Question 5 : Que peuvent faire les parents ou les tuteurs s’ils soupçonnent qu’il y a un problème?

Transcription

Isabelle : J'imagine que parmi ceux qui nous écoutent, ils ont peut-être vécu une situation de cyberintimidation ou d'exploitation sexuelle ou soupçonnent peut-être leur enfant de vivre actuellement une situation comme ça. Qu'est-ce qu'on peut faire ? Quelles sont les actions qu'on doit poser quand ça arrive, Sarah ?

Sarah : Oui, c'est ça, puis on voit dans la réaction des parents, c'est effrayant avoir ces situations devant nous. L'Internet change tellement rapidement que c'est dur d'être expert tout le temps dans ce qui se passe. Et je pense, la première recommandation, c'est si on pense que le jeune peut être victime ou si on veut en parle, vraiment prendre le temps de se calmer en tant que parent ou en tant que tuteur avant, rentrer dans une discussion calmement, ça va beaucoup aider à avoir une discussion qui est productive, qui est respectueuse. C'est correct, en tant que parent, de trouver ça effrayant, de trouver que c'est difficile, mais vraiment, prendre le temps d'être présent dans la discussion, c'est correct. Ça prend un peu de temps de votre côté de gérer tout ça.

La deuxième suggestion, Rosiane en a parlé et peut en parler beaucoup plus en profondeur : les lois et les pratiques changent tellement rapidement, puis évoluent tellement rapidement en ligne que c'est une bonne idée de consulter les ressources, consulter les lois, vraiment être au courant de ce qui peut être fait légalement, ce qui ne peut pas être fait, c'est quoi les conséquences. Parce que tu dois être la personne ressource pour ton jeune. Donc pouvoir avoir ces réponses-là aux questions qu'ils peuvent vouloir poser sur la légalité ou sur les lois. Pas être expert, mais juste informé, ça peut être une suggestion importante.

Puis aussi, assurez-vous, en tant que parent, en tant que tuteur, que vous avez du soutien pour vous là-dedans. Donc on ne s'attend pas à ce que les parents soient des super héros, même si vous l'êtes souvent. Mais c'est correct que vous trouviez ça difficile. Puis assurez-vous de vous-même avoir des personnes ressources autour de vous, que vous pouvez vous confier ou que vous pouvez en parler avec quelqu'un pour pouvoir mieux soutenir votre jeune au final. À Jeunesse, J'écoute, par exemple, on a des intervenants, des répondants aux crises qui sont là non seulement pour les jeunes, mais aussi pour les parents, donc pour en parler confidentiellement avec quelqu'un à l'autre bout de la ligne. Ça se fait, il y a des ressources. Et puis rappelez-vous que vous en tant que parents, vous n'êtes pas seuls là-dedans non plus. Puis on veut être là pour vous appuyer, en fin de compte, pour appuyer les jeunes aussi.

Isabelle : Merci beaucoup, Sarah. Rosiane, en tant que sergente, j'imagine que vous allez nous dire d'appeler la police ?

Rosiane : Oui, en effet. Mais dans des cas de danger immédiat, composez le 9-1-1. Autrement, contactez votre police locale ainsi que signalez cyberaide.ca ou Jeunesse, J'écoute. Donc, c'est important de contacter quelqu'un. Puis l'instinct peut être de vouloir supprimer les images ou les messages. Cependant, cette information pourrait aider la police dans leur enquête. Donc c'est important de les conserver, donc encouragez l'enfant à garder le contenu tel quel. Et puis ça pourrait aider pour l'enquête. Et puis aussi, ayez des conversations régulières avec vos enfants appropriées selon leur âge. Il sera plus facile pour les jeunes d'approcher un adulte de confiance si ces conversations font partie de votre dialogue quotidien.

Isabelle : Merci, Rosiane. René, est-ce que vous voulez ajouter quelque chose ?

René : Bien oui, il faut bien comprendre ici que, comme parent, lorsqu'on apprend qu'il est arrivé quelque chose à notre enfant sur Internet, qu'on n'a peut-être pas au départ toutes les informations, qu'est-ce qui s'est passé exactement, ça dure depuis combien de temps ? On n'a peut-être pas nécessairement ces informations-là au départ. Il faut savoir que il y a des situations dans lesquelles les enfants, les ados peuvent se retrouver, qui vont même durer plusieurs années. Écoutez on a eu un cas à cyberaide.ca d'une jeune fille qui s'est fait prendre au piège de la sextorsion à l'âge de 12 ans et qui a finalement décidé de signaler la situation à l'âge de 16 ans. Ça veut dire que pendant quatre ans, cette jeune fille-là était sous le joug d'un individu qui lui demandait constamment de nouvelles images, presque quotidiennement et qui la menaçait de diffuser ces images là si elle ne continuait pas de faire ce que lui voulait qu'elle fasse. Donc, les enfants peuvent se retrouver dans des situations qui peuvent durer un certain temps.

