ARCHIVÉ - Relevé des maladies transmissibles au Canada

 

Relevé des maladies transmissibles au Canada

Volume 33 • DCC-11
Novembre 2007

Une déclaration d'un comité consultatif (DCC)

Comité consultatif national de l'immunisation (CCNI)†, † †

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12 Pages - 721 KB

Recommandations concernant l'administration des vaccins conjugués contre le méningocoque de sérogroupe C aux nourrissons

Préambule

Le Comité consultatif national de l'immunisation (CCNI) donne à l'Agence de la santé publique du Canada des conseils constants et à jour liés à l'immunisation dans les domaines de la médecine, des sciences et de la santé publique. L'Agence de la santé publique du Canada reconnaît que les conseils et les recommandations figurant dans cette déclaration reposent sur les connaissances scientifiques les plus récentes et diffuse le document à des fins d'information. Les personnes qui administrent ou utilisent le vaccin doivent également connaître le contenu des monographies de produit pertinentes. Les recommandations d'utilisation et les autres renseignements qui figurent dans le présent document peuvent différer du contenu des monographies de produit établies par les fabricants autorisés de vaccins au Canada. Les fabricants ont fait approuver les vaccins et démontré leur innocuité et leur efficacité uniquement lorsqu'ils sont utilisés selon la monographie du produit. Les membres du CCNI et les agents de liaison doivent se conformer à la politique de l'Agence de la santé publique du Canada régissant les conflits d'intérêts, notamment déclarer chaque année les conflits d'intérêts possibles.

Le Comité consultatif national de l'immunisation (CCNI) a fait des recommandations sur l'usage des vaccins conjugués contre le méningocoque de sérogroupe C auprès des nourrissons (c.‑à‑d. les enfants de < 1 an), des enfants de 1 à 4 ans, des adolescents et des jeunes adultes(1). La vaccination devrait être envisagée dans le cas des enfants de ≥ 5 ans qui n'ont pas encore atteint l'adolescence. Dans la mise à jour de la déclaration de 2005 sur les vaccins conjugués contre le méningocoque de sérogroupe C(2), le CCNI a recommandé un calendrier de trois doses pour les jeunes nourrissons recevant Menjugate® (Novartis Vaccines) ou MeningitecMC (Wyeth Canada). La première dose devait être administrée à un âge minimal de 2 mois, et les autres doses devaient être données à au moins 1 mois d'intervalle; au moins une des doses de la première série devait être donnée après l'âge de 5 mois. Dans le cas des nourrissons de 4 à 11 mois, un calendrier de deux doses était recommandé en ce qui concerne Menjugate® et MeningitecMC, avec un intervalle d'au moins 1 mois entre les doses. Dans la déclaration de 2005, le calendrier recommandé en ce qui concerne NeisVac-C® (GlaxoSmithKline) a été modifié, passant à deux doses, la première devant être administrée à un âge minimal de 2 mois et la deuxième devant être donnée au moins 2 mois plus tard. Le CCNI a recommandé qu'une dose de la première série soit administrée après l'âge de 5 mois. Les enfants de ≥ 1 an n'ont besoin que d'une seule dose, peu importe lequel des trois vaccins conjugués contre le méningocoque de sérogroupe C est utilisé.

De plus en plus, les données recueillies soulèvent des préoccupations en ce qui concerne la durée de la protection à la suite de l'administration du vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe C aux nourrissons. La présente déclaration offrira un aperçu de l'épidémiologie de l'infection à méningocoque chez les nourrissons, des données sur l'immunogénicité et l'efficacité liées à l'administration du vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe C aux nourrissons et des pratiques actuelles de vaccination des nourrissons et des tout‑petits au Canada. À partir de ces données, on a formulé des recommandations mises à jour concernant la vaccination des nourrissons et des tout‑petits, afin d'accroître l'efficacité à long terme des vaccins conjugués contre le méningocoque de sérogroupe C.

Il convient de mentionner que l'épidémiologie de l'infection à méningocoque change au fil du temps, et que la compréhension de l'efficacité des vaccins antiméningococciques évolue. Il est possible que l'on doive apporter d'autres modifications aux recommandations du CCNI, à mesure que des données additionnelles deviendront disponibles.

