Résumé : Rapport d'étape sur le VIH/sida et les populations distinctes : Hommes gais, bisexuels, bispirituels et ayant des relations sexuelles avec des hommes

Résumé

Depuis l'apparition de l'épidémie de VIH/sida au début des années 1980, les hommes gais, bisexuels, bispirituels et les autres hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HARSAH) sont restés la population la plus touchée par le VIH et le sida au Canada. L'Agence de la santé publique du Canada estime qu'en 2011, la catégorie d'exposition des HARSAH représentait 46,6 % des nouvelles infections au VIH et 46,7 % des infections au VIH prévalentes au Canada.

L'expression « HARSAH » est employée pour désigner une voie de transmission particulière du VIH dans les données épidémiologiques et ne fait aucunement référence à l'identité personnelle des individus. En dehors des discussions épidémiologiques, le terme « HARSAH » est utilisé dans le présent rapport seulement parce que tous les HARSAH ne se déclarent pas gais, bisexuels ou bispirituels.

Profil démographique

Peu d'études canadiennes ont examiné les caractéristiques démographiques des hommes gais et des autres HARSAH en dehors du contexte du VIH/sida. Par conséquent, le nombre total d'hommes gais, de bisexuels, de bispirituels et d'autres HARSAH au Canada est inconnu. La majorité des hommes se déclarant gais ou bisexuels ou des autres HARSAH interrogés dans le cadre de diverses études canadiennes ont indiqué être d'origine ethnoculturelle blanche.

D'après une analyse des données de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2007 – 2008, les hommes se déclarant gais ou bisexuels résidaient principalement dans les trois provinces les plus peuplées du Canada, à savoir le Québec, l'Ontario et la Colombie-Britannique. Ces hommes avaient un niveau d'études plus élevé que les hommes se déclarant hétérosexuels, mais un niveau de revenu similaire. Les hommes gais et bisexuels avaient aussi les mêmes niveaux en matière de santé générale, notamment la santé mentale, que les hétérosexuels. Toutefois, les hommes bisexuels avaient des niveaux plus faibles de santé mentale et les deux groupes avaient plus de pathologies chroniques et de troubles de l'anxiété et de l'humeur que les hommes hétérosexuels. Les hommes gais et bisexuels ont aussi déclaré avoir plus d'insatisfaction envers les besoins de santé au cours de l'année précédente que les hétérosexuels.

Épidémiologie du VIH et du sida

De 1985 à 2011, plus de la moitié (54,7 %) des 69 856 tests VIH positifs chez les adultes appartenant à une catégorie d'exposition connue ont été attribués à des HARSAH. Le nombre de nouveaux tests VIH positifs déclarés chez des adultes attribués à la catégorie d'exposition des HARSAH est demeuré relativement stable entre 2002 et 2011 avec un pic de 593 cas en 2008. De 1998 à 2011, les hommes blancs représentaient la majorité (81,1 %) des tests positifs au VIH attribués à la catégorie d'exposition des HARSAH. De 1979 à la fin de l'année 2011, la catégorie d'exposition des HARSAH a représenté 64,8 % de tous les cas de sida chez les adultes (plus de 15 ans) appartenant à une catégorie d'exposition connue. En 2011, environ un tiers (30,5 %) des 188 nouveaux cas de sida signalés à l'Agence de la santé publique du Canada ont été attribués à la catégorie d'exposition des HARSAH.

Les données de la première phase de l'enquête M-Track, un système de l'Agence de la santé publique du Canada pour la surveillance comportementale et biologique du VIH et des autres infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) chez les HARSAH au Canada, ont révélé un taux de prévalence de 15,1 % parmi les participants qui avaient fourni un échantillon biologique en quantité suffisante aux fins d'analyse et qui avaient rempli un questionnaire. Parmi ces hommes, 19 % ne savaient pas qu'ils étaient séropositifs pour le VIH.

