ARCHIVÉ - ÉVALUATION EN VUE DE L'ÉLABORATION D'UN SYSTÈME NATIONAL DE SURVEILLANCE DES MALADIES ENTÉRIQUES CONTRACTÉES EN VOYAGE

 

Introduction

La diarrhée est le problème de santé le plus courant chez les Canadiens qui voyagent à l'étranger(1,2). Ce sont les voyages à destination de pays en développement, en particulier ceux ayant un climat tropical ou subtropical, qui suscitent le plus d'inquiétudes. Des enquêtes menées dans d'autres pays industrialisés révèlent qu'entre 25 % et 40 % des voyageurs de retour d'un voyage à l'étranger souffrent de maladie gastro-intestinale(3,4). Toutefois, le risque d'être atteint de la diarrhée des voyageurs est variable et, selon le pays de destination, le type et la durée du voyage ainsi que les définitions de cas utilisées, les taux d'attaque peuvent atteindre 70 %(1,5,6). La maladie entérique contractée en voyage (MECV), en particulier lorsqu'elle est d'origine infectieuse, demeure préoccupante en raison des facteurs suivants :

  • des centres de villégiature vastes et modernes, construits dans des pays en développement, ne sont pas dotés d'infrastructures matérielles et sanitaires suffisantes pour garantir la salubrité de l'eau et des aliments;
  • les eaux utilisées à des fins récréatives sont contaminées (c.-à-d. système inadéquat d'évacuation des eaux usées);
  • les touristes adoptent des comportements à risque, par exemple, non-observance des règles de prudence en matière de consommation d'eau potable et consommation d'aliments crus ou insuffisamment cuits en dépit des mises en garde;
  • un nombre croissant de voyageurs sont âgés et/ou immunodéprimés.

Dans le cadre de son mandat qui consiste à contrôler et à prévenir les maladies entériques chez les Canadiens, la Division des infections d'origine hydrique, alimentaire et zoonotique (DIHAZ), du Centre de prévention et de contrôle des maladies infectieuses de Santé Canada, est chargée d'évaluer le fardeau de la maladie associé aux voyages à l'étranger et doit être en mesure de reconnaître les maladies infectieuses émergentes ou les grappes d'infections importées par les voyageurs. On a tenté de quantifier le rôle joué par les voyages en tant que facteur de risque de maladies entériques. Ainsi, l'étude pilote sur les voyages, menée dans le cadre de l'Étude nationale des maladies gastro-intestinales aiguës, a révélé que parmi les 55 répondants sur 652 qui avaient souffert de maladie gastro-ingestinale aiguë au cours de la période à l'étude, six (11 %) avaient fait un voyage à l'extérieur du Canada au cours des 4 semaines ayant précédé l'apparition des symptômes(7). Une étude cas-témoins appariés, effectuée en 1999-2000, a également conclu que les voyages à l'extérieur du Canada étaient un facteur de risque indépendant de gastro-entérite sporadique due à Salmonella Typhimurium(8). Il n'existe pas cependant, à l'heure actuelle, de structure nationale permettant de recueillir systématiquement les données relatives aux voyages chez les cas de maladie entérique.

Dans le but d'améliorer la surveillance des MECV au pays, nous avons cherché à connaître les expériences et les attentes d'autres instances, aussi bien au Canada qu'à l'étranger. C'est en partie une étude effectuée dans le passé par la DIHAZ sur les cas de gastro-entérite chez les voyageurs canadiens qui a été à l'origine de cet exercice(9). Nous résumons dans le présent article les conclusions de cette étude et les résultats d'une analyse documentaire. Ensemble, ils offrent un cadre pour l'élaboration d'un système de surveillance des MECV qui permettra à Santé Canada de reconnaître et de prendre en charge ces maladies et de produire des rapports à ce sujet.

Méthodes

Pour déterminer les besoins et les pratiques exemplaires en matière de surveillance des MECV au Canada et à l'étranger, nous avons adopté trois approches. À l'aide d'une enquête menée auprès de collègues d'autres pays ayant un mandat analogue de surveillance des maladies entériques, nous avons tenté de cerner les pratiques à l'échelle internationale. Dans le cadre d'une deuxième enquête menée auprès des ministères provinciaux et territoriaux de la Santé, nous avons recueilli de l'information sur les pratiques actuelles de surveillance liées aux voyages ainsi que sur les besoins et les priorités perçus en ce qui concerne les MECV. Enfin, nous avons procédé à une analyse documentaire afin de déterminer les systèmes de surveillance et les solutions adoptés à l'étranger à l'égard des MECV.