Contexte

La protéine porteuse contenue dans NeisVac-C® est l'anatoxine tétanique, et la protéine porteuse contenue dans Menjugate® et MeningitecMC est CRM197, un mutant non toxique de la toxine diphtérique isolé à partir d'une culture de Corynebacterium diphtheriae. En plus de contenir une protéine porteuse différente, NeisVac-C® se différencie aussi de Menjugate® et de MeningitecMC par le fait qu'il est fabriqué à partir d'une capsule exempte de groupes O-acétyl, tandis que Menjugate® et MeningitecMC sont produits à partir de souches dont les polysaccharides capsulaires contiennent des groupes O-acétyl. La capsule de certains isolats de méningocoque de sérogroupe C est exempte des groupes O-acétyl, aussi l'activité de Menjugate® et de MeningitecMC contre ces souches pourrait‑elle s'en trouver amoindrie(3). On peut trouver une comparaison détaillée des vaccins antiméningococciques actuellement offerts au Canada dans la déclaration du CCNI sur le vaccin conjugué contre le méningocoque des sérogroupes A, C, Y et W135(4).

Depuis la déclaration de 2005 du CCNI, des changements aux calendriers de vaccination des nourrissons ont été approuvés par Santé Canada en ce qui concerne NeisVac-C® et MeningitecMC. Ainsi, le calendrier d'administration des deux doses de NeisVac-C® a été modifié en décembre 2006, de manière à ce que, dans le cas des nourrissons de 2 à 12 mois, au moins une des deux doses soit donnée lorsque l'enfant est âgé de > 5 mois. Une dose de rappel est recommandée dans le cas des nourrissons pour qui la première série de vaccins a été terminée avant l'âge de 5 mois. On suggère de donner la dose de rappel au cours de la deuxième année de vie, environ 1 an après la dernière dose de la première série(5). Le calendrier d'administration de MeningitecMC aux nourrissons a été modifié en mai 2007, pour prévoir deux doses, dont la première doit être donnée à un âge minimal de 2 mois; un intervalle d'au moins 2 mois doit s'écouler entre les doses, suivi par une dose de rappel donnée de préférence à environ l'âge de 12 mois(6).

Épidémiologie des méningococcies invasives chez les nourrissons

C'est chez les enfants de < 1 an que le taux d'incidence annuel moyen de toutes les formes de méningococcies invasives (MI) est le plus élevé (9,2 pour 100 000 au cours de la période 1995-2004). En effet, les nourrissons de < 1 an représentaient 13 % des 2 437 cas de MI déclarés entre 1995 et 2004 (moyenne de 32 cas par année). Le sérogroupe B est responsable de la majeure partie du fardeau de la maladie dans ce groupe d'âge, une moyenne de 22,5 cas étant déclarés chaque année (intervalle de 12 à 41). Le taux de MI causées par le sérogroupe B était de 6,40 pour 100 000 chez les nourrissons de < 1 an. Le sérogroupe C est responsable d'un plus petit nombre de cas dans ce groupe d'âge. Entre 1995 et 2004, le nombre annuel moyen de cas d'infection à méningocoque de sérogroupe C au Canada chez les enfants de < 1 an a été de 3,2 (intervalle de 1 à 8), ce qui représente un taux de 0,90 pour 100 000 (données non publiées, Agence de la santé publique du Canada, 2007).

Données sur l'immunogénicité

L'usage des vaccins conjugués contre le méningocoque de séro-groupe C a été approuvé à partir de données sur l'immunogénicité à court terme et sur l'innocuité(5). Selon les données concernant l'immunogénicité liée à la vaccination des nourrissons, la réponse immunitaire initiale des nourrissons au vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe C est bonne, et elle peut être démontrée même après deux doses de vaccin. Plusieurs études révèlent toutefois que la réponse immunitaire diminue au cours de l'année suivant la vaccination, mais que l'administration d'une dose additionnelle administrée à l'âge de ≥ 1 an produit une forte réponse immunitaire(7-10).

