ARCHIVÉ - Aspect humain de la santé mentale et de la maladie mentale au Canada 2006

 

CHAPITRE 1 LA SANTÉ MENTALE

Qu'est-ce que la santé mentale?

Chez chacun de nous, la santé physique et la santé mentale sont deux aspects fondamentaux de la vie intimement liés et étroitement interdépendants. À mesure que l'on prend mieux conscience de cette corrélation, il devient toujours plus évident que la santé mentale revêt une importance vitale pour le bien-être général des individus, des sociétés et des pays1.

« La santé mentale est la capacité qu'a chacun d'entre nous de ressentir, de penser et d'agir de manière à améliorer notre aptitude à jouir de la vie et à relever les défis auxquels nous sommes confrontés. Il s'agit d'un sentiment positif de bien- être émotionnel et spirituel qui respecte l'importance de la culture, de l'équité, de la justice sociale, des interactions et de la dignité personnelle.2 » [ Traduction ].

Les maladies mentales sont caractérisées par des altérations de la pensée, de l'humeur ou du comportement (ou une combinaison des trois) associées à un état de détresse et à un dysfonctionnement marqués. Les symptômes de la maladie mentale varient de légers à graves, selon le type de maladie mentale, la personne, la famille et le contexte socioéconomique. La maladie mentale peut prendre diverses formes, entre autres : troubles de l'humeur, schizophrénie, troubles anxieux, troubles de la personnalité, troubles de l'alimentation et dépendances telles que les toxicomanies et le jeu pathologique.

Les notions traditionnelles de santé mentale et de maladie mentale décrivent généralement la relation qui les unit sur un seul continuum. Selon ce modèle, la maladie mentale est située à l'une des extrémités du continuum, tandis que la santé mentale se situe à l'autre extrémité. Or, la santé mentale ne se résume pas à la simple absence de maladie mentale3. En fait, dans l'optique de la personne atteinte d'une maladie mentale, la promotion de la santé mentale, telle que cette dernière est définie ci-dessus, représente un atout important qui facilite le processus de rétablissement.

En 1987, le document intitulé La santé mentale des Canadiens : vers un juste équilibre a, pour la première fois, fait ressortir bon nombre des avantages que comporterait le fait de considérer la santé mentale et la maladie mentale comme deux concepts distincts. D'autres chercheurs et décideurs œuvrant dans le domaine sont venus appuyer cette position au cours de la dernière décennie4 5 6. Ainsi, l'établissement d'une telle distinction a le grand avantage de favoriser une réflexion et des recherches sur les facteurs individuels, familiaux, sociaux, culturels, environnementaux, politiques et économiques qui ont une incidence sur la santé mentale. Et cette réflexion et ces recherches guident les décisions en matière de programmes, de politiques et de services qui se prennent dans tous les secteurs de la société : santé, services sociaux, éducation, justice, loisirs et affaires.

On substitue souvent librement les expressions « problèmes de santé mentale », « maladie mentale » et « troubles mentaux » l'un à l'autre. Ce ne sont toutefois pas des termes équivalents. Alors que « problème de santé mentale » désigne tout écart par rapport à l'état de bien-être mental ou psychologique, les termes « maladie » et « trouble » renvoient à des affections reconnues cliniquement, et elles donnent à entendre qu'il y a soit détresse significative, soit dysfonctionnement, ou un risque tangible de résultats néfastes ou indésirables. Dans le présent rapport, nous utilisons « maladie mentale » sauf dans les cas où une étude donnée a plutôt utilisé « problèmes ». Aux fins du rapport, « troubles mentaux » englobe particulièrement les troubles psychotiques, troubles anxieux, troubles de la personnalité, troubles de l'humeur (regroupés sous le terme collectif de « maladie malade ») ainsi que les troubles organiques du cerveau tels les retards du développement et la maladie d'Alzheimer.

Quel est l'état de la santé mentale au Canada?

Auto-perception de la santé mentale

De manière générale, l'auto-perception de la santé mentale est un indicateur fiable de la santé mentale d'une population. La plupart des gens ont une bonne idée de leur état mental et de leur situation. Par contre, les personnes qui souffrent d'une maladie mentale, et qui perçoivent mal leurs pensées, leurs émotions et leurs comportements, ne sont pas nécessairement en mesure de bien rendre compte de leur état mental réel.

Selon l'Enquête sur la santé mentale et le bien-être de 2002 de Statistique Canada (Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes [ESCC], cycle 1.2), près de sept Canadiens sur dix (67,1 %) ont déclaré jouir d'une excellente ou très bonne santé mentale. Environ 2,5 Canadiens sur dix (26,0 %) estimaient que leur santé mentale était bonne. Ces résultats sont similaires pour tous les Canadiens âgés de 15 ans et plus (figure 1-1).

Les jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans étaient 1,5 fois plus nombreuses que les jeunes hommes à faire état d'une santé mentale passable ou mauvaise (figure 1-2). Les jeunes hommes âgés de 15 à 24 ans étaient quant à eux moins nombreux que les hommes de tous les autres groupes d'âge à signaler une santé mentale passable ou mauvaise. La variation entre les différents groupes d'âge était moins marquée chez les femmes que chez les hommes.

Figure 1-1 Auto-perception de la santé mentale, selon l'âge,: Canada, 2002

La différence entre les jeunes femmes et les jeunes hommes, au chapitre de l'auto-perception de la santé mentale, évoque des expériences de vie dont les caractéristiques et les effets divergent. Les jeunes hommes et les jeunes femmes diffèrent également au chapitre de l'introspection ou des comportements de déclaration. Les jeunes femmes sont plus nombreuses que les jeunes hommes à souffrir d'anxiété, de troubles de l'humeur et de troubles de l'alimentation. Ces données pourraient refléter les différences sur le plan du statut social (y compris au chapitre des attentes et de la discrimination) et des difficultés de vie (comme un revenu moyen plus faible) des filles et des femmes dans la société canadienne. Autre facteur, il est possible que les jeunes hommes ne veuillent pas admettre qu'ils éprouvent des troubles de l'humeur ou des troubles anxieux, ou qu'ils soient incapables de faire face à des problèmes imprévus.

Figure 1-2 Santé mentale perçue comme étant passable ou: mauvaise, selon le groupe d'âge et le sexe, Canada, 2002

Capacité de faire face aux exigences quotidiennes de la vie

Une bonne santé mentale est essentielle pour qu'une personne puisse faire face aux exigences et aux défis de la vie quotidienne, comme apprendre à l'école, travailler de manière productive, établir et entretenir des relations, contribuer à la collectivité et effectuer toutes les tâches pratiques et courantes relatives aux soins personnels, à la nutrition, à l'activité physique, au sommeil, aux activités récréatives et aux besoins spirituels.

En 2002, environ sept Canadiens sur dix (68,5 %) âgés de 15 ans et plus ont signalé que leur capacité de faire face aux exigences quotidiennes de la vie était excellente ou très bonne (figure 1-3).

Figure 1-3 Capacité de faire face aux exigences quotidiennes de: la vie, selon l'âge, Canada, 2002

Cette capacité perçue augmenterait jusqu'à l'âge de 64 ans et baisserait par la suite (65 ans et plus) (figure 1-4).

Plus les gens âgés vieillissent, plus ils risquent d'éprouver de la difficulté à faire face aux exigences quotidiennes. Plus les gens avancent en âge, plus il est probable qu'ils souffrent d'une maladie, d'un handicap, de troubles du sommeil ou de l'appétit et d'une baisse d'énergie, tandis que leurs soutiens financiers et sociaux diminuent. Tous ces facteurs peuvent restreindre ou perturber les activités quotidiennes d'une personne, ce qui a pour effet d'altérer son humeur et d'exacerber la maladie7.

Figure 1-4 Capacité perçue comme étant passable ou mauvaise: de faire face aux exigences quotidiennes de la vie, selon l'âge et le sexe, Canada, 2002

Capacité de faire face à des problèmes inattendus

Les problèmes inattendus font partie de la vie de tous les jours. La capacité d'une personne de faire face à ces problèmes est un bon indicateur de sa santé mentale. Les gens en bonne santé mentale sont en mesure d'étudier les possibilités qui s'offrent à eux, de chercher à obtenir le soutien des autres et de prendre des décisions en temps utile. Toutefois, d'autres déterminants de la santé, comme la pauvreté, peuvent également altérer la capacité d'une personne de faire face aux problèmes inattendus en ayant pour effet de restreindre les choix possibles et d'augmenter le stress.

