Évaluation des menaces pour la santé publique : un aperçu de l’évaluation coordonnée des menaces au sein de l’ASPC

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Numéro : RMTC : Volume 52-5, mai 2026 : Évaluation de la menace en santé publique
Date de publication : mai 2026
ISSN : 1719-3109
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Volume 52-5, mai 2026 : Évaluation de la menace en santé publique
Science de la mise en œuvre
Évaluation des menaces pour la santé publique : un aperçu de l’évaluation coordonnée des menaces au sein de l’Agence de la santé publique du Canada
Gabrielle Brankston1, Ekim Bagree1, Rukshanda Ahmad1, Camille Dulong1, Catherine Elliott1, Eleni Galanis1,2, Jacqueline Middleton1, Amrit Sandhu1, Lindsay Whitmore1
Affiliations
1 Direction des sciences appliquées en santé publique, Agence de la santé publique du Canada, Ottawa, ON
2 École de santé publique et de santé des populations, Université de la Colombie-Britannique, Vancouver, BC
Correspondance
Citation proposée
Brankston G, Bagree E, Ahmad R, Dulong C, Elliott C, Galanis E, Middleton J, Sandhu A, Whitmore L. Évaluation des menaces pour la santé publique : un aperçu de l’évaluation coordonnée des menaces au sein de l’Agence de la santé publique du Canada. Relevé des maladies transmissibles au Canada, 2026;52(5):195−202. https://doi.org/10.14745/ccdr.v52i05a02f
Mots-clés : santé publique, évaluation des menaces, outil, méthode, cadre, renseignements sur la santé publique
Résumé
Contexte : La détection précoce, l’évaluation et la communication des menaces pour la santé publique sont des activités essentielles pour atténuer les répercussions sur la santé publique en garantissant le déploiement en temps utile d’une intervention appropriée. L’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) utilise une méthodologie standardisée pour consolider l’expertise scientifique et technique sur une base hebdomadaire afin de caractériser et d’évaluer systématiquement les signaux émergents en matière de santé publique et de communiquer les évaluations aux décideurs.
Méthodes : Le processus d’évaluation coordonnée des menaces de l’ASPC et la méthodologie standardisée utilisée pour caractériser et évaluer les menaces sont décrits.
Résultats : La méthodologie d’évaluation coordonnée des menaces utilise une méthode standardisée qui comprend la mobilisation d’experts en la matière au sein de l’ASPC pour évaluer, documenter et communiquer la caractérisation de chaque menace. Trois attributs clés sont utilisés pour évaluer chaque menace en fonction du risque pour la santé humaine, du risque pour le Canada et de la possibilité que le Canada ne dispose pas de mesures de contrôle suffisantes pour gérer une menace précise. Des critères qualitatifs pour chaque attribut de la menace sont utilisés pour évaluer une menace comme étant « élevée », « modérée » ou « faible ». L’évaluation globale est basée sur les trois attributs de la menace et s’accompagne d’une justification narrative à l’appui du niveau de menace attribué.
Conclusion : La méthodologie standardisée d’évaluation des menaces constitue un processus coordonné et systématique permettant de caractériser et d’évaluer les menaces pour la santé publique de manière cohérente et opportune. Le cadre reflète les éléments importants à prendre en compte en matière de priorité pour la santé publique, offre une certaine souplesse dans les indicateurs utilisés afin de caractériser une menace pour la santé publique et s’applique à toute menace préoccupante pour la santé publique.
Introduction
Les renseignements sur la santé publique sont une fonction centrale de la santé publique visant à détecter, évaluer, interpréter et communiquer des informations en vue d’une prise de décision éclairée pour protéger la santé de la population Footnote 1. Ces activités sont essentielles pour atténuer les répercussions sur la santé publique en garantissant le déploiement en temps utile d’une intervention appropriée et sont en place dans les organismes de santé publique infranationaux, nationaux et internationaux Footnote 2Footnote 3Footnote 4. Certains organismes suivent une approche centralisée dans le cadre de laquelle une équipe centrale est responsable de toutes les étapes, y compris la détection, l’évaluation et la communication des signaux Footnote 2Footnote 4. D’autres suivent une approche de dissémination, la responsabilité de ces activités étant répartie entre différentes équipes au sein de l’organisme Footnote 5.
