Transcription des dangers en ligne

Dangers en ligne:

La Cyberintimidation et l'exploitation sexuelle des enfants en ligne de Sécurité publique Canada

8 février 2022

Animatrice engage: Isabelle Racicot

Experts:

René Morin, Porte-parole, Centre canadien de protection de l'enfance

Sarah Benkirane, Directrice des operations cliniques pour Crisis Text Line, mené par Jeunesse, J'écoute

Rosiane Racine, Sergente, Gendarmerie royale du Canada

FR Transcript (1:14:41)

(0:00:13)

Isabelle : Bonjour tout le monde, bienvenue et merci d'être là pour cet évènement qui est présenté par Sécurité publique du Canada dans le cadre de la Journée mondiale pour un Internet plus sûr, qui est une initiative qui a lieu à chaque année le deuxième jour, la deuxième semaine du deuxième mois. Pour ceux qui ne me connaissent pas, mon nom est Isabelle Racicot, je suis animatrice télé et radio, mais je suis surtout mère de deux garçons. Alors, comme vous, les sujets qu'on va aborder aujourd'hui, la cyberintimidation et l'exploitation sexuelle des enfants, ce sont des sujets qui m'interpellent beaucoup.

Mais avant de vous présenter nos trois panélistes extraordinaires, je veux prendre quelques minutes pour souligner le fait qu'on a des participants qui proviennent de partout à travers le Canada aujourd'hui. Alors j'aimerais débuter cette rencontre en reconnaissant les peuples autochtones vivant sur cette terre que nous appelons notre pays. Alors on réaffirme ainsi notre engagement et notre responsabilité à améliorer notre connaissance des peuples autochtones et de leur culture. Nous reconnaissons que nous sommes sur les territoires ancestraux et non cédés des peuples inuits, métis et des Premières Nations que ces peuples appellent leurs terres. On est réunis aujourd'hui dans un esprit de paix, d'amitié, d'appréciation mutuelle et de collaboration.

Alors sans plus tarder, je suis très excitée de vous les présenter, voici donc les trois experts avec qui j'aurai le plaisir de m'entretenir au cours de la prochaine heure. Alors je vais commencer par Rosiane Racine, sergente de la Gendarmerie royale du Canada. Alors Rosiane a débuté sa carrière à la GRC en 2004 avec les services de police généraux dans la petite communauté rurale de Ucluelet, sur la côte ouest de l'île de Vancouver, en Colombie-Britannique. En 2007, elle s'est jointe à l'équipe intégrée sur l'exploitation des enfants de Colombie-Britannique et a travaillé comme enquêteuse pendant trois ans. En 2010, elle s'est jointe à l'Unité provinciale des crimes majeurs de la Colombie-Britannique, puis à l'équipe intégrée de la sécurité nationale en 2014. En 2017, Rosiane a été choisie pour représenter la GRC comme agente de liaison internationale à l'ambassade canadienne à Washington, poste qu'elle a occupé pendant trois ans. De retour au Canada à l'été 2020, elle fut nommée chef de l'équipe des opérations au Centre national contre l'exploitation des enfants et la sergente Racine détient aussi un baccalauréat en psychologie de l'Université d'Ottawa et une maîtrise en justice pénale de l'Université Northeastern.

(0:02:55)

Isabelle : Bonjour, Rosiane.

Rosiane : Bonjour.

Isabelle : Très hâte de vous entendre.

Rosiane : Merci.

Isabelle : Je vais poursuivre avec Sarah Benkirane, directrice des opérations cliniques pour Crisis Text Line, Jeunesse, J'écoute. Alors elle est responsable des opérations quotidiennes et du soutien clinique pour les employés de première ligne. Elle termine actuellement son doctorat en psychologie à l'Université du Québec à Montréal et Sarah est une co-présidente du Comité sur les appels aux services d'urgence à Jeunesse, J'écoute et utilise son expertise liée à la violence conjugale et à la maltraitance pour développer des formations continues pour les employés de première ligne. Bonjour, Sarah.

Sarah : Bonjour.

Isabelle : J'ai hâte d'entendre ce que vous avez à dire, vous avez beaucoup de vécu sur le sujet. À tout de suite.  