Enquête internationale

L'étude a été menée en deux étapes, la première à l'automne 2001 et la seconde à l'automne 2002. Chaque étape visait des groupes différents de personnes-ressources à l'étranger, identifiés par des collègues de la DIHAZ ou à partir d'articles dans des publications. Un questionnaire de trois pages, accompagné d'une lettre expliquant l'objectif de l'enquête, a été expédié par courrier électronique. Les participants étaient invités à remplir le questionnaire et à le retourner dans un délai de 2 semaines. Les questions portaient sur le fonctionnement du système de surveillance et visaient également à obtenir le point de vue des répondants concernant l'efficacité avec laquelle le système permettait de recueillir l'information sur les voyages.

Enquête provinciale/territoriale

L'enquête provinciale/territoriale (PT) a été réalisée entre février et juin 2003. Des collègues de la DIHAZ ont choisi des personnes-ressources PT travaillant dans le domaine de la surveillance des maladies infectieuses aux ministères de la Santé. L'enquête a été effectuée par téléphone. Lorsque des contraintes de temps l'exigeaient, le questionnaire était expédié par télécopieur ou par courrier électronique. Les questions avaient trait au fonctionnement du système de déclaration des maladies contractées en voyage en général, et visaient également à déterminer quels devraient être les rôles et responsabilités de Santé Canada en ce qui concerne les MECV.

Analyse documentaire

La recherche documentaire a été effectuée dans la base de données PubMED du National Center for Biotechnology Information, à l'aide des mots clés suivants : travel medicine, surveillance, travel surveillance, enteric infections et enteric disease surveillance.

Résultats

Enquête internationale

Dans le cadre de cette enquête, nous avons communiqué en tout avec 28 personnes-ressources en Amérique du Nord, en Europe, en Australie/Océanie. Treize d'entre elles ont rempli le questionnaire. L'un des répondants a été exclu parce que le système de surveillance de son pays ne recueillait pas d'information sur les voyages. Les analyses ont donc été fondées sur les réponses données par 12 personnes vivant dans 10 pays différents. Les réponses données par ces 12 personnes portaient sur un seul système de surveillance.

Description du système de surveillance

Parmi les 12 répondants, 11 utilisaient un système permettant d'exercer une surveillance des infections entériques. Le douzième utilisait un système portant expressément sur les infections contractées en voyage; nous avons conservé ces résultats, parce qu'ils fournissaient de l'information intéressante sur les MECV.

Neuf réponses comprenaient une description du système. Parmi ces réponses, les entéropathogènes qui faisaient le plus souvent l'objet de la surveillance étaient Salmonella non-Typhi (n = 9), Salmonella Typhi (n = 5) et Escherichia coli pathogène (= 5). Les autres organismes visés par la surveillance étaient Shigella spp., Campylobacter spp., S. Paratyphi, Vibrio cholerae et d'autres Vibrio spp., Yersinia spp., Listeria spp., Plesiomonas shigelloides, le virus de l'hépatite A, Giardia lamblia et Entamoeba histolytica.

Collecte des données

Dans huit des systèmes de surveillance, le formulaire de collecte des données abordait expressément les antécédents de voyage. Cette façon de procéder améliorait généralement la collecte des données relatives aux voyages, par rapport aux systèmes qui ne sollicitaient pas directement cette information. Les destinations de voyage, par pays et par dates du voyage, étaient les données les plus fréquemment recueillies (tableau 1). Tous les systèmes recueillaient de l'information sur les cas eux-mêmes (qu'ils soient ou non liés à un voyage), et trois recueillaient également de l'information sur l'incident/événement (p. ex., nombre de personnes malades à la suite d'une exposition à une destination de voyage donnée).

La plupart des systèmes recevaient les rapports des laboratoires (n = 10) ou des médecins (n = 5). Cinq des six participants interrogés à ce sujet ont indiqué que leur système exigeait une confirmation en laboratoire avant l'acceptation d'une déclaration.

