La perspective des infirmières et des infirmiers du Canada sur les défis posés par la gérance des antimicrobiens dans les maisons de soins de longue durée

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Numéro : RMTC : Volume 52-4, avril 2026 : Langage et le Web : outils de communication, d’éducation et d’équité en santé
Date de publication : avril 2026
ISSN : 1719-3109
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Volume 52-4, avril 2026 : Langage et le Web : outils de communication, d’éducation et d’équité en santé
Rapport de l’enquête
La perspective des infirmières et des infirmiers du Canada sur les défis posés par la gérance des antimicrobiens dans les maisons de soins de longue durée
Alexander Varsaneux1, Kathleen Qu1, Jorida Cila2, Gabrielle Brankston1, Klajdi Puka3, Tyler Good2, Barbara Catt1, Shaghig Reynolds1, Aboubakar Mounchili1, Denise Gravel-Tropper1
Affiliations
1 Centre de la lutte contre les maladies transmissibles et les infections, Agence de la santé publique du Canada, Ottawa, ON
2 Surveillance, Connaissances intégrées et Évaluation des risques, Agence de la santé publique du Canada, Ottawa, ON
3 Impact Canada, Bureau du Conseil Privé, Ottawa, ON
Correspondance
Citation proposée
Varsaneux A, Qu K, Cila J, Brankston G, Puka K, Good T, Catt B, Reynolds S, Mounchili A, Gravel-Tropper D. La perspective des infirmières et des infirmiers du Canada sur les défis posés par la gérance des antimicrobiens dans les maisons de soins de longue durée. Relevé des maladies transmissibles au Canada 2026;52(4):163–71. https://doi.org/10.14745/ccdr.v52i04a06f
Mots-clés : gérance des antimicrobiens, résistance aux antimicrobiens, soins de longue durée, infirmières et infirmiers, enquête, prévention et contrôle des infections
Résumé
Contexte : L’Organisation mondiale de la Santé reconnaît que la résistance aux antimicrobiens (RAM) est l’un des principaux risques pour la santé à l’échelle mondiale. Les décès liés à la résistance aux antimicrobiens au Canada devraient dépasser les 13 500 par an d’ici 2050. Dans les maisons de soins de longue durée (MSLD), 40 % à 75 % des prescriptions d’antimicrobiens sont inappropriées ou inutiles. Les infirmières et infirmiers sont bien placés pour jouer un rôle de premier plan dans les initiatives de gérance des antimicrobiens (GAM); cependant, les défis auxquels les des infirmières et infirmiers des maisons de soins de longue durée sont confrontés pour participer aux activités de GAM ne sont pas clairs. La présente étude a pour but de mieux comprendre les obstacles et les facilitateurs qui influencent la mobilisation des infirmières et des infirmiers dans la GAM au sein des maisons de soins de longue durée au Canada.
Méthode : Une enquête a été élaborée à partir de la littérature et d’un groupe de travail sur la GAM afin d’évaluer les connaissances en la matière (10 questions), la confiance, les obstacles et les facilitateurs. L’enquête a ciblé les infirmières et infirmiers travaillant dans les MSLD canadiens et a été administrée par Qualtrics en ligne du 20 janvier 2023 au 10 avril 2023 par des partenaires de distribution afin d’obtenir un échantillon de commodité. Une analyse thématique à codage ouvert a été utilisée pour décrire les données quantitatives et analyser les réponses qualitatives.
Résultats : Au total, 346 réponses complètes ont été enregistrées. Le score moyen de connaissance était de 71 % (écart-type [ET] = 15 %). La plupart des personnes interrogées considèrent que les mesures de prévention et de contrôle des infections et le suivi de l’évolution de l’état de santé des résidents font partie des tâches des infirmières et infirmiers dans le cadre de la GAM. Cependant, la formulation de recommandations sur les antimicrobiens est la responsabilité du personnel infirmier la moins citée. Cela suggère un manque de clarté quant au rôle du personnel infirmier dans la GAM. Les obstacles aux activités de GAM comprenaient la pression pour traiter et le manque de communication interprofessionnelle significative, tandis que la formation en GAM et le soutien de la direction étaient des moteurs de l’implication dans la GAM.
Conclusion : La formation, le soutien des cadres supérieurs et la reconnaissance officielle des infirmières et infirmiers dans les programmes de GAM sont des facilitateurs clés pour inciter le personnel infirmier des MSLD à adopter les meilleures pratiques de GAM.