Dans le cadre des activités de renseignement sur la santé publique, l’évaluation des menaces est une caractérisation précoce de haut niveau de l’importance pour la santé publique d’un signal ou d’un événement précis Footnote 4 à l’aide de données et de renseignements provenant de plusieurs sources, ainsi que de l’avis d’experts Footnote 6. Les indicateurs d’importance pour la santé publique sont mesurés de différentes manières par les différents organismes de santé publique; toutefois, des facteurs tels que les répercussions sur la santé de la population, le potentiel d’exposition ou de transmission et la disponibilité de mesures de contrôle de la santé publique sont souvent pris en compte Footnote 2Footnote 3Footnote 4. Le processus d’évaluation des menaces peut s’avérer difficile en raison de données limitées ou émergentes; toutefois, une méthodologie standardisée garantit que toutes les menaces pour la santé publique sont caractérisées à l’aide d’une approche cohérente afin d’éclairer une intervention en matière de santé publique proportionnelle au niveau de la menace Footnote 6.
L’évaluation des menaces de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) est standardisée par le biais du processus d’évaluation coordonnée des menaces (ECM), qui a été établi en réponse aux recommandations identifiées par la vérificatrice générale du Canada en 2021 pour renforcer son processus d’évaluation des risques et sa coordination afin d’orienter l’intervention en matière de santé publique Footnote 7. Située dans un spectre d’activités d’évaluation des risques, l’ECM est une approche propre à l’ASPC qui consolide les données, les informations et l’expertise en la matière sur une base hebdomadaire afin d’évaluer systématiquement les signaux émergents en matière de santé publique qui peuvent constituer une menace pour le Canada et qui pourraient nécessiter d’autres mesures de santé publique. Grâce au processus d’ECM, un rapport hebdomadaire sur les menaces est produit et partagé avec les partenaires de la santé publique afin de documenter et de communiquer une évaluation préliminaire et de haut niveau des menaces émergentes pour la santé publique. Cet article présente une vue d’ensemble du processus d’ECM de l’ASPC et une description de la méthodologie utilisée pour évaluer les menaces. Le tableau 1 contient une liste de termes associés à l’évaluation des menaces et leurs définitions.
| Terme technique | Définition |
|---|---|
| Danger | Tout ce qui est susceptible de causer un préjudice Footnote 8. |
| Signal | Données ou renseignements représentant un risque aigu potentiel pour la santé humaine. Les signaux peuvent consister en des rapports de cas ou de décès (individuels ou agrégés) ou d’exposition potentielle d’êtres humains à des dangers Footnote 9. |
| Événement | Un signal qui a été évalué et vérifié Footnote 9. |
| Menace | Un événement qui a été réévalué comme ayant le potentiel (direct ou indirect) de causer un préjudice aux Canadiens ou aux personnes vivant au Canada et qui peut nécessiter des mesures supplémentaires Footnote 10. |
| Risque | Fonction de la probabilité qu’un événement ou une menace pour la santé publique ne se produise et de l’ampleur des répercussions s’il se produit Footnote 11. |
Méthodes
Méthode d’évaluation coordonnée des menaces
Processus global
Le processus d’évaluation des menaces commence lorsque l’ASPC détecte un signal indiquant un risque pour la santé humaine au Canada ou à l’étranger (figure 1). Les signaux de menaces pour la santé publique peuvent être liés à un nouveau danger ou à un changement dans l’épidémiologie d’un danger existant. Il s’agit notamment d’une augmentation de la morbidité ou de la mortalité chez les animaux ou les êtres humains, d’un changement dans la répartition géographique ou temporelle d’un danger donné, d’une grappe inattendue de cas ou de décès, de l’émergence ou de la réémergence d’un agent pathogène et de dangers susceptibles de provoquer une morbidité ou une mortalité importante chez les êtres humains.