Tableau 1. Information recueillie sur les cas par les systèmes de surveillance des autres pays

Information recueillie

Antécédents de
voyage* n = 8

Antécédents de
voyage** = 4

Total
N = 12

Information sur les voyages

Pays où a eu lieu l'exposition

8 (100.0%)

3

11 (91.7%)

Dates du voyage

4 (50.0%)

1

5 (41.7%)

Voyagiste

1 (12.5%)

0

1 (8.3%)

Raison du voyage

1 (12.5%)

0

1 (8.3%)

Conseils avant le voyage

1 (12.5%)

0

1 (8.3%)

Hôtel/centre de villégiature où a eu lieu l'exposition

0 (0.0%)

0

0 (0.0%)

Information générale

Pathogène

8 (100.0%)

3

11 (91.7%)

Diagnostic

5 (62.5%)

4

9 (75.0%)

Hospitalisation

5 (62.5%)

2

7 (58.3%)

Symptômes

4 (50.0%)

2

6 (50.0%)

Décès

5 (62.5%)

1

6 (50.0%)

Résistance antimicrobienne

4 (50.0%)

2

6 (50.0%)

Source de l'infection

2 (25.0%)

3

5 (41.7%)

Durée de la maladie

2 (25.0%)

1

3 (25.0%)

Date de l'apparition

2 (25.0%)

1

3 (25.0%)

Prophylaxie/traitement

1 (12.5%)

1

2 (16.7%)

Information démographique (p. ex., sexe)

2 (25.0%)

0

2 (16.7%)

Nombre total de personnes malades

1 (12.5%)

1

1 (8.3%)

Sérotype

1 (12.5%)

1

1 (8.3%)

Lysotype

1 (12.5%)

1

1 (8.3%)

Date probable de l'infection

0

1

1 (8.3%)

Vaccination

0

1

1 (8.3%)

Prise d'antibiotiques

1 (12.5%)

0

1 (8.3%)

Site d'isolement

1 (12.5%)

0

1 (8.3%)

Classification du patient

1 (12.5%)

0

1 (8.3%)

Complications

1 (12.5%)

0

1 (8.3%)

Information sur l'éclosion

1 (12.5%)

0

1 (8.3%)

Citoyenneté

1 (12.5%)

0

1 (8.3%)

*Abordés sur le formulaire de collecte de données
**Non abordés sur le formulaire de collecte de données


Utilisations des données

Les données étaient le plus souvent utilisées aux fins suivantes : reconnaissance des éclosions (n = 5), suivi des tendances des MECV (n = 4) et enquêtes sur les incidents (= 3). Même si les 12 systèmes recueillaient des données sur les infections contractées en voyage, seulement huit publiaient leurs résultats ou produisaient un rapport à ce sujet.

Neuf des systèmes de surveillance collaborent avec d'autres organismes, qui tous sont des organismes multinationaux. Huit répondants ont indiqué que leur système disposait d'un mécanisme permettant de signaler les incidents liés aux voyages au pays où l'exposition était présumée avoir eu lieu. Parmi les facteurs qui encourageaient ce type de communication citons les suivants : un événement grave, compte tenu du type de pathogène ou du nombre considérable de cas déclarés de maladie (n = 4 dans chaque cas), une éclosion de deux cas ou plus chez des voyageurs (n = 3), une source clairement identifiée (n = 1), ou une bonne possibilité de limiter la propagation de la maladie (n = 1).

Efficacité

Onze des participants ont répondu aux questions concernant l'efficacité de leur système (tableau 2). Règle générale, ils reconnaissaient que l'identification des voyageurs malades était toujours difficile, mais que l'on réussissait de manière plus satisfaisante à identifier les événements tels que les éclosions et à y faire face. En nous fondant sur les personnes qui avaient le plus souvent répondu par «tout le temps/parfois» à la question concernant l'efficacité perçue, nous avons regroupé de manière subjective trois systèmes dans la catégorie «meilleur que la plupart» en fonction des caractéristiques suivantes : 1) surveillance active des MECV à l'aide de formulaires de collecte de données qui abordent les antécédents de voyage; 2) participation directe des médecins/cliniciens au système de déclaration; 3) publication périodique de rapports sur les MECV; et 4) mécanismes établis de communication en place.