Introduction
La résistance aux antimicrobiens (RAM) est reconnue comme un risque pour la santé publique au niveau mondial Footnote 1 et au Canada Footnote 2. Selon le Conseil des académies canadiennes, d’ici 2050, le nombre de décès attribuables à la RAM au Canada devrait atteindre plus de 13 500 par an Footnote 3. Dans les maisons de soins de longue durée (MSLD), 40 % à 75 % des prescriptions d’antimicrobiens sont inappropriées ou inutiles Footnote 4Footnote 5Footnote 6Footnote 7. Les programmes de gérance des antimicrobiens (GAM) utilisent une approche systématique pour améliorer l’utilisation des antimicrobiens (UAM) et promouvoir des changements de comportement, en se concentrant généralement sur les croyances et les motivations des prescripteurs Footnote 8Footnote 9.
Les médecins des maisons de soins de longue durée supervisent souvent plus de 50 résidents Footnote 10 et s’appuient à leur tour sur les infirmières et infirmiers, qui interagissent fréquemment avec les résidents et leurs soignants, pour surveiller les régimes de soins des résidents et y contribuer Footnote 11. Reconnaissant le potentiel des infirmières et infirmiers à diriger la GAM, le document de l’Association des infirmières et infirmiers du Canada (AIIC) intitulé « Compétences en matière de gestion des antimicrobiens : un cadre pancanadien pour les infirmières et infirmiers a cerné sept domaines de GAM pour promouvoir la GAM dans le cadre de la pratique infirmière et y participer efficacement Footnote 12. Bien que les infirmières et infirmiers aient été identifiés comme des gardiens importants et efficaces de la GAM, et que certaines recherches se concentrent sur les rôles, les perspectives et les défis des infirmières et infirmiers en matière de RAM et de GAM Footnote 13Footnote 14Footnote 15, il n’existe pas de littérature claire axée sur le contexte des MSLD au Canada ciblant spécifiquement les infirmières et infirmiers travaillant dans ces établissements. La présente étude vise à décrire le paysage actuel, en se basant sur les perspectives des infirmières et infirmiers des maisons de soins de longue durée canadiennes, afin de cerner les obstacles et les facilitateurs qui influencent leur implication dans la GAM, ce qui permettra d’orienter des initiatives à venir et d’améliorer leurs contributions aux activités de GAM.
Méthodes
Conception de l’enquête
L’élaboration de l’enquête s’est appuyée sur une analyse informelle de la littérature relative aux initiatives de GAM incluant le personnel infirmier et a été supervisée par un groupe de travail composé de médecins spécialistes des maladies infectieuses, de spécialistes du comportement et d’experts de la prévention et du contrôle des infections (PCI). Quatre membres du personnel infirmier de MSLD ont mis l’enquête à l’essai pour s’assurer de sa validité apparente, de sa longueur et de sa clarté.
L’enquête anonyme en ligne de 15 minutes (appendice, tableau S1) s’est déroulée du 20 janvier 2023 au 10 avril 2023, ciblant les infirmières et infirmiers canadiens de MSLD avec un échantillonnage de commodité parmi des partenaires de distribution (appendice, tableau S2). Le consentement éclairé a été obtenu, sans incitation, et la confidentialité des données a été assurée conformément à la Loi canadienne sur la protection des renseignements personnels.
L’enquête comportait quatre sections : données démographiques des participants, connaissances, perspectives, obstacles et facilitateurs. Deux questions ouvertes ont été posées pour recueillir des commentaires supplémentaires.
Données démographiques
Les données démographiques comprenaient le niveau d’études, l’expérience professionnelle, les certifications et les formations antérieures en GAM/RAM.
Connaissances
Dix-huit questions de connaissance ont été adaptées à partir de la littérature afin de déterminer les connaissances de chaque personne interrogée en matière de pratiques de GAM Footnote 16Footnote 17Footnote 18Footnote 19Footnote 20. Les thèmes abordés comprenaient la définition des concepts pertinents (RAM, GAM, PCI, UAM judicieuse), ainsi que l’identification et le dépistage des infections des voies respiratoires (IVR) et des infections des voies urinaires (IVU) Footnote 16Footnote 17Footnote 18Footnote 19Footnote 20Footnote 21Footnote 22Footnote 23Footnote 24Footnote 25 (appendice, tableau S1). Dix des 18 questions ont été présentées aux répondants de manière aléatoire.