Selon l'Enquête sur la santé mentale et le bien-être de 2002 (ESCC 1.2), environ six Canadiens âgés de 15 ans et plus sur dix (60,3 %) ont déclaré que leur capacité de faire face à des problèmes inattendus était excellente ou très bonne (figure 1-5). Cette proportion était plus faible parmi les jeunes âgés de 15 à 24 ans (53,4 %). Les jeunes ne possèdent peut-être pas l'expérience de vie et les ressources émotionnelles et sociales nécessaires pour être en mesure d'affronter les problèmes inattendus.

Figure 1-5 Capacité de faire face à des problèmes inattendus,: selon l'âge, Canada, 2002

Des proportions plus élevées de femmes que d'hommes de 15 à 24 ans et de 25 à 44 ans ont signalé que leur capacité de faire face à des problèmes inattendus était passable ou mauvaise (figure 1-6). Les hommes et les femmes ne sont pas nécessairement confrontés aux mêmes facteurs de stress. Si l'on mettait en œuvre des interventions visant à améliorer les compétences des jeunes femmes en matière de résolution de problèmes et à accroître leur auto-efficacité, on pourrait réduire le nombre de femmes qui perçoivent leur capacité de faire face à des problèmes inattendus comme étant passable ou mauvaise.

La proportion de femmes ayant signalé que leur capacité de faire face à des problèmes inattendus était passable ou mauvaise augmentait dans le groupe d'âge des 65 ans et plus, sans doute en raison de problèmes de santé croissants et de la diminution de leurs moyens financiers et d'autres ressources.

Figure 1-6 Capacité perçue comme étant passable ou mauvaise: de faire face à des problèmes inattendus, selon l'âge et le sexe, Canada, 2002

Jeunes et enfants

La santé mentale des jeunes est tout aussi importante que leur santé physique. Ceux qui souffrent de problèmes émotionnels sont également plus nombreux à souffrir de troubles physiques et mentaux. Les symptômes de la plupart des maladies mentales se manifestent au cours de l'adolescence ou au début de l'âge adulte.

On a découvert que le degré de confiance des jeunes est lié à leur intégration parmi leurs pairs et à la façon dont ils perçoivent leur apparence8.

L'Enquête sur les comportements liés à la santé chez les enfants d'âge scolaire est une enquête transnationale menée en collaboration avec l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Au Canada, cette enquête est financée par l'Agence de santé publique du Canada (ASPC).

L'Enquête contribue énormément à l'étude de la santé des jeunes en recueillant des données transnationales au moyen de sondages effectués tous les quatre ans selon un protocole commun. Cette initiative permet de mesurer et de cerner les aspects de la santé des adolescents et leurs comportements liés à la santé, ainsi que les contextes social et développemental dans lesquels ils évoluent.

L'Enquête sur les comportements liés à la santé chez les enfants d'âge scolaire de 2002 a révélé que 4,7 % (ou presque 5 %) des filles de sixième année n'avaient pas confiance en elles-mêmes, comparativement à près de 18 % des filles de dixième année. La variabilité du degré de confiance en soi, d'une année scolaire à l'autre, était moins grande chez les garçons (figure 1-7).

Dans son enquête de 1998, intitulée Gros plan sur les jeunes , le Conseil canadien de développement social a signalé des résultats semblables : les pourcentages de garçons qui disent « avoir confiance en eux-mêmes » demeurent relativement stables pendant toute l'adolescence; ceux des filles baissent de manière constante, passant de 72 % pour les filles de sixième année à 55 % pour les filles de dixième année.

Les sentiments d'isolement et de désespoir ainsi qu'un réseau de soutien social fragile peuvent provoquer chez les adolescents des pensées suicidaires. Les jeunes qui sont bien intégrés socialement risquent beaucoup moins de faire face à des problèmes émotionnels que les jeunes qui ont peu d'amis et qui se sentent isolés9. Les adolescents qui se sentent acceptés socialement et qui jouissent d'un bon appui à la maison et à l'école présentent généralement des degrés plus élevés de confiance en soi et d'estime de soi.

Figure 1-7 Pourcentage: Pourcentage d'élèves qui n'ont pas confiance en eux, selon le sexe et l'année scolaire, Canada, 2002

Figure 1-8 Pourcentage d'élèves qui se sentent souvent seuls ou: rejetés, selon le sexe et l'année scolaire, Canada, 2002

Selon l'Enquête sur les comportements liés à la santé chez les enfants d'âge scolaire, environ un enfant de sixième année sur 5, tant chez les filles que les garçons, a signalé qu'il se sentait souvent seul ou rejeté. Ces sentiments d'isolement augmentaient avec l'âge et étaient plus marqués chez les filles que chez les garçons (figure 1-8).

Pour de nombreux jeunes, l'école est très gratifiante. Pour d'autres, elle est un lieu déplaisant ou menaçant, où ils se sentent critiqués et exclus.

Les garçons étaient proportionnellement plus nombreux que les filles à estimer qu'ils n'étaient pas à leur place à l'école (figure 1-9). Cette conviction était particulièrement répandue en huitième et en neuvième années, où environ 23 % des garçons ont signalé qu'ils ne se sentaient pas à leur place à l'école.

Figure 1-9 Pourcentage d'élèves estimant qu'ils ne sont pas à: leur place à l'école, selon le sexe et l'année scolaire, Canada, 2002

Figure 1-10 Pourcentage d'élèves ayant signalé des problèmes: quotidiens* au cours des six derniers mois, selon le sexe et l'année scolaire, 2002

Divers symptômes peuvent se manifester lorsqu'une personne subit un stress. Certains de ces symptômes peuvent être physiques, comme des maux de tête, des maux d'estomac et de dos et des étourdissements. D'autres peuvent être mentaux ou psychologiques, notamment une baisse d'énergie ou un état dépressif, de l'irritabilité, de la nervosité et des troubles du sommeil. Un élève sur 4 de la sixième année, tant chez les filles que chez les garçons, a déclaré présenter au moins un de ces symptômes quotidiennement (figure 1-10). Dès la septième année, on remarque un pourcentage plus élevé de filles que de garçons faisant état de symptômes quotidiens. En dixième année, la proportion s'établissait à 35,7 % chez les filles, c'est-à-dire une fille sur 3.

Vieillir en bonne santé

La majorité des personnes âgées affirment être au moins aussi heureuses que lorsqu'elles étaient plus jeunes10. En effet, elles ont acquis les aptitudes nécessaires pour continuer d'être satisfaites de leur vie : maintien de valeurs importantes, de responsabilités, d'activités et de relations personnelles, réévaluation des aspirations, souplesse plus grande dans la fixation des objectifs et la résolution des problèmes et capacité d'anticiper et de maîtriser les réactions émotionnelles face à certaines situations11.

Au début de l'âge adulte, l'individu commence à restreindre sciemment le cercle de ses relations sociales et à privilégier des liens affectifs plus étroits. À mesure que ces réseaux sociaux rétrécissent et que s'éliminent progressivement des relations personnelles qui ne sont pas remplacées, la solitude devient un problème qui mine le bien-être12. Environ la moitié des personnes de plus de 80 ans affirment se sentir seules13.

Quels sont les facteurs qui ont une incidence sur la santé mentale?

Une panoplie de facteurs influent sur la santé mentale d'une personne. Certains de ces facteurs, ou déterminants de la santé, sont inhérents à l'individu. Certains viennent de la famille, et d'autres sont présents dans la collectivité. Les déterminants de la santé n'agissent pas indépendamment les uns des autres : c'est leur interaction complexe qui influe sur la santé des personnes et des collectivités.

Nombre de déterminants de la santé mentale résident à l'extérieur des systèmes de soins de santé physique et mentale et reflètent l'influence d'autres secteurs, comme l'économie, l'éducation et le logement. Par conséquent, on doit obtenir la coopération active des autres secteurs si l'on veut élaborer des stratégies qui amélioreront la santé mentale de la population et qui réduiront l'incidence de la maladie mentale.

La santé mentale est une ressource qui se développe au cours de la vie d'une personne. L'expérience de certaines épreuves à l'enfance (comme des agressions sexuelles) peut accroître le risque qu'une personne soit atteinte d'une maladie mentale à l'âge adulte. De la même manière, les mécanismes personnels d'adaptation qu'une personne acquiert tôt dans la vie peuvent l'aider à ne pas présenter de maladie mentale à l'âge adulte. Il est important de tenir compte du développement d'une personne durant toute sa vie afin de reconnaître le plus tôt possible les risques psychosociaux de maladie mentale, d'intervenir rapidement, et, ainsi, de favoriser une santé mentale optimale toute la vie durant14.