Déterminants de la santé

L'homophobie, ainsi que la stigmatisation et la discrimination qui y sont associées, ont des répercussions considérables et très importantes sur les déterminants de la santé vécus par les hommes gais et les autres HARSAH, lesquels influencent à leur tour la vulnérabilité de cette population au VIH. Les hommes gais et les autres HARSAH qui appartiennent à des groupes ethnoculturels minoritaires peuvent être confrontés à un double fardeau, celui de l'homophobie à l'intérieur et à l'extérieur de leur communauté et celui du racisme. Les recherches semblent indiquer que l'homophobie est liée à des résultats négatifs sur le plan de la santé mentale, à une exclusion sociale accrue et à un accès réduit aux services de soutien social et de santé pour les hommes gais et les autres HARSAH. Des recherches internationales ont démontré que les expériences de victimisation homophobe dans la jeunesse étaient associées à une incidence supérieure des problèmes de santé tels que la dépression, l'anxiété, la toxicomanie ou l'alcoolisme, les comportements sexuels à risque et le suicide. Des recherches canadiennes indiquent également que les jeunes hommes gais et d'orientations sexuelles diverses sont plus susceptibles d'être la cible de harcèlement et de victimisation que leurs pairs hétérosexuels. Les expériences de violence, y compris sexuelles, pendant l'enfance sont également liées à une probabilité accrue d'adopter des comportements à risque associés au VIH, notamment les comportements sexuels à risque et la consommation de drogues. La stigmatisation et la discrimination peuvent également réduire l'accès aux soins de santé et aux autres sources importantes de soutien pour les hommes gais et les autres HARSAH.

La pratique du sexe anal sans protection est le facteur de risque le plus courant pour l'infection au VIH chez les hommes gais et les autres HARSAH, et elle est associée à divers facteurs environnementaux, psychosociaux et personnels liés entre eux. Les stratégies pour réduire le risque d'infection au VIH reposent sur le fait que les individus connaissent leur état sérologique vis-à-vis du VIH et en informent précisément leur partenaire avant de s'engager dans des comportements sexuels à risque. Cela est souvent compliqué par la réticence de certains hommes à divulguer leur état sérologique vis-à-vis du VIH, par honte, par peur ou par insécurité. Le taux de dépistage du VIH est assez élevé chez les hommes gais et les autres HARSAH. On estime qu'en 2011, 20 % des hommes gais et des autres HARSAH au Canada qui étaient séropositifs pour le VIH ne le savaient pas; ce taux est moins élevé que dans la population totale, où l'on estime que 25 % des personnes séropositives ne le savent pas.

Les relations romantiques, les amitiés et les lieux et activités réservés à la communauté gaie sont tous cités comme d'importantes sources de soutien social favorisant la résilience contre l'infection au VIH et aidant les personnes atteintes à vivre avec cette infection. L'activisme historique de la communauté gaie, notamment l'élaboration d'une réponse communautaire précoce et efficace au sida lorsqu'il est apparu pour la première fois, continue d'être une source de résilience contre le VIH.

