Question 4 : Quand et comment les parents et les tuteurs devraient-ils parler à leurs enfants de la sécurité en ligne?

Transcription

Isabelle : J'imagine qu'à force de vous écouter, les parents, en ce moment, et les tuteurs aimeraient bien connaître quel est le meilleur moment pour discuter de ces sujets-là avec nos enfants. Sarah, je vais commencer par vous.

Sarah : Oui, merci. C'est sûr que parler de sujets difficiles, ça peut être délicat avec les jeunes. Puis la recommandation la plus importante que j'ai faite et que je vais continuer à faire, c'est vraiment avoir des conversations ouvertes et honnêtes avec nos jeunes, puis assurer que notre enfant sache qu'il ou elle peut venir nous voir, peu importe le problème. On va être là pour les soutenir.

L'autre chose qu'on recommande, ce n'est pas nécessairement attendre qu'un incident survienne pour parler de cyberintimidation ou parler de sextage. On peut en parler avant, comme ça si jamais quelque chose survient, ils vont savoir qu'ils peuvent venir nous en parler ou on en a déjà parlé ensemble. C'est moins intimidant. Si un jeune décide d'en parler avec un parent, ça peut aussi être tentant de savoir tout de suite le pourquoi du comment ou comment ça s'est passé. C'est qui ? Puis on suggère juste d'être un peu patient avec les questions. C'est quelque chose de difficile, venir dévoiler un secret que l'enfant garde depuis un certain moment, puis on veut vraiment les soutenir, vraiment commencer avec le soutien. Puis il y aura des moments pour les questions. Ce n'est pas obligé d'être tout de suite dans le moment où on dévoile le vécu de l'enfant. Puis c'est vraiment la réaction des parents qui est importante. Ici on entend beaucoup à Jeunesse, J'écoute des enfants qui vont dire je n'ai pas envie de le dire à ma mère parce que j'ai peur qu'elle panique ou j'ai peur que mon père va être déçu de moi. C'est vraiment ça qu'on veut éviter, de ne pas venir en parler aux parents parce qu'on a peur de la réaction des parents, même si ça peut être épeurant pour un parent, c'est devant nos enfants de pouvoir être là, présents pour eux, ça va être vraiment important.

Et puis, concernant le sextage, c'est important de parler des conséquences avec nos jeunes et de parler des potentielles répercussions légales. Mais restez loin des tactiques de peur. Les enfants ont déjà des connaissances. On n'a pas besoin de faire peur davantage quand on parle avec eux. Et c'est encore le même genre de questions, de questionnements qu'on entend des jeunes qui vont en parler : Je ne peux pas dire à mes parents parce qu'ils vont être furieux ou ils ne vont plus m'aimer. Il faut vraiment déconstruire ces mythes-là. Nos jeunes peuvent venir nous en parler et ça ne changera pas l'image qu'on a d'eux ou l'amour inconditionnel qu'on a pour eux.

Isabelle : Absolument ! Point hyper important, justement de donner tout l'espace sans jugement à nos enfants. Tantôt, René, il y a eu beaucoup de chiffres qui sont sortis : les jeunes filles de 13 ans sont plus susceptibles. Par contre, ça peut commencer dès 9-10 ans. Vous avez même parlé d'une fille de 8 ans. Donc, y a-t-il un bon âge pour parler de ça avec son enfant ? On dirait qu'il faudrait quasiment que je le fasse à 5 ans, mais je serais un peu stressée de faire ça à cet âge-là. L'innocence est encore là.

René : Effectivement, ce n'est pas évident. En fait, le conseil qu'on a à donner aux parents là-dessus, c'est vraiment de commencer à en parler à partir du moment où votre enfant commence à utiliser Internet. Il faut le faire d'une manière qui est adaptée à l'âge de l'enfant. Et je peux comprendre que pour les parents, ce n'est pas, j'ai des enfants moi aussi, ce n'est pas un sujet facile à aborder. C'est dérangeant, c'est malaisant, on ne sait pas trop comment s'y prendre.

Ça peut être parfois assez émotionnellement chargé, je vous dirais, si vos enfants sont plus âgés particulièrement. Moi, ce que je peux vous dire là-dessus, c'est, écoutez, prenez pas de recul. Prenez une grande respiration et traitez le sujet de manière très, très, très pragmatique, je vous dirais, comme vous le feriez pour, par exemple, la sécurité routière. Mets ta ceinture de sécurité dans l'auto, regarde des deux côtés de la rue avant de traverser, mets ton casque quand tu prends ton vélo, mets ta veste de sauvetage quand tu vas en bateau. La sécurité en ligne est une autre forme de sécurité et c'est peut-être une bonne manière de l'aborder justement, comme on le ferait pour toute autre problématique de sécurité, je dirais.