Et je termine avec René Morin, qui est porte-parole du Centre canadien de protection de l'enfance. Alors René est associé au Centre canadien de protection de l'enfance depuis 2005. Il représente le CCPE en milieu francophone et coordonne la traduction et l'adaptation de ces ressources pour les utilisateurs francophones. Il est aussi le porte-parole du CCPE auprès des médias francophones. Donc son visage vous est peut-être familier. Traducteur de formation, il a un baccalauréat spécialisé et une maîtrise en traduction de l'Université d'Ottawa. Bonjour, René.

René : Bonjour Isabelle, bonjour tout le monde.

(0:04:28)

Isabelle : Alors évidemment que le but de la rencontre, c'est d'obtenir plus de renseignements, d'accroître nos connaissances sur le sujet et d'être en mesure de mieux accompagner nos jeunes. À la fin de la discussion, on va avoir du temps pour répondre à quelques-unes de vos questions. Mais tout au long de la discussion, gênez-vous pas si vous avez des questions, vous pouvez les poser via le chat. Donc vous pouvez les écrire et elles vont apparaître de façon anonyme et on aura des gens pour vous répondre. Si on n'a pas le temps de répondre à toutes vos questions dans la prochaine heure, faites-vous-en pas parce que d'ici quelques jours, vous allez recevoir un courriel avec toutes les réponses aux questions qui seront posées. Bon moi j'ai ici papier et crayon, je suis prête à prendre des notes.

Mais sachez aussi que l'événement est enregistré. Vous pourrez revisionner cette discussion-là quand vous le souhaiterez et aussi vous pourrez le partager avec des parrains, des tuteurs que vous pensez qu'ils seront intéressés par cette discussion-là. Moi, j'ai vraiment envie de plonger tout de suite dans le sujet.

Et de vous demander : depuis le début de la pandémie, évidemment on voit que nos jeunes sont beaucoup plus sur les réseaux sociaux et sont beaucoup plus en ligne, ce qui fait en sorte que les chances qu'ils soient soit victimes, soit témoins, soit qu'ils participent à de la cyberintimidation sont évidemment plus élevées. Alors j'aimerais qu'on commence d'abord par expliquer ce que c'est la cyberintimidation. Sarah, j'ai envie de vous entendre là-dessus.

(0:06:00)

Sarah : Parfait, merci, c'est une excellente question, Isabelle, puis, comme j'ai mentionné, avec la pandémie, les ados, les jeunes enfants s'appuient vraiment davantage sur les médias sociaux et l'Internet pour les interactions sociales, autant avec leur groupe d'amis qu'avec les communautés en ligne, avec des personnalités en ligne. On voit vraiment une croissance de la cyberintimidation avec les jeunes qui nous contactent à Jeunesse, J'écoute.

Puis, quand on parle de cyberintimidation, on parle vraiment d'un large éventail de comportements qui impliquent surtout la technologie pour intimider, blesser ou humilier quelqu'un. Parmi les exemples les plus courants qu'on va voir, c'est l'envoi de messages cruels ou menaçants, publier des insultes sur les médias sociaux ou harceler quelqu'un dans les jeux vidéo. C'est quelque chose qu'on voit de plus en plus avec les jeunes de nos jours. Et puis, un aspect unique avec la cyberintimidation, c'est vraiment l'anonymat, contrairement au harcèlement traditionnel, si on veut. Les victimes savent souvent pas c'est qui la personne qui les intimide, puis pourquoi c'est eux, la cible de cette intimidation-là. Une autre particularité, c'est aussi que la cyberintimidation a un public beaucoup plus large que l'intimidation traditionnelle. Donc, on a des attaques de cyberintimidation qui vont devenir virales, qui signifient qu'un grand nombre de personnes peuvent être impliquées. Puis, pour la victime, on a l'impression que tout le monde parle de nous, que tout le monde a vu l'intimidation qu'on a vécue.