Figure 1 - Équivalent textuel
Cette figure présente une vue d’ensemble du processus hebdomadaire de soumission et d’évaluation des menaces mené par l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC). La détection et la validation des signaux sont effectuées régulièrement par des experts en la matière tout au long du cycle hebdomadaire. Une description et une évaluation préliminaire des signaux répondant aux critères de soumission standard sont rédigées et soumises chaque mardi. Une réunion hebdomadaire du Comité scientifique pour l’évaluation coordonnée des menaces a lieu chaque mercredi pour discuter de l’évaluation finale de chaque signal et la déterminer. Le rapport hebdomadaire sur les menaces est généré et communiqué à la haute direction de l’ASPC chaque jeudi. Des évaluations de risques supplémentaires sont envisagées pour les menaces complexes ou celles qui nécessitent une évaluation plus approfondie.
Détection et validation des signaux : Les signaux sont détectés par diverses sources, notamment les notifications des partenaires infranationaux, nationaux et internationaux, ainsi que les systèmes de surveillance fondés sur les événements ou les indicateurs Footnote 6Footnote 12. Des experts en la matière (EM) au sein de l’ASPC valident les signaux pour déterminer s’ils sont susceptibles de constituer une menace pour le Canada. Le processus d’évaluation de la menaces est lancé pour les signaux qui répondent aux critères de soumission décrits dans le cadre d’évaluation des menaces, décrit ci-dessous.
Évaluation : Une évaluation préliminaire des menaces est effectuée par l’EM qui présente une demande, en collaboration avec l’équipe de l’ECM, au moyen de la méthode standardisée. L’évaluation finale des menaces est déterminée lors d’une réunion hebdomadaire du Comité scientifique pour l’évaluation coordonnée des menaces (CSECM), qui est composé d’experts scientifiques et techniques en santé publique possédant un large éventail de compétences au sein de l’ASPC. La consolidation des avis d’experts à l’aide d’un outil d’évaluation standardisé permet de mesurer de manière transparente et systématique le niveau de la menace pour la santé publique. Des évaluations de risques supplémentaires sont envisagées pour les menaces complexes ou celles qui nécessitent une évaluation plus approfondie selon les EM Footnote 13. Les menaces sont réévaluées chaque semaine en fonction de l’évolution de la situation et des informations disponibles.
Communication et documentation : Une communication claire et en temps opportun du niveau de la menace à la haute direction de l’ASPC favorise une compréhension commune et éclairée de la menace afin d’appuyer la prise de décision concernant les mesures à prendre. Le rapport hebdomadaire sur les menaces documente le signal, l’évaluation et la justification, ainsi que les mesures de santé publique prises par l’ASPC pour faire face à la menace.
Une équipe centrale composée d’épidémiologistes et d’un directeur médical coordonne le processus. Les programmes principaux et de soutien de l’ASPC associés à chaque menace sélectionnent un représentant pour contribuer à la soumission écrite et à la présentation orale au CSECM. Des experts en la matière dans divers domaines, y compris l’évaluation des risques, se réunissent lors des réunions du CSECM pour discuter de l’évaluation des menaces pour chaque soumission et la finaliser.
Résultats
Cadre d’évaluation des menaces
L’évaluation des menaces de l’ASPC utilise un cadre standard qui implique l’évaluation de trois attributs de la menace caractérisant l’importance de l’événement pour la santé publique et un niveau de la menace global associé à l’événement (figure 2) Footnote 14. Le cadre peut être utilisé pour caractériser les menaces pesant sur la population générale ou un sous-groupe en particulier, qui peut inclure des populations présentant un risque accru de préjudice grave en raison de facteurs biologiques (p. ex., immunodépression, âge), socio-économiques (p. ex., accès aux soins) ou géographiques. L’incertitude relative aux données utilisées pour caractériser une menace peut élever le niveau d’évaluation de l’un des attributs ou l’évaluation globale.
