ARCHIVÉ - Aspect humain de la santé mentale et de la maladie mentale au Canada 2006

 

CHAPITRE 6 TROUBLES DE LA PERSONNALITÉ

Que sont les troubles de la personnalité?

Les troubles de la personnalité sont des modes durables de comportements et d'expérience vécue qui dévient notablement de ce qui est attendu dans la société. Ces troubles, qui sont envahissants, rigides et stables dans le temps, mènent à une souffrance ou à une altération du fonctionnementNote de bas de page 1 .

« De nos jours, la personnalité est considérée comme un ensemble complexe de caractéristiques psychologiques enchâssées et difficiles à modifier, qui sont pour la plupart inconscientes et qui s'expriment automatiquement dans presque tous les aspects du fonctionnement. »Note de bas de page 2 [Traduction]

Ces caractéristiques, communément appelées traits de personnalité, s'expriment sur le continuum du fonctionnement social. Les troubles de la personnalité consistent en l'expression de traits de personnalité par des comportements inappropriés et, à la longue, inadaptésNote de bas de page 3 . Cette classification est arbitraire dans une certaine mesure.

Certaines déviations peuvent être très légères, n'affectant que très peu la vie familiale ou professionnelle. D'autres peuvent profondément perturber la vie familiale et sociale. Les comportements associés aux troubles de la personnalité sont déclenchés par des situations et des événements précis. En général, les personnes atteintes d'un trouble de la personnalité ont de la difficulté à s'entendre avec les autres et elles peuvent être irritables, exigeantes, hostiles, craintives ou manipulatrices.

Il existe de nombreux troubles de la personnalitéNote de bas de page 4  (tableau 6-1). La classification des troubles de la personnalité est arbitraire. Chaque personne est unique et peut présenter une combinaison de modes de comportement.

                                                                                       Symptômes
                                                                                  Troubles anxieux

  • Difficulté à s'entendre avec les autres. La personne peut être irritable, exigeante, hostile, craintive ou manipulatrice.
  • Les modes de comportement dévient notablement de ce qui est attendu dans la société et ils restent stables dans le temps.
  • Le trouble affecte les pensées, les émotions, les relations interpersonnelles et la maîtrise des impulsions.
  • Le mode de comportement est rigide et se manifeste dans un large éventail de situations.
  • Le mode de comportement est stable ou de longue durée, apparaissant durant l'enfance ou l'adolescence.

 

Tableau 6-1 Types de troubles de la personnalité
Types Modes de comportement
Personnalité borderline (limite) Instabilité des relations interpersonnelles, de l'image de soi et des affects, impulsivité marquée.
Personnalité antisociale Mépris et transgression des droits d'autrui.
Personnalité histrionique Réponses émotionnelles excessives et quête d'attention.
Personnalité narcissique Comportements grandioses, besoin d'être admiré et manque d'empathie.
Personnalité évitante Inhibition sociale, sentiments de ne pas être à la hauteur et hypersensibilité au jugement négatif d'autrui.
Personnalité dépendante Comportement soumis et « collant » lié à un besoin excessif d'être pris en charge.
Personnalité schizoïde Détachement des relations sociales et restriction de la variété des expressions émotionnelles.
Personnalité paranoïaque Méfiance soupçonneuse envers les autres dont les intentions sont interprétées comme malveillantes.
Personnalité obsessionnelle-compulsive Préoccupation par l'ordre, la perfection et le contrôle.
Personnalité schizotypique Gêne aiguë dans les relations proches, distorsions cognitives et perceptuelles et conduites excentriques.

 

Les troubles de la personnalité sont-ils répandus?

Au Canada, il existe peu de données sur la prévalence des troubles de la personnalité. Toutefois, les estimations de la prévalence du diagnostic de trouble de la personnalité aux États-Unis varient de 6 à 9 %, selon les critères utilisés dans la définitionNote de bas de page 5 .