L'autre chose qu'on constate c'est aussi que le degré de cruauté est beaucoup plus élevé que ce qu'on va voir en face à face. À Jeunesse, J'écoute, on reçoit souvent des questions des parents pour savoir comment est-ce qu'on peut savoir que notre enfant vit peut-être de la cyberintimidation, donc un enfant qui semble plus contrarié quand il est en ligne, qui évite peut-être son ordinateur ou contrairement, a vraiment envie d'être tout le temps devant son ordinateur, qui change d'humeur, plus renfermé que d'habitude, plus anxieux, plus déprimé et qui est peut-être réticent pour aller à l'école. Un comportement qui change de son habitude. Ça peut être un signe que notre enfant vit quelque chose, ou peut-être la cyberintimidation. Puis ça mérite d'être creusé un peu plus avec le jeune.

 (0:08:24)

Isabelle : Merci. C'est sûr que comme parent, je trouve ça difficile aussi parce qu'ils ont comme une vie en ligne à l'extérieur de ce que je suis capable de contrôler par moments. Je sais que j'imagine que les parents qui sont à l'écoute se sentent un peu comme moi, un peu démunis par moments. Et je me rends compte aussi que mes enfants forgent des relations uniquement en ligne, ce qui fait en sorte que je veux en arriver au sextage. C'est-à-dire que non seulement ils développent des relations, mais il arrive un moment où même ils peuvent envoyer des messages à caractère sexuel. Donc, j'aimerais ça qu'on parle du sextage. J'aimerais ça qu'on le définisse et que vous m'expliquiez aussi comment on peut en discuter avec nos enfants. Sarah, peut-être, prends la barre. Ça va bien jusqu'à présent.

(0:09:15)

Sarah : Oui, c'est une excellente question et assez complexe aussi. On en entend beaucoup parler aussi autant chez les jeunes que chez les parents à Jeunesse, J'écoute. Puis la définition qu'on donne vraiment, c'est l'envoi ou la réception de messages à caractère sexuel. Ça peut être des photos ou des vidéos partiellement nues ou complètement nues, via l'Internet ou via les appareils mobiles. Puis, quand on pose la question aux jeunes à Jeunesse, J'écoute, la réponse, c'est souvent : C'est un moyen pour moi d'explorer ma sexualité, la confiance, l'intimité, les limites.

Et puis, d'après mon expérience sur les premières lignes, on voit des jeunes aussi jeunes que 11-12 ans qui vont commencer à parler de sextage. Puis je le mentionne, surtout pour dire que c'est un moment important, le début de l'adolescence, pour en parler avec nos jeunes. Mieux vaut en parler plus tôt que plus tard. Puis, on encourage toujours les parents d'avoir des conversations ouvertes et transparentes qui sont adaptées à l'âge de leurs enfants. Puis l'accent vraiment que je vais mettre tout au long de la conversation aujourd'hui, c'est l'ouverture. Les enfants vont réagir mieux à une conversation de nature exploratoire qu'à des accusations ou des conséquences immédiates. Alors vraiment entamer une conversation avec un jeune peut commencer avec une question simple : J'ai vu un reportage qui parlait de sextage. Est-ce que c'est quelque chose avec lequel t'es familier ? Ou j'aimerais ça te parler de sextage. Puis vraiment rester curieux, mais aussi respecter les limites. Ça reste un sujet assez intime pour les jeunes et on veut être respectueux dans les questions qu'on pose. Et puis, en tant que parents, on veut aussi comprendre que notre rôle, c'est de donner ou de fournir les informations aux jeunes, les bonnes questions à poser. Mais au final, ça va être eux qui vont devoir prendre une décision éclairée. Puis l'addition leur revient, notamment d'équiper les jeunes avec les bonnes questions et les bonnes informations pour qu'ils se sentent à l'aise dans leur décision.

Puis de rappeler aux jeunes que c'est important que dans tout ça, ils se sentent maîtres de leur décision. Si on envoie une image à caractère sexuel, ce sera leur choix. Puis de penser à qui reçoit l'image. Est-ce qu'on peut contrôler la distribution d'images ? Et vraiment les encourager aussi à parler de consentement. Est-ce que je sens que j'ai le pouvoir de dire oui ou de dire non à ces images-là ou à l'envoi ou à la réception de ces images-là ? Pis de penser à ça tout au long de notre conversation avec nos jeunes.

