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Relevé des maladies transmissibles au Canada

le 1er mai 2006 - Volume 32 - Numéro 09


Ceci est pour informer nos lecteurs du Relevé des maladies transmissibles au Canada (RMTC) que tout les articles depuis le 1er janvier 2006 sont maintenant disponibles sur PubMed.


Éclosion de trichinellose chez des chasseurs français qui ont consommé de l'ours noir canadien

Le 27 septembre 2005, un message d'alerte sur PROMED informait les autorités publiques québécoises que des chasseurs français avaient contracté la trichinellose après avoir consommé de la viande d'ours noir lors d'un voyage de chasse dans le Nord québécois.

Nous avons alors contacté les autorités françaises pour en connaître davantage sur la situation.

Enquête épidémiologique au niveau français

Une enquête épidémiologique,réalisée par une équipe en France1, révélait les faits suivants : le 22 septembre 2005, l'Institut de veille sanitaire en France a reçu le signalement de l'hospitalisation de cinq patients apparentés présentant de la fièvre, des myalgies et une hyperéosinophilie. Ces cinq personnes avaient consommé 15 jours auparavant, au cours du même repas, de la viande d'ours rapportée par l'un des convives qui revenait d'un séjour de chasse au Canada. Ce patient faisait lui-même partie d'un groupe de 10 chasseurs, qui avaient eux-mêmes consommé localement de la viande d'ours que certains avaient rapporté en France.

L'enquête épidémiologique initiale auprès des cas (effectuée en France) révélait que ceux-ci avaient consommé de la viande d'ours noir lors d'un voyage de chasse dans le Grand Nord québécois. Tous les sujets français faisant partie du groupe de chasseurs ayant voyagé au Québec ainsi que les sujets exposés à la viande d'ours canadien en France ont été identifiés. Un avis d'alerte a été diffusé auprès du réseau français des 35 parasitologues hospitaliers participants à l'enquête annuelle du Centre National de référence (CNR) et auprès des correspondants des laboratoires privés (Biomerieux, Cerba, LCL) de ce même réseau. Les sujets exposés, mais non encore malades au moment de l'enquête, ont été dirigés vers leur médecin traitant. Ceux-ci ont été systématiquement contacté par le CNR pour conseiller un bilan biologique systématique et la mise au traitement à visée préventive.

L'enquête épidémiologique complète révèle que différents groupes ont été exposés à de la viande d'ours noir. La population exposée comportait 25 personnes divisées en trois groupes : un premier groupe de 10 chasseurs revenant du Canada, un second groupe de six convives ayant participé (en compagnie de trois des chasseurs) à un repas d'ours dans la région d'Orléans (Loiret) et un troisième groupe de neuf personnes ayant consommé (en compagnie d'un des chasseurs) de la viande provenant du même animal dans la région de Narbonne (Aude).

En octobre, 17 cas de trichinellose âgés de 31 à 67 ans ont été identifiés (13 hommes et quatre femmes), soit un taux d'attaque global de 68 % (H : 86,7,0 %, F : 40,0 %). Les cas se sont manifestés entre le 9 et le 29 septembre 2005. Les durées d'incubation ont varié de 7 à 24 jours (médiane : 18 jours). Deux biopsies musculaires ont été effectuées chez un chasseur et un convive. Elles montraient une charge parasitaire d'au moins deux larves par gramme de muscle. Huit cas ont été hospitalisés pendant une durée moyenne d'une dizaine de jours. Aucune forme grave n'a été observée.

D'après les analyses effectuées sur les larves de Trichinella, l'espèce identifiée est nativa. Celle-ci est beaucoup plus résistante à la congélation que l'espèce T. spiralis.

Les traitements par albendazole à des doses variant entre 400 et 800 mg/ jour ont été mis en route entre le 20ème et le 28ème jour après la contamination chez tous les cas et les sujets exposés. Parmi les convives de Narbonne dont la plupart ont reçu un traitement préventif, seul un tiers ont présenté des symptômes.