Perspectives
Les répondants ont été interrogés sur leur perspective concernant l’UAM Footnote 8, l’influence sur la prescription d’antimicrobiens, les responsabilités liées à la GAM et les comportements qu’ils déclarent avoir dans le cadre de la RAM Footnote 22Footnote 24. La confiance dans l’exécution des tâches liées à la GAM a été évaluée à l’aide d’échelles de Likert Footnote 25 (appendice, tableau S1).
Obstacles et facilitateurs
Douze indicateurs d’obstacles et dix indicateurs de facilitateurs pour les activités de GAM ont été cernés dans la littérature Footnote 26 et examinés à l’aide d’échelles de Likert.
Une analyse descriptive a été réalisée à l’aide du logiciel R Footnote 27 et de Microsoft Excel Footnote 28, ainsi qu’un codage thématique ouvert pour analyser les réponses qualitatives. En raison du faible taux de réponse, aucune analyse de sous-groupe n’a été réalisée.
Résultats
Trois cent quarante-six infirmières et infirmiers de MSLD (326 femmes, 94 %) ont répondu à l’enquête, et 106 (31 %) des répondants étaient âgés de 45 à 54 ans) (tableau 1). Un quart (92/346, 27 %) des répondants étaient originaires de l’Alberta, suivie du Manitoba (79/346, 23 %), du Nouveau-Brunswick (66/346, 19 %) et de l’Ontario (61/346, 18 %). Plus de la moitié (195/346, 56 %) des répondants avaient plus de 10 ans d’expérience en MSLD, 57 % travaillaient à temps plein et la plupart étaient des infirmières et infirmiers diplômés (64 %). Les répondants comprenaient également onze (3 %) infirmières et infirmiers qui étaient directeurs des soins ou qui occupaient des postes de gestion.
| Caractéristiques des répondants (n = 346) | Nombre (%) |
|---|---|
| Âge | |
| Moins de 35 ans | 47 (14 %) |
| Entre 35 et 44 ans | 98 (28 %) |
| Entre 45 et 54 ans | 106 (31 %) |
| Entre 55 et 64 ans | 82 (24 %) |
| 65 ans ou plus | 13 (4 %) |
| Genre | |
| Femme | 326 (94 %) |
| Homme | 16 (4,6 %) |
| Autre/non-déclaré | 2 (0,6 %) |
| Préfère ne pas répondre | 1 (0,3 %) |
| Aucune réponse | 1 (0,3 %) |
| Expérience | |
| Plus de 10 ans - soins infirmiers en MSLD | 195 (56 %) |
| Plus de 10 ans d’expérience totale en soins infirmiers | 259 (75 %) |
| Type d’emploi | |
| Temps plein | 197 (57 %) |
| Temps partiel | 112 (32 %) |
| Occasionnel | 30 (9 %) |
| Titre infirmier | |
| Infirmier.ère praticien.ne (IP) | 4 (1 %) |
| Infirmier.ère autorisé.e (IA) | 217 (61 %) |
| Infirmier.ère auxiliaire autorisé.e (IAA) | 101 (30 %) |
| Autre | 15 (4 %) |
| Certification | |
| Gérontologie | 151 (44 %) |
| Prévention et contrôle des infections | 64 (19 %) |
| Plaie, stomie et continence | 33 (10 %) |
| Centre de soins palliatifs | 19 (6 %) |
| Psychiatrie | 18 (5 %) |
| Autre | 26 (8 %) |
| Aucune | 117 (34 %) |
| Type de maisons de soins de longue durée (MSLD) | |
| Publique | 166 (48 %) |
| Privée à but non lucratif/à but lucratif | 139 (40 %) |
| Je ne sais pas/je ne suis pas sûr.e | 41 (12 %) |
| Province de pratiqueFootnote a | |
| Alberta | 92 (27 %) |
| Saskatchewan | 20 (6 %) |
| Manitoba | 79 (23 %) |
| Ontario | 61 (18 %) |
| Nouveau-Brunswick | 66 (19 %) |
| Nouvelle-Écosse | 25 (7 %) |
| Île-du-Prince-Édouard | 3 (1 %) |
Connaissances en matière de gérance des antimicrobiens
Le score moyen pour les questions de connaissance était de 71 % (7/10) (écart-type [ET] = 15 %) avec une étendue de 1/10 à 10/10 (figure 1). Les scores les plus élevés ont été enregistrés pour les questions relatives à la PCI (86 %, ET = 28 %), suivies par les questions de connaissance sur la GAM (75 %, ET = 24 %). Les scores les plus bas ont été obtenus pour les questions relatives aux IVR (62 %, ET = 43 %). Quarante-deux pour cent (146/346) des répondants ont indiqué qu’ils connaissaient l’existence d’une politique en matière de RAM ou de GAM dans leur MSLD. Trente-trois pour cent (114/346) des répondants ont déclaré ne pas avoir reçu de formation à la RAM au cours des douze derniers mois.