Il y a des enfants aussi qui peuvent se faire amadouer de diverses façons. On a encore une fois beaucoup de cas qui nous sont rapportés d'adolescentes, par exemple, qui vont croire entretenir une relation légitime avec la personne qui les exploite. Qui ne vont pas croire que c'est de l'exploitation, qui ne vont pas croire qu'elles se sont fait piéger. Mais lorsque, au bout du compte, elles en prennent conscience, c'est toute leur confiance qui vient d'exploser, c'est un bris de confiance. C'est très dur à prendre, c'est très humiliant pour l'enfant, pour l'adolescent. Comme parent, c'est important d'être bien conscient de ça. Que vous êtes probablement appelé à intervenir dans une situation qui dure peut-être depuis un certain temps dont votre enfant ne voulait pas vous parler nécessairement. Mais là, vous le savez. Comment vous l'avez appris ? Ça, ça varie selon les situations. Quelqu'un d'autre peut vous l'avoir rapporté, vous pouvez peut-être avoir découvert des images compromettantes sur l'ordinateur, sur le téléphone de votre enfant, mais peu importe comment vous l'avez appris. C'est important d'aborder la situation, la conversation avec votre enfant dans un esprit d'ouverture, de lui faire comprendre que ça arrive à tout le monde de faire des erreurs, et que ce n'est pas ce qui va le définir comme personne pour le restant de ses jours.

Choisissez un moment où vous allez pouvoir discuter de cette situation-là sans être interrompu, calmement, en prenant bien conscience de tout ce que je viens de vous dire sur l'état émotionnel dans lequel votre enfant se trouve peut-être. Mais sachez aussi que peut-être que dans vos premières conversations, votre enfant pourrait être fâché contre vous de vous avoir mis le nez dans des endroits où vous n'auriez peut-être pas dû le mettre, de son point de vue, à lui ou à elle en tout cas. Il pourrait être dans le déni complètement. Donc les premières conversations pourraient peut-être être difficiles, mais c'est important de lui faire comprendre que vous êtes là pour lui. Vous êtes là pour l'aider. Vous savez qu'il ou elle traverse un moment difficile et vous voulez traverser ça avec lui pour l'aider à s'en sortir. Souvent, quand les jeunes cherchent à régler seuls, à régler par eux-mêmes un problème comme celui -à, les choses peuvent empirer, les choses peuvent prendre des proportions encore plus graves qu'elles ne l'étaient au départ. Mais vous êtes là pour aider votre enfant. C'est important de bien lui faire comprendre ça. Une fois que le secret qu'il vous cachait depuis un certain temps, une fois que le chat est sorti du sac, il y a un certain soulagement qui va s'installer chez l'enfant. Il y aura plus à vous cacher quelque chose que vous savez maintenant.

Maintenant, on ne peut passer à l'étape suivante qui consiste à accompagner votre enfant, à l'aider à se reconstruire, à sortir de là et à reprendre le cours normal de sa vie. Et c'est là que vous allez pouvoir avec lui, en l'impliquant dans la démarche, aller chercher les ressources qui vont vous accompagner là-dedans. Il y a des ressources chez nous, au Centre canadien de protection de l'enfance, il y en a chez les services policiers, il y en a chez Jeunesse, J'écoute. Votre enfant n'est pas seul dans cette histoire-là. C'est important de bien lui faire comprendre qu'il y a de l'aide, que vous êtes là pour lui et qu'il y a d'autres ressources, et de vous entourer de toutes ces ressources-là pour essayer de créer un plan pour la suite des choses, pour amener l'enfant à retrouver le cours normal de sa vie.

Ce qu'on a remarqué, nous, depuis la pandémie, c'est une certaine évolution dans les tactiques qui sont utilisées par les cyberprédateurs. Vous savez, on disait tout à l'heure, quand les choses dérapent, de couper automatiquement le contact avec la personne qui vous harcèle. Avant la pandémie, en général, les choses s'arrêtaient là. Depuis le début de la pandémie, on constate que les sextorqueurs, les prédateurs d'enfants se font beaucoup plus agressifs. Ils vont chercher à rejoindre l'enfant par d'autres plateformes, par d'autres moyens, ils vont continuer à les harceler pendant un certain temps jusqu'à ce qu'ils obtiennent ou en tout cas qu'ils essaient d'obtenir ce qu'ils veulent. Donc ça crée parfois chez l'enfant une situation où vous voudriez qu'il s'éloigne d'Internet pour un temps. Mais ça va créer une espèce d'état d'hyper vigilance chez votre enfant et il va vouloir aller sur Internet pour voir où ces images sont rendues, à quel endroit elles ont été publiées. Est ce qu'elles circulent encore ? Où est ce qu'elles se sont retrouvées ? Qui parle de lui ? À quel sujet ? Comment ? Donc c'est d'autres variables qui entrent dans l'équation. D'où l'importance, justement, d'aller chercher de l'aide. Toute l'aide dont vous pourriez avoir besoin pour restaurer le bien-être chez votre enfant.

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