Tableau 2. Enquête internationale : efficacité perçue des systèmes de surveillance des autres pays (N = 11)

Question

Tout le temps

Parfois

Identifie tous les voyageurs qui sont tombés malades pendant leur séjour à l'étranger

0

4

Identifie tous les voyageurs qui étaient malades à leur retour au pays

1

3

Saisit toutes les données pertinentes, par événement

1

2

Identifie les événements critiques (p. ex., grand nombre de personnes malades, maladie grave)

3

5

Permet aux responsables de la santé publique d'intervenir rapidement en présence d'un événement critique

4

6

Identifie les destinations de voyage à risque élevé

3

5

Identifie les maladies émergentes importées au pays

3

6


Enquête provinciale

Nous avons communiqué avec les 10 provinces et les trois territoires. Les réponses relatives à neuf provinces et à trois territoires ont été consignées. Plutôt que de remplir le questionnaire en entier, deux répondants ont téléphoné ou ont expédié un bref commentaire pour répondre aux questions posées.

Description du système de surveillance

La plupart des bureaux provinciaux et territoriaux sont informés des événements liés aux MECV par les autorités sanitaires ou les responsables de la santé publique régionaux (= 8). L'un des bureaux obtient l'information des laboratoires médicaux, et un autre a décidé d'utiliser comme source d'information un site Web financé par le gouvernement fédéral, celui du Centre canadien de surveillance des éclosions entériques (CCSEE ). La plupart des événements sont consignés de façon systématique et signalés aux bureaux provinciaux et territoriaux sur support électronique ou papier.

En présence de maladies entériques contractées en voyage, les provinces et territoires s'inquiètent surtout du nombre de cas (n = 8) et de la gravité de la maladie (n = 7). Salmonella (n = 8), Shigella et Campylobacter (n = 4), et Vibrio, Entamoeba histolytica et le virus de l'hépatite A étaient les pathogènes responsables de la majorité des cas de MECV dans les provinces et territoires. En ce qui concerne la gravité de la maladie, c'était Salmonella non-Typhi (n = 4) qui suscitait le plus d'inquiétudes, suivi par E. coli O157:H7 et Shigella (n = 3), S. Typhi et le virus de l'hépatite A (n = 2), et Campylobacter et V. cholerae (n = 1). Le Mexique était la destination de voyage la plus préoccupante (= 7), venaient ensuite la République dominicaine (n = 6), les Antilles en général et Cuba (dans les deux cas, n = 2).

Les bureaux PT informaient Santé Canada des MECV lorsque le nombre de cas était préoccupant (n = 3), qu'un centre de villégiature, un bateau de croisière ou un groupe de voyageurs était en cause (n = 2) ou qu'une éclosion était soupçonnée (n = 2).

Collecte des données

Les autorités sanitaires effectuent des enquêtes sur les MECV, et les résultats des enquêtes sont conservés dans les registres locaux. Les données relatives aux voyages sont recueillies au moyen de questionnaires sur les maladies infectieuses en général. Une fois recueillies, ces données sont ajoutées à un fichier de données renfermant tous les renseignements sur le cas. Les données relatives aux voyages peuvent être extraites du fichier selon les besoins. Les autorités locales ne disposent pas d'un fichier de données portant expressément sur les voyages. Les éléments d'information sur les voyages qui sont le plus souvent recueillis sont la destination (n = 11) et la date (n = 10) du voyage. Les autres éléments d'information ont trait aux cas reliés (n = 9), au centre de villégiature (n = 8), à l'entreprise de transport aérien, à l'anamnèse alimentaire et aux antécédents de vaccination (tous, n = 2).

Rôles et responsabilités attendus de Santé Canada

Les provinces et territoires estimaient que la diffusion de l'information sur les MECV à l'échelle nationale devrait appartenir au premier chef à Santé Canada. Nombre de provinces et territoires jugeaient préoccupante l'absence de processus normalisé de surveillance des maladies entériques contractées en voyage. Les répondants estimaient que les responsabilités fédérales principales devraient être les suivantes : la mise en place d'un système de surveillance visant expressément les MECV; les communications à l'échelle internationale et la coordination des réunions et des enquêtes sur les éclosions; le partage de l'information avec les agences de voyage; et la fourniture de protocoles pour la déclaration adéquate des événements et les interventions à cet égard aux paliers PT et national. Ces mesures permettraient de s'attaquer plus efficacement aux problèmes touchant l'identification, la sous-déclaration et la prévention des maladies contractées en voyage et d'améliorer la collaboration entre Santé Canada et les provinces et territoires.

Parmi les autres fonctions qui devraient relever du gouvernement fédéral, citons la surveillance ciblée des pathogènes plus graves et/ou émergents habituellement contractés en voyage, l'identification et la surveillance des destinations à risque élevé, la sensibilisation du public et les avis à la population, la détermination du fardeau de la maladie associé aux MECV chez les Canadiens et la prévention des MECV par le renforcement des capacités en collaboration avec d'autres pays.