Figure 1 : Équivalent textuel
Liste des questions de connaissance :
1. Un écoulement nasal purulent (contenant du pus), accompagné d’une toux prolongée (plus de 3 semaines), indique une infection des voies respiratoires inférieures
2. Lors d’une aspiration nasale, il est conseillé d’essayer d’obtenir un échantillon après un repas, car cela permet de savoir si le patient aspire ou non
3. En cas de fièvre, une urine fétide ou décolorée est une raison suffisante pour rechercher une infection des voies urinaires
4. Pour les personnes âgées, les résultats positifs d’une analyse d’urine (présence de bactéries et de sang dans l’urine) indiquent qu’il est nécessaire de prendre des antibiotiques
5. En l’absence de fièvre, une dysurie (miction douloureuse) est une raison suffisante pour rechercher une infection des voies urinaires
6. Si un résident se présente avec un début de delirium et une urine fétide, la ligne de conduite appropriée est de l’encourager à boire davantage et de procéder à une évaluation complète de son delirium
7. Les résidents nouvellement admis doivent être testés pour les infections des voies urinaires
8. Pour prévenir les infections, il convient d’irriguer régulièrement les cathéters avec des antibiotiques ou de mettre des antibiotiques dans la poche de drainage
9. Dans certains cas, il est recommandé d’attendre que les symptômes s’aggravent avant de prescrire des antibiotiques
10. Voici une définition précise de la gérance des antimicrobiens : « Réduire l’utilisation d’antibiotiques inappropriés ou inutiles »
11. Voici une définition précise de la résistance aux antimicrobiens : « Les médicaments deviennent moins efficaces pour tuer les bactéries et les virus. Les champignons et les parasites ne peuvent pas muter pour devenir plus résistants »
12. La prescription d’antibiotiques à large spectre alors qu’il existe des antibiotiques à spectre plus étroit tout aussi efficaces augmente le risque d’apparition d’une résistance aux antibiotiques
13. L’utilisation appropriée des antibiotiques peut entraîner une résistance aux antimicrobiens
14. Une fois que les symptômes ont cessé de se manifester chez un résident, il est possible d’arrêter l’utilisation d’antibiotiques en toute sécurité, même si la prescription n’est pas encore terminée
15. Les antibiotiques à large spectre ne détruisent que les bactéries nocives pour l’homme
16. Il est de bonne pratique d’effectuer régulièrement des cultures d’urine chez les résidents ayant une sonde à demeure
17. Une confusion aiguë chez un résident porteur d’une sonde à demeure justifie à elle seule la suspicion d’une infection des voies urinaires
18. Les résidents colonisés par des bactéries résistantes aux antimicrobiens (p. ex., le SARM) doivent être traités avec des antibiotiques pour prévenir les infections
| Type | Numéro de la question | Nombre de répondants | Pourcentage (%) de réponses correctes |
|---|---|---|---|
| Infection des voies urinaires (IVU) | 16 | 187 | 87 |
| IVU | 6 | 204 | 82 |
| IVU | 5 | 189 | 66 |
| IVU | 4 | 189 | 65 |
| IVU | 17 | 200 | 54 |
| IVU | 3 | 184 | 22 |
| Infection des voies respiratoires (IVR) | 2 | 203 | 84 |
| IVR | 1 | 187 | 38 |
| Prévention et contrôle des infections (PCI) | 8 | 194 | 99 |
| PCI | 7 | 198 | 94 |
| PCI | 9 | 199 | 66 |
| Gérance des antimicrobiens (GAM) | 14 | 178 | 99 |
| GAM | 10 | 187 | 96 |
| GAM | 15 | 186 | 89 |
| GAM | 12 | 174 | 87 |
| GAM | 18 | 180 | 84 |
| GAM | 11 | 200 | 48 |
| GAM | 13 | 201 | 33 |
Perspectives
Quatre-vingt-un pour cent (281/346) des répondants ont déclaré que l’UAM est un problème au Canada, mais seulement 41 % (143/346) ont indiqué que l’usage excessif des antimicrobiens est un problème dans leur MSLD. La plupart des répondants estiment que les médecins (335/346, 97 %) et les pharmaciens (308/346, 89 %) sont les principaux responsables de la GAM, tandis que 87 % estiment que les infirmières et infirmiers sont les principaux responsables des activités de GAM.