Une étude canadienne a été menée auprès de 175 nourrissons, choisis au hasard pour recevoir Menjugate® aux âges de 2, 4, 6 et 15 mois, simultanément au vaccin DCaT-VPI-Hib (Pentacel®, Aventis Pasteur)(7). Deux mois après la deuxième dose de Menjugate®, 99 % (intervalle de confiance [IC] à 95 % : 96 % à 100 %) des nourrissons vaccinés présentaient un titre d'anticorps bactéricides contre le sérogroupe C suffisant pour être protégés (soit un titre ≥ 1:8). Un titre ≥ 1:8 est le corrélat immunitaire présumé de la protection à court terme contre l'infection à méningocoque de sérogroupe C(8). Un mois après la troisième dose, 100 % (IC à 95 % : 98 % à 100 %) des sujets vaccinés présentaient le titre protecteur. À l'âge de 15 mois, avant que l'injection de rappel ne soit donnée, seuls 74 % (IC à 95 % : 66 % à 81 %) des sujets vaccinés avaient maintenu le titre protecteur contre le méningocoque de sérogroupe C. Un mois après la dose de rappel, 100 % (IC à 95 % : 98 % à 100 %) des sujets présentaient de nouveau le titre protecteur. Les titres moyens géométriques des anticorps (TMG) étaient les suivants : 140, 2 mois après la deuxième dose; 232, 1 mois après la troisième dose; 20, à l'âge de 15 mois (avant la dose de rappel); et 1 344, 1 mois après la dose de rappel.

Dans une étude menée au Royaume-Uni (R.‑U.), on a administré deux lots d'un vaccin similaire à Menjugate® simultanément à un vaccin quadrivalent contenant les anatoxines diphtérique et tétanique et le vaccin anticoquelucheux (germe entier) reconstitué avec le vaccin conjugué Haemophilus influenzae de type b (anti‑Hib) tétanos, aux âges de 2, 3 et 4 mois; le vaccin antipoliomyélitique oral (VAO) a aussi été administré(8). Au total, 120 sujets ont reçu l'un ou l'autre des deux lots de vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe C. Un mois après la première dose, 56 % des nourrissons présentaient un titre d'anticorps bactéricides ≥ 1:8; un mois après la deuxième dose, 98 % des sujets vaccinés présentaient un tel titre; et un mois après la troisième dose, 100 % des nourrissons présentaient le titre protecteur. À l'âge de 12 mois, plus de 75 % des enfants présentaient toujours un titre ≥ 1:8. Les TMG étaient les suivants (selon le lot de vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe C reçu) : 13 et 8,2, un mois après la première dose; 302 et 220, un mois après la deuxième dose; 629 et 420, un mois après la troisième dose; 24 et 16, à l'âge de 12 mois. Une dose additionnelle du vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe C ou du vaccin polysaccharidique contre le méningocoque a été donnée à l'âge de 12 mois. Un mois plus tard, 100 % des sujets ayant reçu la dose de rappel du vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe C présentaient un titre ≥ 1:8, tandis que 97 % des sujets ayant reçu le vaccin polysaccharidique contre le méningocoque présentaient un tel titre. Les TMG étaient beaucoup plus élevés chez les sujets ayant reçu la dose de rappel du vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe C que chez ceux ayant reçu le vaccin polysaccharidique contre le méningocoque (2 448 comparativement à 789). Les sujets du groupe témoin n'ont pas reçu le vaccin antiméningococcique lorsqu'ils étaient des nourrissons et n'ont reçu qu'une seule dose du vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe C, à l'âge de 12 mois. Dans le groupe témoin, seulement 66 % des sujets avaient atteint le titre d'anticorps protecteur un mois après avoir reçu la dose unique du vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe C, et le TMG de ces sujets n'était que de 15.