L'ours noir a été abattu le 26 août 2005 dans la région du Nord du Québec, à 57° nord et 65° ouest, près de la rivière George dans une région de toundra. L'animal a été dépouillé sur place, éviscéré et débité. Les quatre pattes, les filets, le trophée, la peau et divers viscères comestibles dont la langue ont été rapportés au camp de chasse. La viande a été mise à rassir sous abri pendant 3 à 4 jours. Elle a été consommée par les chasseurs à plusieurs reprises entre le 28 et le 30 août 2005, tantôt sous forme de ragoût à la manière locale, tantôt sous forme de steaks peu cuits ou saignants, voire goûtée totalement crue par certains. La langue a été consommée très cuite. Le groupe des chasseurs, sauf le guide, est rentré en France le 2 septembre 2005. Deux d'entre eux, malgré les interdictions réglementaires, ont rapporté en France dans leurs bagages des morceaux de viande d'ours. Certains convives en ont consommé le soir du 2 septembre dès le retour des chasseurs et l'autre groupe en ont consommé le 6 septembre après une congélation de 3 jours. Dans les deux groupes, la viande a été consommée sous forme de steaks plus ou moins cuits selon les goûts et en quantités variant de la simple bouchée à environ 100g. La viande rapportée en France a été entièrement consommée.

Le Centre National de Recherche a discuté avec la Direction générale de la Santé d'une note d'information qui sera transmise aux fédérations de chasseur pour les informer du risque à consommer de la viande d'ours mal cuite et leur rappeler les obligations réglementaires sur l'importation des viandes.

Enquête au niveau québécois réalisée par les enquêteurs du ministère de l'Agriculture, des pêcheries et de l'alimentation (MAPAQ)

Les enquêteurs du MAPAQ ont rejoint le pourvoyeur impliqué dans cette situation afin de savoir si celui-ci ainsi que son équipe de guides étaient bien informés des risques de contracter la trichinellose après avoir consommé de la viande d'ours insuffisamment cuite. Selon le responsable de la pourvoirie, il semble que les touristes français aiment venir au Québec selon la formule « plan européen ». Dans ce plan, il y a le plus souvent un guide québécois pour six à 12 personnes. Le guide est responsable de la sécurité et du bon maintien du camp. Il s'agit d'un concept de survie en forêt. Les participants doivent se faire à manger eux-mêmes. Ce plan est différent du plan américain, où il y a deux clients par guide et les clients sont accompagnés en tout temps par le guide et une cuisinière qui leur préparent à manger.

La pourvoirie impliquée reçoit environ 30 clients par an pour la chasse à l'ours et le trois-quarts d'entre eux sont des non-résidents. Ils viennent d'un peu partout dans le monde. Il semble que les français sont les touristes les plus intéressés par la chasse à l'ours. Ils chassent principalement le caribou, mais ils adorent aussi chasser l'ours noir, contrairement aux américains qui sont plus intéressés par la chasse aux caribous. Il semble que la viande d'ours est rarement rapportée à la maison et qu'elle est normalement consommée sur place (si consommée).

Selon le responsable de la pourvoirie, il s'agit des premiers cas de trichinellose associés à cette pourvoirie depuis 20 ans. En 2005, 11 ours ont été abattus pendant la période d'opération : trois par des français, six par des américains, deux par des slovaques et un par un québécois. Selon l'information obtenue du responsable de la pourvoirie, il semble que les français aiment consommer la viande d'ours. Certains d'entre eux consomment de la viande d'ours mais ils savent qu'ils doivent bien la faire cuire.