La plupart des répondants considèrent que les activités de gérance suivantes font partie de leurs responsabilités : les mesures de PCI (340/346, 98 %), le suivi de l’évolution de l’état de santé de santé des résidents, avec certains signes et symptômes qui indiqueraient la nécessité de tests et d’un traitement potentiel (337/346, 97 %), et la surveillance des effets secondaires des médicaments (318/346, 92 %). La formulation de recommandations sur le dosage et la durée appropriés (148/346, 43 %), l’arrêt des antimicrobiens (134/346, 39 %) et l’utilisation d’antimicrobiens à spectre étroit (127/346, 37 %) sont les activités les moins considérées comme relevant de la responsabilité du personnel infirmier. Plus de la moitié des répondants (199/346, 58 %) ont déclaré qu’ils tenaient toujours ou souvent compte de la RAM lorsqu’ils effectuaient des tests pour les IVU. Dans la pratique, 53 % (184/346) déclarent administrer ou superviser deux cultures d’urine ou moins par mois. La plupart des répondants (282/346, 82 %) se sentent au moins assez à l’aise pour faire part aux médecins de leurs préoccupations concernant les antimicrobiens, et 75 % des répondants pensent que leur communication interdisciplinaire avec les médecins et les pharmaciens peut influencer la prescription d’antimicrobiens. Cependant, 46 % (159/346) des répondants pensent qu’ils administrent parfois ou souvent des antimicrobiens qu’ils jugent inappropriés.
Les répondants étaient globalement très confiants dans l’exécution des tâches de GAM (moyenne de 4,1/5, ET = 0,6). Les répondants se sentaient moins à l’aise pour indiquer une classe d’antimicrobiens incorrectement prescrite (3,3/5) et se sentaient plus à l’aise pour reconnaître les signes et les symptômes de l’IVU chez les résidents (4,5/5). Une grande confiance n’était pas corrélée de manière statistiquement significative avec le score de connaissance.
Indicateurs d’obstacles et de facilitateurs
Les réponses varient considérablement quant à la manière dont chaque obstacle affecte la capacité des infirmières et infirmiers à pratiquer la GAM dans leur MSLD (figure 2). Les obstacles les plus fréquents sont les pressions exercées par la famille et les amis du résident pour qu’il soit traité ou testé (269/346, 78 %), le manque de communication significative avec les prescripteurs (268/346, 77 %), le manque de temps ou d’énergie (264/346, 76 %) et l’absence de lignes directrices en matière de GAM dans la MSLD (261/346, 76 %). L’obstacle le moins cité est la nécessité de procéder à une évaluation complète, ce qui fait des antibiotiques la solution la plus simple (176/346, 51 %).
