Coup d'œil : surveillance du VIH/SIDA au 31 décembre 2003

Introduction

Les données de surveillance du VIH et du sida sont présentées régulièrement dans un rapport semestriel intitulé Le VIH et le sida au Canada, publié en avril et en novembre de chaque année. Le rapport qui suit présente les données brossant le portrait des cas diagnostiqués d'infection à VIH ou de sida au Canada jusqu'à la période se terminant le 31 décembre 2003 et signalés jusqu'à 7 semaines après cette date par toutes les provinces et tous les territoires au Centre de prévention et de contrôle des maladies infectieuses (CPCMI). De plus amples renseignements, dont une série de tableaux et des précisions techniques, vous sont disponibles dans le rapport de surveillance le plus récent (1). La surveillance de l'infection à VIH et du sida au Canada est exercée de façon continue grâce à la notification volontaire au CPCMI des cas de séropositivité pour le VIH et des cas diagnostiqués de sida dans toutes les provinces et tous les territoires.

Les données de surveillance donnent une idée trop faible de l'ampleur de l'épidémie d'infection à VIH et ne représentent donc pas le nombre réel de personnes infectées par le VIH (prévalence) ni le nombre de nouveaux cas d'infection qui surviennent chaque année (incidence). Parmi les raisons qui expliquent la sous-estimation, mentionnons les retards de déclaration, la sous-déclaration et la modification des profils de dépistage du VIH (personnes qui se présentent pour subir un test de dépistage). Par ailleurs, les données de surveillance ne donnent des indications que sur les personnes qui ont subi le test de dépistage et chez qui on a diagnostiqué une infection à VIH ou le sida; elles ne fournissent aucune information sur les personnes qui n'ont pas subi de dépistage et qui n'ont pas fait l'objet d'un diagnostic. De plus, comme le VIH cause une infection chronique dont la période de latence est longue, de nombreuses personnes récemment infectées dans une année donnée pourraient n'obtenir de diagnostic que plusieurs années plus tard.

Le CPCMI a récemment procédé à des estimations de la prévalence de l'infection à VIH à la fin de 2002 et de l'incidence de l'infection en 2002 (2). Ces estimations ont été faites à l'aide de multiples méthodes et intègrent des données provenant de sources très variées, notamment les rapports des tests pour le VIH, les rapports de déclaration des cas de sida, des enquêtes menées dans la population, des études épidémiologiques ciblées et des données de recensement. On a estimé qu'à la fin de 2002, quelque 56 000 personnes (46 000 à 66 000) vivaient avec le VIH au Canada (y compris les personnes atteintes du sida) et que l'infection n'avait pas été diagnostiquée chez environ le tiers de ces cas. Selon les estimations, entre 2 800 et 5 200 personnes auraient contracté l'infection à VIH au Canada en 2002.

Données de surveillance du VIH

En tout, 55 180 tests positifs pour le VIH ont été signalés au CPCMI depuis le début du dépistage du VIH en 1985. Le nombre de tests positifs signalés annuellement a décliné entre 1995 et 2001, passant de 2 996 à 2 187, mais a augmenté à 2 504 en 2002 et à 2 482 en 2003. La hausse du nombre de rapports de test positif pour le VIH au cours des 2 dernières années pourrait être attribuable en partie aux modifications récentes des politiques en matière d'immigration de Citoyenneté et Immigration Canada (3). Ces modifications comportent notamment l'ajout, en janvier 2002, du test de dépistage du VIH dans le cadre de l'évaluation médicale systématique pour l'immigration et une réduction des restrictions concernant certains groupes d'immigrants, qui auparavant auraient été jugés inadmissibles pour des raisons médicales, associée à des modifications de la définition de certains groupes de demandeurs. Dans la plupart des provinces et territoires, en ce qui concerne le dépistage du VIH réalisé au Canada, les rapports de test positif pour le VIH sont traités de la même façon que tous les autres tests positifs et sont inclus dans les déclarations provinciales/territoriales de l'infection à VIH transmises au CPCMI.

La proportion des rapports de test positif pour le VIH qui concernent des personnes de sexe féminin est à la hausse. Au cours des 3 dernières années, environ le quart des rapports de test positif dans lesquels le sexe était indiqué concernaient des personnes de sexe féminin, ce qui correspond à une hausse par rapport au pourcentage de 8,9 % enregistré entre 1985 et 1992. Cette tendance est observable dans tous les groupes d'âge, mais particulièrement chez les 15 à 29 ans et les 30 à 39 ans, ce qu'illustre la figure 1.

Figure 1. Proportion de femmes parmi les rapports de test positif, par groupe d'âge

Figure 1. Proportion de femmes parmi les rapports de test positif, par groupe d'âge

Comme l'indique la figure 2, c'est encore parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HRSH) qu'on enregistre le plus grand nombre et la plus grande proportion de tests positifs pour le VIH. Cette proportion a cependant diminué : entre 1985 et 1994, elle s'établissait à près de 75 %, puis elle a chuté à près de 37 % entre le milieu et la fin des années 90, après quoi elle a connu une légère hausse, s'établissant à 44,4 % durant les 3 dernières années. La proportion attribuable aux divers contacts hétérosexuels a augmenté de façon constante, étant passée de 7,5 % avant 1995 à 36,9 % en 2003. Cette catégorie d'exposition regroupe trois sous-catégories, soit les contacts hétérosexuels avec une personne soit infectée par le VIH, soit présentant un risque accru d'infection à VIH, les contacts hétérosexuels comme seul risque déclaré et l'origine d'un pays où l'infection à VIH est endémique. Au cours des 5 dernières années, soit entre 1998 et 2003, la proportion des rapports de test positif pour le test VIH attribuable à la dernière sous-catégorie est passée de 2,9 % à 10,2 %.