Analyse documentaire

Parmi les articles analysés, certains, peu nombreux, mentionnent le fait que le voyage est l'une des composantes des systèmes de surveillance multiple(10-22). La majorité des systèmes analysés étaient des systèmes nationaux de surveillance des maladies fondés sur les données relatives aux maladies à déclaration obligatoire ou les données des laboratoires(10,13,14,18,23). Les systèmes qui s'intéressaient aux infections contractées en voyage étaient généralement des systèmes sentinelles(12,22) et/ou ils ne consignaient pas les événements liés aux maladies entériques(10,13,16,20,21). Indépendamment du type de système, on tenait généralement pour acquis que les personnes atteintes tenteraient d'obtenir des conseils médicaux de quelque nature.

Plusieurs publications ont fait état de la nécessité d'intégrer les visites aux services d'urgence, aux cliniques de médecine des voyages et aux stations de quarantaine des aéroports à la surveillance des maladies contractées en voyage(14,15,19,24). Deux des systèmes cités, EMERGEncy ID NET (services d'urgence) et Geosentinel (cliniques de médecine des voyages) sont en place aux États-Unis. Le dernier comprend aussi un petit nombre de cliniques de médecine des voyages dans d'autres pays, dont une au Canada. Au Japon, le Traveller's Diarrhoea Network intègre, à l'aide du courrier électronique, deux stations de quarantaine, trois hôpitaux spécialisés dans le traitement des maladies infectieuses et l'Infectious Diseases Surveillance Center. Ce réseau a permis de détecter rapidement des éclosions et de trouver les denrées alimentaires responsables(15).

Une autre approche consiste à raccorder les systèmes de plusieurs pays à l'intérieur de «systèmes de méta-surveillance» multinationaux(10,14,17,21,22). Geosentinel, TropNetEurop et Salm-Net en sont des exemples. Parmi les avantages de ce type d'approche, citons le fait qu'elle facilite les communications et les enquêtes sur les éclosions.

Il est souvent fait mention de l'avantage d'intégrer plusieurs types de systèmes de surveillance, notamment des systèmes fondés sur la surveillance en laboratoire, la surveillance sentinelle et la déclaration, et de mener des études cas-témoins(10,11,13-16,18). Chaque système présente en soi des faiblesses, qui peuvent être contrebalancées par les points forts d'un autre. Il arrive par exemple que les réseaux fondés sur la surveillance en laboratoire ne renferment pas d'information sur les facteurs de risque, information que l'on trouvera dans un système complémentaire(13).

Il peut s'avérer difficile, pour tous les réseaux de surveillance, d'estimer l'incidence de la maladie dans les populations selon des facteurs de risque tels que les voyages. Les systèmes sentinelles, en soi, ne rendent compte que d'une partie de la population. Les systèmes en milieu hospitalier ne permettent de repérer que les sujets très malades. Les cliniques de médecine des voyages en reçoivent un très petit nombre de personnes qui rentrent de voyage, car ces dernières consulteront sans doute plus volontiers leur médecin de famille si elles sont malades. Le problème est particulièrement marqué dans le cas des maladies entériques, qui font souvent l'objet d'une sous-déclaration et qui, même si elles sont souvent contractées en voyage, disparaissent spontanément avant la fin du voyage. Ces systèmes présentent cependant des avantages. Les systèmes sentinelles emploient souvent des professionnels de la santé qui se soucient davantage de recueillir des données sur les facteurs de risque et les voyages. Il existe une plus forte probabilité que l'on puisse obtenir de manière constante de l'information sur les voyages à l'aide de ces systèmes.

Analyse

Nous avons mené ces études dans le but d'aider Santé Canada à cerner les besoins en matière de surveillance des MECV au Canada et à déterminer les méthodes qui permettront d'améliorer cette surveillance. Un système de surveillance doit s'acquitter de trois fonctions primordiales. Il doit : a) faciliter les interventions (notamment les efforts de lutte), b) permettre l'analyse et la production de rapports c) faire appel aux partenariats(25-27). Pour faciliter les interventions, un système de surveillance doit être rapide et sensible et recueillir des données de grande qualité. Dans l'élaboration d'un système amélioré de surveillance, Santé Canada doit donc privilégier les systèmes qui s'acquittent le mieux de ces fonctions.