(0:11:57)

Isabelle : Oui, merci. Ce que j'entends beaucoup aussi, c'est d'abord vraiment l'espèce de safe space, c'est un terme qu'on utilise beaucoup en anglais, mais les francophones le comprennent dans la discussion avec nos enfants, de ne pas être dans le jugement. Rosiane, c'est quoi les implications du sextage, avec ou sans consentement ?

 (0:12:16)

Rosiane : Oui, donc, le sextage sans consentement, c'est lorsqu'une image à caractère sexuel est partagée avec d'autres sans le consentement de la personne. Donc, c'est ce qu'on réfère à la distribution non consensuelle d'images intimes, donc ça consiste en une forme d'exploitation et peut constituer une offense criminelle. Donc, l'implication, c'est lorsqu'une image intime est partagée avec quelqu'un, même si elle est partagée avec une personne où on a confiance. On perd quand même le contrôle de cette image. Donc, on voit souvent des cas où le sextage se produit initialement dans le cadre d'une relation consensuelle avec une personne qu'on considère étant digne de notre confiance. Mais comme on sait, certaines relations peuvent parfois se terminer mal et on peut voir des cas de vengeance où l'image qui était initialement distribuée à une personne de confiance est maintenant redistribuée avec d'autres, d'autres gens et publiée en ligne. Donc, on appelle ça la pornographie de vengeance ou en anglais, on dit revenge porn. Puis ça peut être très bouleversant pour la personne qui est représentée dans cette image.

Donc, c'est ce qui est important de constituer aussi, c'est que ces images-là aussi vidéo, sont partagées sans consentement. Les gens qui les partagent peuvent faire face à des accusations criminelles. Pour les gens dont une de leurs images vidéos est partagée sans leur consentement, ils peuvent aller au site Web AidezMoiSVP.ca. Donc ils fournissent de l'information aux jeunes qui sont affectés. Et puis, l'objectif, c'est de leur offrir des conseils et des solutions pour reprendre le contrôle de la situation.

(0:14:54)

Isabelle : Merci, merci. Ça, c'est sûr que ça fait peur aux enfants quand ils apprennent qu'il y a des conséquences qui peuvent être criminelles, c'est important comme parents aussi de s'informer, de bien comprendre toute cette dimension-là pour bien l'expliquer à nos enfants, comme je sais que c'est un aspect qui m'intéresse beaucoup, beaucoup, beaucoup. René, j'aimerais ça avec vous qu'on aborde toute la notion de leurre, de conditionnement, aussi qui vient avec le sextage.

 (0:15:20)

René : Oui, effectivement. Le sextage, la sextorsion, on en parlera aussi, ce sont des problématiques maintenant assez courantes malheureusement. C'est en augmentation depuis le début de la pandémie. Tout le monde le voit. On le voit, nous aussi, et ça cause toutes sortes de problèmes chez les jeunes. Des problèmes dont les parents doivent être vraiment bien conscients. Parce que souvent, quand les jeunes sont aux prises avec ces problématiques-là, quand ils sont en plein dedans, ce n'est pas le genre de chose dont ils vont avoir spontanément envie de parler avec leurs parents. Mettez-vous à la place d'une jeune fille de 14-15 ans qui se fait prendre au piège du sextage. Les choses dérapent. Elle n'a pas nécessairement envie d'en parler à sa mère. En tout cas, pas au début. Et souvent, les choses prennent une tournure que l'enfant, l'adolescent par la suite, n'est plus capable de gérer. Et je remercie là-dessus Rosiane d'avoir mentionné le site AidezMoiSVP.ca. parce que c'est justement dans cet esprit-là qu'au Centre canadien de protection de l'enfance on a créé ce site, parce qu'on partait du principe que quand les jeunes sont pris là-dedans, ils vont pas nécessairement en parler tout de suite. Ils vont chercher d'abord à régler le problème par eux-mêmes. D'où l'importance des parents d'en prendre bien conscience.

