ARCHIVÉ : Section B.2 : Stratégie nationale d'immunisation : Rapport final 2003 – Planification des programmes d'immunisation

a) Objectifs

La planification des programmes d'immunisation est un élément essentiel du projet de Stratégie nationale d'immunisation. Le but de cet élément est de favoriser l'évaluation nationale concertée des nouveaux vaccins et l'établissement de leur degré de priorité au moyen de critères communs.

b) Système actuel

Pour l'heure, les programmes d'immunisation sont planifiés et offerts principalement au niveau provincial ou territorial, de sorte que les décisions sont prises de manière indépendante par 13 secteurs de compétence différents. Lors de la planification d'un programme, la plupart des provinces et territoires font appel à des organismes consultatifs, qui adaptent les recommandations du Comité consultatif national de l'immunisation à leur situation en tenant compte d'un certain nombre de facteurs épidémiologiques, financiers et liés aux programmes10. Les provinces et territoires prennent également en considération les conseils et commentaires de divers groupes nationaux comme le Conseil des médecins hygiénistes en chef, la Coalition canadienne des infirmières pour l'immunisation, la Société canadienne de pédiatrie et l'Association canadienne de santé publique.

c) Lacunes et limites du système actuel

Dans le cadre du système actuel, des recommandations sur l'immunisation sont bel et bien formulées mais il n'existe aucun mécanisme national coordonné pour évaluer les nouveaux vaccins et définir leur degré de priorité sous un angle stratégique. Il est par conséquent difficile de passer des discussions et recommandations scientifiques sur la planification des programmes à une collaboration nationale et à des décisions stratégiques coordonnées au niveau provincial et territorial mais s'inscrivant dans le cadre d'un plan national global. Ce phénomène soulève les problèmes suivants6:

  • Différences dans les programmes de vaccination des provinces et territoires

    La plupart des provinces et territoires ont un calendrier vaccinal pour les enfants comparable à celui que recommande le CCNI pour les vaccins plus anciens10. On observe toutefois des différences appréciables dans d'autres programmes spéciaux d'immunisation. Par exemple, les programmes de vaccination antipneumococcique et antigrippale financés par l'État varient d'une administration à l'autre en termes de groupes à risque visés. L'exis-tence de calendriers vaccinaux différents, comme ceux des programmes de vaccination contre l'hépatite B au Canada (qui ciblent les enfants scolarisés d'âges et de niveaux différents), peut avoir des conséquences en cas de déménagement dans une autre province ou territoire.

    En outre, nous vivons à une époque marquée par des progrès technologiques rapides qui peuvent diversifier encore davantage les programmes de vaccination au Canada. Certains nouveaux vaccins (comme le vaccin contre la varicelle, le vaccin con-jugué antipneumococcique, le vaccin acellulaire contre la coqueluche pour les adolescents et les adultes et les vaccins conjugués antiméningococ-ciques) sont disponibles sur le marché canadien, mais n'ont toujours pas été intégrés aux programmes d'immunisation financés par l'État de bien des provinces et territoires, qui étudient encore l'incidence et le coût de leur introduction. Au cours des prochaines années, un grand nombre de nouveaux vaccins, de nouvelles combinaisons de vaccins et de formulations améliorées d'anciens vaccins (voir l'encadré ci-après) feront leur apparition sur le marché. Ces nouveaux produits permettront d'éviter les maladies graves ou d'en améliorer le traitement, mais à un coût plus élevé.

Nouveaux vaccins à l'horizon

Moyen terme (3 à 6 ans) : vaccin antigrippal en pulvérisation nasale, vaccin anti-rotavirus, autres vaccins contre le méningocoque, le streptocoque du groupe A, le streptocoque du groupe B, le virus syncytial respiratoire (pour les personnes âgées), le papillomavirus humain (PVH).

Long terme (7 à 10 ans) : vaccin contre le virus syncytial respiratoire (pour les nourrissons), le virus parainfluenza, Haemophilus influenzae dont le type ne peut être défini et d'autres agents pathogènes causant des otites, le virus de l'herpès simplex, le virus de l'hépatite C, le virus de l'immunodéficience humaine (VIH).

