Rapport 4 : Le fardeau économique de la maladie au Canada, 2005-2008 – Valeur de la production perdue en raison de la mortalité prématurée selon l’étude FEMC, 2004-2008

Quatrième rapport : Valeur de la production perdue en raison de la mortalité prématurée selon l’étude FEMC, 2004-2008

1. Contexte

Depuis longtemps, la méthode du capital humain sert à estimer la valeur de la production perdue en raison de la mortalité prématurée causée par la maladie ou les blessures. Cette méthode calcule la valeur de la production perdue en déterminant la valeur actualisée du flux des revenus futurs d’une personne qui sont perdus en raison de son décès prématuré. Elle repose sur l’hypothèse du chômage involontaire nul; autrement dit, cette méthode de calcul suppose implicitement que lorsqu’une personne meurt, elle ne peut être remplacée. Cette hypothèse est peu plausible aujourd’hui compte tenu de la conjoncture du marché du travail, où le taux de chômage a fluctué entre 6 % et 10 % entre 1996 et 2010 (48 - 50).

Une méthode plus récente – la méthode des coûts de friction – a été mise au point par un groupe d’économistes néerlandais dans les années 1990 (51 - 54). Cette méthode suppose un chômage involontaire non nul, ce qui est plus conforme à la conjoncture économique actuelle. En effet, si une personne meurt, elle sera remplacée par un travailleur ou une travailleuse qui était en chômage auparavant. Il s’écoulera bien sûr un certain temps avant que le remplacement se fasse, ne serait‑ce que le temps requis pour la formation professionnelle. Cette méthode estime la perte de production qui correspond uniquement à la période nécessaire pour remplacer le travailleur décédé, appelée période de friction.

Dans les rapports précédents de l’étude FEMC, la valeur de la production perdue en raison de la mortalité prématurée était estimée à l’aide de la méthode du capital humain. Toutefois, à la lumière des résultats des ateliers de 2009 et 2010 sur le FEMC (organisés par l’ASPC), il a été recommandé d’utiliser la méthode des coûts de friction pour estimer le coût de la mortalité (55, 56).

Bien que la présente édition de l’étude FEMC porte sur les années 2005 à 2008, elle contient aussi les résultats de 2004, car les données requises pour produire les estimations de 2004 étaient disponibles. La valeur de la production perdue attribuable à la mortalité prématurée au regard de l’activité sur le marché du travail pour 2004‑2008 a été mesurée selon la catégorie et la sous‑catégorie de diagnostics, l’âge, le sexe et la province ou territoire, à l’aide de la méthode des coûts de friction et d’une approche fondée sur la prévalence. Le présent rapport décrit les sources de données et les méthodes utilisées pour établir le coût de la mortalité pour la période de 2004 à 2008. Il présente également les résultats des calculs et les limites des données et des méthodes utilisées et en fait l’analyse.

2. Sources de données

La base de données sur les décès de la Statistique de l’état civil de Statistique Canada (2003‑2008) a servi à l’estimation du coût de la mortalité pour la période 2004‑2008. Cette base de données renferme des renseignements sur tous les décès survenus au Canada, notamment le jour, le mois et l’année du décès, la cause de décès (identifiée par un code tiré de la 10e version de la CIM), l’âge, le sexe, la province de résidence, et la province où le décès est survenu.

Statistique Canada a fourni d’autres données pertinentes pour cette étude, à savoir les gains annuels moyens selon le sexe, l’âge et la province; le chiffre annuel de la durée du chômage par province (en nombre de semaines consécutives); et le taux d’emploi annuel moyen selon le sexe, l’âge et la province (57, 58, 69).

3. Méthodes

Les estimations de la valeur de la production perdue en raison de la mortalité pour 2004‑2008 ont été établies selon la catégorie et la sous‑catégorie de diagnostics (voir l’annexe C), le groupe d’âge, le sexe et la province ou le territoireNote de bas de page 66,Note de bas de page 67. Nous les avons calculées en multipliant la période de perte de production par la valeur monétaire de la production, plus précisément les gains selon l’âge, le sexe et la province.

À l’instar de Koopmanschap et coll., nous avons estimé la valeur de la production perdue pour la population d’âge actif formée des personnes de 15 à 64 ans (53)Note de bas de page 68. Comme nous l’avons mentionné précédemment, les participants aux ateliers de 2009 et 2010 sur le FEMC ont recommandé de prendre en considération les décès prématurés survenus durant la période à l’étude aussi bien que ceux survenus dans les années antérieures si la perte de production coïncidait avec la période étudiée. La durée de la période de friction a servi à déterminer le cadre temporel à prendre en considération pour l’estimation de la valeur de la production perdue.

