Chlamydia trachomatis et le lymphogranulome vénérien au Canada : 2003-2012

RMTC

Volume 41-2, le 5 février 2015 : Infections transmissibles sexuellement et mois de la sensibilisation à la santé sexuelle

Surveillance

L'infection à Chlamydia trachomatis et le lymphogranulome vénérien au Canada : 2003-2012
Rapport sommaire

Totten S1,*, MacLean R1, Payne E1, Severini A2

Affiliations

1 Centre de la lutte contre les maladies transmissibles et les infections, Agence de la santé publique du Canada, Ottawa (Ontario)

2 Laboratoire national de microbiologie, Agence de la santé publique du Canada, Winnipeg (Manitoba)

Correspondance

Stephanie.Totten@phac-aspc.gc.ca

DOI

https://doi.org/10.14745/ccdr.v41i02a01f

Résumé

Contexte : L'infection à Chlamydia trachomatis continue d'être l'infection transmissible sexuellement la plus couramment déclarée au Canada. Le lymphogranulome vénérien, causé par certains sérotypes de Chlamydia trachomatis, est en voie de devenir établi dans certaines populations dans un certain nombre de pays occidentaux.

Objectif : Déterminer les tendances parmi les cas déclarés d'infection à Chlamydia trachomatis et de lymphogranulome vénérien au Canada, du 1er janvier 2003 au 31 décembre 2012.

Méthodologie : Les données sur les maladies à déclaration obligatoire sur l'infection à Chlamydia trachomatis ont été présentées à l'Agence de la santé publique du Canada par les unités épidémiologiques provinciales et territoriales et résumées à l'échelle nationale en fonction de l'âge et du sexe. Les tests de confirmation des cas soupçonnés de lymphogranulome vénérien et le sous-typage du sérotype ont été effectués par le Laboratoire national de microbiologie (LNM). Lorsque c'est possible, les autorités sanitaires provinciales et territoriales utilisent un formulaire standardisé de déclaration de cas pour recueillir des données épidémiologiques améliorées sur chaque cas et pour soumettre les données à l'Agence.

Résultats : De 2003 à 2012, le taux de cas déclarés d'infection à Chlamydia trachomatis a augmenté de 57,6 %, passant de 189,6 à 298,7 cas par 100 000 habitants. Le taux de cas déclarés d'infection à Chlamydia trachomatis chez les femmes (383,5 cas par 100 000 habitants) était près de deux fois supérieures à celui des hommes (212,0 cas par 100 000 habitants), bien que la plus forte augmentation relative du taux a été observée chez les hommes. Chez les hommes comme chez les femmes, les taux d'infection à Chlamydia trachomatis les plus élevés ont été observés chez les personnes âgées de 20 à 24 ans. De 2004 à 2012, 170 cas de lymphogranulome vénérien ont été déclarés à l'Agence par les autorités sanitaires provinciales (dont 104 cas confirmés et 66 cas probables). En 2012, on a reçu des déclarations de 12 cas confirmés et probables, comparativement à 38 cas positifs confirmés par le Laboratoire national de microbiologie.

Conclusion : Au Canada, comme dans de nombreux pays, les taux d'infection à Chlamydia trachomatis ont sensiblement augmenté au cours des dix dernières années, en partie en raison de l'amélioration du diagnostic au moyen de tests d'amplification des acides nucléiques (TAAN). Conformément aux tendances observées en Europe et dans d'autres pays, le lymphogranulome vénérien est émergent au Canada chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes (HARSAH).

Introduction

Infection à Chlamydia trachomatis

L'infection à Chlamydia trachomatis est à déclaration obligatoire à l'échelle nationale depuis 1991. Il s'agit d'une infection génitale causée par la bactérie Chlamydia trachomatis et elle est le plus souvent déclarée comme une infection transmissible sexuellement (ITS) au Canada. Les infections sont souvent asymptomatiques chez les hommes comme chez les femmes. En l'absence de dépistage, ces infections ne sont pas diagnostiquées, ce qui favorise la propagation de l'infection à Chlamydia trachomatis parmi les personnes sexuellement activesNote de bas de page 1. L'atteinte inflammatoire pelvienne est une des complications les plus courantes associées à l'infection à Chlamydia trachomatis non traitée et récurrente chez les femmes, et elle peut être à l'origine de douleurs pelviennes chroniques, de grossesses ectopiques et de cas de stérilité. Chez les hommes, les complications sont plus rares, mais elles comprennent des cas d'orchi-épididymite et de stérilité. Chez les femmes enceintes, l'infection à Chlamydia trachomatis non traitée peut être transmise au bébé à l'accouchement et causer une conjonctivite ou une pneumonie néonatales. Comme c'est le cas pour les autres infections transmissibles sexuellement, l'infection à Chlamydia trachomatis accroît le taux d'infection et de transmission du virus de l'immunodéficience humaine (VIH). Elle recrute des cellules cibles pour le VIH dans le tractus génital et fait augmenter l'excrétion de cellules infectées au VIHNote de bas de page 2Note de bas de page 3.