Figure 2 - Équivalent textuel
Cette figure représente un cadre normalisé d’évaluation des menaces qui comprend des critères de soumission ainsi qu’un cadre utilisé afin de caractériser et d’évaluer les menaces pour la santé publique. Le principe sous-jacent des critères de soumission est que toutes les menaces soumises devront avoir des répercussions sur le Canada. Le cadre d’évaluation implique la description qualitative d’une menace pour la santé publique à l’aide des données disponibles et de l’avis d’experts. Il s’agit d’une évaluation préliminaire associée à un signal précis et qui permet d’évaluer les menaces comme étant élevées, modérées ou faibles à l’aide de définitions standardisées. Le cadre comprend un niveau d’évaluation globale qui est fondé sur les niveaux d’évaluation des attributs individuels.
Attributs de la menace
Chacun des attributs de la menace est évalué individuellement et se voit attribuer un niveau « élevé », « modéré » ou « faible » sur la base des définitions du tableau 2. Ces définitions offrent une certaine souplesse dans les indicateurs utilisés pour caractériser une menace et peuvent être appliquées à n’importe quelle menace pour la santé publique.
| Attribut de la menace | Élevée | Modérée | Faible |
|---|---|---|---|
| Risque pour la santé humaine | Ce danger présente ou est susceptible de présenter un risque grave pour la santé de la population la plus susceptible d’être touchée (p. ex., un danger qui met généralement la vie en danger et/ou qui a des conséquences permanentes ou à long terme sur la santé). | Ce danger présente ou est susceptible de présenter un risque modéré pour la santé de la population la plus susceptible d’être touchée (p. ex., un danger qui est généralement associé à des effets graves mais non mortels sur la santé ou qui a généralement des conséquences non permanentes ou à court terme sur la santé). | Ce danger présente ou est susceptible de présenter un risque mineur pour la santé de la population la plus susceptible d’être touchée (p. ex., un danger qui est généralement autolimitatif ou associé à des conséquences minimes pour la santé). |
| Risque pour le Canada | Le danger présente actuellement ou potentiellement un risque pour un grand nombre de personnes dans la population générale ou dans des sous-groupes précis au Canada, de personnes arrivant au Canada, et/ou de résidants du Canada à l’étranger. | Le danger présente actuellement ou potentiellement un risque pour un nombre modéré de personnes dans la population générale ou dans des sous-groupes précis au Canada, de personnes arrivant au Canada, et/ou de résidants du Canada à l’étranger. | Le danger présente actuellement ou potentiellement un risque pour un nombre minimal de personnes dans la population générale ou dans des sous-groupes précis au Canada, de personnes arrivant au Canada, et/ou de résidants du Canada à l’étranger. OU Il est peu probable que le danger présente un risque pour des personnes se trouvant au Canada, des personnes arrivant au Canada, et/ou des résidents du Canada à l’étranger. |
| Risque d’insuffisance des mesures de contrôle | Il n’existe actuellement aucun mécanisme connu permettant de détecter, de prévenir, d’atténuer, de se préparer et/ou de répondre aux répercussions de ce danger sur le CanadaFootnote a. OU Il existe peut-être des mécanismes permettant de détecter, de prévenir, d’atténuer, de se préparer et/ou de répondre aux répercussions de ce danger sur le Canada, mais ils sont considérés comme expérimentaux, à efficacité inconnue ou non disponiblesFootnote a. OU La mise en œuvre des mesures nécessaires nécessitera beaucoup de ressources. |
Il existe des mécanismes permettant de détecter, de prévenir, d’atténuer, de se préparer et/ou de répondre aux répercussions de ce danger sur le CanadaFootnote a, mais ils peuvent présenter des problèmes d’efficacité, de disponibilité ou de déploiement. OU La mise en œuvre des mesures nécessaires peut nécessiter des ressources accrues. |
Il existe des mécanismes efficaces, disponibles et faciles à déployer permettant de détecter, de prévenir, d’atténuer, de se préparer et/ou de répondre aux répercussions de ce danger sur le CanadaFootnote a. OU Les interventions de routine sont adéquates (c.-à-d., il n’est pas nécessaire de mettre en œuvre des mesures de contrôle supplémentaires). |
Risque pour la santé humaine : Reflète la gravité du risque pour la santé humaine (tableau 2). Les indicateurs à prendre en compte pour cet attribut sont la morbidité, la mortalité, le taux de létalité et la charge de morbidité en ce qui a trait au bien-être physique, mental ou social. Lors de l’évaluation du risque pour la santé humaine, les conséquences pour la santé généralement associées à la population la plus susceptible d’être touchée sont prises en compte. Le niveau attribué à cet attribut peut varier en fonction du contexte de la situation évaluée. Par exemple, un foyer d’un agent pathogène entérique touchant principalement des populations présentant un risque élevé de maladie grave (p. ex., des enfants de moins de cinq ans) peut se voir attribuer un niveau plus élevé que le même agent pathogène touchant un groupe d’adultes jeunes ou d’âge moyen.