La plupart des études épidémiologiques portent sur le trouble de la personnalité antisociale. Selon une enquête menée en Ontario en 1991, le taux de prévalence sur un an du trouble de la personnalité antisociale dans l'ensemble de la population était de 1,7 %Note de bas de page 6 . Lors d'une étude effectuée à Edmonton dans les années 80, on a trouvé que 1,8 % de la population avait souffert du trouble de la personnalité antisociale au cours des six mois précédents et que 3,7 % des répondants avaient déjà présenté un trouble de la personnalité au cours de leur vieNote de bas de page 7 Note de bas de page 8 .

Répercussions des troubles de la personnalité

Qui est atteint?

Des études ont démontré qu'on diagnostique plus souvent le trouble de la personnalité antisociale chez les hommes que chez les femmes (3 % contre 1 %)Note de bas de page 9 , tandis que les femmes sont plus nombreuses à recevoir le diagnostic de trouble de la personnalité borderline (elles représentent environ 75 % des cas)Note de bas de page 10 . Cette différence entre les sexes est peut-être due à des différences en ce qui concerne les expériences sociales et les effets de la socialisation ainsi qu'au biais d'attribution.

Idéalement, les données d'une enquête sur la population fourniraient de l'information sur la distribution des cas de trouble de la personnalité selon l'âge et le sexe. Toutefois, à l'heure actuelle, ce sont les données sur les hospitalisations qui renseignent le mieux sur les cas de trouble de la personnalité. Ces données présentent néanmoins des limites, puisqu'à moins d'avoir un comportement suicidaire, les personnes atteintes d'un trouble de la personnalité qui sont traitées le sont dans la collectivité plutôt qu'en milieu hospitalier. De plus, les personnes souffrant du trouble de la personnalité borderline présentent un taux d'hospitalisation plus élevé que celles atteintes d'un autre trouble de la personnalité, car elles ont davantage des comportements suicidaires.

En 2002-2003, les hospitalisations liées à un trouble de la personnalité étaient plus fréquentes chez les personnes âgées entre 15 et 50 ans (figure 6-1). Dans ce groupe d'âge, les femmes ont été plus nombreuses que les hommes à être hospitalisées. Le taux d'hospitalisation chez les jeunes femmes de 15 à 19 ans était près de trois fois plus élevé que celui des jeunes hommes du même groupe d'âge.

Quels sont les effets des troubles de la personnalité?

Bien que les troubles de la personnalité apparaissent généralement à l'adolescence ou au début de l'âge adulte, ils peuvent aussi survenir au milieu de l'âge adulte. L'âge auquel apparaît un trouble de la personnalité dépend en partie de la nature du trouble, de la situation de la personne ainsi que des événements qui l'entourent. Par exemple, le trouble de la personnalité borderline touche particulièrement les adolescents et les jeunes adultes et est moins fréquent chez les adultes d'âge mûr. Inversement, le trouble de la personnalité narcissique peut ne survenir qu'au milieu de l'âge adulte, soit lorsque la personne est confrontée à un sentiment de perte de perspectives d'avenir ou à des limitations personnelles.

Figure 6-1 Hospitalizations for personality disorders*: Hospitalizations per 100,000 per 100,000, by age group, Canada (excluding Nunavut), 2002/03

 

Les troubles de la personnalité apparaissent généralement à l'adolescence ou au début de l'âge adulte, ce qui veut dire qu'ils surviennent à une période où les personnes apprennent à entretenir des relations entre adultes, terminent leurs études et débutent leur carrière professionnelle. L'adoption de comportements inadaptés à ce stade de la vie a des répercussions qui se feront sentir pendant le reste de la vie.

Les troubles de la personnalité sont souvent associés à des antécédents d'alcoolisme, de toxicomanie, de dysfonction sexuelle, de trouble anxieux généralisé, de trouble bipolaire, de trouble obsessionnel-compulsif, de trouble dépressif, de trouble alimentaire, de pensées suicidaires et de tentatives de suicideNote de bas de page 11 Note de bas de page 12 . Des recherches ont montré que jusqu'à la moitié des personnes détenues dans les établissements correctionnels présentent un trouble de la personnalité antisociale. Cette observation s'explique par le fait que les comportements associés à ce trouble, notamment la toxicomanie, la violence et le vagabondage, mènent à des délitsNote de bas de page 13 . Parmi les autres conséquences sociales des troubles de la personnalité, notons :

  • la violence conjugale;
  • les mauvais traitements infligés aux enfants;
  • la faible productivité au travail;
  • les tentatives de suicide;
  • la dépendance au jeu.