S’inspirant du modèle de van Ours et Ridder, Koopmanschap et coll. ont estimé la durée de la période de friction pour les Pays‑Bas dans les années 1988 et 1990 au moyen des données trimestrielles sur la durée des périodes incomplètes de vacance et le nombre de vacances tirées d’un large échantillon d’entreprises néerlandaises (53, 59). Comme nous n’avons pas pu obtenir ce genre de données pour le Canada, nous nous sommes servis de la durée du chômage à l’échelle de la province comme variable représentative de la durée de la période de frictionNote de bas de page 69. De même, ne disposant pas de données sur la durée du chômage pour les territoires, nous avons utilisé la durée moyenne du chômage à l’échelle nationale comme variable substitutive. Enfin, nous avons estimé le coût de la mortalité au demi‑mois près; ainsi, la durée du chômage utilisée dans l’analyse pour la période 2004‑2008 variait de 2 à 4,5 mois (58)Note de bas de page 70.

Comme la durée du chômage variait entre 2 et 4,5 mois, nous n’avions à considérer que les décès prématurés survenus durant la période à l’étude (année t) et l’année précédente (année t-1). Par exemple, si la période de friction dans l’année t était de 4 mois, l’analyse exigerait que l’on recule de 3,5 mois dans l’année t-1 (c’est‑à‑dire jusqu’au 16 septembre) pour prendre en compte les décès prématurés aux fins de l’analyse (la perte de production minimale de 0,5 mois se situerait dans l’année t et le reste de la perte de production – 3,5 mois – dans l’année t-1). Ainsi, la valeur totale de la production perdue dans l’année t est égale à la somme de la valeur de la production perdue en raison de tous les décès prématurés survenus entre le 16 septembre de l’année t–1 et le 31 décembre de l’année t. Par conséquent, le nombre de décès et la période de perte de production mesurés dans l’analyse dépendent de la longueur de la période de friction.

Une fois que la période de perte de production a été déterminée pour chaque décès, nous avons mesuré la perte de production au moyen des données sur les gains selon l’âge, le sexe et la province. Nous nous sommes servis des gains annuels moyens selon le sexe, l’âge et la province pour mesurer la perte de production pour chaque groupe de personnes (57)Note de bas de page 71,Note de bas de page 72. Comme nous ne disposions pas des données sur les gains pour les territoires, nous avons utilisé les moyennes nationales correspondantes. Pour ce qui est des données accompagnées de la mention « à utiliser avec prudence », qui portent principalement sur les gains des membres du groupe d’âge le plus jeune, nous avons plutôt utilisé la moyenne nationale correspondanteNote de bas de page 73. De plus, nous nous sommes servis des données sur les gains des personnes de moins de 20 ans pour mesurer la perte de production en ce qui regarde les personnes de 15 à 19 ans, puisque nous ne disposions pas des données sur les gains selon l’âge pour ce groupe en particulier.

Compte tenu de ce que les personnes décédées étaient peut‑être en chômage ou inactives, nous avons multiplié la valeur de la production perdue correspondant à chaque décès prématuré par le taux d’emploi approprié selon le sexe, l’âge et la province (69)Note de bas de page 74. Voir l’annexe 1 du présent rapport pour une représentation mathématique des méthodes de calcul du coût de la mortalité, ainsi que l’annexe 2 pour des exemples hypothétiques. Pour chaque année de la période étudiée, nous avons déterminé la valeur de la production perdue en raison de la mortalité selon la catégorie et la sous-catégorie de diagnostics, le sexe, le groupe d’âge et la province ou territoire en additionnant les coûts associés aux différentes catégories.

4. Résultats

4.1 Coût selon la catégorie de diagnostics

Le tableau 12 présente les estimations de la valeur de la production perdue en raison de la mortalité à l’échelle nationale pour la période de 2004 à 2008 selon la catégorie de diagnostics. En 2008, le coût total de la mortalité s’élevait à 454,0 M$. Les trois catégories de diagnostics qui affichaient les coûts les plus élevés étaient celles des tumeurs malignes (166,0 M$, 36,6 %), des maladies cardiovasculaires (92,4 M$, 20,4 %) et des blessures (84,6 M$, 18,6 %). Tous les coûts de la mortalité ont pu être attribués à l’une ou l’autre des catégories de l’étude FEMC.

4.2 Coût selon la catégorie de diagnostics et le sexe

Le tableau 13 présente les estimations de la valeur de la production perdue en raison de la mortalité à l’échelle nationale selon la catégorie de diagnostics et le sexe en 2008. Le coût total de la mortalité est plus élevé chez les hommes (336,0 M$, 74,0 %) que chez les femmes (118 M$, 26,0 %). Les trois catégories de diagnostics qui affichent le coût le plus élevé chez les hommes comme chez les femmes sont celles des tumeurs malignes (106,2 M$ et 59,8 M$ respectivement), des maladies cardiovasculaires (77,2 M$ et 15,3 M$ respectivement) et des blessures (70,0 M$ et 14,6 M$ respectivement).

4.3 Coût selon la catégorie de diagnostics et l’âge

La figure 20 donne la répartition du coût de la mortalité selon le groupe d’âge en 2008. Le groupe des 15-34 ans affiche la plus faible proportion du coût de la mortalité (6,3 %), tandis que le groupe des 35-54 ans affiche la proportion la plus forte (51,7 %).

