ARCHIVÉ - Éclosion internationale de salmonellose humaine associée à des friandises pour animaux de compagnie d'origine animale - Canada et État de Washington, 2005

 

Relevé des maladies transmissibles au Canada

le 1er juillet 2006

Volume 32
Numéro 13

Introduction

En 2004-2005, des infections dues à Salmonella Thompson, dans l'État de Washington (WA), aux États-Unis (É.-U.), et dans l'Ouest canadien ont été causées par une exposition par contact avec des friandises pour animaux de compagnie à base de boeuf et de fruits demer, friandises qui étaient contaminées par des salmonelles. Il s'agit du troisième rapport publié sur une éclosion de maladie humaine associée à des friandises pour animaux de compagnie en Amérique du Nord, et du premier aux États-Unis. Le présent rapport décrit l'enquête sur l'éclosion internationale et fournit des recommandations sur la façon de réduire le risque pour la santé humaine associé aux friandises pour animaux de compagnie contaminées par Salmonella. Les professionnels de la santé publique doivent considérer les friandises pour animaux de compagnie comme une source potentielle de transmission de Salmonella.

Cas n° 1

En février 2005, en Alberta (Alb.) (Canada), un homme de 26 ans a consulté pour une maladie diarrhéique. Les résultats d'une coproculture ont révélé la présence de S. Thompson. Quelques jours avant le début de sa maladie, le patient avait donné à son chien des friandises pour animaux de compagnie à base de boeuf. Le chien était asymptomatique. Un paquet de friandises pour animaux de compagnie de la même marque que celles données au chien a été acheté et soumis à des analyses, qui ont révélé la présence de S. Thompson, de S. Cerro et de S. Meleagridis. Il n'a pas été possible de distinguer les souches de S. Thompson isolées chez le patient et dans les friandises (souche responsable de l'éclosion) par électrophorèse en champ pulsé (PFGE). Les friandises étaient emballées et distribuées par une usine de la Colombie-Britannique (C.-B.), mais les registres n'ont pas permis de déterminer où ces produits avaient été fabriqués.

Cas n° 2

En février 2005, en Colombie-Britannique (C.-B.), une femme de 37 ans a consulté pour une maladie diarrhéique. Les résultats d'une coproculture se sont avérés positifs pour S. Thompson. Quelques jours avant de tomber malade, la patiente avait donné à son chien des friandises pour animaux de compagnie à base de saumon. Le chien avait aussi souffert d'une maladie diarrhéique, mais aucun échantillon n'a été recueilli. Le reste des friandises a été récupéré au domicile de la patiente pour être analysé. Les résultats des analyses ont révélé la présence de S. Thompson. Il n'a pas été possible, par PFGE, de distinguer entre elles les souches de S. Thompson isolées chez la patiente et dans les friandises, ni de les distinguer par rapport à la souche responsable de l'éclosion. Les friandises à base de saumon provenaient d'une usine duWA. Elles avaient été importées au Canada, puis étiquetées et distribuées pour être vendues en C.-B. et en Alb. par la même usine de la C.-B. que dans le cas n° 1.

Cas n° 3

En mars 2005, dans le WA, une femme de 81 ans a consulté pour une maladie diarrhéique, de la fièvre et des vomissements. La patiente a été hospitalisée, et les résultats d'une coproculture se sont avérés positifs pour S. Thompson; la souche ne pouvait être distinguée par PFGE de la souche responsable de l'éclosion. La patiente avait acheté et donné à son chien des friandises pour animaux de compagnie à base de boeuf, mais elle ne se rappelait pas les avoir touchées avant le début de sa maladie. La patiente avait des contacts fréquents avec son chien, mais elle affirmait que celui-ci n'avait pas été malade récemment. Le reste des friandises a été recueilli au domicile de la patiente pour être analysé. Les résultats des analyses ont révélé la présence de S. Thompson. Les friandises provenaient d'une usine du WA, où elles avaient été emballées; la même usine que dans le cas n° 2.

Autres cas

Six autres cas d'infection humaine due à une souche de S. Thompson (trois en C.-B., deux dans le WA et un en Alb.), qui ne pouvait être distinguée par PFGE de la souche responsable de l'éclosion, ont été relevés par suite d'une recherche rétrospective de cas. Cinq des six patients ont été interrogés. Trois (60 %) d'entre eux avaient été exposés à des friandises pour animaux de compagnie provenant des usines duWA et de la C.-B. Les deux autres étaient propriétaires d'un chien. Une coproculture chez un chien asymptomatique a révélé la présence de S. Thompson, souche indistinguable par PFGE de la souche responsable de l'éclosion.