Entre 1991 et 1997, le taux de cas déclarés d'infection à Chlamydia trachomatis a constamment diminué chez les hommes et chez les femmes, pour ensuite recommencer à augmenterNote de bas de page 4.

Lymphogranulome vénérien

Le lymphogranulome vénérien est une ITS causée par les sérotypes L1, L2 et L3 de C. trachomatis. Les infections causées par ces sérotypes envahissent de préférence les tissus lymphatiques et elles ont tendance à se propager davantage que celles causées par les souches de Chlamydia trachomatis autres que celles du lymphogranulome vénérien. Les signes et les symptômes comprennent une rectite ulcéreuse douloureuse, accompagnée d'une lymphadénopathie inguinale ou fémorale ou des bubons, accompagnés de fièvre, de myalgie et d'arthralgie.

Le lymphogranulome vénérien non traité peut entraîner des complications graves, notamment la destruction des tissus rectaux et génitaux. Bien que rares, dans certains cas, une méningoencéphalite, une hépatite et la mort peuvent également survenir.

Le lymphogranulome vénérien est endémique dans certaines régions de l'Afrique, de l'Asie, de l'Amérique du Sud et des Caraïbes, et il était relativement rare au Canada jusqu'en 2003Note de bas de page 5. À cette époque, on a commencé à observer des éclosions de lymphogranulome vénérien chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes dans des centres urbains canadiensNote de bas de page 6. Des éclosions chez les HARSAH ont également été signalées dans des pays européens et aux États-UnisNote de bas de page 7Note de bas de page 8Note de bas de page 9Note de bas de page 10. Des données récentes semblent indiquer que l'infection est devenue endémique dans la population des HARSAH dans certains de ces paysNote de bas de page 11. En réponse à l'apparition du lymphogranulome vénérien en Europe, le Canada a lancé une surveillance accrue de cette ITS en 2005, qui incluait les données rétrospectives de 2004.

L'objectif du présent relevé est de résumer les tendances dans les taux d'infection à Chlamydia trachomatis et de lymphogranulome vénérien au Canada entre 2003 et 2012. Il est fondé sur le rapport sur les infections transmissibles sexuellement au Canada : 2012, préparé par le Centre de la lutte contre les maladies transmissibles et les infections de l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC) (accessible en ligne)Note de bas de page 12 et une déclaration supplémentaire sur le lymphogranulome vénérienNote de bas de page 13.

Méthodologie

Collecte de données

Les données sur les cas confirmés d'infection à Chlamydia trachomatis ont été déclarées au Système canadien de surveillance des maladies à déclaration obligatoire (SSMDO) par les autorités sanitaires provinciales et territoriales selon les définitions de cas de l'Agence pour les maladies transmissibles faisant l'objet d'une surveillance nationaleNote de bas de page 14 (voir l'encandré ci-dessous). Les données sont présentées sous des formes diverses (p. ex. transmission électronique de données présentées par ligne, exposés de cas sur support papier, données agrégées) et sont vérifiées et chargées dans la base de données du SSMDO par le personnel de l'Agence.

Les tests de confirmation des cas soupçonnés de lymphogranulome vénérien sont effectués par le Laboratoire national de microbiologie (LNM) au moyen du test d'amplification des acides nucléiques (TAAN), et des données sur ces cas sont ensuite partagées avec le Centre de la lutte contre les maladies transmissibles et les infections (CLCMTI). Le diagnostic des cas probables est fondé uniquement sur des tests sérologiques et il est effectué dans des laboratoires provinciaux. Lorsque c'est possible, les autorités sanitaires provinciales et territoriales utilisent un formulaire standardisé de déclaration de cas pour recueillir des données épidémiologiques améliorées sur les cas confirmés et probables, puis elles soumettent les données directement au CLCMTI. À l'heure actuelle, il n'est pas possible d'établir un lien entre les formulaires de déclaration de cas présentés au CLCMTI et les données correspondantes du LNM.