Figure 1-11 Plus importante* source qui contribue aux: sentiments de stress chez les jeunes adultes âgés de 15 à 24 ans, selon le sexe, Canada, 2002

Sources du stress

Le stress est un facteur qui a une influence déterminante sur la santé mentale. Dans l'Enquête sur la santé mentale et le bien-être de 2002 (ESCC 1.2), on a demandé aux répondants de déterminer la plus importante source qui contribue aux sentiments de stress dans leur vie.

Les répondants ont choisi plusieurs sources de stress importantes auxquelles ils ont dû faire face : propre problème de santé physique (11,5 %), situation financière (11,0 %), contraintes de temps (8,5 %), école (8.2 %), santé des membres de la famille (7,4 %), responsabilités personnelles ou familiales (7,0 %), relations interpersonnelles (5,0 %), propre situation d'emploi (4,3 %), soins à donner (à ses enfants) (4.2 %), état d'emploi (4,1 %), sécurité personnelle (2,1 %), soins à donner (aux autres) (1,4 %), discrimination (1,0 %) ou mort d'une personne proche (0,5 %).

Les jeunes femmes et les jeunes hommes (âgés de 15 à 24 ans) ont signalé que l'école, les contraintes de temps, la situation d'emploi, la situation financière et les relations interpersonnelles étaient des sources de stress importantes auxquelles ils ont dû faire face (figure 1-11).

Parmi les personnes âgées de 25 à 44 ans, la proportion d'hommes ayant déclaré que leur propre situation d'emploi était leur principale source de stress était 1,7 fois plus élevée que celle des femmes (figure 1-12). La proportion de femmes ayant déclaré que les soins à donner à un enfant étaient leur source principale de stress était 4 fois plus élevée que celle des hommes. Les femmes étaient également plus nombreuses que les hommes à déclarer que les contraintes de temps et les responsabilités personnelles ou familiales constituaient des sources de stress. Ces écarts reflètent le fait que les femmes ont davantage de responsabilités en ce qui concerne le soin des enfants et les questions familiales. Des proportions presque identiques d'hommes et de femmes ont signalé que la situation financière et les relations interpersonnelles constituaient des sources de stress.

Parmi les adultes âgés de 45 à 64 ans, c'est la situation d'emploi qui a été le plus souvent mentionnée comme source de stress par les hommes et les femmes, et ce, dans une proportion 1,5 fois plus élevée chez les hommes que chez les femmes (figure 1-13). Les hommes étaient également plus nombreux que les femmes à déclarer que leur situation financière constituait une source de stress. Deux fois plus de femmes que d'hommes ont indiqué que la santé des membres de leur famille constituait une source de stress. Les femmes étaient aussi plus nombreuses que les hommes à affirmer que les responsabilités personnelles ou familiales étaient stressantes. Ces données reflètent le fait que les femmes assument davantage de responsabilités à l'égard de leur famille et des questions de santé concernant les membres de leur famille.

Les personnes âgées ont signalé que leurs principales sources de stress étaient leur propre état de santé, la santé des membres de leur famille et leurs responsabilités personnelles et familiales. Près de une personne sur 5 a signalé que ses propres problèmes physiques constituaient une source de stress (figure 1-14). Une plus forte proportion de femmes que d'hommes ont déclaré que la santé des membres de leur famille ou leurs responsabilités personnelles ou familiales constituaient une source de stress. Ces données révèlent le rôle de « soignante » que de nombreuses femmes âgées tiennent au sein de leur famille. Enfin, plus d'hommes que de femmes ont signalé que leur situation financière constituait une source de stress.

Figure 1-12 Plus importante source* qui contribue aux: sentiments de stress chez les adultes âgés de 25 à 44 ans, selon le sexe, Canada, 2002

Figure 1-13 Plus importante source* qui contribue aux: sentiments de stress chez les adultes âgés de 45 à 64 ans, selon le sexe, Canada, 2002

Figure 1-14 Plus importante source* qui contribue aux: sentiments de stress chez les adultes âgés de 65 ans et plus, selon le sexe, Canada, 2002

Revenu

Le revenu peut avoir des répercussions sur la santé mentale d'une personne, car il influe sur sa capacité de satisfaire à ses besoins élémentaires, de faire des choix et de faire face aux événements fâcheux15 16 17. Un revenu suffisant permet à une personne de profiter de saines conditions de vie, comme un logement sûr et des aliments sains en quantité suffisante. Un bon revenu offre également des possibilités qui ne sont pas accessibles à des personnes ou à des familles à faible revenu. Ce facteur est particulièrement important pour les personnes atteintes de maladies mentales et physiques.

Figure 1-15 Santé mentale perçue comme étant passable ou: mauvaise chez les adultes âgés de 15 ans et plus, selon le revenu du ménage, Canada, 2002

Dans la catégorie inférieure de revenu adéquat, le pourcentage de personnes ayant déclaré avoir une santé mentale passable ou mauvaise ou une capacité passable ou mauvaise de faire face aux exigences quotidiennes de la vie ou aux problèmes inattendus était de 3 à 4 fois plus élevé que dans la catégorie de revenu adéquat le plus élevé (figures 1-15, 1-16, 1-17).

La relation entre la santé mentale et le revenu n'est pas simple. Lorsque les gens ont davantage d'argent et qu'ils acquièrent davantage de biens matériels, ils ne sont pas nécessairement plus satisfaits de leur vie ni en meilleure santé sur le plan psychologique18.

Figure 1-16 Capacité perçue comme étant passable ou mauvaise: de faire face aux problèmes inattendus chez les adultes âgés de 15 ans et plus, selon le revenu du ménage, Canada, 2002

Figure 1-17 Capacité perçue comme étant passable ou mauvaise: de faire face aux exigences quotidiennes chez les adultes âgés de 15 ans et plus, selon le revenu du ménage, Canada, 2002

Scolarité

Les Canadiens vivent dans une société avancée sur le plan technologique. Afin de s'y retrouver, la population doit acquérir des connaissances et des compétences qui sont, dans une certaine mesure, transmises dans le cadre de la formation scolaire. La scolarité aide également une personne à trouver et à conserver un emploi et à obtenir un revenu adéquat19.

La santé mentale augmente avec le niveau de scolarité. De plus, la scolarité contribue à accroître la sécurité du revenu et d'emploi et donne aux gens le sentiment de maîtriser leurs conditions de vie; il s'agit de facteurs clés qui influent sur la santé.

Selon l'Enquête sur la santé mentale et le bien-être de 2002 (ESCC 1.2), la proportion des Canadiens âgés de 15 ans et plus qui considéraient que leur santé mentale était passable ou mauvaise était plus élevée parmi les Canadiens qui n'avaient pas terminé leurs études secondaires (figure 1-18). C'est également le cas en ce qui concerne la capacité de faire face aux problèmes inattendus et aux exigences quotidiennes de la vie (figures 1-19 et 1-20).

Plusieurs recherches ont révélé que le niveau de scolarité d'une personne reflète de plus vastes inégalités économiques. Un faible niveau d'instruction réduit la probabilité de se trouver un bon emploi, ce qui a des conséquences surtout négatives sur la situation économique et sur la santé. Les gens qui occupent des emplois faiblement rémunérés sont les plus désavantagés sur le plan matériel, jouissent d'une moins bonne sécurité financière et font face à davantage de situations de chômage et d'accidents professionnels. Ils sont également moins nombreux à faire de l'exercice et à avoir une alimentation bien équilibrée, et plus nombreux à avoir une consommation excessive d'alcool. Les hommes occupant des emplois faiblement rémunérés sont plus enclins à se montrer cyniques et hostiles et à se sentir désespérés face à l'avenir. Le niveau de scolarité a également une influence déterminante sur la capacité d'une personne atteinte d'une maladie mentale de se trouver un emploi.

Figure 1-18 Santé mentale perçue comme étant passable ou: mauvaise chez les adultes âgés de 15 ans et plus, selon le niveau de scolarité, Canada, 2002

Figure 1-19 Capacité perçue comme étant passable ou mauvaise: de faire face à des problèmes inattendus chez les adultes âgés de 15 ans et plus, selon le niveau de scolarité, Canada, 2002

Figure 1-20 Capacité perçue comme étant passable ou mauvaise: de faire face aux exigences quotidiennes de la vie chez les adultes âgés de 15 ans et plus, selon le niveau de scolarité, Canada, 2002

Soutien social

L'isolement et la solitude ont des répercussions profondes sur la santé mentale d'une personne. La famille est habituellement au cœur des relations avec les autres. Une cellule familiale peut prendre diverses formes; elle peut réunir une ou plusieurs générations, comprendre un ou plusieurs parents, et la situation des particuliers dans le ménage peut varier.

