait ne pas être rare. On estime par exemple que, pendant l’éclosion qu’a connue la Polynésie française, le fœtus en développement a subi des anomalies congénitales dans environ 1 p. 100 des cas chez les femmes infectées au premier trimestre de la grossesseReference 47. Dans une autre étude avec des données en provenance de Bahia au Brésil, on a estimé que le risque de microcéphalie à la suite d’une infection au premier trimestre était de 0,88 p. 100 (intervalle de confiance à 95 p. 100, 0,8 à 0,97) à 13,2 p. 100 (intervalle de confiance à 95 p. 100, 12,0 à 14,4) selon les hypothèses quant au taux véritable d’infection au ZIKV et au degré de surdéclaration de la microcéphalieReference 48.

En conclusion, disons que le ZIKV est une cause de microcéphalie et d’autres anomalies graves du cerveau chez le nourrisson. On continue à s’efforcer largement de clarifier l’effet du moment de l’infection sur le développement fœtal et de déterminer s’il n’y a pas d’autres facteurs de risque qui jouent (nutrition ou autres facteurs environnementaux, par exemple)Reference 49.

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Information sur la biosécurité à l’intention des employés de laboratoire

Le ZIKV est caractérisé comme pathogène humain appartenant au groupe de risque 2, puisqu’il présente un risque modéré pour la personne et faible pour la collectivité. Le travail de laboratoire sur le ZIKV nécessite le respect des exigences physiques et opérationnelles du niveau de confinement 2 décrites dans la Norme canadienne sur la biosécurité. Les répercussions sur les enfants à naître des femmes enceintes qui travaillent dans un laboratoire avec le ZIKV peuvent être très élevées (niveau de confiance élevé; voir la section sur les répercussions) en cas d’infection.

Les principaux risques pour une infection contractée en laboratoire comprennent une auto-inoculation accidentelle et une exposition à des échantillons provenant de patients virémiques, d’animaux de laboratoire infectés ou de cultures de ZIKV. Les évaluations du risque locales doivent tenir compte des activités se déroulant dans le laboratoire pour déterminer si les stratégies de réduction du risque mises en place sont suffisantes. Les femmes enceintes ou celles qui essaient de le devenir doivent être informées des risques potentiels pour le fœtus, et elles doivent être particulièrement prudentes quand elles travaillent dans un laboratoire où le ZIKV est cultivé ou manipulé.

Conclusions et réduction des risques

En résumé, nous concluons que le risque global d’infection pour les Canadiens (quand ils sont au Canada) est très faible. Cette conclusion découle de la très faible probabilité d’exposition au Canada par une transmission par un moustique. Il y a toutefois une exception, soit la transmission des hommes symptomatiques à leurs partenaires sexuelles (niveau de probabilité moyen, niveau de confiance faible). Globalement, la probabilité d’une infection pour un Canadien en visite dans une région touchée par l’éclosion est faible (niveau de confiance modéré), et le niveau de répercussions pour la majorité des personnes touchées sera faible (niveau de confiance modéré). Cependant, pour certaines des personnes infectées, le niveau de répercussions peut être élevé (niveau de confiance élevé), précisément en raison de l’association avec des effets graves comme le syndrome de Guillain-Barré. Bien que l’on présume que les femmes enceintes ou celles qui essaient de le devenir sont aussi susceptibles d’être infectées que les autres voyageurs, le niveau de répercussions d’une telle infection pourrait être, pour l’enfant à naître, très élevé (niveau de confiance élevé).

Les gens qui ont l’intention de voyager devraient consulter le Conseil de santé aux voyageurs de l’Agence de la santé publique du Canada sur le ZIKV ainsi que les Recommandations canadiennes pour la prévention et le traitement du virus Zika qui ont été élaborés par le Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages.

Que nous réservent les six prochains mois?

À l’heure actuelle, l’Agence continue de surveiller la situation de près. Les changements apportés aux données scientifiques sont surveillés de façon continue et cette revue sera mise à jour au besoin.

Notes de bas de page

On estime que le risque de contracter le SGB est d’environ 1 pour 4 000 cas d’infection en Polynésie française.

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References

Annexe 1 – Définition des termes techniques

Tableau 1 : Définitions ad hoc des niveaux de probabilité
Niveau Définition
Très faible Le risque ne peut se concrétiser que dans des circonstances exceptionnelles.
Faible Le risque peut se concrétiser dans certaines circonstances.
Moyen Le risque se concrétise dans certaines circonstances.
Élevé Le risque devrait se concrétiser dans la plupart des circonstances.

Tableau 2 : Définitions ad hoc des niveaux de répercussions
Niveau Répercussions
Très faible Répercussions limitées sur la population touchée.
Peu de coûts supplémentaires pour les autorités et les intervenants.
Faible Répercussions mineures pour une population restreinte ou un groupe de personnes à risque restreint.
Quelques coûts supplémentaires pour les intervenants.
Moyen Répercussions modérées étant donné qu’une population importante ou un groupe de personnes à risque important est touché.
Augmentation modérée des coûts pour les intervenants.
Élevé Répercussions importantes pour une population restreinte ou un groupe de personnes à risque restreint.
Augmentation considérable des coûts pour les intervenants.
Très élevé Répercussions graves pour une population importante ou un groupe de personnes à risque important.
Augmentation très importante des coûts pour les intervenants.

Tableau 3 : Définitions ad hoc des niveaux de confiance
Niveau Définition Exemples d'information ou de données probantes
Faible Peu de données probantes ou données de faible qualité, incertitude importante, points de vue d’experts contradictoires, absence d’expérience en matière d’incidents semblables. Les recherches supplémentaires sont susceptibles d’avoir une incidence considérable sur les résultats de l’évaluation.

Les recherches supplémentaires sont très susceptibles d’avoir une incidence sur les résultats de l’évaluation de même que sur le niveau de confiance associé à l’évaluation et aux données utilisées.
Études de cas individuels

Littérature grise

Opinion individuelle de profane
Moyen Données de qualité adéquate, y compris des résultats conséquents, des sources fiables et des hypothèses fondées sur des analogies. Accord entre experts ou opinion de deux experts de confiance. Les recherches supplémentaires pourraient faire en sorte que certaines modifications doivent être apportées à l’évaluation.

Les recherches supplémentaires sont susceptibles d’avoir une incidence sur le niveau de confiance associé à l’évaluation et aux données utilisées. Elles pourraient avoir une incidence sur les résultats de l’évaluation.
Comptes rendus d’études ou rapports publiés non revus par des pairs

Études d’observation

Rapports de surveillance

Rapports d’éclosion

Opinion individuelle d’expert
Élevé Données probantes de bonne qualité, plusieurs sources fiables, vérification effectuée, plusieurs opinions d’experts concordantes, expérience d’événements semblables. Les recherches supplémentaires ne sont pas susceptibles d’avoir une incidence sur les résultats de l’évaluation.

Les recherches supplémentaires ne sont pas susceptibles d’avoir une incidence sur le niveau de confiance associé à l’évaluation.
Comptes rendus d’études publiés revus par des pairs et dont la méthodologie et les méthodes d’analyse réduisent le biais (p. ex. revues systématiques, essais à répartition aléatoire contrôlés et rapports d’éclosion).

Les manuels font autorité.

Évaluation de risque effectuée par un groupe d’experts, connaissances spécialisées d’experts ou consensus d’experts.
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