Risque pour le Canada : Décrit le nombre d’individus ou la proportion d’une population qui sera potentiellement touchée par un danger (tableau 2). Parmi les exemples d’indicateurs à prendre en compte figurent la transmissibilité d’un agent pathogène, la répartition des vecteurs de maladies au Canada et la portée géographique d’un danger, tel que la fumée de feux de forêt. Le nombre de personnes potentiellement ou actuellement touchées qui serait considéré comme élevé, modéré ou faible variera en fonction du contexte de l’événement. Par exemple, un attribut « élevé » peut désigner une grande proportion d’un sous-groupe particulier au sein du Canada ou un grand nombre de personnes dans la population générale.
Risque d’insuffisance des mesures de contrôle : Concerne la capacité du Canada à participer à des activités de santé publique afin de détecter un danger ou d’y répondre (tableau 2). Les activités liées à la détection, à la prévention, à l’atténuation, à la préparation ou à l’intervention peuvent s’appliquer à différents stades d’un événement. Par exemple, « détection » fait référence à la question de savoir si le Canada dispose d’une capacité de surveillance et/ou de laboratoire suffisante pour détecter un danger en cas d’entrée sur son territoire et doit être prise en compte dans l’évaluation des menaces qui ne sont pas encore arrivées au Canada. En revanche, « prévention » et « intervention » font référence à la question de savoir si le Canada dispose de mécanismes, tels que des vaccins, des traitements, des protocoles de sécurité et des lignes directrices, pour empêcher la propagation du danger. En outre, certaines mesures de contrôle dépendent de la connaissance de la source du danger avant d’être mises en œuvre. Par exemple, le risque d’insuffisance des mesures de contrôle peut être évalué à un niveau plus élevé dans le cas d’une vague d’intoxication alimentaire dont la source n’est pas connue, car la mise en œuvre d’un rappel d’aliments, une mesure de contrôle efficace, dépend de la connaissance de la source de la vague.
Évaluation globale de la menace
L’évaluation globale de la menace fournit une évaluation unique qui communique le niveau de la menace, permettant aux décideurs de mieux comprendre pourquoi une mesure de santé publique est nécessaire pour une menace donnée. Ces trois attributs sont pris en compte lors de l’évaluation globale, même s’ils n’ont pas tous le même poids. Comme indiqué dans le tableau 3, un agent pathogène associé à des conséquences graves ou fatales peut être considéré comme présentant un risque faible s’il est peu probable qu’il soit présent au Canada et s’il peut être géré efficacement le cas échéant. Compte tenu de la subjectivité de cette approche, le niveau final de l’évaluation globale est déterminé par consensus au cours des réunions du CSECM.