Enquête sur la source

Les usines de la C.-B. et du WA ont fait l'objet d'une enquête menée par les autorités. Les deux fabricants utilisaient du boeuf cru congelé dans la préparation de friandises pour chats et chiens. La viande était décongelée, taillée selon la forme et la taille voulues, puis les produits finis étaient emballés ou enveloppés pour distribution. Les fabricants de la C.-B. et du WA se procuraient les parties de boeuf cru congelé auprès d'abattoirs du Canada et des États-Unis, respectivement. Le fabricant du WA se procurait également du saumon cru congelé auprès d'une entreprise de produits de la mer du WA et s'approvisionnait en crevettes crues congelées auprès de deux entreprises de produits de la mer, l'une située dans le WA, l'autre dans le Rhode Island. Même si les friandises pour animaux de compagnie étaient déshydratées, les températures de déshydratation n'étaient pas suffisamment élevées pour éliminer les bactéries susceptibles d'être présentes. Aucun autre procédé de destruction des bactéries, telle l'irradiation des aliments, n'était utilisé au cours de la transformation. Les codes indiquant la date de fabrication, les numéros de lots et l'emplacement des usines n'étaient pas indiqués sur l'emballage du produit fini. Une partie des friandises à base de boeuf et la totalité des friandises à base de saumon et de crevettes de l'usine de la C.-B. provenaient de l'usine du WA.

Les cultures effectuées à partir de friandises à base de crevettes, de saumon et de boeuf préparées à l'usine du WA et recueillies à l'usine de la C.-B. par les autorités canadiennes, de même que celles effectuées à partir de friandises à base de saumon recueillies à l'usine du WA par les autorités américaines, ont révélé la présence de S. Thompson; la souche ne pouvait être distinguée par PFGE de la souche responsable de l'éclosion. Les friandises à base de saumon contenaient jusqu'à 80 000 CFU de Salmonella par gramme. Les friandises pour animaux de compagnie des usines de la C.-B. et duWA contenaient également d'autres sérotypes de Salmonella, dont S. Montevideo, S. Newport, S. Give, S. Meleagridis, S. Cerro, S. Muenster, S. Agona et S. Anatum. En juin 2005, les deux fabricants ont effectué des rappels volontaires des produits en cause.

Éditorial - CDC (Atlanta)

En 2004, 5 085 cas confirmés en laboratoire d'infection à Salmonella chez l'humain ont été recensés au Canada et 35 661 cas aux É.-U(1,2). Des études menées aux É.-U. ont montré que pour chaque cas d'infection à Salmonella confirmé en laboratoire, on compte 38 cas d'infection à Salmonella dans la collectivité, ce qui indique que, chaque année, plus d'un million de personnes, au Canada et aux É.-U., pourraient être infectées par Salmonella (3). Même si la salmonellose est généralement une infection évoluant spontanément vers la guérison, elle peut entraîner une maladie grave chez les populations vulnérables, telles que les très jeunes enfants, les personnes âgées et les sujets immunodéprimés.

La plupart des infections à Salmonella sont liées à la manipulation ou à la consommation de produits alimentaires contaminés, surtout des aliments d'origine animale. Les infections sont aussi contractées par contact direct et indirect avec des animaux de la ferme, des reptiles, des poulets et, à l'occasion, avec des animaux de compagnie. Salmonella est habituellement excrété dans les excréments d'animaux contaminés. Les humains peuvent être infectés lorsqu'ils portent à leur bouche des aliments, leurs mains ou d'autres objets contaminés; il est donc essentiel de se laver les mains après un contact avec des animaux pour prévenir l'infection à Salmonella.

Depuis quelques années, une gamme croissante de sous-produits animaux, tels que les oreilles de porc, sont offerts sur le marché sous forme de friandises pour animaux de compagnie d'origine animale. Par le passé, au Canada, ces produits ont été associés à des éclosions d'infection à Salmonella chez l'humain. En 1999, il a été confirmé que des oreilles de porc pour animaux de compagnie contaminées avaient été à l'origine d'une éclosion d'infection humaine à S. Infantis dans plusieurs provinces(4,5). En 2002, des friandises pour animaux de compagnie contaminées, importées du Texas, ont été associées à des infections humaines dues à S. Newport, à Calgary(6). Les enquêtes de suivi menées au Canada et aux É.-U. ont indiqué que les friandises pour animaux de compagnie sont souvent contaminées par Salmonella. Au Canada, à la suite de l'éclosion survenue en 1999, Salmonella a été isolé dans 48 (51 %) des 94 échantillons d'oreilles de porc pour animaux de compagnie achetées dans des magasins de détail en Alberta(5). Aux É.-U., Salmonella, notamment S. Infantis, a été isolé dans 65 (41 %) des 158 échantillons d'oreilles de porc et d'autres friandises pour animaux de compagnie d'origine animale achetées dans des magasins de détail en 1999-2000(7). Les souches de S. Infantis isolées chez les patients du Canada et dans les friandises pour animaux de compagnie aux É.-U. n'ont pas pu être distinguées par PFGE.