De nombreuses études ont révélé que les liens sociaux ont une influence déterminante sur la santé physique et mentale d'une personne. Les gens qui font du bénévolat et qui participent à des activités sociales, que ce soit aller à l'église ou être membre d'un club social, font généralement état d'un meilleur état de santé général que les gens qui ne participent à aucune activité sociale régulièrement20.

Des niveaux élevés d'engagement social engendrent des conditions sociales qui favorisent le développement de la confiance entre les gens. Ils contribuent également à donner un sens à la vie des gens et favorisent les sentiments de cohérence, de maîtrise et de perception positive de soi. Ces facteurs psychosociaux aident à améliorer la santé mentale et immunologique21.

L'Enquête sur la santé mentale et le bien-être de 2002 (ESCC 1.2) a révélé que les Canadiens âgés de 15 ans et plus qui étaient des chefs de famille monoparentale ou qui n'avaient pas d'attaches étaient plus nombreux à déclarer que leur santé mentale était passable ou mauvaise que ceux vivant avec un partenaire ou un conjoint, avec ou sans enfants (figure 1-21).

Une bonne santé mentale et une estime positive de soi permettent à une personne de se lier à une communauté et de s'y intégrer. L'appartenance à une communauté de soutien contribue à la santé mentale d'une personne. En effet, une telle communauté offre un appui en temps de crise, aide la personne à puiser dans ses racines culturelles et lui offre des possibilités de créativité. On peut définir une communauté par sa géographie – par exemple, une collectivité locale – ou par les caractéristiques des personnes qui la composent, comme la religion, la langue, la culture ou l'orientation sexuelle.

Figure 1-21 Santé mentale perçue comme étant passable ou: mauvaise chez les adultes âgés de 15 ans et plus, selon la situation des particuliers dans le ménage, Canada, 2002

Figure 1-22 Sentiment d'appartenance à la communauté, selon: l'âge, Canada, 2002

En 2002, deux Canadiens de 15 ans et plus sur dix (18,5 %) ont déclaré éprouver un très fort sentiment d'appartenance à leur communauté, et quatre Canadiens sur dix (39,9 %) ont signalé que ce sentiment d'appartenance était « quelque peu fort ».

Des proportions similaires d'hommes et de femmes de tous les groupes d'âge ont déclaré éprouver un sentiment très fort ou quelque peu fort d'appartenance envers leur communauté. Les personnes âgées de moins de 45 ans ne se sentaient pas aussi fortement liées à leur communauté que les personnes plus âgées (figure 1-22). Ces résultats pourraient refléter un changement quant au sentiment d'appartenance des personnes envers leur communauté survenu au cours de la seconde moitié du 20e siècle.

État d'emploi

Un emploi fournit un revenu à une personne et lui donne le sentiment d'accomplir quelque chose et de contribuer à la communauté.

Le chômage est associé à un mauvais état de santé22. Les gens qui sont sans emploi ont une faible confiance en eux-mêmes et peuvent présenter plusieurs troubles psychosomatiques liés au stress qui découlent du chômage23.

Les répondants de l'Enquête sur la santé mentale et le bien-être de 2002 (ESCC 1.2) qui n'avaient pas d'emploi étaient plus nombreux à faire état d'une santé mentale passable ou mauvaise comparativement à ceux qui avaient occupé un emploi au cours des 12 derniers mois (figure 1-23).

Stress professionnel

Les deux tiers des Canadiens (66,9 % ou 16 millions de personnes) travaillent ou cherchent activement un emploi24. Tout travail entraîne un certain degré de stress lié à la nécessité de faire face aux exigences connexes, au besoin de se sentir valorisé et à la perte de contrôle sur son temps et ses responsabilités.

Les gens qui exercent davantage de contrôle sur leurs conditions de travail et qui ont des emplois moins stressants sont en meilleure santé et vivent souvent plus longtemps que ceux qui effectuent un travail ou pratiquent des activités présentant davantage de stress ou de risque.

Les conditions de travail peuvent être un facteur de risque de problèmes mentaux et de maladie mentale. Les systèmes de gestion autoritaires, les infractions aux normes de santé et de sécurité, de piètres relations entre travailleurs et employeur et le sous-emploi ou le suremploi peuvent entraîner des problèmes de santé mentale25.

Selon l'Enquête sur la santé mentale et le bien-être de 2002 (ESCC 1.2), un Canadien sur 2 considère son travail comme étant stressant dans une certaine mesure (figure 1-24). Un adulte sur 3 âgé de 25 à 44 ans et de 45 à 64 ans a déclaré qu'il trouvait son travail assez ou extrêmement stressant. Il s'agit d'une proportion plus élevée que celles observée chez les jeunes adultes et les personnes âgées. Seulement un jeune adulte (âgé de 15 à 24 ans) sur 5 estime que son travail est assez ou extrêmement stressant.

Figure 1-23 Santé mentale perçue comme étant passable ou: mauvaise chez les adultes âgés de 25 à 65 ans, selon leur état d'emploi au cours de la dernière année, Canada, 2002

Figure 1-24 Auto-perception du stress professionnel chez les: adultes âgés de 15 ans et plus, selon l'âge, Canada, 2002

Dans les groupes d'âge de 15 à 24 ans et de 45 à 64 ans, les femmes, plus que les hommes, considèrent leur travail comme étant assez ou extrêmement stressant (figure 1-25).

Dans le cadre de l'Enquête, on ne s'est pas interrogé sur ce qui rend le travail stressant, ni sur la nature des activités professionnelles (c.-à-d. la plus grande probabilité qu'une femme travaille à temps partiel ou dans les domaines de la vente, du travail de bureau ou des services) ou sur la conciliation travail-famille.

Les personnes appartenant à la catégorie de revenu la plus élevée étaient plus nombreuses que celles des autres catégories de revenu à considérer leur travail comme étant assez ou extrêmement stressant. Le fait d'avoir de plus grandes responsabilités et de plus longues heures de travail pourrait expliquer ce résultat (figure 1-26).

Les personnes ayant fait des études postsecondaires étaient plus nombreuses que celle des autres niveaux de scolarité à considérer leur travail comme étant assez ou extrêmement stressant (figure 1-27).

Figure 1-25 Travail perçu comme étant assez ou extrêmement: stressant, selon l'âge et le sexe, Canada, 2002

Figure 1-26 Travail perçu comme étant assez ou extrêmement: stressant chez les adultes âgés de 25 à 65 ans, selon le revenu du ménage, Canada, 2002

Figure 1-27 Travail perçu comme étant assez ou extrêmement: stressant chez les adultes âgés de 25 à 65 ans, selon le niveau de scolarité, Canada, 2002

Pratiques personnelles en matière de santé et capacité d'adaptation

Les gens peuvent réfléchir à leur situation et prendre des décisions sur ce qu'elles feront dans l'avenir. Toutefois, les contextes organisationnel, institutionnel, culturel et sociétal de leur vie influent sur ce phénomène en facilitant ou en limitant les options qui leur sont disponibles. Dans un monde idéal, le contexte social rend possible et appuie les choix et les modes de vie sains.

L'activité physique régulière a de puissantes répercussions sur la santé mentale. Elle permet à certains composés chimiques du cerveau de stabiliser les émotions et de réduire l'anxiété. L'activité physique régulière aide également les gens à atteindre et à conserver un poids santé.

De nombreuses personnes gèrent le stress dans leur vie en mangeant trop. Malheureusement, les personnes qui ont un excès de poids ou qui sont obèses sont plus à risque de souffrir de problèmes de santé physique, comme la cardiopathie, les accidents vasculaires cérébraux, le diabète et l'arthrose.

Selon l'Enquête sur la santé mentale et le bien-être de 2002 (ESCC 1.2), les Canadiens inactifs physiquement étaient plus nombreux que les Canadiens actifs à évaluer leur santé mentale comme étant passable ou mauvaise (figure 1-28). (Les répondants étaient considérés comme étant physiquement inactifs ou « sédentaires » s'ils déclaraient que leur dépense d'énergie quotidienne habituelle pendant leurs activités de loisirs était < 1,5 kcal/kg/jour.)

Les Canadiens qui avaient un poids insuffisant ou qui étaient obèses étaient plus nombreux que ceux ayant un poids santé ou un excès de poids à évaluer leur santé mentale comme étant passable ou mauvaise. Les personnes qui ont un poids insuffisant pourraient souffrir d'une maladie chronique sous-jacente. (IMC [indice de masse corporelle] = poids en kilogrammes divisé par le carré de la taille en mètres. Aux fins du présent rapport, on définit un poids insuffisant comme un IMC < 18,5, un excès de poids comme un IMC = 25,0 à 29,9 et l'obésité comme un IMC ≥ 30.)