Et ça nous amène justement à parler du leurre. Vous allez souvent dans les médias entendre parler que tel ou tel individu s'est fait arrêter pour pornographie juvénile et leurrre informatique. Alors, c'est quoi le leurre informatique ? C'est lorsqu'une personne, généralement un adulte, mais pas toujours, va communiquer avec un enfant par un moyen électronique. Ça peut être par sexto, ça peut être à travers les médias sociaux, ça peut être à travers un site Web, un jeu en ligne pour communiquer avec l'enfant dans le but de, si vous voulez, créer des conditions propices à une infraction sexuelle contre cet enfant-là.

Et ça, ça fait intervenir un processus dont les parents doivent être vraiment bien conscients. C'est le processus qu'on appelle le conditionnement. Le conditionnement, si vous voulez, c'est un petit peu un ensemble de techniques que les prédateurs d'enfants vont utiliser sur Internet pour manipuler l'enfant, si vous voulez. Mais chercher petit à petit à lever les inhibitions naturelles qu'un enfant peut avoir par rapport à la sexualité. Ça va se faire de différentes manières. Parfois, il y a des images à caractère sexuel qui vont être présentées à l'enfant pour lui montrer que bon, il y en a d'autres qui l'ont fait avant toi, il y en a d'autres qui vont le faire après toi, lever un petit peu ses inhibitions par rapport à la sexualité adulte-enfant, par exemple. Le but de l'opération, finalement, c'est pour le cyber prédateur d'amadouer l'enfant, de devenir un petit peu son ami, de gagner sa confiance pour justement créer ces conditions propices qui vont faire en sorte qu'il va pouvoir parvenir à ses fins. Je vous dirais que c'est un phénomène qu'on voit souvent plutôt chez les préadolescents, les adolescents plutôt que chez les jeunes enfants. C'est surtout une problématique qui touche les filles avant les garçons. Je dirais que les jeunes filles de 13 ans sont peut-être les plus à risque, mais on a vu aussi des jeunes de 9, 10, 11 ans se faire prendre au piège.

Ce qui est un peu préoccupant là-dedans, c'est que lorsque les choses atteignent un niveau critique, souvent, l'enfant, lui, s'est fait prendre dans un subterfuge. Ça peut être un subterfuge amoureux. Il va croire qu'il est dans une relation authentique avec la personne et va croire que cette personne est vraiment son amie ou vraiment qu'il ou elle est dans une relation d'amour avec cette personne-là. Et ça va souvent placer les enfants dans des situations de déni. Lorsque les choses tournent mal, ils vont refuser de croire qu'ils se sont fait avoir. Ou alors il va être complètement outré parce que il y a eu bris de confiance. Donc c'est quand même quelque chose d'assez complexe, comme phénomène, mais c'est néanmoins quelque chose de très réel.

(0:19:28)

Isabelle : Merci. On dirait que j'ai le cœur qui palpite davantage. Mais je trouve ça tellement important, puis ça me rappelle aussi quelques histoires qu'on voit soit dans les médias ou dans des fictions, mais c'est très réel. Des fois, on a l'impression que ça se passe chez les autres, mais ça se passe proche et ça peut être notre enfant donc cette discussion-là est tellement, tellement importante à avoir. Je veux qu'on parle de l'exploitation sexuelle des enfants, justement en ligne parce que c'est en augmentation au Canada et c'est assez incroyable. Qu'est-ce qu'on doit savoir sur l'exploitation sexuelle des enfants et surtout comment on reconnaît les indices. J'ai envie d'entendre la sergente Rosiane là-dessus.

(0:20:14)

Rosiane : Oui, donc l'exploitation sexuelle des enfants en ligne peut prendre différentes formes, puis des enfants et des adolescents de tous les âges et de toutes origines peuvent être victimes. Les agresseurs peuvent être quelqu'un que votre enfant connaît, donc quelqu'un qu'ils ont rencontré hors ligne et qu'ils connaissent hors ligne ou peut être un étranger total. Il peut également s'agir de quelqu'un qui se représente faussement en ligne, donc quelqu'un que l'enfant croit vraiment connaître. Les jeunes considèrent souvent ceux qu'ils rencontrent en ligne comme des amis, même s'ils ne les connaissent pas vraiment. Donc, pour plusieurs, avoir un gros cercle d'amis en ligne est très important, donc ils peuvent être plus disposés à inviter des personnes dans leur réseau sans considérer les risques et les implications. C'est donc important que les parents comprennent comment ils perçoivent leurs relation en ligne avec les autres. En général, l'exploitation des enfants se produit principalement de deux façons. Donc, premièrement, un enfant peut être abusé sexuellement hors ligne où l'abus est enregistré et par la suite, propagé en ligne. Et deuxièmement, un enfant peut être ciblé en ligne par un agresseur.