Figure 2 : Équivalent textuel
| Impact | Type | Pourcentage d’impact (%) |
|---|---|---|
| Obstacle | Pression de la famille/des amis pour un traitement ou un test | Impact négatif : 78 |
| Obstacle | Manque de communication significative avec les prescripteurs | Impact négatif : 77 |
| Obstacle | Manque de temps ou d’énergie | Impact négatif : 76 |
| Obstacle | Absence de lignes directrices pour la GAM | Impact négatif : 76 |
| Obstacle | Méconnaissance des pratiques exemplaires | Impact négatif : 70 |
| Obstacle | Manque de confiance dans la GAM | Impact négatif : 69 |
| Obstacle | Incertitude diagnostique | Impact négatif : 65 |
| Obstacle | Inquiétude concernant l’aggravation de l’état de santé des résidents | Impact négatif : 62 |
| Obstacle | Absence de rétroaction | Impact négatif : 62 |
| Obstacle | Incapacité à s’écarter de la routine | Impact négatif : 57 |
| Obstacle | Inquiétude concernant les répercussions juridiques dues à l’absence de tests | Negative impact: 56 |
| Obstacle | Efforts supplémentaires nécessaires pour réaliser une évaluation complète | Negative impact: 51 |
| Facilitateur | Lignes directrices pour l’évaluation et le traitement des IVU/IVR | Impact positif : 94 |
| Facilitateur | Formation sur la prévention et le contrôle des infections | Impact positif : 92 |
| Facilitateur | Soutien des collègues | Impact positif : 91 |
| Facilitateur | Politiques et procédures pour l’analyse des cultures | Impact positif : 91 |
| Facilitateur | Formation sur les antimicrobiens | Impact positif : 91 |
| Facilitateur | Soutien des superviseurs/de la direction | Impact positif : 90 |
| Facilitateur | Techniques de communication avec les prescripteurs | Impact positif : 88 |
| Facilitateur | Campagnes de sensibilisation du public | Impact positif : 85 |
| Facilitateur | Rétroaction sur la gérance | Impact positif : 82 |
| Facilitateur | Rappels sur la gérance | Impact positif : 81< |
En ce qui concerne les facilitateurs, les lignes directrices d’évaluation et de traitement des IVU ou des IVR (324/346, 94 %) ont été perçues comme influençant positivement la pratique de la GAM parmi le personnel infirmier, suivies par la formation à la PCI (320/346, 92 %), les politiques et procédures pour l’analyse des échantillons (315/346, 91 %), et le soutien des collègues (315/346, 91 %). Le taux de réponse le plus faible concerne les rappels de gérance, tels que les affiches sur la RAM dans les couloirs (280/346, 81 %). On ne sait pas si les répondants ont eu accès à tous les facilitateurs, mais tous ont été perçus comme bénéfiques pour la promotion des pratiques de GAM. Il n’y a pas de différences significatives dans le classement des facilitateurs ou des obstacles lorsque l’on compare les infirmières et infirmiers ayant plus de 10 ans et moins de 10 ans d’expérience en MSLD.
Analyse qualitative
Sur les 346 répondants, 159 (46 %) ont fourni des réponses ouvertes. Les principaux facilitateurs sont l’éducation, les lignes directrices sur le lieu de travail, la défense des intérêts et les lignes directrices provinciales/nationales en matière de GAM. Les réponses ont mis l’accent sur une mise en œuvre réussie, une dotation en personnel adéquate, ainsi que sur l’approbation et la participation de la direction. L’un des répondants a souligné l’influence de la culture et de la collaboration : « Il s’agit d’une culture où les antibiotiques constituent la première option. Nous devons nous concentrer sur d’autres interventions non pharmaceutiques pour... maintenir la santé et prévenir les infections, le défi étant de disposer du personnel adéquat pour y parvenir. Il s’agit d’un problème systémique qui nécessite le soutien financier du gouvernement et de l’équipe dirigeante locale ».
Les répondants ont fait remarquer que chacun avait un rôle à jouer dans la GAM et ont souhaité une formation accessible et l’inclusion d’autres membres du personnel de santé, des résidents et de leurs soignants dans l’éducation à la GAM. Il est nécessaire d’améliorer la communication interdisciplinaire, la collaboration et la mise en place d’une culture de prévention. La charge de travail, le manque de personnel et l’épuisement professionnel sont des obstacles persistants.
Discussion
La mise en œuvre et l’évaluation de la GAM en milieu communautaire suscitent un intérêt croissant au niveau international Footnote 29. Au niveau international, l’accent a été mis sur le personnel des maisons de soins infirmiers (qui comprend souvent des résidents moins complexes sur le plan clinique), mais les infirmières et infirmiers des MSLD n’ont pas fait l’objet d’études approfondies dans le contexte de la GAM. Il est nécessaire de comprendre les perspectives et les connaissances du personnel infirmier des MSLD pour comprendre les obstacles et les facilitateurs qui influencent l’engagement dans la GAM.