Figure 1-28 Santé mentale perçue comme étant passable ou: mauvaise chez les adultes de 15 ans et plus, selon le niveau d'activité physique et le poids auto-déclarés, Canada, 2002

Affections physiques chroniques

La santé mentale et la santé physique sont étroitement liées. Les gens qui font face à beaucoup de stress risquent davantage de contracter des infections, et le stress peut exacerber des problèmes de santé chroniques comme l'asthme, la maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC), l'angine de poitrine, l'hypertension et l'arthrite. Les personnes qui sont atteintes d'affections physiques chroniques comme le diabète, la MPOC et la cardiopathie sont très sujettes à la dépression26.

On a également relevé ce lien entre la santé physique et la santé mentale chez les participants de l'Enquête sur la santé mentale et le bien-être de 2002. Les gens atteints de troubles de santé physique chroniques avaient une perception moins positive de leur santé mentale que ceux sans affection physique chronique (figure 1-29). Les trois quarts (75,2 %) des personnes qui ne sont atteintes d'aucune affection physique chronique considèrent leur santé mentale comme étant excellente ou très bonne comparativement à 62,9 % des personnes souffrant d'une affection physique chronique.

Figure 1-29 Auto-perception de la santé mentale chez les adultes: âgés de 15 ans et plus, selon qu'ils sont atteints ou non d'une affection physique chronique, Canada, 2002

Origine culturelle ou raciale

Le Canada possède une riche diversité culturelle. Actuellement, les personnes qui sont nées à l'extérieur du pays représentent environ 16 % de la population. Les immigrants doivent relever le défi d'intégrer leur mode de vie aux valeurs différentes de la société canadienne et doivent donc souvent composer avec l'isolement social.

L'appartenance à une race ou à un groupe ethnique ou culturel précis peut influer sur l'état de santé mentale. Les mécanismes d'adaptation et le soutien social sont souvent déterminés par la culture. La santé mentale d'une personne peut également être liée à de plus vastes enjeux sociaux comme le racisme, la discrimination et la pauvreté.

Bien-être des Autochtones

Étant donné la grande diversité des peuples autochtones au Canada, on pourrait s'attendre à trouver une diversité correspondante sur le plan des notions de santé mentale et de bien-être. Bien qu'il y ait d'importantes différences culturelles et régionales, correspondant à une histoire, des modes de vie et des structures sociales différents, certains points communs existent chez les peuples autochtones dans leur façon de comprendre la santé et la maladie.

Selon les conceptions autochtones traditionnelles de la santé, la santé mentale était indissociable des autres aspects du bien-être. Les Autochtones vivaient en relation étroite avec leur territoire, et les activités quotidiennes nécessaires à leur survie comportaient une dimension spirituelle qui maintenait des liens harmonieux avec les animaux, l'environnement et l'univers dans son ensemble.

À la différence de l'importance accordée à l'individu dans la société eurocanadienne, la notion de personne en bonne santé dans la plupart des cultures autochtones met l'accent sur les relations et les rapports avec les autres. La personne est au cœur d'un réseau de relations de soutien. Ces liens s'étendent à ceux qui ont vécu auparavant, soit les ancêtres, qui sont présents dans la mémoire, les histoires et les pratiques cérémoniales des Autochtones. Ces ancêtres, qu'on appelle parfois « grand-pères » ou « grand- mères », méritent attention et respect afin que les vivants, en retour, puissent se sentir liés aux autres époques. Ce sentiment d'interrelation s'étend également aux autres au sein de la famille, du clan ou de la communauté.

Une personne est en bonne santé lorsqu'elle entretient des relations harmonieuses sur les plans moral et spirituel avec les autres membres de la famille et de la communauté, ainsi qu'avec les ancêtres et le réseau élargi des relations qui forment le monde et qui peuvent assurer le bien-être des générations futures.

La plupart des peuples autochtones disposent de plusieurs grilles de réflexion sur la santé mentale et la maladie mentale, et ils y ont recours selon l'aspect du problème qui est en cause. Comme l'oppression culturelle et les traumatismes historiques ont laissé des traces profondes, de nombreux Autochtones considèrent que leur santé mentale passe par un processus continu de guérison sur les plans individuel et collectif27.

Le chapitre 12 traite de manière plus approfondie de la santé mentale des Autochtones.

Patrimoine biologique et génétique

La composition biologique et organique du corps humain est l'un des déterminants fondamentaux de la santé. Le patrimoine génétique semble prédisposer certaines personnes à une panoplie de réactions individuelles au cours des différents stades de développement et face aux événements et aux défis de la vie. S'il est vrai que la génétique peut expliquer certains problèmes de maladie mentale, il faut également prendre en compte l'influence de la culture et des structures et des interactions sociales dans l'expression des facteurs génétiques.

Développement sain de l'enfant

L'acquisition de la résilience nécessaire à une bonne santé mentale débute dès l'enfance. Il est donc crucial que les enfants vivent des expériences positives. Des rapports sains entre les parents et leurs enfants, l'amour inconditionnel, le respect de l'individualité, les bonnes relations au sein de la famille et avec les pairs sont autant de facteurs qui contribuent à bâtir la confiance en soi d'un enfant et lui permettent d'établir des liens affectifs avec les autres28.

En revanche, des modèles de comportement antisociaux, la violence familiale, les difficultés conjugales, la négligence et les mauvais traitements, la toxicomanie ou la maladie mentale chez les parents, ou l'isolement social, favorisent l'apparition de problèmes de santé mentale et de la maladie mentale chez l'enfant29.

Sexe social

Le terme « sexe social » renvoie aux rôles et aux rapports déterminés par la société, aux traits de personnalité, aux attitudes, aux comportements, aux valeurs ainsi qu'à l'influence et au pouvoir relatifs que la société attribue aux deux sexes en fonction de leurs différences. Le terme « sexe biologique », par contre, renvoie aux différences biologiques entre les hommes et les femmes, qu'elles soient liées à l'activité hormonale, à la physiologie ou aux appareils endocriniens ou reproducteurs.

Au chapitre de la santé mentale, les normes et les attentes relatives au sexe social contribuent à définir ce qui est considéré comme normal pour un sexe ou l'autre et influent sur la capacité d'une personne de satisfaire sans malaise à ces normes. En général, les rôles et responsabilités des femmes et des hommes et les possibilités qui s'offrent à chacun sont perçus différemment. Par exemple, les mères qui sont toxicomanes sont perçues différemment des pères qui sont toxicomanes. De la même manière, les femmes qui sont violentes ne sont pas perçues comme les hommes violents, et les hommes dépressifs sont perçus différemment des femmes dépressives.

Le fait de ne pas répondre aux attentes liées au sexe social peut entraîner certaines conséquences plus ou moins graves, selon qu'on soit un homme ou une femme et selon la rigidité des normes. De plus, le degré de stigmatisation lié aux dérogations aux attentes peut varier selon l'époque, les groupes d'âge et les groupes culturels. Ces conséquences et cette stigmatisation peuvent avoir des répercussions différentes sur la santé mentale des femmes et des hommes.

Spiritualité

Dans le premier chapitre de son livre Accueillir notre humanité , Jean Vanier écrit :

« Ce livre parle du cœur humain, de ce qui nous définit essentiellement, en deçà de nos compétences, de nos savoirs, de nos dons, de nos faiblesses, de nos habitudes ou de nos convictions. Je veux y montrer comment nous pouvons le libérer des ténèbres et des peurs qui l'emprisonnent, l'empêchent d'être lui-même et l'incitent à rejeter les autres. La prise de conscience que nous appartenons à une humanité commune, et que cette appartenance est plus fondamentale que toute autre appartenance, a changé beaucoup de mes attitudes et ma vision de l'être humain. Elle m'a aidé à me libérer de compulsions égocentriques et de blessures intérieures, m'a incité à mieux accueillir ceux qui sont différents, les "étrangers", et même ceux qui nous agressent, les "ennemis". Passer de l'égoïsme à l'amour, de l'esclavage à la liberté, de l'enfermement sur soi à l'ouverture aux autres, c'est grandir; c'est le chemin vers la pleine maturité humaine. »

Ce paragraphe met en relief le besoin qu'ont tous les humains de se lier à quelque chose qui les dépasse, qui transcende les intérêts individuels et qui permet l'émergence d'un intérêt à l'égard de l'humanité entière. Les gens peuvent découvrir et entretenir ce lien de nombreuses façons, que ce soit par l'intermédiaire de religions organisées, de livres, de la musique, de l'art, de la nature ou des services rendus aux autres.