Les troubles de la personnalité ont aussi un effet important sur les proches. Les modes de comportement rigides de la personne touchée altèrent sa capacité de s'adapter à diverses situations; ce sont donc les autres qui doivent s'adapter à elle. Cela entraîne des tensions importantes dans toutes les relations interpersonnelles (famille, amis, collègues de travail). De plus, si les autres ne s'adaptent pas à la personne souffrant du trouble de la personnalité, celle-ci peut se mettre en colère, devenir frustrée ou déprimée ou se replier sur elle-même, entraînant un cercle vicieux d'interactions qui font en sorte que la personne persiste dans ses comportements inadaptés jusqu'à ce que ses besoins soient satisfaits.

Stigmatisation associée aux troubles de la personnalité

Comme les comportements associés à certains troubles de la personnalité restent similaires à ceux qui sont considérés comme « normaux », l'entourage de la personne touchée présume souvent que celle-ci peut facilement modifier son comportement et régler le problème interpersonnel. Cependant, lorsque les comportements inadaptés persistent, ils peuvent être interprétés comme un manque de volonté de changer. La nature rigide du trait de personnalité est mal comprise par les autres.

Causes des troubles de la personnalité

Selon toute vraisemblance, les troubles de la personnalité découlent de l'interaction complexe entre des facteurs génétiques et environnementaux. Les facteurs génétiques jouent un rôle dans les fondements biologiques du fonctionnement du cerveau et dans la structure de base de la personnalité. Cette structure influence la façon dont la personne réagit aux événements de la vie et à son environnement social. Avec le temps, chaque personne finit par développer des modes de perception du monde, des sentiments, des pensées, des mécanismes d'adaptation et des comportements qui lui sont propres.

Les personnes souffrant d'un trouble de la personnalité peuvent présenter un trouble de la régulation des circuits du cerveau qui sont responsables des émotions. Ce problème, combiné à des facteurs psychologiques et sociaux tels que les mauvais traitements, la négligence ou la séparation, augmente le risque de trouble de la personnalité. L'existence de liens étroits dans la famille ou d'un réseau de soutien à l'extérieur de la famille, à l'école ou dans la collectivité aide une personne à développer une bonne estime de soi et de solides capacités d'adaptation. Les possibilités de croissance personnelle et d'acquisition d'aptitudes particulières peuvent améliorer l'image qu'une personne a d'elle-même. Un tel environnement favorable confère une certaine protection contre les troubles de la personnalité.

Les diagnostics de trouble de la personnalité borderline sont généralement étroitement liés à des expériences de mauvais traitements ou d'attouchements sexuels durant l'enfance et à des dépendances chez les femmesNote de bas de page 14 .

Chez les personnes présentant une prédisposition biologique à un trouble de la personnalité, les principales difficultés liées au développement qui font partie de la vie normale à l'adolescence et au début de l'âge adulte – séparation de la famille, actualisation de soi et autonomie – peuvent constituer des facteurs qui déclenchent un tel trouble. Cela expliquerait pourquoi les troubles de la personnalité apparaissent généralement à ces étapes de la vie.

Traitement des troubles de la personnalité

La principale difficulté liée au traitement des troubles de la personnalité réside dans le fait que la plupart des personnes atteintes ne sont pas conscientes du problème. Elles blâment souvent les autres pour leurs difficultés interrelationnelles. Une psychothérapie intensive, individuelle et en groupe, combinée à l'administration d'antidépresseurs et de régulateurs de l'humeur, aide au moins en partie certaines personnes. La persistance des symptômes et l'incidence négative de ces symptômes sur la relation thérapeutique peuvent toutefois poser des problèmes.

Les personnes souffrant d'un trouble de la personnalité borderline sont plus nombreuses à être hospitalisées, à suivre une psychothérapie externe et à se présenter en salle d'urgence que les personnes atteintes d'un autre trouble de la personnalitéNote de bas de page 15 .

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