Définitions de cas d'infection à Chlamydia trachomatis et de lymphogranulome vénérien

Infection à Chlamydia trachomatis :Note de bas de page 14

Preuve de laboratoire d'infection des échantillons génito-urinaires et extra-génitaux :

  • Détection de Chlamydia trachomatis par culture

OU

  • Détection d'acides nucléiques de C. trachomatis

OU

  • Détection d'antigène de C. trachomatis

Lymphogranulome vénérien :Note de bas de page 13

  • Preuve de laboratoire des sérotypes L1, L2 et L3 de C. trachomatis par des TAAN.

Analyse des données

Les données sur l'infection à Chlamydia trachomatis extraites du SSMDO ont été analysées par le personnel du CLCMTI. Les taux ont été calculés selon le groupe d'âge et le sexe à l'aide des estimations de la population tirées de la Division de la démographie de Statistique Canada. Les calculs des taux de changements ont été effectués à partir de chiffres non arrondis pour une plus grande précision.

Le nombre de cas de lymphogranulome vénérien déclarés par le LNM et par les autorités sanitaires provinciales et territoriales est inclus séparément, étant donné qu'il n'existe actuellement aucune méthode permettant d'établir un lien entre ces deux sources de données. Les cas confirmés déclarés par le LNM peuvent créer des doublons de cas confirmés, déclarés également par les provinces, mais ce degré de chevauchement est difficile à quantifier.

La surveillance est considérée comme faisant partie du mandat des programmes fédéraux, provinciaux et territoriaux et ne s'inscrit pas dans le cadre de la recherche sur des humains; par conséquent, aucune approbation du Comité d'examen éthique n'a été demandée.

Résultats

Infection à Chlamydia trachomatis

En 2012, 103 716 cas d'infection à Chlamydia trachomatis ont été signalés, ce qui correspond à un taux de 298,7 par 100 000 habitants. Le taux en 2012 représentait une hausse de 57,6 % par rapport au taux de 189,6 par 100 000 habitants en 2003. Chez les hommes, les taux ont augmenté de 74,8 %, passant de 121,3 à 212,0 cas par 100 000 habitants; chez les femmes, les taux ont augmenté de 49,5 %, passant de 256,5 à 383,5 cas par 100 000 habitants (Figure 1).

Figure 1 : Taux de cas déclarés d'infection à Chlamydia trachomatis selon le sexe et dans l'ensemble, de 2003 à 2012, Canada

Figure 1 : Taux de cas déclarés d'infection à Chlamydia trachomatis selon le sexe et dans l'ensemble, de 2003 à 2012, Canada

Description textuelle : Figure 1

Figure 1 : Taux de cas déclarés d'infection à Chlamydia trachomatis selon le sexe et dans l'ensemble, de 2003 à 2012, Canada

Année Hommes Femmes Total
2003 121.3 256.5 189.6
2004 131.8 267.7 200.5
2005 140.2 270.8 206.2
2006 145.8 278.1 212.7
2007 151.7 285.5 221.0
2008 165.5 321.2 244.2
2009 173.0 336.0 255.4
2010 186.9 358.8 273.7
2011 201.1 379.8 291.6
2012 212.0 383.5 298.7

En 2012, les taux étaient presque deux fois plus élevés chez les femmes que chez les hommes et la majorité des infections à Chlamydia trachomatis déclarées (80,2 %) touchaient des personnes de moins de 30 ans (Figure 2). En 2012, les taux les plus élevés étaient observés dans le groupe d'âge de 20 à 24 ans, bien que les taux chez les femmes étaient plus de deux fois plus élevés que les taux observés chez les hommes de ce groupe d'âge (2 151,7 cas par 100 000 habitants c. 1 073,9 cas par 100 000 habitants, respectivement). Dans les groupes plus âgés, l'écart entre les sexes était moins prononcé et s'était même inversé; en 2012, les taux de cas déclarés étaient plus élevés chez les hommes que chez les femmes dans les groupes d'âge de 40 ans et plus (Figure 2).

Entre 2003 et 2012, les taux de cas déclarés d'infection à Chlamydia trachomatis n'ont cessé d'augmenter tant chez les femmes que chez les hommes âgés de 10 ans et plus. La plus forte augmentation relative des taux a été observée chez les personnes âgées de 10 à 14 ans (167,0 %), alors que la plus forte augmentation relative des taux chez les femmes a été observée chez celles âgées de 60 ans et plus (266,8 %) (données non indiquées).