Pour de nombreuses personnes, ce lien spirituel contribue à leur bonne santé mentale. Sans lui, l'être humain peut se replier sur lui-même et perdre son ouverture sur le monde et sa résilience. Il est difficile alors de sortir de soi- mêmes et de recevoir ouvertement de l'aide ou d'aider les autres. Ceux qui sont prisonniers du cercle vicieux d'une dépendance illustrent bien cette absence de liens spirituels. L'une des 12 étapes de la démarche de rétablissement des Alcooliques Anonymes consiste à reconnaître une puissance supérieure. Des millions de personnes ont eu recours à cette démarche pour se débarrasser de leurs dépendances.

Environnement physique

Des facteurs physiques du milieu naturel (comme la qualité de l'air et de l'eau) influent énormément sur notre santé. D'autres facteurs du milieu bâti par les humains (comme le logement, la sécurité en milieu de travail et la conception des routes) ont également une influence importante.

L'environnement physique peut faciliter ou perturber la confiance, la coopération et la cohésion sociale au sein d'une collectivité. Tous ces facteurs ont des répercussions sur la santé mentale.

La présence dans un quartier de murs couverts de graffitis, de fenêtres placardées ainsi que de maisons, de magasins et d'immeubles d'habitation abandonnés témoigne parfois de la prévalence du vandalisme, des vols, des agressions et des gangs, autant d'aspects qui nuisent aux relations sociales. Un enfant qui grandit dans un tel environnement peut ressentir de la peur, de la solitude et du malheur30.

Résumé

Les déterminants de la santé mentale font ressortir la complexité des facteurs qui influent sur la bonne ou la mauvaise santé mentale d'une personne (tableaux 1-1 et 1-2). Ils offrent une perspective de la santé mentale (et de la maladie mentale) qui a une incidence sur l'élaboration des politiques et des programmes à tous les échelons du gouvernement et dans de nombreux secteurs de la société canadienne.

Les liens intersectoriels entre ces déterminants mettent également en lumière les aspects interreliés que sont l'égalité, la justice sociale, l'holisme, les relations ou l'interdépendance, et la communauté.

Tableau 1-1 Facteurs de protection pouvant influer sur l'apparition de problèmes de santé mentale et de troubles mentaux chez les personnes
Facteurs individuels Facteurs familiaux Contexte scolaire Événements et situations de la vie

Facteurs communautaires et culturels

Source : Australie. Promotion, prevention and early intervention for mental health [Monographie dans Internet] [Consulté le 23 sep 2005].
Accessible à l'adresse suivante : www.health.gov.au/internet/wcms/Publishing.nsf/Content/mentalhealth-mhinfo-ppei-monograph.htm
* Plusieurs de ces facteurs sont associés à un seul ou à quelques-uns des stades de la vie, surtout l'enfance. D'autres ont des répercussions tout au long de la vie, comme une situation socioéconomique désavantagée.
  • Caractère agréable
  • Nutrition adéquate
  • Attachement à la famille
  • Intelligence supérieure à la moyenne
  • Réussite scolaire
  • Compétences en résolution de problèmes
  • Locus de contrôle interne
  • Aptitude sociale
  • Habiletés sociales
  • Bonne capacité d'adaptation
  • Optimisme
  • Principes moraux
  • Valeurs
  • Cognitions positives par rapport à soi
  • Parents bienveillants
  • Harmonie familiale
  • Famille stable et sûre
  • Famille peu nombreuse
  • Plus de deux ans de différence entre les enfants d'une même famille
  • Responsabilité au sein de la famille (enfants ou adultes)
  • Relation de soutien avec un autre adulte (enfants ou adultes)
  • Règles et moralité familiales solides
  • Sentiment d'appartenance
  • Atmosphère scolaire positive
  • Groupe de pairs prosocial
  • Règles en matière de responsabilité et de serviabilité
  • Possibilités de réussite et reconnaissance des réalisations
  • Règles scolaires décourageant la violence
  • Relation avec un proche (partenaire/ mentor)
  • Possibilités offertes à des points tournants ou à des périodes de transition majeures dans la vie d'une personne
  • Sécurité économique
  • Bonne santé physique
  • Liens affectifs
  • Sentiment d'appartenance à la collectivité et établissement de réseaux
  • Participation à une église ou à un autre groupe communautaire
  • Forte identité culturelle et fierté à l'égard de son origine ethnique
  • Accès à des services de soutien
  • Règles communautaires et culturelles décourageant la violence

 

Tableau 1-2 Facteurs de risque pouvant influer sur l'apparition de problèmes de santé mentale et de troubles mentaux chez les personnes
Facteurs individuels Facteurs familiaux et sociaux Contexte scolaire Événements et situations de la vie

Facteurs communautaires et culturels

Source : Australie. Promotion, prevention and early intervention for mental health. [Monographie dans Internet]. [Consulté le 23 sep 2005]. Accessible à : www.health.gov.au/internet/wcms/Publishing.nsf/Content/mentalhealth-mhinfo-ppei-monograph.htm
* Plusieurs de ces facteurs sont associés à un seul ou à quelques-uns des stades de la vie, surtout l'enfance. D'autres ont des répercussions tout au long de la vie, comme une situation socioéconomique désavantagée.
  • Lésions cérébrales prénatales
  • Prématurité
  • Traumatisme de la naissance
  • Insuffisance de poids ou complications à la naissance
  • Handicap physique et intellectuel
  • Mauvaise santé pendant la petite enfance
  • Faible attachement du bébé ou de l'enfant
  • Faible intelligence
  • Caractère difficile
  • Maladie chronique
  • Faibles habiletés sociales
  • Faible estime de soi
  • Aliénation
  • Impulsivité
  • Avoir une mère adolescente
  • Avoir un seul parent
  • Absence du père pendant l'enfance
  • Famille nombreuse
  • Modèles de comportement antisociaux (pendant l'enfance)
  • Violence et conflits familiaux
  • Difficultés conjugales entre les parents
  • Supervision et surveillance insuffisantes de l'enfant
  • Faible participation des parents aux activités de l'enfant
  • Négligence pendant l'enfance
  • Chômage prolongé d'un parent
  • Criminalité chez un parent
  • Toxicomanie d'un parent
  • Maladie mentale d'un parent
  • Style de discipline incohérent ou extrêmement strict
  • Isolement social
  • Rejet
  • Absence de chaleur humaine et d'affection
  • Intimidation
  • Rejet par les pairs
  • Faible attachement à l'école
  • Gestion inadéquate du comportement
  • Groupe de pairs déviant
  • Échec scolaire
  • Violence physique, sexuelle ou psychologique
  • Changements d'école
  • Divorce et éclatement de la famille
  • Décès d'un membre de la famille
  • Maladie ou déficience physique
  • Chômage, itinérance
  • Incarcération
  • Pauvreté ou insécurité économique
  • Insécurité en matière d'emploi
  • Relations professionnelles insatisfaisantes
  • Accident ou blessure en milieu de travail
  • Prise en charge d'une personne malade ou handicapée
  • Hébergement dans une maison de soins ou un foyer pour personnes âgées
  • Guerres et catastrophes naturelles
  • Être défavorisé sur le plan socio- économique
  • Discrimination sociale ou culturelle
  • Isolement
  • Violence et crime dans la collectivité
  • Densité de la population et conditions de logement
  • Absence de services de soutien, notamment au chapitre du transport, des magasins et des installations récréatives

 

Promotion de la santé mentale

La promotion de la santé mentale renvoie au processus consistant à accroître la capacité des individus et des communautés de se prendre en main et d'améliorer leur santé mentale31. Comme elle vise à accroître l'estime de soi, les habiletés d'adaptation, le soutien social et le bien-être de tous les individus et communautés, la promotion de la santé mentale habilite les individus et les collectivités à avoir avec leur environnement une interaction qui les rendra plus forts sur les plans émotionnel et spirituel. Elle mise sur la résilience individuelle et sur les environnements sociaux favorables.

La promotion de la santé mentale vise également à combattre la discrimination à l'égard des personnes aux prises avec la maladie mentale. La promotion de la santé mentale pour tous passe nécessairement par le respect de la culture, l'équité, la justice sociale, les liens avec autrui et la dignité personnelle.

La promotion de la santé mentale profite à l'ensemble de la population. Chacun d'entre nous a besoin d'une bonne santé mentale pour faire face aux exigences quotidiennes et aux événements importants de la vie. De plus, une bonne santé mentale aide les personnes atteintes d'une maladie chronique ou d'un handicap à surmonter efficacement leur problème de santé physique.