L'enquête internationale a révélé que la sensibilité des systèmes est un enjeu important. Qu'il s'agisse d'identifier tous les voyageurs qui sont tombés malades ou seulement ceux qui sont tombés malades à leur retour au pays, la majorité des répondants (sept sur 11) estimaient que leur système n'était pas en mesure de s'acquitter de cette tâche. Les touristes de retour dans plusieurs pays (voire provinces ou États) différents à partir d'une destination vacances commune ne provoqueront peut-être pas une augmentation des taux de maladie par rapport au taux attendu dans une région donnée, mais, globalement, ils peuvent indiquer qu'une destination de voyage est préoccupante. Il convient aussi de tenir compte de la nécessité de la coopération et des communications entre plusieurs pays (ou provinces). Parmi les collègues de l'étranger que nous avons interrogés, six ont indiqué qu'ils participaient à des collaborations internationales. Les systèmes les plus souvent cités étaient Enter-Net et le système d'alerte rapide de l'Union européenne; toutefois, l'un des systèmes, TropNetEurop, est un système sentinelle établi dans l'ensemble de l'Europe, qui vise à surveiller les maladies non entériques contractées en voyage.

Dans le cadre du système actuel de surveillance des maladies à déclaration obligatoire au Canada, des rapports sont soumis par les médecins et/ou les laboratoires aux autorités sanitaires locales (p. ex., les unités de santé publique). Ces autorités font souvent partie des systèmes PT de surveillance des maladies transmissibles qui, pour leur part, peuvent être liés aux réseaux nationaux. Bon nombre de ces systèmes comportent déjà des champs de données pour l'entrée d'information sur les voyages, comme les destinations ou les dates. Malheureusement, il est rare que cette information soit consignée(28). Les lacunes de la surveillance des MECV au Canada, notamment en ce qui concerne l'identification des voyageurs malades (à leur retour au pays ou pendant leur séjour à l'étranger) existent également dans d'autres pays. D'autres systèmes nationaux permettaient de repérer les incidents critiques et d'y faire face plus efficacement, mais leur efficacité était moindre en ce qui a trait à la saisie de l'information pertinente. Ces mêmes paramètres doivent être pris en compte si l'on veut renforcer l'infrastructure du système canadien. Parmi les caractéristiques des systèmes de surveillance qui sont associées à une efficacité accrue, citons 1) la surveillance active des MECV, notamment la déclaration périodique; 2) la participation directe des médecins/cliniciens au système de déclaration; et 3) les mécanismes de communication de l'information sur les événements, au besoin, au pays où l'exposition a eu lieu.

Dans le but d'améliorer les pratiques de surveillance des MECV au Canada, les répondants PT ont notamment recommandé de renforcer la diffusion de l'information à l'échelle nationale, d'accroître les communications et la coordination des interventions à l'échelle internationale et d'accroître la surveillance. Les provinces et les territoires ont également réclamé un processus plus clair et reconnu la nécessité d'élaborer un protocole. Ainsi, les rôles et les responsabilités au sein des réseaux de santé publique en ce qui concerne la déclaration des MECV et les interventions à cet égard seront clairement définis. Les rôles des différents services au sein de Santé Canada seraient également pris en compte. Les répondants PT ont également convenu de la nécessité d'améliorer la surveillance nationale des MECV, de manière à accroître la capacité d'une réponse «orientée vers l'action».

On trouve dans les rapports publiés peu d'exemples de systèmes de surveillance qui abordent les MECV de manière globale et systématique. La littérature fait état d'approches générales destinées à améliorer globalement les systèmes de surveillance orientés vers l'action. Il est fréquemment fait mention de la nécessité d'intégrer dans un système de nombreuses méthodologies, notamment de coupler les données épidémiologiques et les données de laboratoire. En conséquence, pour maintenir la rapidité du système, il faudrait maximiser la capacité de la ou des composantes «laboratoires» du système.