Ce qui est important dans tout ça, je pense, et Sarah l'a très bien mentionné tout à l'heure, c'est d'y aller de manière très ouverte, très transparente, très, très franche, très honnête avec les enfants. S'ils perçoivent un malaise chez vous, ça va créer un contexte où ils auront peut-être moins envie de vous en parler. Donc vous voulez très vite faire sentir à votre enfant que vous êtes son allié là-dedans, mais vous voulez aussi très vite développer chez lui, chez elle, des réflexes qui vont faire en sorte que si les choses tournent mal, la première personne à qui il va en parler, c'est vous. C'est comme ça que ça devrait se passer dans l'idéal. On voudrait qu'un enfant en parle à ses parents ou à tout le moins un adulte de confiance quand les choses tournent mal. Il faut comprendre aussi que dans ce genre de situation-là, on peut avoir affaire à des histoires et des situations où l'enfant est lui-même complètement, je dirais émotionnellement affecté par ce qui est en train de se passer.

Donc, c'est important de vraiment créer un contexte propice à la discussion et nous, au Centre canadien de protection de l'enfance, on utilise beaucoup le concept des trois C, Pour résumer un peu la chose, la rendre plus digestible pour tout le monde, les trois C pour nous, c'est C pour contenu, C pour communication et C pour conduite. Donc, il faut aborder les trois aspects de la question. Le contenu, c'est par exemple ce que les jeunes vont inévitablement trouver tôt ou tard sur Internet. C'est important, par exemple avec des jeunes enfants, de les mettre en garde contre le fait qu'ils vont peut-être tomber sur des images, des éléments de contenu dont ils seraient gênés de parler à un adulte. Mais c'est important qu'ils le fassent, qu'ils se sentent à l'aise de le faire. Chez des enfants plus grands, des adolescents, c'est important de leur faire comprendre qu'à l'âge surtout où ils sont en train d'explorer leur sexualité, ils vont inévitablement se tourner vers des vidéos en ligne qui mettent en scène des acteurs qui se livrent de façon consensuelle à des actes sexuels explicites. Ils doivent bien comprendre que, justement, ce sont des acteurs qui jouent un jeu. Ce n'est pas la réalité. On ne veut pas que ce genre de contenu-là en vienne à teinter ou à modifier leur perception de ce que peut être une relation intime saine entre deux personnes consentantes. Donc, c'est le genre de piste de conversation que des parents peuvent avoir avec des enfants. Et on a créé au Centre canadien de protection de l'enfance un site qui s'appelle ParentsCyberAvertis.ca. J'invite les parents qui nous écoutent à aller jeter un coup d'œil là-dessus. Vous allez trouver plein de pistes de discussion sur tous ces sujets-là pour en discuter avec des enfants des différents groupes d'âge.

J'ai parlé du contenu. Il y a aussi les communications qu'on peut avoir avec autrui sur Internet, c'est un autre angle à aborder dans la discussion. Donc, bien faire comprendre aux enfants, aux adolescents que les gens avec qui ils vont communiquer sur Internet ne sont pas nécessairement ceux qu'ils prétendent être. Donc, à moins d'avoir l'assurance que vous êtes en train de communiquer avec quelqu'un que vous connaissez vraiment dans la vraie vie, vous ne savez pas vraiment à qui vous avez affaire et vous ne connaissez pas les intentions de cette personne-là. Donc il y a un certain nombre de lignes rouges qui ne doivent jamais être franchies et lorsque ça se fait, vos enfants doivent vous en parler. Par exemple, quelqu'un qui essaie de sexualiser la conversation, quelqu'un qui vous demande de lui envoyer des images intimes ou qui vous en envoie lui-même, quelqu'un qui vous offre des cadeaux pour faire telle ou telle chose. Donc, il y a toute une série de lignes rouges qui devraient alimenter vos conversations ou qui devraient créer ce réflexe-là chez les enfants de venir vous voir comme parent pour vous en parler.

Même chose par rapport à la conduite à tenir en ligne. Il y a des choses qu'on peut faire et des choses qu'on ne doit pas faire. Donc, vraiment le contenu, les communications et la conduite, ce sont trois angles qu'on peut avoir dans nos conversations avec les enfants sur Internet dans le but, justement, de leur donner des outils qui vont leur permettre à eux de se prendre en charge et de se protéger eux-mêmes dans leur vie numérique.