Stratégies de promotion de la santé mentale

La promotion de la santé mentale est fondée sur une approche axée sur la santé de la population qui détermine les décisions en matière de politiques, de programmes et de services. L'approche axée sur la santé de la population vise à améliorer la santé de l'ensemble de la population et à réduire les inégalités entre les différents groupes. Elle reconnaît l'éventail des facteurs sociaux, économiques et physiques qui contribuent à la santé32.

En matière de promotion de la santé mentale, une approche axée sur la santé de la population comprend les aspects suivants :

  1. mettre l'accent sur les besoins de l'ensemble de la population et des sous-populations ayant des besoins spéciaux;
  2. aborder les déterminants de la santé mentale ainsi que leurs interrelations (voir la section précédente du présent chapitre, qui traite de ces déterminants);
  3. fonder les décisions sur un besoin manifeste (données probantes) ainsi que sur l'efficacité des interventions;
  4. accroître les investissements au chapitre des déterminants sociaux et économiques de la santé;
  5. miser sur des stratégies multiples dans divers contextes et secteurs, conformément à la Charte d'Ottawa pour la promotion de la santé de 1986 (acquérir des aptitudes individuelles, renforcer l'action communautaire, créer des milieux favorables, élaborer une politique publique favorisant la santé et réorienter le système de santé);
  6. favoriser la collaboration entre les divers secteurs et paliers gouvernementaux;
  7. prévoir des mécanismes encourageant la participation concrète des citoyens;
  8. insister sur le devoir de transparence quant aux résultats atteints en matière de santé.
Stratégies relatives à la santé des enfants et des jeunes

Les programmes communautaires pour les enfants de Ressources humaines et Développement social Canada33 tiennent compte du fait que les enfants et les jeunes sont particulièrement vulnérables aux événements de leur vie et aux conditions qui règnent dans leurs milieux familial, social, scolaire et communautaire. Ces événements et conditions peuvent aider une jeune personne à acquérir une personnalité forte et résiliente qui contribue de manière constructive à sa famille et à sa collectivité ou, au contraire, ils peuvent avoir des effets néfastes tout au long de sa vie. Voici les éléments essentiels d'un programme global d'amélioration de la santé, y compris la santé mentale, des enfants :

  • Politiques favorables aux enfants et aux familles – Les gouvernements, l'industrie, les milieux de travail et d'autres entités doivent évaluer les répercussions de leurs politiques sur les enfants et les familles.
  • Programmes de compétences parentales – Les parents bénéficient du soutien de leur famille, de leurs amis et de programmes communautaires qui les aident à acquérir des compétences parentales et leur offrent un réseau de soutien social. L'amour et l'affection que les parents donnent à leurs enfants ont des répercussions profondes sur la conscience de soi, la capacité d'établir des liens avec les autres ainsi que sur la capacité d'apprentissage de ces derniers.
  • Programmes de développement des jeunes enfants – Des programmes d'apprentissage précoce et de services de garde accessibles, abordables et de bonne qualité, fondés sur des principes d'inclusion, d'accessibilité et de qualité ainsi que sur le choix des parents, peuvent être des facteurs de stimulation et d'épanouissement pour les jeunes enfants.
  • Revenu familial adéquat – Des programmes visant à aider les parents à se trouver un emploi, à trouver un logement abordable, à obtenir des soins de santé et à poursuivre leur apprentissage peuvent contribuer à briser le cercle vicieux de la pauvreté. Les conséquences de la pauvreté infantile peuvent s'étendre sur une vie entière. La pauvreté nuit au développement, à l'apprentissage et à l'intégration sociale d'un enfant.
  • Système de justice familiale – Un système de justice favorable aux enfants et tenant compte de leurs points de vue, selon leur âge et leur degré de maturité, peut faire en sorte que le système soit moins axé sur l'affrontement contradictoire et davantage sur l'enfant. Il faut donner aux parents le soutien et les outils nécessaires afin qu'ils puissent trouver des arrangements parentaux favorables à l'intérêt supérieur des enfants.
  • Intégration sociale et diversité : édifier la collectivité – Des programmes visant à sensibiliser les gens à propos des obstacles non intentionnels, et l'établissement de processus et de partenariats entre ceux qui prennent les décisions et ceux que les décisions concernent. Certains enfants se heurtent à des obstacles qui les empêchent de participer pleinement à la société en raison de handicaps ou parce qu'ils sont des immigrants, ont des croyances religieuses particulières, ou vivent dans le Nord ou dans des régions rurales.
Programmes en milieu scolaire

L'Approche globale de la santé en milieu scolaire34 (AGSS) constitue une approche intégrée de promotion de la santé qui offre aux élèves de nombreuses d'occasions d'observer et d'assimiler des attitudes et des comportements positifs relativement à la santé mentale.

« L'AGSS voit la santé comme une ressource de la vie quotidienne. Elle reconnaît que bien des facteurs différents ont des répercussions sur la santé et le bien-être des élèves, dont l'état physique de leur maison, de leur école et de leur collectivité, la disponibilité et la qualité des soins de santé, les conditions socio- économiques ainsi que la qualité et les retombées des interventions en promotion de la santé. L'AGSS encourage et exige des partenariats actifs entre tous ceux qui peuvent et devraient contribuer au bien-être des élèves, y compris les enseignants, les parents, les pairs, les professionnels de la santé et la communauté. »

L'AGSS regroupe quatre éléments principaux :

  • C'est par l'enseignement que les élèves doivent être informés à propos de la santé et du bien-être, ainsi que des risques et des autres questions liés à la santé. Cela comprend les programmes d'enseignement, l'éducation en matière de santé physique et diverses stratégies d'apprentissage. L'enseignement favorise l'acquisition de compétences, comme en résolution de problèmes et en communication, et permet aux élèves de se sentir compétents et efficaces.
  • Les services de soutien sont essentiels afin que l'on puisse reconnaître de façon précoce, et traiter rapidement, les enfants présentant des troubles mentaux qui pourraient affecter leur capacité d'apprentissage pendant toute leur vie. Ces services de soutien comprennent les services de santé ainsi que les services sociaux et psychologiques. L'école est un bon endroit pour offrir ces services, qu'ils soient mis en place par les écoles elles-mêmes ou la collectivité, notamment par les fournisseurs de services de santé, les services de santé publique ou les organismes de services sociaux et de services non gouvernementaux.
  • L'environnement psychosocial comprend le soutien psychologique et social offert à l'école et celui dont les racines se trouvent dans la maison et la collectivité. Ce soutien peut être officieux (amis, pairs et professeurs) ou officiel (politiques et règlements scolaires, clubs sociaux ou groupes de soutien). Cet élément prend également en considération le fonctionnement de l'école et les politiques en place.
  • Un environnement physique sain englobe la qualité de l'air, un bon éclairage, un bon contrôle du bruit, des mesures visant à prévenir le surpeuplement, une nourriture saine et la minimisation de l'exposition aux substances toxiques. Lorsqu'ils sont déficients, les éléments susmentionnés peuvent engendrer du stress entraînant des symptômes physiques et des difficultés d'apprentissage.
Programmes de santé en milieu de travail

Le milieu de travail est un endroit clé où l'on peut faire la promotion de la santé mentale et aider les gens à se rétablir après une maladie mentale. Les employeurs ainsi que les employés tirent profit des programmes de promotion de la santé mentale. La productivité, la collégialité et la créativité s'améliorent lorsque les employés sont en mesure de faire face aux activités quotidiennes ainsi qu'aux exigences de leur travail.

Les programmes de santé en milieu de travail qui réussissent le mieux sont fondés sur le soutien et la participation des gestionnaires, sur la mise à contribution et le soutien des autres ainsi que sur un comité désireux de travailler. Dans le Modèle de promotion de la santé dans l'entreprise, élaboré par Santé Canada et la Fondation de la recherche sur la toxicomanie35, on a déterminé les principes directeurs suivants à intégrer aux programmes de santé en milieu de travail :

  • satisfaire les besoins de tous les employés, quel que soit leur état de santé;
  • prendre en considération les besoins, préférences et attitudes des divers groupes de participants;
  • tenir compte du fait que le mode de vie d'une personne se compose d'un ensemble d'habitudes de santé interdépendantes;
  • s'adapter aux caractéristiques particulières de chaque milieu de travail;
  • soutenir l'élaboration d'une politique globale solide en matière de santé en milieu de travail.

