Transmission du virus de l'hépatite C au sein de la population carcérale

Transmission

Le VHC se transmet par contact avec du sang, des produits sanguins ou des liquides biologiques contaminés par le virus directement ou par l’entremise d’un objet exposé(8,11-14). La plupart du temps, le VHC se transmet par exposition directe ou indirecte à du sang infecté(12). Les facteurs de risque associés au VHC au Canada comprennent l’injection de drogues(8,11) avec du matériel partagé(8,13,15) non stérilisé de façon adéquate(16); la transfusion de sang ou de produits sanguins non testés(11,13) en raison des pratiques de dépistage sanguin noné prouvées avant 1992(17); la transmission verticale et sexuelle(13), soit à la naissance, soit en raison d’activités sexuelles à risque élevé; et l’exposition parentérale à la suite du tatouage, du perçage corporel ou du partage d’articles d’hygiène personnelle contaminés par le VHC(13).

Incidence et prévalence dans les établissements correctionnels

Selon les estimations, la prévalence du VHC à l’échelle mondiale varierait entre 19,2 % et 84,0 %(10,15,17-33).

Le taux de prévalence varierait plus fortement chez les femmes que chez les hommes. Des études menées au Canada, aux États-Unis et en Australie ont révélé que la prévalence du VHC chez les femmes varie de 25,3 %à 67,0 %(18,28,30,34), contre 4,0 % à 39,4 % chez les hommes(18,28,34). Butler et coll. ont signalé que le taux plus élevé chez les femmes découlait de la plus forte concentration de femmes incarcérées pour des délits liés aux drogues(18). Dans l’ensemble, la prévalence du VHC dans la population carcérale canadienne semble moins variable, allant de 19,2 % à 39,8 %(19,24-26,29,30,32,33).

Un certain nombre d’études ont indiqué que la population carcérale adopte des comportements à risque qui entraînent un risque d’infection à VHC plus élevé que dans la population générale. Il ressort des données sur la prévalence que le fait de purger une peine de prison augmente la probabilité d’infection à VHC. De nombreux détenus sont regroupés pendant de longues périodes, ce qui augmente l’exposition au risque(5). Par ailleurs, aux États-Unis, en règle générale, la santé des détenus est moins bonne que dans la population générale en raison de la pauvreté, de la difficulté d’accès aux soins de santé et des taux é levés de comportements autodestructeurs à l’extérieur de la prison(35). Les facteurs de risque relevés et décrits dans le présent article sont l’injection de drogues, l’incarcération antérieure, le tatouage et les activités sexuelles.

Injection de drogues et partage du matériel d’injection de drogues

L’injection de drogues, la stérilisation inadéquate et le partage du matériel d’injection ainsi que d’autres comportements connexes sont souvent qualifiés de comportements à risque indirects et entraînent une infection à VHC chez les utilisateurs de drogues par injection (UDI) non infectés(21). La prévalence de l’injection de drogues signalée par les détenus dans les établissements correctionnels canadiens a doublé, étant passée de 12,0 % en 1995 à 24,0 % en 1998(24,31). Le nombre accru d’UDI incarcérés qui conservent leurs habitudes dans le système carcéral est corrélé à une hausse du nombre de nouveaux cas d’infection à VHC en prison(24,29,36).

Des études prospectives, longitudinales et transversales menées au Canada, aux É tats-Unis, au Royaume-Uni, en Irlande et au Danemark font état d’un rapport de cotes de 5,5(21) pour les UDI et d’un taux de prévalence de l’infection à VHC de 46,0 % à 89,9 %(16,19-21,28,29,36,37). Les UDI, surtout les hommes(38), courent beaucoup plus de risques de contracter une infection à VHC, et le risque croît de façon exponentielle avec chaque année d’injection de drogues(15,17,18,23). Une analyse multivariée montre que les UDI qui s’injectent des drogues à l’intérieur età l’extérieur du milieu carcéral affichent un taux de prévalence de l’infection à VHC plus élevé que ceux qui ne se piquent qu’à l’intérieur ou à l’extérieur de la prison(24,29). L’une des explications possibles est que les détenus en prison se piquent moins dans l’ensemble, mais partagent leurs aiguilles plus fréquemment( 39), étant donné que dans le système carcéral, il est facile de se procurer des drogues, mais le matériel d’injection est rare(27). Ces circonstances favorisent l’utilisation répétée d’un petit nombre de seringues par de nombreux détenus(27).