Isabelle : Merci, René, c'est très intéressant. Il y a un terme qu'on n'a pas encore expliqué, j'aimerais que vous l'expliquiez, le capping. Qu'est-ce que c'est exactement ?

René : Oui, effectivement, Isabelle. C'est un phénomène assez nouveau. Je dirais tellement nouveau qu'on ne sait pas encore exactement comment le nommer en français. Ce terme-là, capper, capping, ça vient de l'anglais screen capture, donc ça fait référence au fait qu'on a ici des gens qui sévissent sur Internet en s'amusant à prendre des captures d'écran d'enfants, capturer des images d'enfants qu'ils auront réussi à amener à s'exhiber, à se dévêtir à la caméra de toutes sortes de manières. Phénomène assez récent, effectivement, qui a lui aussi pris de l'expansion pendant la pandémie. Ça existait avant la pandémie, bien sûr, depuis quelques années, mais on est en présence ici d'un groupe d'individus peut-être un petit peu plus sophistiqués, peut-être un petit peu plus organisés, en communauté même. Il y a des regroupements sur le Web clandestin, le dark Web, de gens qui se livrent à cette pratique-là.

Donc c'est vraiment un dada, je vous dirais, chez ces gens-là qui, justement, vont s'amuser à piéger des enfants, à les amadouer, les convaincre de se dévêtir à la caméra, vont capturer des images à leur insu et souvent, ça s'arrête là.  Ils ne vont pas nécessairement comme les sextorqueurs s'entêter à capturer d'autres images, ils ne sont pas nécessairement animés non plus d'un penchant pédosexuel qui les amènerait à vouloir commettre des agressions sexuelles contre ces enfants-là. Ce n'est pas ça le but. Le but, c'est de capturer des images pour s'en servir, pour humilier les enfants et rehausser un petit peu leur notoriété dans leur groupe d'amis, dans leur groupe de semblables qui font la même chose qu'eux sur Internet. Donc c'est assez pathétique, je vous dirais comme phénomène, mais c'est néanmoins un phénomène réel. Occasionnellement, vous avez des cappers qui vont se servir des images obtenues pour en obtenir d'autres. Et parfois, vous avez des cappers qui vont passer d'une cible à l'autre comme ça, sans jamais informer leurs victimes qu'ils ont capturé les images. Vous avez des enfants dont les images circulent sur Internet et ils ne le sauront peut-être jamais, à moins que quelqu'un les informe des mois ou des années plus tard de l'existence de ces images-là. Alors, imaginez le stratagème.

Comment ça se passe ? Les cappers vont approcher les jeunes, c'est un phénomène qui touche surtout les adolescents, les adolescentes, préados à la limite. Ils vont les approcher sur des plateformes connues, des plateformes grand public. Je vous parle d'Instagram, Snapchat ou parfois Skype, ou parfois des plateformes un peu moins connues, mais néanmoins très populaires auprès des jeunes comme Omegle, Chatroulette. Les premiers contacts se font là et ensuite, parfois, on va convaincre les jeunes de passer à des plateformes, des canaux de conversation plus privés, justement, où la suite des choses va se passer et où il y aura des images qui vont être prises à leur insu. Parfois, comme on le mentionnait tout à l'heure, les jeunes, quand on parlait de la sextorsion, se font passer des images préenregistrées de jeunes filles en train de se dévêtir qui vont inviter leur interlocuteur à faire la même chose pour que les images soient prises à leur insu. Donc c'est un peu ça qui se passe en ce moment sur Internet avec le capping, le phénomène du capping.

Parfois aussi, on a eu connaissance de cas où, comme je vous le mentionnais tout à l'heure, ces gens-là sont organisés en communauté. Ils s'échangent des informations, ils s'échangent des images. Et parfois, quand vous avez été victime d'un capper, vous avez d'autres cappers qui vont s'en prendre à vous pour justement, eux aussi, chercher à obtenir des images. C'est quelque chose que vous pouvez signaler, bien sûr, à cyberaide.ca, à la police si votre enfant se fait prendre au piège à ce stratagème-là. Évidemment, il ne faut pas tarder à faire un signalement parce que, comme on a pu le voir, on a affaire à des gens qui font ça en groupe, en communauté, qui s'en prennent à plusieurs enfants. Donc plus vite on signale ces situations-là aux autorités, plus vite on peut lutter efficacement contre le problème.