Recherches actuelles

Au total, on a dénombré 48 projets de recherche canadiens en cours de 2006 à 2011 qui se concentraient sur les hommes gais, les bisexuels, les bispirituels et/ou les autres HARSAH. Plus des trois quarts de ces projets étaient réalisés en Ontario, au Québec ou en Colombie-Britannique. Les principaux domaines de recherche étaient la prévention du VIH (32 projets), les comportements sexuels à risque (20 projets), et la capacité de recherche, la diffusion et le transfert de connaissances au sein de la communauté (19 projets). Les projets identifiés examinaient également l'accès aux soins et au traitement (11 projets), l'homophobie, la stigmatisation et la discrimination (10 projets) et les sources de vulnérabilité à l'infection au VIH (10 projets). Moins de 10 projets ont été trouvés pour chacun des domaines suivants : culture, santé mentale, niveau de revenu et statut social, réseaux de soutien social, et environnements sociaux et physiques. La moitié des projets se concentraient sur une ou plusieurs populations particulières d'hommes gais et d'autres HARSAH, principalement les hommes vivant avec le VIH/sida (14 projets), ainsi que les hommes gais et les autres HARSAH provenant de pays où le VIH est endémique (4 projets), les transsexuels (4 projets), les hommes gais et les autres HARSAH consommant des drogues (3 projets), les jeunes (1 projet) et les Autochtones (1 projet). Les domaines de recherches futures comprennent les suivants : la vulnérabilité et la résilience face au VIH; les populations particulières d'hommes gais et d'autres HARSAH, notamment les hommes âgés, les hommes de minorités ethnoculturelles, les hommes vivant dans les régions rurales, les détenus, les travailleurs du sexe, les HARSAH qui ne se déclarent pas gais ni bisexuels; la prévention du VIH, le soin, le traitement et le soutien des personnes séropositives et les co-infections du VIH; et la recherche sur la santé des hommes gais sans lien particulier avec la vulnérabilité et la résilience face au VIH.

Politiques et programmes de lutte contre le VIH/sida

Le rapport a examiné les mesures actuelles de lutte contre le VIH/sida chez les hommes gais et les autres HARSAH au niveau des politiques et des programmes. Pour ce faire, on a passé en revue les stratégies propres à cette population au niveau national, provincial et territorial, les réseaux, les coalitions, les organes consultatifs et les organisations propres à cette population, et les projets visant à la mise en œuvre de programmes de lutte contre le VIH chez les hommes gais et les autres HARSAH. Diverses organisations participent à la prestation de services de prévention, de soin, de traitement et de soutien aux hommes gais et aux autres HARSAH. La majorité des projets dénombrés étaient mis en œuvre par des organismes de services liés au sida; néanmoins, on a déterminé que les organismes gouvernementaux, de santé communautaire et de services sociaux, ainsi que les organismes de services aux populations lesbienne, gaie, bisexuelle, bispirituelle et homosexuelle avaient également joué un rôle important dans les programmes de lutte contre le VIH/sida. La plupart des projets à l'intention des hommes gais et des autres HARSAH étaient réalisés en Ontario, au Québec ou en Colombie-Britannique. Plus d'un tiers des projets se concentraient sur une sous-population particulière d'hommes gais et d'autres HARSAH, notamment les personnes issues de communautés ethnoculturelles particulières, les Autochtones, les jeunes, les personnes vivant avec le VIH/sida, les transsexuels, les hommes gais et les autres HARSAH handicapés, les travailleurs du sexe, et les toxicomanes ou alcooliques.

Seul le Québec a une stratégie provinciale de lutte contre le VIH/sida spécialement destinée aux hommes gais. Plusieurs autres provinces et territoires ont désigné les hommes gais et/ou les HARSAH comme une population prioritaire dans le cadre de stratégies plus générales de lutte contre le VIH/sida ou contre les infections transmissibles sexuellement et par le sang. De plus, on a constaté l'existence de réseaux ou de coalitions communautaires consacrés au VIH/sida chez les hommes gais et les autres HARSAH en Ontario, au Manitoba et en Colombie-Britannique.

Conclusions

Les communautés, les organismes et les gouvernements ont relevé le défi et jouent leur rôle pour réduire la transmission du VIH dans cette population et pour répondre aux besoins des hommes gais, bisexuels, bispirituels et des autres HARSAH vivant avec le VIH/sida ou risquant de le contracter. Malgré ces efforts importants, il reste beaucoup de chemin à parcourir. Afin de lutter avec succès contre l'épidémie au sein de cette population, il est nécessaire de réaliser des efforts permanents, efficaces et sur mesure visant à prévenir la transmission du VIH et à améliorer la qualité de vie des hommes gais et des autres HARSAH vivant avec le VIH.

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