Il est important que tous les programmes de promotion de la santé en milieu de travail tiennent compte de trois domaines d'influence :

l'environnement, les ressources personnelles et les pratiques de santé.

En ce qui concerne l'environnement, il faut tenir compte des aspects suivants :

  • l'environnement physique : le bruit, les substances toxiques, la qualité de l'air, l'éclairage et la conception du lieu de travail;
  • l'environnement social : les horaires de travail, la conciliation entre les responsabilités personnelles et professionnelles, les échéances, l'organisation du travail et la formation et le soutien disponibles;
  • les relations interpersonnelles : la communication entre les pairs, le respect des différences et de la diversité et le sentiment d'appartenance au milieu de travail.

En ce qui concerne les ressources personnelles, il faut tenir compte de l'auto-efficacité et du soutien social.

En ce qui concerne les pratiques en matière de santé, il faut tenir compte du poids santé, de l'interdiction de fumer, de l'activité physique, du sommeil et des problèmes liés à la consommation de certaines substances.

Promotion de la santé mentale chez les personnes âgées

Il n'est jamais trop tard pour faire la promotion de la santé mentale. Divers facteurs, dont le revenu, l'adaptabilité et l'état de santé, influent sur le vieillissement. Toutes les personnes âgées peuvent profiter des bienfaits que procure l'activité physique, mentale et sociale sur le plan de leur capacité de fonctionnement, indépendamment de leur âge ou des limites imposées par la maladie. En fait, une bonne santé mentale peut aider la personne à faire face aux difficultés qui accompagnent le vieillissement, comme la maladie chronique, la perte du partenaire et d'amis et la retraite. Une meilleure connaissance de l'étendue du fonctionnement normal chez les personnes âgées pourrait permettre d'éviter la médicalisation de ce processus normal qu'est le vieillissement.

Soutien des collectivités

La promotion de la santé mentale s'applique à l'ensemble de la population dans le contexte de la vie quotidienne36. Elle profite à tout le monde. En déterminant et en encourageant les qualités personnelles et sociales qui favorisent une bonne santé mentale, les gens peuvent collaborer en vue d'améliorer la santé de leur collectivité.

La majeure partie du travail de promotion de la santé mentale au sein d'une communauté concerne les changements d'attitude. Il faut mettre l'accent sur l'importance de conserver une bonne santé mentale plutôt que de traiter uniquement les souffrances individuelles. On doit également s'occuper des maladies mentales d'une manière équilibrée et humaine afin de contrer les préjugés et de favoriser le rétablissement des personnes malades.

Les relations avec la famille, les amis et d'autres proches constituent sans doute l'un des facteurs les plus favorables à la santé mentale d'une personne. Les initiatives de promotion de la santé mentale s'appuient sur ces réseaux de soutien social et établissent de nouvelles relations qui favorisent un sentiment d'appartenance. Ces initiatives prennent de nombreuses formes et dépendent de la nature et des ressources de la communauté concernée.

La promotion de la santé mentale s'appuie sur des politiques qui visent à réduire les inégalités contribuant à la détérioration de la santé mentale des personnes. Il peut s'agir d'un déséquilibre du pouvoir, de violence, de pauvreté, d'absence de scolarisation, de discrimination raciale, de stigmatisation, de logement insuffisant ou d'absence de possibilités d'emploi (consulter le chapitre 2 pour de plus amples renseignements).

La communauté doit participer à la détermination de ses besoins et décider de ce qui doit être fait pour y répondre – il s'agit d'un principe clé de la promotion de la santé mentale. Un sentiment accru de maîtrise de soi, d'autonomie, d'autodétermination et de résilience sont les résultats souhaités de ce processus.

Pour certains Canadiens, leur communauté peut être un établissement de soins prolongés. On estime que 80 % des résidents de ce type d'établissement sont atteints d'un trouble mental accompagné d'un déficit cognitif ou physique37. L'environnement (psychosocial et physique) des établissements de soins prolongés peut améliorer ou miner la santé mentale des résidents. Les facteurs de l'environnement psychosocial (philosophie des soins, prestation des soins, possibilités relationnelles et sociales, activités, communication du personnel) et les facteurs de l'environnement physique (espace, bruit, géographie, niveau d'activité) constituent le milieu environnemental. En modifiant certains facteurs environnementaux, comme une réduction du bruit par l'élimination des haut-parleurs et des sonnettes d'appel dans les établissements, on peut améliorer la santé mentale de tous les résidents. D'autres modifications, comme le soutien des pairs auprès de résidents déprimés, peuvent contribuer à régler certains problèmes individuels38.

Stratégies individuelles

L'Association canadienne pour la santé mentale (ACSM) fait la promotion de la santé mentale personnelle, en s'appuyant sur les principes suivants39 :

  • Ne pas négliger son bien-être psychologique – Évaluer si l'on est capable de faire face aux exigences quotidiennes de la vie et aux problèmes imprévus et si on profite de la vie. Tenir compte des facteurs de stress particuliers auxquels on doit faire face ainsi que de leurs effets sur sa vie.

  • Exercer sa forme mentale tous les jours. Voici quelques suggestions :
    • rêvasser;
    • trouver des façons de surmonter les pensées négatives;
    • faire de l'exercice (voir ci-dessous);
    • avoir des passe-temps;
    • tenir un journal intime;
    • échanger des blagues;
    • faire du bénévolat et entretenir des liens avec les autres;
    • s'occuper de soi-même.

Faire de l'activité physique régulièrement. L'exercice stimule la production d'endorphines, des composés chimiques produits dans le cerveau qui engendrent une sensation de bien-être et atténuent le stress et la douleur. L'exercice réduit l'anxiété et soulage les tensions, la fatigue et la colère. L'exercice physique aide à combattre le repli sur soi et les sentiments de désespoir qui sont associés à la dépression. Il favorise également l'interaction avec les autres dans un milieu positif. Même cinq minutes d'exercice aérobique (comme la natation et la marche) peuvent être bénéfiques.

Les partenaires en matière de la promotion de la santé mentale

Étant donné le grand nombre de déterminants de la santé mentale, chaque personne, fournisseur de services, organisme, organisation et gouvernement au Canada doit participer à la promotion de la santé mentale.

Les familles et les amis sont à la base du système de promotion de la santé mentale de toute personne, car ils contribuent aux aspects suivants :

  • relations constructives;
  • possibilités de croissance et soutien;
  • développement et soutien dans les moments de conflit ou de stress et les événements difficiles de la vie.

Les gouvernements, à tous les échelons, créent des politiques qui influent sur l'emploi, la pauvreté, l'aide sociale, les possibilités d'éducation et les systèmes judiciaires et juridiques.

Les organismes non gouvernementaux (ONG) ont pour rôle :

  • de sensibiliser le public;
  • de fournir des outils d'aide personnelle et d'entraide;
  • de mener et d'appuyer des interventions communautaires et de promouvoir des politiques et des milieux favorables à la santé mentale.

Les fournisseurs de services de santé et les organismes communautaires, y compris les organismes religieux, ont pour rôle :

  • d'appuyer le renforcement des connaissances et des compétences personnelles;
  • d'aider les gens à reconnaître les facteurs stressants de leur vie et à les surmonter en leur offrant du counselling ou en les dirigeant vers d'autres organismes;
  • de participer aux coalitions communautaires.

Les chercheurs, universitaires et organisations professionnelles se chargent de :

  • former les fournisseurs de services;
  • mettre à la disposition des chercheurs une base de recherches afin d'encourager des interventions efficaces;
  • participer à des coalitions et à des actions communautaires.

Les garderies, les écoles et les milieux de travail des secteurs public et privé sont des lieux où les enfants, les jeunes et les adultes passent une grande partie de leurs journées. Ce sont donc des endroits tout désignés pour mettre en œuvre des programmes de promotion de la santé mentale.

Notes de fin de chapitre

  1. Organisation mondiale de la santé. Rapport sur la santé dans le monde, 2001 – La santé mentale : Nouvelle conception, nouveaux espoirs [monographie sur Internet]. Genève : Organisation mondiale de la santé; 2001 [consulté le 4 janvier 2005]. Accessible à : www.who.int/whr/2001/fr/index.html
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  38. Coalition canadienne pour la santé mentale des personnes âgées. Supportive social design principles for long-term care settings. Accessible à : www.ccsmh.ca
  39. Association canadienne pour la santé mentale. Faites travailler le corps et l'esprit – Auto-évaluation. Toronto : Association canadienne pour la santé mentale; mai 2005 [consulté le 2 déc 2005]. Accessible à : www.cmha.ca/bins/form_page.asp?cid=2-267-383&lang=2
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