Les répondants se sentent très responsables de nombreuses activités de la GAM. Presque tous les répondants ont indiqué que la RAM est un problème et estiment qu’ils peuvent contribuer positivement à la GAM sur leur lieu de travail. Les répondants ont obtenu les meilleurs résultats aux questions portant sur les connaissances en matière de PCI et de GAM, ce qui laisse supposer qu’ils sont familiarisés avec les pratiques de GAM. Les scores globaux très variables suggèrent des variations dans la connaissance de la GAM, notamment l’absence de lignes directrices en la matière, le manque de connaissance des pratiques exemplaires, une formation insuffisante et une faible connaissance des politiques existantes en matière de GAM. En outre, les réponses qualitatives ont plaidé en faveur d’une éducation adaptée, d’une formation propre à la GAM et de lignes directrices particulières pour promouvoir l’implication du personnel infirmier.
Les répondants étaient confiants dans leur capacité à accomplir les tâches de GAM, en particulier celles liées à l’éducation sur l’UAM, à la reconnaissance des signes d’infection et à la réalisation de tests conformément aux pratiques de PCI. Cependant, la confiance n’a pas été corrélée à de meilleurs scores de connaissance, comme cela a été observé chez d’autres professionnels de la santé Footnote 30. Le niveau de confiance élevé renforce l’idée que de nombreux membres du personnel infirmier connaissent les tâches de GAM et les exécutent fréquemment. La reconnaissance formelle de leur rôle et la mise en place d’une formation et d’un soutien appropriés peuvent permettre de combler les lacunes en matière de connaissance sur la gérance Footnote 9Footnote 15Footnote 29.
La communication interprofessionnelle est essentielle pour lutter contre la RAM dans les MSLD Footnote 29Footnote 31Footnote 32Footnote 33. Si la plupart des infirmières et infirmiers se sentent à l’aise pour faire part aux médecins de leurs préoccupations concernant la thérapie antimicrobienne, près de la moitié d’entre eux estiment qu’ils administrent peut-être des antimicrobiens inappropriés. Un manque de communication significative suggère que les préoccupations des infirmières et infirmiers ne sont pas prises en considération par les autres professionnels de la santé. Le cadre (publié après la distribution de l’enquête) indique que la communication et la discussion en temps opportun sur la thérapie antimicrobienne sont des compétences essentielles Footnote 12, mais les résultats de l’enquête suggèrent que les lignes de communication actuelles pourraient ne pas être suffisantes pour une collaboration interprofessionnelle efficace et qu’elles devraient donc être prioritaires.
Plus des trois quarts des répondants ont indiqué que sept des onze activités de gérance faisaient partie des responsabilités des infirmières et infirmiers dans les MSLD, ce qui confirme que le personnel infirmier assume déjà des rôles de gérance Footnote 34Footnote 35Footnote 36Footnote 37. Cependant, moins de la moitié d’entre eux considèrent que les recommandations sur la thérapie antimicrobienne relèvent de leur responsabilité, ce qui met en évidence une divergence dans l’implication de la GAM dans ces activités. Si la plupart des médecins des MSLD sont les prescripteurs, les infirmières et infirmiers des MSLD sont les professionnels de la santé réglementés les plus présents et influencent considérablement les régimes de soins des résidents, y compris l’aide à la décision en matière de thérapie antimicrobienne Footnote 11Footnote 13. Notamment, le cadre et les pratiques exemplaires en matière de GAM mettent en évidence deux compétences : l’utilisation appropriée des agents antimicrobiens et la pratique collaborative interprofessionnelle, qui peut impliquer des recommandations de la part des infirmières et infirmiers sur la thérapie antimicrobienne Footnote 12Footnote 13. L’écart entre les perspectives des infirmières et infirmiers peut s’expliquer par le manque de clarté de leurs responsabilités en matière de GAM, le manque de confiance dans leurs connaissances en la matière et l’absence de relations interprofessionnelles favorisant des discussions collaboratives sur la GAM. Ce cadre favorise également une définition claire des rôles, la collaboration interprofessionnelle et la formation continue Footnote 12. L’inclusion formelle des infirmières et infirmiers dans les activités de GAM reconnaît leurs contributions importantes, renforce leur rôle dans la prise de décision en matière d’antimicrobiens et leur donne les moyens de participer activement à des initiatives de GAM au sein de leur organisation et de les diriger Footnote 38.