Diverses options ont été envisagées pour améliorer la rapidité de la déclaration des événements liés aux MECV. La création d'un site Web d'alerte voyage à l'intention des autorités sanitaires permettrait aux intervenants de première ligne de soumettre à Santé Canada de l'information plus détaillée sur les événements liés aux MECV et d'informer simultanément les autres responsables de la santé publique, et éventuellement les spécialistes de la médecine des voyages, des événements qui pourraient aussi avoir touché des voyageurs de retour dans d'autres régions du Canada. Le CCSEE fonctionne actuellement comme un système de déclaration des éclosions de maladies entériques et offre un accès sécurisé aux autorités sanitaires de partout au pays. On a proposé d'améliorer le CCSEE ou de créer un site Web analogue au CCSEE. Étant donné que la plupart des cliniques de médecine des voyages mettent l'accent sur la consultation et la sensibilisation avant le voyage, cette mesure pourrait les aider à dispenser avec diligence des conseils sur des expositions et des agents infectieux particuliers. En outre, la communication de ce type d'information à Santé Canada et aux enquêteurs locaux dès le début d'un événement aiderait à accélérer les interventions courantes entourant les MECV; elle pourrait également permettre de déclencher une intervention renforcée en présence de problèmes nouveaux et émergents importés au Canada par les voyages.

Les programmes de surveillance dotés d'un mécanisme de transfert automatisé des données conviennent mieux à la présentation rapide des données et peuvent encourager la participation des organismes de santé publique de première ligne(11,29). À l'échelle internationale, un seul système permettait le téléchargement électronique automatique, et le système spécialisé de surveillance des voyages prévoyait une option pour le transfert automatique par courrier électronique.

La sensibilité du système est un autre aspect dont il faut tenir compte, en envisageant la possibilité qu'une plus grande sensibilité ait pour effet de réduire la rapidité. Un système de plus petite taille, composé de spécialistes de la médecine des voyages, pourrait sans doute permettre de recueillir de l'information sur les voyages de manière uniforme(30). Un tel système présente toutefois une faiblesse liée au fait que le nombre relativement réduit de voyageurs qui consultent un médecin à la suite d'un voyage s'adressent plus souvent à leur médecin de famille qu'à un spécialiste de la médecine des voyages. Par conséquent, l'information obtenue pourrait ne s'appliquer qu'à un nombre très restreint de voyageurs. En outre, il serait impossible d'évaluer de manière quantitative l'impact du fardeau de la maladie associé aux voyages.

Les «services de santé par téléphone» gagnent du terrain et pourraient faciliter l'identification des cas de MECV et l'amélioration de la saisie des données à ce sujet(11,29,31,32). Il est proposé d'avoir recours à la surveillance par le biais de la télésanté, méthode rapide et peu coûteuse. La surveillance syndromique pourrait également s'appliquer au Canada, étant donné que la DIHAZ renforce la capacité de son programme Alternative Surveillance Alert Project (ASAP). Toutefois, comme ces deux approches sont fondées sur les symptômes, il serait plus difficile d'obtenir de l'information sur les pathogènes; la confirmation du pathogène en laboratoire est l'élément le plus essentiel de tout mécanisme de déclaration ou de communication à l'échelle internationale.

Conclusion

Santé Canada tente actuellement de trouver des moyens d'utiliser l'information recueillie dans cette série d'études pour améliorer les programmes de surveillance des MECV et d'intervention à cet égard au pays. L'élaboration d'un protocole de surveillance et d'intervention relativement aux MECV est une option envisagée conjointement par la DIHAZ et le Programme de médecine des voyages (du Centre de mesures et d'interventions d'urgence). Encore une fois, on souhaite renforcer les pratiques actuelles en misant sur les plus efficaces, tout en répondant aux besoins exprimés par les intervenants PT. La communication de l'information sur les rôles et responsabilités de Santé Canada et des autres responsables de la santé publique à l'égard des MECV sera un élément important de cet effort global.

Remerciements

Les auteurs tiennent à remercier de leur aide : M. Bodie-Collins, Programme de médecine des voyages, Santé Canada; le Dre L. Panaro, Programme canadien d'épidémiologie de terrain, Santé Canada; le Dr P. Sockett, Division des infections d'origine hydrique, alimentaire et zoonotique, Santé Canada; et les participants à l'enquête internationale et à l'enquête provinciale/territoriale.

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Source : CL Bowman, MHSc, et RL Finley, BSc, Division des infections d'origine hydrique, alimentaire et zoonotique, Centre de prévention et de contrôle des maladies infectieuses (CPCMI), Santé Canada, Guelph (Ont.); Dr AU Chandran, Division des infections d'origine hydrique, alimentaire et zoonotique, CPCMI, Santé Canada, Guelph (Ont.) et le Programme canadien d'épidémiologie de terrain, Santé Canada; S Isaacs, MSc, Division des infections d'origine hydrique, alimentaire et zoonotique, CPCMI, Santé Canada, Guelph (Ont.).


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