En ce qui concerne le groupe de chasseurs français atteints de trichinellose en septembre 2005, ils ont chassé et consommé de l'ours noir dans le Grand Nord québécois. Ils étaient accompagnés d'un guide français et d'un guide québécois. Le guide québécois n'a accompagné le groupe que 3 jours. Le guide français vend les séjours en France et accompagne les gens tout au long de leur séjour au Québec. Il semble que le guide savait qu'il fallait consommer la viande bien cuite. Il aurait toutefois lui-même consommé de la viande insuffisamment cuite. Le responsable de la pourvoirie a partagé les activités du groupe pendant 3 jours et il affirme que le groupe consommait ce qui était chassé et pêché. Ils pêchaient, chassaient et aimaient survivre uniquement grâce à leurs produits de chasse et de pêche. Comme ils étaient responsables de faire cuire leur nourriture, ils étaient libres de la préparer à leur guise. Ils aimaient consommer la viande saignante. Il faut souligner qu'il n'y pas d'information écrite sur la trichinellose transmise aux pourvoyeurs, aux guides et aux chasseurs actuellement.

Il est à noter qu'une boîte de cette viande d'ours a été envoyée à Schefferville et ensuite à Montréal pour être remise en cadeau à un autochtone. Celui-ci en avait offert en cadeau à deux autres personnes. Il a été avisé le 12 octobre que la viande était infectée. Ellen'avait pas été consommée. Elle a été prélevée pour analyse. Les analyses réalisées par le laboratoire d'épidémiosurveillance animale du Québec ont révélé la présence d'environ 300 larves par gramme de viande. Les larves ont été expédiées au International Trichinella Reference Centre (Laboratory of Parasitology, Istituto Superiore di Sanita viale Regina, Rome, Italie) pour l'identification de l'espèce par Réaction en Chaîne par Polymérase (PCR).

Discussion

Trichinella sp. est un parasite que l'on retrouve au Québec, surtout chez des prédateurs comme l'ours blanc, le loup ou le renard, ainsi que, de façon étonnante, chez le morse des Baie et Détroits d'Hudson. L'ours noir, qui consomme à l'occasion des carcasses d'animaux ou agit comme prédateur, peut aussi être infecté. Au Québec, on estime que moins de 1,5 % des ours noirs au sud du 50ième parallèle sont infectés2. Aucune étude de prévalence du parasite chez l'ours noirs au Québec au nord du 50ème parallèle n'a été réalisée, mais Butler et Khan3 ont rapporté une prévalence de 1 % au Labrador, ce qui nous laisse supposer que la prévalence du parasite chez l'ours noir pourrait être similaire partout au Québec.

Interventions menées au Québec suite à cette éclosion

Les pourvoyeurs du Québec ont été rencontrés par les responsables du ministère des Ressources Naturelles et de la Faune (MRNF) et des responsables du MAPAQ. De l'information leur a été transmise sur la trichinellose.

Le MAPAQ coordonne la production d'un dépliant portant sur les risques de trichinellose associés à la consommation de viande d'ours noir insuffisamment cuite et sur les mesures à prendre pour s'en prémunir. Cette brochure sera distribuée par le MRNF aux pourvoiries, aux réserves fauniques et aux chasseurs québécois. L'information sera aussi disponible sur les sites Internet du MRNF, MAPAQ et MSSS.

Références

  1. Ancelle T, De Bruyne AE, Dupouy-Camet J, Outbreak of trichinellosis due to consumption of bear meat from Canada, France, September 2005. Eurosurveillance Weekly, 2005: 10 (10).

  2. Côté N, Villeneuve A, Bélanger, D. Trichinella sp. chez l'ours noir (Ursus americanus) au sud du 50e parallèle au Québec, Canada : intensité d'infection, génotypes, distribution et prévalence. Unpublished study.

  3. Butler CE, Khan RA. Prevalence of Trichinella spiralis in black bears (Ursus americanus) from Newfoundland and Labrador, Canada. J Wildl Dis 1992;23(3):474-3.

Source : Dre C Gaulin, médecin-conseillère, Ministère de la Santé et des services sociaux (MSSS); I Picard, DMV, N Côté, DMV, IPSAV, Ministère de l'Agriculture, des pêcheries et de l'alimentation du Québec (MAPAQ); M Huot, BSc, Ministère des Ressources naturelles et de la faune (MRNF); Dr J-F Proulx, Direction de la santé publique du Nunavik, Québec (Québec).


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