  • Utilisation des ressources humaines et autres ressources en santé publique

    Chaque province ou territoire procède à ses propres évaluations des vaccins recommandés et à ses propres analyses des politiques en vigueur avant de formuler des recommandations touchant les programmes d'immunisation nouveaux et existants. En outre, les administrations provinciales et territoriales consacrent énormément de temps et de ressources (équipement, communications) à des activités liées à d'autres éléments de la SNI, comme l'approvisionnement en vaccins et la surveillance de leur innocuité. Une collaboration nationale entourant ces questions pourrait donner lieu à des économies.
  • Délai d'introduction des programmes de vaccination dans les provinces et territoires

    L'introduction de nouveaux programmes de vaccina -tion intervient plus tôt dans certaines administrations que dans d'autres. Le programme d'immunisation à deux doses contre la rougeole en fournit un exemple. Même si l'incidence de la rougeole a chuté sensiblement après l'introduction du programme de vaccination à une dose au milieu des années 1960 (ce qui a permis de faire passer le nombre annuel de cas déclarés de quelque 300 000 avant la vaccination à moins de 2 000 en 199511), les poussées ont persisté, surtout chez les enfants d'âge scolaire, et ce même au sein des populations chez qui la couverture vaccinale documentée était de pratique-ment 100 %11. Il est donc devenu de plus en plus évident, au Canada comme ailleurs, qu'un pro -gramme de vaccination systématique à dose unique ne permettait pas d'éradiquer la rougeole 9. Les recommandations en vue de l'administration d'une deuxième dose du vaccin ont été formulées lors de conférences canadiennes de concertation, par l'Organisation panaméricaine de la santé et par le CCNI entre 1992 et 1995. Un programme de vaccination systématique à deux doses est entré en vigueur dans l'ensemble des provinces et territoires entre 1996 et le milieu de 1997, et divers programmes de rattrapage ont été proposés dans huit d'entre eux.

    Par ailleurs, toutes les administrations provinciales et territoriales du Canada se sont donné un programme d'immunisation universel contre l'hépatite B pour les enfants. Les âges ciblés varient selon les provinces et les territoires, mais concernent le plus souvent les enfants de 4e année12. Les programmes de vaccination scolaire au Canada ont été couronnés de succès, avec un taux de participation de plus de 90 % des enfants admissibles13. Leur introduction s'est échelonnée sur un certain nombre d'années, d'où certains retards dans l'accès à ce vaccin.
  • Amélioration possible de la collaboration intersectorielle entourant les questions d'immunisation

    Les maladies évitables par la vaccination et les programmes d'immunisation peuvent avoir des conséquences importantes sur des domaines autres que la santé, comme l'éducation, le travail et la productivité et le développement au cours de la petite enfance. L'impact de la grippe sur la productivité au travail14 et l'assiduité scolaire15 en fournit deux exemples. L'immunisation contre la grippe s'est traduite par une diminution notable de l'absentéisme au travail causé par des maladies respiratoires, de même que par une réduction de l'absentéisme scolaire. Une stratégie nationale permettrait d'améliorer les efforts de collaboration avec d'autres ministères et agences œuvrant dans le domaine de l'immunisation.

d) Approche proposée

Pour pallier les lacunes et les limites évoquées ci-dessus, nous proposons l'élaboration d'un cadre analytique assorti de critères communs devant servir à l'évaluation des nouveaux vaccins et à l'établissement de leur priorité par tous les gouvernements FPT. Un tel outil permettrait de veiller à ce que les facteurs et critères importants ayant fait l'objet d'un consensus soient pris en considération dans le cadre du processus de prise de décisions.

Un cadre analytique provisoire a été conçu par Erickson, De Wals et Farand (inédit) pour information et examen par les provinces et les territoires. Les critères de prise de décisions adaptés à partir de ce cadre se classent dans les grandes catégories suivantes :

  • Caractéristiques et fardeau de la maladie
  • Caractéristiques du vaccin
  • Autres stratégies et programmes d'immunisation
  • Coûts et avantages économiques et sociaux des autres programmes
  • Faisabilité et acceptabilité des autres programmes
  • Capacité d'évaluation des programmes
  • Questions de recherche
  • Autres facteurs

Ce cadre analytique provisoire se veut un moyen pratique de faciliter plutôt que de remplacer les processus actuels de prise de décisions, de manière à permettre une planification à long terme et un échange d'information plus efficace entre les responsables de l'immunisation au niveau fédéral-provincial-territorial. La participation nationale sera nécessaire pour étoffer et peaufiner ce cadre et pour passer de la théorie à la pratique. Un tel outil pourrait s'avérer précieux dans le cadre de la planification des programmes d'immunisation. La vision à long terme de cet élément de la SNI est d'avancer progressivement vers une méthode qui amènerait les gouvernements FPT à prendre des décisions concertées sur tous les vaccins, au moyen de critères communs.

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