Malliori et coll. ont réalisé une étude transversale auprès de 544 utilisateurs de drogues incarcérés pour des délits liés aux drogues et ont observé que 39 % des UDI continuaient à partager des seringues avec les autres détenus même s’ils se savaient atteints de l’hépatite C ou savaient qu’un autre détenu en était atteint; 40 % des détenus s’étaient injecté des drogues au cours des 30 jours précédents(21). Par conséquent, les UDI non infectés qui continuent à avoir des comportementsà risque élevé deviennent, sans le savoir, infectés par le VHC parce que d’autres détenus ne dévoilent pas le fait qu’ils sont atteints de l’hépatite C.

L’aspiration de drogues par le nez est citée comme un facteur de risque majeur d’infection à VHC. La cocaïne et l’héroïne peuvent provoquer des saignements du nez en raison de l’irritation nasale et de traumatismes de la cavité nasale(37). Le sang qui s’écoule du nez peut rester à la surface du matériel d’aspiration (p. ex., les pailles et les billets de banque enroulés) et contaminer la personne suivante. Les personnes qui inhalent et reniflent de l’héroïne et de la cocaïne en même temps courent plus de risques d’infection à VHC à cause des effets dommageables du mélange des deux drogues sur la délicate muqueuse nasale(37). Ironiquement, de nombreuses personnes inhalent ou reniflent des drogues pour éviter de contracter l’infection par le VHC ou d’autres virus en se piquant. Peu importe la méthode utilisée, les détenus qui partagent du matériel contaminé par le VHC augmentent le risque d’infection à VHC pour eux-mêmes et pour les autres.

Incarcération antérieure

L’incarcération antérieure a été mentionnée comme un facteur de risque d’infection à VHC(17,18,21,23,38). La probabilité d’infection à VHC augmente plus les incarcérations sont fréquentes, plus la durée de chaque incarcération est longue et plus il s’écoule de temps entre la mise en liberté et la réincarcération(17,18,21,23,38). Dans une étude, les personnes incarcérées plus de cinq fois couraient un risque beaucoup plus grand d’infection à VHC (rapport de cotes de 21,7)(21). Le risque de positivité à l’égard du VHC progresse graduellement avec chaque mois passé en prison(38). Les détenus réincarcérés < 5 ans après leur mise en liberté affichent un rapport de cotes de 23 et une positivité de 76,7 % à l’égard du VHC(17). Ce risque accru est principalement attribuable à la poursuite d’activités d’injection à haut risque chez les détenus, comme le partage du matériel d’injection de drogues avec une vaste cohorte homogène de détenus.

Tatouage

Diverses études ont établi une association entre le tatouage et la transmission du VHC dans la population carcérale, alors que d’autres études n’ont pas permis de tirer une telle conclusion(35). Dans des études transversales de séroprévalence réalisées auprès de plus de 3 000 détenus volontaires du Canada, des États-Unis et d’Australie, entre 18,0 % et 93,2 % des détenus porteurs de tatouages étaient séropositifs pour le VHC(15,18,19,24,31). De plus, la probabilité de contracter une infection à VHC est plus élevée lorsque la personne a de multiples tatouages comparativement à un seul. Une étude a révélé que chez les détenus porteurs d’un seul tatouage, le rapport de cotes était de 5,4 et le taux de positivité à l’égard du VHC, de 11,6 %, alors que chez ceux ayant de multiples tatouages, le rapport de cotes était de 9,2 et le taux de positivité, de 16,7 %(40).

La plupart des établissements correctionnels ne disposent pas de protocoles adéquats pour le tatouage sûr, notamment pour l’usage adéquat du matériel, les installations de stérilisation(41,42) et le recours à des tatoueurs qualifiés (ou à des détenus formés)(35). Qui plus est, les UDI ont un grand nombre de tatouages qui leur servent parfois à camoufler les marques d’injection de drogues(35). Les détenus indiquent fréquemment que le motif qui les pousse à se faire tatouer en milieu carcéral est l’ennui(43). Ces pratiques risquées et non hygiéniques font du tatouage un comportement à risque indirect en ce qu’il est lié au partage de matériel de tatouage et à l’infection à VHC qui s’ensuit.

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