Figure 2. Rapports de test positif pour le VIH selon la catégorie d'exposition et l'année du test

Figure 2. Rapports de test positif pour le VIH selon la catégorie d'exposition et l'année du test

Données de surveillance du sida

À la fin de 2003, 19 344 cas cumulatifs de sida diagnostiqués au Canada avaient été signalés au CPCMI. Le nombre annuel de déclarations de cas de sida ajusté pour tenir compte des retards de déclaration a augmenté tout au long des années 80 et au début des années 90, atteignant un sommet de 1 953 en 1993, puis a décliné et a commencé à se stabiliser à 500-600 cas par année. Ce déclin dans le nombre de diagnostics du sida a aussi été signalé dans d'autres zones industrialisées, dont les États-Unis, l'Australie et le Royaume-Uni. On l'attribue en grande partie à l'utilisation répandue de traitements antirétroviraux très efficaces depuis 1996, mais on craint de plus en plus que la sous-déclaration des cas de sida ne soit à la hausse.

C'est dans le groupe des 30 à 44 ans qu'on enregistre la plus grande proportion des cas de sida déclarés, suivi du groupe des 45 à 59 ans et de celui des 15 à 29 ans, la proportion respective dans chaque groupe étant de 60,4 %, de 19,4 % et 15,9 %. Les femmes adultes constituent une proportion de plus en plus importante des cas de sida déclarés. Entre 1993 et 2003, cette proportion est passée de 7,0 % à 24,2 % (parmi les cas de sida diagnostiqués dont l'âge et le sexe est connu). En 2003, les personnes de sexe féminin représentaient 42 % des cas de sida signalés dans le groupe des 15 à 29 ans, 25,4 % dans celui des 30 à 44 ans et 18,2 % dans celui des 45 à 59 ans.

Au cours de la dernière décennie, on a observé une diminution de la proportion des cas de sida déclarés parmi les HRSH, le pourcentage étant passé de 73,8 % en 1993 à 35,3 % en 2003. En revanche, une augmentation s'est produite dans la catégorie d'exposition hétérosexuelle, le pourcentage de 13 % enregistré en 1993 ayant augmenté à 43,8 % en 2003.

La proportion des cas de sida déclarés parmi les Canadiens de race blanche a chuté avec le temps, étant passée de 86,8 % avant 1993 à 54,3 % en 2003. Cette chute est couplée à une hausse chez les Canadiens de race noire et les Canadiens d'origine autochtone, comme l'indique la figure 3. Les Canadiens de race noire représentaient 8,4 % des cas avant 1993 et 21,5 % en 2003; durant la même période, la proportion est passée de 1,2 % à 13,4 % chez les Canadiens d'origine autochtone.

Figure 3. Catégories de personnes autres que de race blanche et pourcentage de chaque catégorie parmi tous les diagnostics de sida signalés, selon l'année du diagnostic (tous âges confondus)

Figure 3. Catégories de personnes autres que de race blanche et pourcentage de chaque catégorie parmi tous les diagnostics de sida signalés, selon l'année du diagnostic (tous âges confondus)

Interprétation

La proportion à la hausse des rapports de test positif pour le VIH et des diagnostics de sida attribuables à des contacts hétérosexuels ainsi que la distribution dans les sous-catégories reflètent une tendance qui fera l'objet d'une surveillance et d'une analyse plus approfondie au cours des mois à venir. La proportion croissante des rapports de test positif pour le VIH enregistrée chez les Autochtones et les Canadiens de race noire ainsi que chez les personnes de sexe féminin dans chaque groupe d'âge, surtout chez les plus jeunes, est une constatation importante qui se répercute sur l'orientation des programmes de prévention et de traitement.

Remerciements

Il est possible d'exercer une surveillance nationale du VIH et du sida grâce à la participation de toutes les provinces et de tous les territoires et à l'élaboration des grandes orientations en la matière. Le CPCMI tient donc à remercier tous les coordonnateurs provinciaux et territoriaux des programmes sur le VIH/sida, les laboratoires, les dispensateurs de soins et les médecins répondants d'avoir fourni les données confidentielles non nominatives qui nous ont permis de publier ce rapport. Sans leur étroite collaboration et leur participation à la surveillance du VIH et du sida, ces données n'auraient pu voir le jour.

Références

  1. Santé Canada. Le VIH et le sida au Canada - Rapport de surveillance en date du 31 décembre 2003. Ottawa : Division de la surveillance et de l'évaluation des risques, Centre de prévention et de contrôle des maladies infectieuses, Santé Canada, 2003.

  2. Geduld J, Gatali M, Remis RS et coll. Estimations de la prévalence et de l'incidence du VIH au Canada, 2002. RMTC 2003;29:197-206.

  3. Citoyenneté et Immigration Canada. Loi sur l‘immigration et la protection des réfugiés. Lois du Canada (2001). Chapitre 27.

Source : J Geduld, MHSc, BSc, Division de la surveillance et de l'évaluation des risques, Centre de prévention et de contrôle des maladies infectieuses, Santé Canada.


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