La détection et le contrôle de la transmission de Salmonella par les friandises pour animaux de compagnie soulèvent plusieurs problèmes(8). Les friandises pour animaux de compagnie d'origine animale sont souvent contaminées par des salmonelles, et le procédé de déshydratation utilisé dans la fabrication de ces produits peut s'avérer inefficace pour éliminer ces bactéries. La transmission de Salmonella aux humains peut se produire par contact direct avec des friandises pour animaux de compagnie contaminées, mais aussi indirectement, au contact d'animaux de compagnie. Les animaux de compagnie qui ingèrent des friandises contaminées peuvent être des porteurs asymptomatiques de Salmonella et devenir ainsi des sources de contamination domestique qui passent inaperçues. Les familles qui comptent de jeunes enfants ou des membres âgés, et qui offrent à leurs animaux de telles friandises d'origine animale, doivent être particulièrement prudentes, car l'infection à Salmonella est souvent plus grave dans ces groupes d'âge.

Au Canada, les friandises pour animaux de compagnie ne sont pas réglementées, mais l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) fait appel à la Loi sur la santé des animaux pour encourager ou faire respecter le rappel de produits. L'Agence de la santé publique du Canada (ASPC) et le Pet Industry Joint Advisory Council collaborent pour améliorer l'innocuité de ces produits.

Aux É.-U., les friandises pour animaux de compagnie sont réglementées par la Food and Drug Administration (FDA). Les friandises pour animaux de compagnie contaminées par Salmonella sont considérées comme étant adultérées en vertu de la Federal Food, Drug, and Cosmetic Act. À la suite de l'éclosion canadienne de 1999, la FDA a incité l'industrie à prendre des mesures volontaires pour garantir l'absence de salmonelles dans les friandises pour animaux de compagnie. De son côté, pour informer ses membres, l'American Pet Products Manufacturers Association a publié des « Guidelines for the Manufacturing of Natural Pet Treats for Pets »(9). La FDAa entrepris la réalisation d'analyses annuelles à l'échelle nationale pour déceler la présence de Salmonella dans les friandises pour animaux de compagnie. Étant donné qu'aux É.-U. la prévalence de Salmonella dans ces friandises est demeurée constante au fil du temps, la FDA compte faire un usage élargi des mesures d'exécution pour garantir la conformité à la loi.

Les fabricants et les détaillants de friandises pour animaux de compagnie d'origine animale, les consommateurs, ainsi que les autorités sanitaires doivent être conscients du risque de maladies humaines dues à Salmonella que posent ces friandises. En outre, les autorités de la santé publique devraient toujours tenir compte de ce risque lorsqu'elles enquêtent sur des cas ou des éclosions de salmonellose humaine.

Recommandations

  1. Après tout contact avec des animaux de compagnie ou des friandises destinées à ces animaux, on devrait toujours se laver soigneusement les mains avec de l'eau et du savon.

  2. Les personnes présentant un risque accru d'infection ou de complications graves associées à la salmonellose (p. ex., enfants de < 5 ans, personnes âgées et sujets immunodéprimés) devraient éviter tout contact avec des friandises pour animaux de compagnie d'origine animale.

  3. Les exploitants d'animalerie, les professionnels de la santé et les vétérinaires devraient informer les propriétaires d'animaux de compagnie des risques que présentent les friandises pour animaux de compagnie d'origine animale et des mesures à prendre pour prévenir la salmonellose.

  4. Les fabricants de friandises pour animaux de compagnie devraient intégrer à leur processus de transformation un procédé d'élimination des bactéries faisant appel à un traitement par la chaleur ou à l'irradiation.

Remerciements

Nous aimerions remercier nos collègues de la santé publique et des laboratoires de l'Alberta, de la Colombie-Britannique et de l'État de Washington ainsi que l'ACIA et la FDA pour leur collaboration à la présente enquête.

Références

  1. Système de surveillance des maladies à déclaration obligatoire, Division de la surveillance et de l'évaluation des risques, Centre de prévention et de contrôle des maladies infectieuses, Agence de santé publique du Canada, 2006.

  2. CDC. Salmonella surveillance: Annual summary, 2004. Atlanta, Georgia: US Department of Health and Human Services, CDC, 2005.

  3. Voetsch AC, Van Gilder TJ, Angulo FJ et al. FoodNet estimate of the burden of illness caused by nontyphoidal Salmonella infections in the United States. Clin Inf Dis 2004;38:S127-34.