Figure 2 : Taux de cas déclarés d'infection à Chlamydia trachomatis selon le sexe et le groupe d'âge, 2012, Canada

Figure 2 : Taux de cas déclarés d'infection à Chlamydia trachomatis selon le sexe et le groupe d'âge, 2012, Canada

Description textuelle : Figure 2

Figure 2 : Taux de cas déclarés d'infection à Chlamydia trachomatis selon le sexe et le groupe d'âge, 2012, Canada

Groupe d'âge 10-14 15-19 20-24 25-29 30-39 40-59 60+
Hommes 6.1 454.9 1073.9 704.1 271.9 61.6 6.3
Femmes 55.6 1800.4 2151.7 937.1 332.1 54.8 3.2

Lymphogranulome vénérien

En date de décembre 2012, les autorités sanitaires provinciales avaient déclaré 170 cas à l'Agence (dont 104 cas confirmés et 66 cas probables) (Tableau 1). Tous les cas confirmés ont été observés chez des hommes, principalement chez des HARSAH. Seulement en 2012, les provinces et les territoires ont déclaré huit cas confirmés et quatre cas probables. Toutefois, le LNM a déclaré 38 cas confirmés en laboratoire.

Tableau 1 : Cas confirmés et probables déclarés de lymphogranulome vénérien, 2004-2012, Canada
Année Confirmés (LNM) Confirmés (Formulaire de déclaration de cas) Probables (Formulaire de déclaration de cas)
2004 1 3 7
2005 37 36 21
2006 s.o. 26 16
2007 s.o. 1 7
2008 s.o. 1 4
2009 s.o. 9 0
2010 18 9 2
2011 34 11 5
2012 38 8 4
Total 128 104 66

Discussion

On a observé une augmentation des taux de cas déclarés d'infection à Chlamydia trachomatis au Canada au cours de la dernière décennie. Plusieurs facteurs doivent être pris en compte dans l'analyse de ces données.

L'introduction de tests d'amplification des acides nucléiques (TAAN) plus sensibles au milieu des années 1990 a sans aucun doute entraîné une augmentation du nombre de cas détectés d'infection à Chlamydia trachomatis. Les tests d'amplification des acides nucléiques permettent d'utiliser des échantillons d'urine, qui sont plus faciles à recueillir; la méthode est également plus acceptable pour les patients que l'écouvillonnage. Par conséquent, le nombre de personnes qui se soumettent à un test a probablement augmenté aussi, surtout chez les hommes. Un dépistage plus efficace et une meilleure notification des partenaires ont peut-être eu un effet similaireNote de bas de page 15Note de bas de page 16. Selon une récente estimation du fardeau de l'infection à Chlamydia trachomatis au Canada, l'augmentation de la prévalence de cette maladie pourrait s'expliquer par un dépistage efficace et par l'élargissement des programmes de dépistageNote de bas de page 17.

Au fil du temps, le taux de cas déclarés d'infection à Chlamydia trachomatis a toujours été environ deux fois plus élevé chez les femmes que chez les hommes; cependant, cette disparité est beaucoup plus prononcée chez les groupes d'âge plus jeunes. Les jeunes femmes sont biologiquement plus vulnérables à l'infection à Chlamydia trachomatisNote de bas de page 18Note de bas de page 19. En outre, les femmes sont plus susceptibles de passer un test de dépistage des infections transmissibles sexuellementNote de bas de page 20Note de bas de page 21.

Les tendances en matière de lymphogranulome vénérien sont difficiles à interpréter en raison de lacunes dans les données disponibles, mais il a été démontré qu'il est en voie de devenir endémique chez les HARSAH au Canada. Les efforts de surveillance précoce ont été intensifs, suivis d'une période (2007-2009) au cours de laquelle peu de cas ont été déclarés. L'augmentation la plus récente des cas, qui a commencé en 2010 et s'est poursuivie en 2012, reflète probablement l'amélioration de la recherche et de la déclaration des casNote de bas de page 22.

Des lignes directrices nationales en matière de prévention et de prise en charge des cas d'infection à Chlamydia trachomatis sont disponiblesNote de bas de page 2Note de bas de page 23 et les lignes directrices relatives au traitement du lymphogranulome vénérien ont récemment été mises à jourNote de bas de page 13.

Remerciements

Le relevé dans son intégralité a été préparé par le Centre de la lutte contre les maladies transmissibles et les infections de la Direction générale de la prévention et du contrôle des maladies infectieuses de l'Agence de la santé publique du Canada. Sa publication n'aurait pas été possible sans les données fournies par l'ensemble des provinces et territoires. Nous leur sommes très reconnaissants de leur contribution continue à la surveillance nationale des infections transmissibles sexuellement. Les auteurs sont également reconnaissants envers le Réseau de surveillance des infections transmissibles par le sang pour son expertise et sa contribution.

Conflit d’intérêts

Aucun

Financement

Ce travail a été appuyé par l'Agence de la santé publique du Canada.

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