Dans une autre étude menée au R.‑U., on a administré à des sujets un produit similaire à MeningitecMC, simultanément à un vaccin quadrivalent contenant les anatoxines diphtérique et tétanique et le vaccin anticoquelucheux (genre entier) reconstitué avec le vaccin conjugué anti‑Hib-CRM197, aux âges de 2, 3 et 4 mois; le VAO a aussi été administré(9). Les sujets ont reçu une formule soit de 2 μg ou de 10 μg. Nous présentons ici les résultats liés à la formule de 10 µg, car il s'agit de la concentration actuelle de MeningitecMC. Au total, 57 sujets ont reçu la formule de 10 μg du vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe C. Quatre semaines après la première dose, 68 % des nourrissons présentaient un titre d'anticorps bactéricides ≥ 1:8; 4 semaines après la deuxième dose, 98 % des nourrissons présentaient ce titre protecteur; et 4 semaines après la troisième dose, 98 % des nourrissons présentaient un tel titre. À l'âge de 14 mois, 53 % des enfants présentaient toujours un titre ≥ 1:8. Les TMG étaient les suivants : 30,3 mesuré 4 semaines après la première dose; 766,3 mesuré 4 semaines après la deuxième dose; 1 011 mesuré 4 semaines après la troisième dose; et 13,5, à l'âge de 14 mois. À l'âge de 15 à 20 mois, environ la moitié des enfants ont reçu une dose contenant 10 μg de vaccin polysaccharidique contre le méningocoque de chacun des sérogroupes A et C; 19 des 20 enfants vaccinés (95 %) présentaient un titre ≥ 1:8 un mois après la vaccination, avec un TMG de 256. L'autre moitié des nourrissons de cette étude ont reçu le vaccin polysaccharidique contre le méningocoque des sérogroupes A et C à l'âge de 4 ans(12). Avant de recevoir le vaccin à l'âge de 4 ans, seulement trois des 25 sujets (12 %) qui avaient reçu la formule de 10 μg présentaient un titre d'anticorps bactéricides ≥ 1:8. Un mois après l'administration du vaccin polysaccharidique, 21 sujets sur 22 (95 %) présentaient un titre ≥ 1:8, avec un TMG de 931,6.

Il est possible que NeisVac-C® produise une réponse immunitaire plus forte que Menjugate® ou MeningitecMC. Dans une étude menée au R.‑U., on a recruté 226 enfants de 12 à 18 mois afin de comparer l'immunogénicité de Menjugate®, de MeningitecMC et de NeisVac-C® à l'aide d'une souche de Neisseria meningitidis contenant des groupes O-acétyl(13). NeisVac-C® semble avoir produit des TMG plus élevés que Menjugate® ou MeningitecMC, et ces titres sont demeurés plus élevés au fil du temps. Quatre à 6 semaines après la vaccination, les TMG des sujets vaccinés par Menjugate®, MeningitecMC et NeisVac‑C® étaient respectivement de 123, 141 et 564. Avant la revaccination 6 mois plus tard par une faible dose de provocation d'un vaccin polysaccharidique, le TMG avait diminué dans tous les groupes, tout en demeurant plus élevé chez les sujets ayant reçu NeisVac-C® (19 pour Menjugate®, 51 pour MeningitecMC et 166 pour NeisVac‑C®). En outre, le pourcentage de sujets présentant un titre d'anticorps bactéricides ≥ 1:8 était plus élevé chez ceux qui avaient reçu NeisVac-C® (57 % pour Menjugate®, 75 % pour MeningitecMC et 86 % pour NeisVac‑C®). Après la provocation par le vaccin polysaccharidique, un pourcentage très élevé d'enfants présentant des titres ≥ 1:8 a été observé dans les trois groupes de sujets, mais les TMG culminaient chez les sujets ayant reçu NeisVac-C® (1 318 pour Menjugate®, 979 pour MeningitecMC et 5 272 pour NeisVac-C®). NeisVac-C® produit une bonne réponse tant aux souches contenant des groupes O‑acétyl qu'aux souches exemptes de ces groupes(14).