| Résumé de la situation | |||
| L’Agence de la santé publique du Canada a été informée que le ministère de la Santé du pays X a signalé une épidémie de fièvre hémorragique qui a entraîné plusieurs décès. La majorité des cas et des décès concerne le personnel soignant de deux établissements de santé. D’autres contacts ont été identifiés et font l’objet d’un suivi. La transmission du virus nécessite un contact étroit avec les fluides corporels d’une personne infectée. Le gouvernement du pays X coordonne l’intervention, notamment la recherche de cas, la recherche des contacts, la mise en œuvre de mesures de prévention et de contrôle de l’infection dans les établissements de santé, la communication des risques et l’évaluation de vaccins et de traitements possibles en vue d’essais cliniques. Le pays X a également mis en place des mesures de contrôle aux frontières pour empêcher les cas potentiels de voyager en dehors du pays. Il n’existe aucun traitement ni aucun vaccin approuvé. Les programmes de l’Agence de la santé publique du Canada ont consulté les données sur les voyages et estiment que le nombre mensuel de voyageurs entre le Canada et le pays X au cours des trois prochains mois est faible. | |||
| Attribut de la menace | Élevée | Modérée | Faible |
| Risque pour la santé humaine | ☒ | ☐ | ☐ |
| Risque pour le Canada | ☐ | ☐ | ☒ |
| Risque d’insuffisance des mesures de contrôle | ☐ | ☐ | ☒ |
| Évaluation globale de la menace | ☐ | ☐ | ☒ |
| Justification du niveau d’évaluation des menaces | |||
| Le niveau de la menace global est jugé faible pour le Canada au moment de l’évaluation. Le risque pour la santé humaine est jugé « élevé », car la maladie X est une maladie grave, souvent mortelle pour les êtres humains. Les taux de létalité varient de 24 à 88 % en fonction de la souche du virus et de la prise en charge. Le risque pour le Canada est jugé « faible » puisqu’il n’y a pas de cas au Canada et le pays X a mis en œuvre des mesures appropriées de prévention et de contrôle des infections, y compris des mesures aux frontières, pour empêcher la propagation du virus en dehors de la région touchée. En outre, le nombre de voyages entre le Canada et le pays X est relativement faible. Le risque d’insuffisance des mesures de contrôle est jugé « faible ». Il n’existe pas de vaccin ou de traitement approuvé pour ce virus, mais le Canada dispose de capacités suffisantes pour détecter les cas et prendre des mesures pour limiter la propagation si un cas associé à un voyage est détecté. | |||
Justification de l’évaluation globale de la menace
Une justification narrative du niveau global d’évaluation de la menace fournit le contexte dans lequel chaque menace est évaluée et justifie le niveau de la menace attribué sur la base des informations utilisées pour effectuer l’évaluation. La justification décrit le niveau de chaque attribut de la menace et la manière dont il contribue à l’évaluation globale de la menace. Il s’agit notamment de toute nuance dans le raisonnement qui sous-tend le niveau choisi pour les différents attributs de la menace et l’évaluation globale de la menace, les principales lacunes en matière d’information et l’incertitude associée à l’évaluation.
Discussion
Le processus d’évaluation coordonnée des menaces de l’ASPC a été créé en réponse aux recommandations du rapport de 2021 de la vérificatrice générale du Canada sur la préparation aux pandémies, la surveillance et les mesures à la frontière à la suite de la pandémie de COVID-19 Footnote 7. L’objectif du processus d’évaluation coordonnée des menaces de l’ASPC est de fournir à la haute direction de l’ASPC un aperçu rapide et opportun des menaces à l’aide d’une méthode standardisée. Ce processus fournit une approche scientifique systématique pour évaluer les diverses menaces de l’ensemble des programmes de l’ASPC en consolidant les données émergentes et les avis des EM sur une base hebdomadaire. Le processus mis en place à l’ASPC optimise la capacité à prévoir, détecter, comprendre et répondre aux menaces pour la santé publique par la communication d’évaluations opportunes et de mesures correspondantes pour les partenaires de la santé publique au sein de l’ASPC et partout au Canada.
Bien que les organismes de santé publique varient dans leurs processus et leurs priorités en matière de risques, de nombreux organismes utilisent un outil standard afin de caractériser et d’évaluer les menaces pour la santé publique Footnote 2Footnote 3Footnote 4Footnote 5. L’outil standardisé d’évaluation des menaces de l’agence de la santé publique du Canada reflète trois éléments clés à prendre en compte en matière d’importance pour la santé publique, garantissant ainsi l’application d’une méthodologie cohérente à une grande variété de menaces, avec des résultats transparents.