  4. LLCM. Risque pour la santé humaine lié à l'exposition à des friandises pour chiens. RMTC 2000;26(6):41-2.

  5. Clark C, Cunningham J, Ahmed R et al. Characterization of Salmonella associated with pig ear dog treats in Canada. J Clin Microbiol 2001;39:3962-68.

  6. Pitout JDD, Reisbig MD, Mulvey M et al. Association between handling of pet treats and infection with Salmonella enterica serotype Newport expressing the AmpC ß-Lactamase, CMY-2. J Clin Microbiol 2003; 39:538-42.

  7. White DG, Datta A, McDermott P et al. Antimicrobial susceptibility and genetic relatedness of Salmonella serovars isolated from animal-derived dog treats in the USA. J Antimicro Chem 2003;52:860-3.

  8. Finlay R, Reid-Smith R, Weese JS. Human health implications of Salmonella- contaminated natural pet treats and raw pet food. Clin Infect Dis 2006;42:686-91.

  9. American Pet Products Manufacturers Association, Inc. Guidelines for the Manufacturing of Natural Pet Treats. Available at: http://www.appma.org/ Accessed: March 20, 2006.

Source : Shendra Brisdon, CPHI(C), inspectrice de la santé publique du Centre d'épidémiologie de la Colombie-Britannique, autorité sanitaire du Fraser; Dre Eleni Galanis, MPH., FRCPC, médecin épidémiologiste, Centre d'épidémiologie de la Colombie-Britannique, Vancouver, C.-B., Canada; Dr Romulo Colindres, MPH, agent des services de renseignements sur les épidémies, Foodborne and Diarrheal Diseases Branch, Centers for Disease Control and Prevention, Atlanta, GA; Larry Crowe, CPHI(C), Enteric Investigations, Calgary Health Region; Lorraine McIntyre, coordonnatrice - éclosions de gastroentérite, superviseure - toxi-infections alimentaires, Environmental Services, Laboratory Services, Centre d'épidémiologie de la Colombie-Britannique; Rebecca Baer, MPH, épidémiologiste, Communicable Disease Epidemiology, Washington State Department of Health; Laura MacDougall, MSc, épidémiologiste - surveillance des maladies, Centre d'épidémiologie de la Colombie-Britannique; Lynn Wilcott, BSc, P. Ag., spécialiste de la salubrité des aliments, Centre d'épidémiologie de la Colombie-Britannique; Dr Larry Gustafson, MHSc, médecin hygiéniste, Fraser Health Authority; Ana Paccagnella, BSc, RT, superviseure - bactériologie des maladies entériques, Centre d'épidémiologie de la Colombie-Britannique; Linda Chui, PhD, chef, Molecular Program, Provincial Laboratory for Public Health (Microbiology), Alberta, Canada; Doug Everett, CPHI(C), gestionnaire, Environmental Public Health, Alberta Health and Wellness; Diane MacDonald, MHSc, Division des infections d'origine hydrique, alimentaire et zoonotique, Agence de la santé publique du Canada; Andrea Ellis, DVM, Division des infections d'origine hydrique, alimentaire et zoonotique, Agence de la santé publique du Canada; M Leslie, DVM, MPH, vétérinaire de la santé publique, Communicable Disease Epidemiology, Washington State Department of Health; Christine E Keys, microbiologiste, Food and Drug Administration, Center for Food Safety and Applied Nutrition; Henry Ekperigin, DVM, MPVM, PhD, Food and Drug Administration, Center for Veterinary Medicine; Mark L Collins, responsable de la sécurité des consommateurs, Food and Drug Administration, Seattle District Office; A Drake, MPH, épidémiologiste, Communicable Disease Control, Epidemiology & Immunization Section, Public Health - Seattle & King County; J Koepsell, MS, épidemiologiste, Communicable Disease Control, Epidemiology & Immunization Section, Public Health - Seattle & King County; C DeBolt, IA, MPH, épidemiologiste, Communicable Disease Control, Epidemiology & Immunization Section, Public Health - Seattle & King County; S McKeirnan, IA, MPH, coordonnatrice des interventions en épidémiologie, Communicable Disease Control, Epidemiology & Immunization Section, Public Health - Seattle & King County; Dr J Duchin, chef, Communicable Disease Control, Epidemiology & Immunization Section, Public Health - Seattle & King County; Janelle M Johnson, microbiologiste, Food and Drug Administration, Pacific Regional Laboratory Northwest; Doris E Farmer, microbiologiste, Food and Drug Administration, Denver District Laboratory; Fred Angulo, DVM, PhD, Foodborne and Diarrheal Diseases Branch, Centers for Disease Control and Prevention, Atlanta, Géorgie.


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