Dans une autre étude menée au R.‑U., on a évalué l'immunogénicité associée à un calendrier de une, deux ou trois doses de NeisVac-C® chez des nourrissons âgés de 11 semaines au moment de leur recrutement(10). On a administré NeisVac-C® simultanément à un vaccin contenant les anatoxines diphtérique et tétanique, le vaccin anticoquelucheux (germe entier) et le vaccin anti‑H. influenzae type b (Act-Hib-DTcE, Pasteur Mérieux); le VPO a aussi été administré. On a évalué l'immunogénicité à l'aide de trois souches différentes de N. meningitidis, dont deux contenaient des groupes O-acétyl et une en était exempte.Des 194 nourrissons inscrits aléatoirement dans le groupe ne recevant qu'une dose, vaccinés à l'âge de 2 mois, ≥ 98,4 % de ceux à qui l'on a fait une prise de sang 1 mois après la vaccination présentaient un titre d'anticorps bactéricides ≥ 1:8, selon la souche utilisée pour l'essai. Un mois après avoir complèté la série primaire, le titre protecteur a été atteint par ≥ 98,9 % des 201 nourrissons inscrits aléatoirement dans le groupe recevant NeisVac-C® aux âges de 2 et 4 mois et par ≥ 98,8 % des 191 nourrissons inscrits aléatoirement dans le groupe recevant le vaccin aux âges de 2, 3 et 4 mois. Un mois après l'achèvement du calendrier de vaccination, les TMG étaient plus élevés dans les groupes ayant reçu deux ou trois doses du vaccin que dans le groupe n'ayant reçu qu'une seule dose (soit 460, 1 325 et 1 405, respectivement, dans le cas de une, deux et trois doses, pour une souche de N. meningitidis contenant des groupes O-acétyl). Une faible dose de provocation d'un vaccin polysaccharidique a été administrée à l'âge de 13 à 14 mois. Avant la provocation, le pourcentage d'enfants présentant un titre ≥ 1:8 était plus faible dans le groupe qui n'avait reçu qu'une seule dose de NeisVac-C® que dans les groupes ayant reçu deux ou trois doses (43,8 %, 59,9 % et 70,2 %, respectivement, dans le cas de une, deux et trois doses, pour une souche de N. meningitidis contenant des groupes O-acétyl). Dans les trois groupes toutefois, une très forte proportion des sujets avaient atteint un titre ≥ 1:8 un mois après la provocation par le vaccin polysaccharidique, et présentaient des TMG très élevés, qui culminaient dans le groupe n'ayant reçu qu'une seule dose (6 377, 3 556 et 2 946, respectivement, dans le cas de une, deux et trois doses, pour une souche de N. meningitidis contenant des groupes O-acétyl).

L'administration concomitante de NeisVac-C® et du vaccin DTaP/Hib (Infanrix-Hib®, GlaxoSmithKline) aux âges de 2, 3 et 4 mois a été évaluée dans une autre étude menée au R.‑U. auprès de 106 nourrissons(15); le VPO a aussi été administré à chaque consultation. Un mois après la première dose, 92 % des nourrissons présentaient un titre d'anticorps bactéricides protecteur contre le sérogroupe C (c.‑à‑d. ≥ 1:8), une proportion qui est passée à 100 % 1 mois après les deuxième et troisième doses. Un mois après les première, deuxième et troisième doses, les TMG étaient de 491, 1 052 et 1 024, respectivement. La troisième dose n'a pas semblé contribuer à la réponse immunitaire suivant ce calendrier.

Dans un examen mené récemment par Cochrane Collaboration au sujet des vaccins conjugués contre le méningocoque de sérogroupe C, on a conclu que la plupart des études avaient porté sur trois doses du vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe C chez les nourrissons, mais que deux doses pourraient être suffisantes, étant donné que la plupart des nourrissons atteignent les titres protecteurs après deux doses, en particulier dans le cas du vaccin conjugué contenant l'anatoxine tétanique. Les chercheurs ont aussi établi que deux doses de vaccin conjugué contre le méningocoque du sérogroupe C produisaient des titres élevés d'anticorps chez les enfants de 12 à 18 mois, et que la majorité d'entre eux étaient protégés après une dose, en particulier dans le cas du vaccin conjugué contenant l'anatoxine tétanique (16).

Plusieurs des études susmentionnées ont révélé une mémoire immunitaire associée aux vaccins conjugués contre le méningo-coque de sérogroupe C, comme l'indiquent les hausses des titres lors de la provocation par des vaccins polysaccharidiques ou conjugués contre le méningocoque de sérogroupe C(7-10,12,13). On ne sait toutefois pas si la mémoire immunitaire est suffisante pour assurer une protection contre les MI, lesquelles ont une courte période d'incubation (intervalle de 2 à 10 jours, habituellement 3 à 4 jours(17)). Il se pourrait que, dans ce sac, des anticorps circulants soient nécessaires à la protection, en raison justement de la brièveté de la période d'incubation.

Données sur l'efficacité

Compte tenu de la rareté des MI et de la taille de l'échantillon nécessaire pour mener des études d'efficacité, les coûts liés à de telles études sont prohibitifs. On a donc recours aux études d'immunogénicité et aux études d'efficacité post-homologation pour évaluer les vaccins antiméningococciques. Récemment, des données sur l'efficacité des vaccins conjugués contre le méningocoque de sérogroupe C comme moyen de lutte contre les éclosions ont été publiées dans plusieurs études, à la suite de l'intégration de ces vaccins au calendrier de vaccination systématique au Québec(18), au R.‑U.(19) et en Espagne(20). L'intervalle de confiance autour des estimés de maladie dans ces études observationnelles sont grandes à cause de la rareté relative des cas. Ces études ont toutes fait état d'une excellente efficacité au cours de la première année suivant l'adoption du programme de vaccination de masse. Deux d'entre elles contenaient aussi des données issues d'un suivi sur une période plus longue(19,20), et soulèvent des préoccupations quant à l'efficacité à long terme du vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe C chez les enfants qui l'ont reçu lorsqu'ils étaient nourrissons.