La figure 21 donne la répartition du coût de la mortalité selon la catégorie de diagnostics et le groupe d’âge en 2008 pour les cinq catégories de diagnostics les plus onéreuses. Le groupe des 35‑54 ans explique la plus grande part de ces coûts, sauf pour ce qui est des tumeurs malignes et des maladies cardiovasculaires, catégories où le groupe des 55‑64 ans occupe le premier rang.

4.4 Coût selon les années 2004 à 2008

Le tableau 14 présente les estimations de la valeur totale de la production perdue en raison de la mortalité à l’échelle nationale pour les années 2004 à 2008 en dollars constants de 2010. La valeur de la production perdue est la moins élevée en 2004 (446,8 M$) et la plus élevée en 2006 (470,7 M$).

5. Analyse et limites

La principale limite de cette étude réside dans le fait que la durée du chômage sert de variable de substitution pour la période de friction. Koopmanschap et coll. ont estimé la durée de la période de friction au moyen des données sur la durée des périodes de vacance (53). Or, comme nous l’avons mentionné plus tôt, on ne disposait pas de ce genre de données pour le Canada en ce qui regarde la période de 2004 à 2008; nous avons donc utilisé la durée du chômage comme variable de substitution pour la période de friction.

En théorie, la période de friction correspond au temps nécessaire pour remplacer un travailleur qui est décédé. En règle générale, cette période pourrait être plus longue dans le cas d’un travailleur hautement qualifié que dans le cas d’un travailleur non qualifié ou peu qualifié, parce que les travailleurs qualifiés peuvent être plus difficiles à recruter et que la formation requise pour qu’une personne puisse remplacer ce type de travailleur est longue et complexe.

La durée du chômage est le délai dont a besoin un chômeur pour trouver un emploi convenable. On peut prétendre qu’il est plus facile de trouver un emploi non spécialisé ou peu spécialisé qu’un emploi hautement spécialisé; par conséquent, la durée du chômage devrait être plus courte pour le travailleur non qualifié.

Compte tenu des différences qui existent entre la méthode du capital humain et la méthode des coûts de friction, il faut éviter de comparer les estimations de l’étude FEMC pour 2004‑2008 avec les estimations des éditions antérieures du rapport. Koopmanschap et coll. ont estimé le coût de la mortalité pour les Pays‑Bas en 1988 en se servant des deux méthodes et ils ont constaté que les coûts établis à l’aide de la méthode du capital humain étaient 53 fois plus élevés que ceux établis au moyen de l’autre méthode (53).

Le nombre total de décès enregistrés et les gains servant à mesurer la perte de production pour chaque groupe d’âge‑sexe influent sur la répartition du coût total de la mortalité selon le sexe et le groupe d’âge. Lorsque les données sur les gains n’étaient pas disponibles ou que le coefficient de variation était élevé (supérieur à 16 %), nous avons utilisé la moyenne nationale correspondante; il se peut que ce choix ait faussé la valeur de la production perdue pour certains groupes de personnes.

Le coût de la mortalité ne présente aucune tendance claire durant la période 2004‑2008, le montant le moins élevé ayant été observé en 2004 et le plus élevé, en 2006. S’il est vrai que la durée du chômage à l’échelle nationale (pour les deux sexes) est de 4 mois environ durant la période étudiée, les données provinciales (non examinées dans ce rapport) semblent indiquer que la période de friction a eu une incidence considérable sur le coût, étant donné que le coût de la mortalité à l’échelle provinciale a suivi la même tendance que la période de frictionNote de bas de page 75.

Les résultats de l’étude FEMC 2004-2008 excluent le coût de la mortalité pour les résidents d’autres provinces ou de territoires qui sont décédés au Québec. Toutefois, l’effet devrait être négligeable puisque la majorité des individus sont décédés dans leur province de résidence. Par ailleurs, le coût de la mortalité pourrait avoir été surestimé du fait qu’il est possible que des personnes qui occupaient auparavant un emploi n’étaient plus au travail au moment de leur décès. Si une personne est décédée des suites d’une maladie ou d’une blessure au moins trois mois après avoir quitté ses fonctions, elle sera réputée avoir été remplacée conformément à la méthode des coûts de friction. La valeur de la production perdue associée à cette personne doit être incluse dans la composante liée à la morbidité et non dans la composante liée à la mortalité prématurée, à défaut de quoi il y aura double compte. Enfin, contrairement aux estimations des éditions antérieures de l’étude FEMC, les estimations pour 2004‑2008 ne rendent pas compte du coût de la mortalité associé à l’activité hors du marché du travail.

6. Conclusion

Nous avons mesuré la valeur de la production perdue en raison de la mortalité prématurée au regard de l’activité sur le marché du travail pour 2004‑2008 à l’aide de la méthode des coûts de friction et d’une approche fondée sur la prévalence. Comme les estimations du coût de la mortalité publiées dans les éditions antérieures de l’étude FEMC ont été calculées à l’aide de la méthode du capital humain, elles ne peuvent être comparées aux estimations obtenues pour 2004‑2008. La présente édition de l’étude ne rend pas compte de la valeur de la production perdue associée à l’activité hors du marché du travail.



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