Isabelle : Depuis tantôt, on parle beaucoup de l'importance en tant que parents d'avoir des discussions honnêtes et franches avec ses enfants, mais moi j'ai vécu une situation où j'avais un enfant qui vivait de la cyberintimidation. Ce n'est pas un des miens, mais c'était une enfant dont je suis proche, donc ce n'est pas nécessairement le parent avec qui l'enfant va se confier. Ça peut être professeur, tuteur, il y en a qui sont à l'écoute, ou ami de… Hein, Rosiane, l'important, c'est d'avoir un adulte de confiance ?

Rosiane : Oui, en effet, ce qui est important, c'est que les enfants savent qu'ils peuvent parler à un adulte de confiance s'ils font face à une situation qui les rend inconfortables ou mal à l'aise. Donc comme vous avez dit, un adulte de confiance, ça peut être un enseignant, un conseiller scolaire, ami de famille ou un autre membre de la famille. Donc l'important, c'est qu'il parle à quelqu'un, un adulte de confiance. C'est important de comprendre que ce n'est pas parce que l'enfant est à la maison qu'il est en sécurité. Donc les agresseurs savent où trouver les enfants en ligne. Ils utilisent toutes sortes de tactiques pour tromper et manipuler les enfants. Par exemple, en tant qu'enquêteure en ligne, je prenais le persona d'une fille de 12 ans. Et puis l'agresseur voulait que je fasse des actions de nature sexuelle. Et puis je lui disais que j'étais inconfortable parce que ma mère pourrait rentrer dans ma chambre. Puis l'agresseur m'a dit d'aller barrer la porte. Quand je lui ai dit que la porte ne se barrait pas, l'agresseur m'a dit de prendre une chaise et de la mettre contre la porte. Donc, c'est des choses qu'ils peuvent faire pour pouvoir obtenir ce qu'ils veulent, puis manipuler l'enfant pour avoir qu'est-ce qu'ils veulent. Donc c'est des choses à considérer.

Maintenant en tant que parents, les choses que vous pouvez faire pour être plus confortables et pour sécuriser vos enfants en ligne, c'est de toujours être dans la même pièce lorsqu'ils utilisent des téléphones cellulaires, des tablettes ou des ordinateurs. Donc, l'enfant ne devrait pas être tout seul dans sa chambre avec la porte fermée et utiliser des machins électroniques qui vont sur l'Internet. Vérifiez leur liste d'amis et avec qui ils discutent en ligne. Et puis, ils devraient s'assurer que c'est des personnes qu'ils connaissent. S'ils vont sur des plateformes comme YouTube, Snapchat ou Tik Tok, assurez-vous qu'ils ne communiquent pas avec des inconnus ou qu'ils ne téléchargent pas des vidéos d'eux-mêmes. Connaissez les mots de passe sur leurs téléphones et leur compte en ligne pour que vous puissiez regarder leur histoire, leurs messages et qu'est-ce qu'ils publient en ligne.

Et puis effectivement, c'est important d'avoir ces discussions ouvertes avec vos enfants avant de regarder leurs activités. Désactivez les services de localisation sur l'appareil de votre enfant. Donc le GPS intégré va capturer sur les vidéos que les enfants envoient en ligne. Donc les étrangers peuvent savoir où les enfants se retrouvent par le GPS intégré sur les vidéos. Établissez des règles claires dès que votre enfant commence à utiliser des appareils avec accès à l'Internet. Donc en établissant ces règles tôt dans la vie des enfants, elles seront normalisées et plus facilement acceptées plus tard.

C'est important d'impliquer et encourager les enfants à faire partie de la solution. Donc les parents peuvent travailler avec leurs enfants pour créer des réponses stratégiques aux situations spécifiques auxquelles ils peuvent faire face en ligne. Par exemple, comment ils réagiraient si quelqu'un leur demandait de l'information qui les rendait inconfortables, par exemple, de nature sexuelle ? Que feraient-ils si quelqu'un qu'ils ne connaissent pas demandait d'être leur ami en ligne ? Donc, les parents peuvent encourager leurs enfants aussi à leur enseigner comment fonctionnent les médias sociaux et leurs jeux préférés en ligne. Donc les enfants aiment être des enseignants. Donc, permettez-leur de leur montrer comment ça fonctionne.

Il est important que les parents s'informent au sujet de la sécurité en ligne et qu'ils soient sensibilisés aux risques auxquels les jeunes peuvent être confrontés en ligne. Donc prenez le temps d'apprendre, ce que vous faites aujourd'hui en participant à cette session. Nous vous encourageons également à visiter des ressources disponibles sur protégeonsnosenfants.ca ainsi que le site de Sécurité publique Canada.

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