Au R.‑U., les nourrissons ont reçu le vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe C aux âges de 2, 3 et 4 mois. Des données de surveillance étaient disponibles pour les 4 années qui ont suivi l'adoption du programme de vaccination. Trotter et ses coll.(19) ont découvert que > 1 an après la série de vaccins, l'efficacité chez les enfants vaccinés aux âges de 2, 3 et 4 mois avait chuté à –81 % (IC à 95 % : -7 430 % à 71 %). Les enfants vaccinés aux âges de 5 à 11 mois et de 1 à 2 ans présentaient une protection à long terme un peu plus élevée, l'efficacité du vaccin >1 an après son administration à ces enfants étant de 82 % (IC à 95 % : -8 % à 97 %) et de 61% (IC à 95 % : -327 % à 94 %), respectivement dans ces groupes d'âge. En dépit du manque apparent de protection chez les enfants plus vieux vaccinés lorsqu'ils étaient de jeunes nourrissons, le nombre total de cas demeure faible dans cette cohorte, en partie à cause de l'immunité collective. En se fondant sur son étude de modélisation, le R.‑U. a décidé de modifier son calendrier d'administration du vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe C, de façon à donner une première dose à l'âge de 3 mois, une deuxième dose à l'âge de 4 mois et une dose de rappel à l'âge de 12 mois(21).

En Espagne, on a administré aux nourrissons le vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe C, aux âges de 2, 4 et 6 mois. Des données de surveillance étaient disponibles pour les 4 années qui ont suivi l'adoption du programme de vaccination. Plus de 1 an après la vaccination, l'efficacité chez les enfants vaccinés lorsqu'ils étaient nourrissons était de 78 % (IC à 95 % : 3,1 % à 95,0 %). Les enfants vaccinés entre les âges de 7 mois et de 5 ans présentaient une meilleure protection, avec une efficacité vaccinale de 94,3% (IC à 95 % : 71,2 % à 98,8 %) > 1 an après le vaccin(20).

Recommandations provinciales/territoriales actuelles concernant les nourrissons et les tout‑petits

Depuis juin 2007, le vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe C est offert aux nourrissons de < 12 mois dans le cadre des programmes de l'Alberta et du Yukon financés par l'État. Le programme albertain prévoit trois doses, données à l'âge de 2, 4 et 6 mois, et le programme du Yukon prévoit deux doses, à 2 et 6 mois. Dans huit provinces et territoires, le vaccin est donné à l'âge de 12 mois. Au Manitoba, le vaccin est offert en 4e année, et il est offert aux âges de 2 et 12 mois en Colombie‑Britannique et dans les Territoires du Nord-Ouest. Dix provinces et territoires offrent aussi des campagnes de rattrapage aux groupes plus âgés(22).

Recommandations

En raison de la courte période d'incubation de ces infections, il se pourrait que des anticorps circulants soient nécessaires à la protection contre les MI. Des données immunologiques révèlent que les titres protecteurs obtenus après la vaccination des nourrissons contre le méningocoque de sérogroupe C diminuent au cours de la deuxième année de vie. Les études d'efficacité ont montré que la protection diminue 1 an après la fin de la série de vaccins administrée aux nourrissons.

Par conséquent, le CCNI recommande, si le vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe C est administré à des nourrissons de < 12 mois, qu'une dose de rappel soit donnée au cours de la deuxième année de vie (à l'âge de 12 à 23 mois). Les âges de 12 ou de 18 mois seraient adéquats pour procéder à l'injection de rappel. La présente recommandation du CCNI remplace la recommandation voulant qu'une dose de la série primaire du vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe C soit donnée après l'âge de 5 mois.

L'épidémiologie des MI et l'efficacité des vaccins conjugués contre le méningocoque du sérogroupe C font l'objet d'une surveillance continue. Les présentes recommandations pourraient être modifiées à mesure que des données additionnelles deviendront disponibles.