Limites
Un principe essentiel du cadre d’évaluation des menaces est que l’application des attributs de la menace est qualitative et souple et qu’elle peut être appliquée à toute menace pour la santé publique du Canada. La souplesse dans l’application du cadre est essentielle, étant donné l’étendue des données et des renseignements qui peuvent être utilisés pour éclairer l’évaluation. Par exemple, un événement lié à un agent pathogène utilisera des indicateurs différents pour attribuer un niveau à des attributs de la menace individuels par rapport à un événement lié à une catastrophe naturelle. Le premier peut caractériser le risque pour la santé humaine en utilisant le taux de létalité, tandis que le second peut s’appuyer sur la charge du préjudice pour la santé mentale. La justification de l’évaluation des menaces fournit le contexte du niveau choisi et garantit la transparence de l’évaluation, quels que soient les indicateurs utilisés pour parvenir au niveau d’évaluation.
La nature qualitative des définitions de l’évaluation des menaces peut rendre difficile l’attribution d’un niveau « élevé », « modéré » ou « faible » pour chaque section en l’absence de lignes directrices quantitatives. Toutefois, cette subjectivité permet à des experts d’influencer l’évaluation des menaces et de pondérer les attributs de la menace en fonction du contexte de l’événement. L’approche permet également de prendre en compte les opinions divergentes, qui sont discutées lors des réunions du CSECM et résolues par un consensus de groupe.
Certains organismes de santé publique adoptent une approche tous risques Footnote 2, tandis que d’autres se concentrent sur les maladies infectieuses Footnote 3Footnote 4. Au moment de la rédaction du présent document, la majorité des menaces évaluées par l’ASPC étaient liées à des maladies infectieuses; toutefois, un petit nombre de menaces liées à des maladies non infectieuses ont été incluses dans le rapport sur les menaces (p. ex., les risques environnementaux, la mésinformation et la désinformation). Bien que ces signaux relèvent souvent de la responsabilité d’autres ministères, des travaux sont en cours pour élargir la portée du processus de l’ECM afin d’inclure un éventail plus large de dangers pour la santé Footnote 15Footnote 16. Reconnaissant la nature de plus en plus interconnectée et complexe des risques naturels et anthropiques et leurs répercussions potentielles sur la santé Footnote 16, une approche qui comprend les risques infectieux et non infectieux accroît l’efficacité en reconnaissant et en intégrant des éléments communs d’évaluation de menaces pour tous les types de dangers. Par conséquent, le cadre d’évaluation des menaces décrit dans le présent document a été conçu en gardant à l’esprit une approche inclusive et devrait continuer à s’appliquer à l’évaluation des menaces associées à divers types de dangers.
Conclusion
En résumé, les renseignements sur la santé publique, y compris l’évaluation des menaces, sont un élément clé de l’infrastructure de la santé publique. L’évaluation préliminaire des menaces peut s’avérer difficile en raison des informations limitées et émergentes; toutefois, une méthode standardisée permet de caractériser toutes les menaces pour la santé publique à l’aide d’une approche cohérente. La mise en œuvre de l’ECM dans l’ensemble de l’ASPC a amélioré le processus et la transparence des activités d’évaluation des risques et favorise les relations en partageant les résultats avec les partenaires de la santé publique.
Déclaration des auteurs
G. B. — Conceptualisation, administration du projet, rédaction–version originale, rédaction–révision et édition
E. B. — Rédaction de la version originale, rédaction–révision et édition
R. A. — Conceptualisation, rédaction–révision et édition, supervision
C. D. — Administration du projet, rédaction–révision et édition
C. E. — Conceptualisation, rédaction–révision et édition
E. G. — Conceptualisation, rédaction–révision et édition, supervision
J. M. — Administration du projet, rédaction–révision et édition
A. S. — Administration du projet, rédaction–révision et édition
L. W. — Conceptualisation, rédaction–révision et édition, supervision
Intérêts concurrents
Aucun.
Identifiants ORCID
Aucun.
Remerciements
Aucun.
Financement
Ce travail a été soutenu par l’Agence de la santé publique du Canada.

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