Tous les facilitateurs énumérés ont été bien accueillis par les répondants, indiquant que la mise en œuvre d’un quelconque d’entre eux pourrait être bénéfique (figure 2). Les répondants ont spécifiquement mentionné que l’adhésion de la haute direction et des autres professionnels de la santé serait extrêmement bénéfique pour leurs activités de GAM, en partie parce qu’ils ont l’impression de travailler dans une « culture des antimicrobiens d’abord », avec peu de cadres supérieurs qui encouragent la GAM. Les facilitateurs énumérés peuvent être utilisés pour déterminer les stratégies optimales d’intégration du personnel infirmier dans les activités de GAM dans leur contexte local. Les obstacles énumérés présentaient une plus grande variabilité dans l’effet négatif perçu, ce qui suggère qu’ils peuvent être plus spécifiques au contexte.
Limites
Cette première enquête nationale sur la GAM menée auprès d’infirmières et infirmiers de MSLD canadiens arrive à point nommé, dans un contexte d’intérêt croissant pour la prévention des maladies et la GAM. L’utilisation de réponses ouvertes a permis aux répondants d’apporter des éclaircissements et d’exprimer leurs préoccupations. Les résultats reposent sur un échantillonnage de commodité, ce qui introduit un biais de la sélection. La distribution de l’enquête dans un contexte de pandémie post-COVID-19 peut avoir réduit le taux de réponse, la représentativité et la généralisabilité, car seules les personnes fortement intéressées par la GAM peuvent avoir participé.
Conclusion
Les infirmières et infirmiers canadiens des MSLD considèrent la GAM comme une partie importante de leurs responsabilités, et nombre d’entre eux incluent déjà des activités de GAM dans leur routine. Les connaissances et les responsabilités du personnel infirmier en matière de GAM varient. Les principaux défis sont la communication interprofessionnelle, l’incohérence des rôles en matière de GAM et la culture des antimicrobiens d’abord. Parmi les principaux facilitateurs, citons l’existence de lignes directrices en matière de GAM, une formation adaptée, l’approbation de la haute direction et la formalisation des rôles en matière de GAM. De futures études sur des échantillons représentatifs devraient permettre de cerner les compétences fondamentales de GAM pertinentes pour le personnel infirmier des MSLD. Des nuances locales peuvent être déterminées en reproduisant cette étude au niveau local en tenant compte des politiques et des lignes directrices locales ou provinciales en matière de GAM.
Déclaration des auteurs
A. V. — Conceptualisation, méthodologie, investigation, conservation et analyse des données, administration du projet
K. Q. — Analyse de données, rédaction de la version originale, rédaction−révision et édition
J. C. — Conceptualisation, méthodologie, rédaction−révision et édition
G. B. — Conceptualisation, méthodologie, rédaction−révision et édition
K. P. — Conceptualisation, méthodologie, rédaction−révision et édition
T. G. — Conceptualisation, méthodologie, rédaction−révision et édition
B. C. — Méthodologie, rédaction−révision et édition
S. R. — Méthodologie, rédaction−révision et édition, administration du projet
A. M. — Méthodologie, rédaction−révision et édition, administration du projet
D. G. T. — Conceptualisation, méthodologie, rédaction−révision et édition
Intérêts concurrents
Les auteurs n’ont aucun conflit d’intérêts à déclarer.
Identifiants ORCID
Jorida Cila — 0000-0001-8741-0683
Gabrielle Brankston — 0000-0001-8601-1111
Klajdi Puka — 0000-0001-7763-988X
Tyler Good — 0000-0002-4153-3917
Remerciements
Les auteurs remercient Prévention et contrôle des infections Canada (IPC Canada) et l’Association des infirmières et infirmiers du Canada (AIIC) pour leur aide dans la collecte des données. Les auteurs remercient le groupe de travail qui soutient le Bureau des sciences du comportement et le Groupe de travail sur la résistance aux antimicrobiens de l’Agence de la santé publique du Canada pour leur contribution et leurs conseils sur l’élaboration de l’enquête. Les auteurs remercient également les membres du Bureau des sciences du comportement : Rhiannon Mosher et Mark Mossier, ainsi que les membres du groupe de travail sur la résistance aux antimicrobiens : Robyn Mitchell, Kanchana Amaratunga et Dhurata Ikonomi, pour leur expertise, leurs conseils et leur soutien.
Financement
Ce travail a été soutenu par l’Agence de la santé publique du Canada.
Appendice
Du matériel supplémentaire est disponible sur demande auprès de l’auteur : amrtf-gtram@phac-aspc.gc.ca
Tableau S1 : Question de l’enquête
Tableau S2 : Processus de recrutement et de distribution de l’enquête

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