Le CCNI estime que les recommandations susmentionnées sont bien fondées : la fermeté de ces recommandations est établie à A et leur niveau de preuve, à II-2 (tableau 1).

Tableau 1. Qualité et fermeté des preuves

Niveau de preuve(23,24)

I

Données obtenues dans le cadre d'au moins un essai comparatif convenablement randomisé.

II-1

Données obtenues dans le cadre d'essais comparatifs bien conçus, sans randomisation.

II-2

Données obtenues dans le cadre d'études analytiques de cohortes ou cas-témoins bien conçues, réalisées de préférence dans plus d'un centre ou par plus d'un groupe de recherche (y compris les études d'immunogénicité).

II-3

Données obtenues à partir de comparaisons entre des périodes ou des endroits, avec ou sans intervention. Les résultats spectaculaires d'expériences non comparatives pourraient figurer dans cette catégorie.

III

Opinions exprimées par des sommités dans le domaine et reposant sur l'expérience clinique, des études descriptives ou des rapports de comités d'experts.

Fermeté des recommandations

A

Il existe des preuves suffisantes pour recommander la mesure préventive clinique.

B

Il existe des preuves acceptables pour recommander la mesure préventive clinique.

C

Les preuves qui existent sont contradictoires et ne permettent pas de recommander ou de déconseiller la mesure préventive clinique; toutefois, d'autres facteurs pourraient influer sur la prise de décisions.

D

Il existe des preuves acceptables pour déconseiller la mesure préventive clinique.

E

Il existe des preuves suffisantes pour déconseiller la mesure préventive clinique.

I

Il n'existe pas de preuves suffisantes (en quantité ou en qualité) pour formuler une recommandation; toutefois, d'autres facteurs pourraient influer sur la prise de décisions.

Références

  1. Comité consultatif national de l'immunisation (CCNI). Déclaration sur l'utilisation recommandée des vaccins antiméningococciques. RMTC 2001;27(DCC-6):2-36.

  2. Comité consultatif national de l'immunisation (CCNI). Le point sur les vaccins conjugués contre le méningocoque. RMTC 2005;31(DCC-3):1-4.

  3. Snape MD, Pollard AJ. Meningococcal polysaccharide-protein conjugate vaccines. Lancet Infect Dis 2005;5:21-30.

  4. Comité consultatif national de l'immunisation (CCNI). Déclaration sur le vaccin conjugué contre le méningocoque, sérogroupes A, C, Y et W135. RMTC 2007;33(DCC-3):1-24.

  5. GlaxoSmithKline Inc. Monographie de produit : vaccin NeisVac-C®. Mississauga (Ontario) : GlaxoSmithKline Inc., 2006.

  6. Wyeth Canada. Monographie : MeningitecMC. Montréal (Québec) : Wyeth Canada, 2007.

  7. Halperin SA, McDonald J, Samson L et coll. Simultaneous administration of meningococcal C conjugate vaccine and diphtheria-tetanus-acellular pertussis-inactivated poliovirus-Haemophilus influenzae type b conjugate vaccine in children: A randomized double-blind study. Clin Invest Med 2002;25:243-51.

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Membres : Dre J. Langley (présidente), Dre T. Tam (secrétaire exécutive), Dr S. Dobson, Dr B. Duval, Mme A. Hanrahan, Dr J. Kellner, Dr K. Laupland, Dre A. McGeer, Dre S. McNeil, Dre M.-N. Primeau, Dr B. Seifert, Dre D. Skowronski, Dre B. Tan, Dre B. Warshawsky (vice‑présidente).

Représentants de liaison : Dre P. Hudson (ACSP), Dre B. Bell (CDC), Dre D. Money (SOGC), Dr. B. Larke (CMHC), Dre M. Salvadori (SCP), Dre S. Rechner (CMFC), Dr. J. Salzman (CCMTMV), Dr. D. Scheifele (CAIRE), Dre P. Orr (AMMI Canada).

Représentants d'office : Dr H. Rode (DPBTG), Dre R. Ramsingh (FNIHB), Dr P. Laforce, Dre B. Law (DIIR).

† †La présente déclaration a été rédigée par les Dres Bryna Warshawsky et Shelley Deeks et a été approuvée par le CCNI et par l'Agence de la santé publique du Canada.


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