Donc, dans les deux cas, les images, les vidéos d'abus peuvent rester en ligne pour très longtemps, il peut être difficile de retrouver et supprimer toutes les « réplications » de ces enregistrements. Et à chaque fois que ce matériel est partagé en ligne, ça revictimise l'enfant. Chaque année, le Centre national des crimes contre l'exploitation des enfants voit une augmentation du nombre de rapports concernant l'exploitation des enfants en ligne. Donc, au cours de l'année 2020 2021, le Centre a reçu au-delà de 52 000 rapports concernant l'exploitation des enfants en ligne. Donc, il s'agit d'une augmentation de 510 % du nombre de rapports reçus depuis 2013-2014. Donc, la pandémie a également élevé les risques envers les enfants, puisque les agresseurs profitent du fait que les enfants passent plus de temps en ligne, souvent sans surveillance.

(0:23:18)

Isabelle : Je suis restée accrochée à 510 % des cas. J'en reviens pas, c'est énorme ! René, je ne sais pas si ce chiffre-là vous surprend ? Qu'est-ce que vous avez remarqué de votre côté, vous ?

(0:23:31)

René : Non, ce n'est malheureusement pas un chiffre qui nous surprend. De notre côté, c'est la même chose. Vous savez, au Centre canadien de protection de l'enfance, on a un programme, un service qui s'appelle Cyberaide.ca, qui permet au grand public de nous communiquer des signalements de cas d'exploitation sexuelle d'enfants sur Internet. Depuis le début de la pandémie, chez nous, c'est une augmentation de 106 % des signalements. Je vous dirais de cas, peut-être pas de l'ensemble des signalements, mais de cas d'interactions directes entre des adultes et des enfants sur Internet, des interactions qui peuvent prendre la forme, par exemple, d'enfants qui se font envoyer des messages, des images à caractère sexuel, qui vont en recevoir ou qui vont subir des pressions pour en envoyer, ou alors qui ont vu des images à caractère sexuel d'eux-mêmes être rediffusées et retransmises sur Internet par des adultes. Donc, ce genre de signalement-là est en hausse de 106 % chez nous depuis le début de la pandémie. Juste pour les cas de sextorsion, de leurre informatique, de distribution non consensuelle, d'images intimes, dans la deuxième moitié de 2021, on a traité plus de 500 cas d'enfants qui communiquaient avec nous ou de parents d'enfants qui communiquaient avec nous par rapport à des situations comme celles-là.

Je vous dirais que dans la plupart des cas, la majorité des jeunes ont entre 12 et 17 ans. Mais la plus jeune victime qu'on a eue, elle, avait 8 ans. Alors imaginez, ça peut commencer très jeune et les impacts de ça vont varier énormément selon l'âge de l'enfant, selon sa personnalité. Ça peut aller d'une relative indifférence jusqu'à l'état complètement opposé. Vous allez avoir des enfants, des adolescents qui vont se retrouver en situation de choc traumatique à l'idée que des images intimes d'eux-mêmes circulent largement sur Internet. Ça peut en venir à les préoccuper dans à peu près toutes les sphères de leur vie. Ça va se traduire par une baisse de leurs résultats scolaires, un impact épouvantable sur leur vie sociale. Donc je ne veux pas nécessairement dramatiser tout ça, mais je pense que c'est important que les parents prennent conscience que dans certaines situations, ça peut parfois aller très loin. On a vu des incidents tragiques survenir à cause de situations comme celle-là.

Et c'est bon aussi pour les parents de savoir que ce n'est pas parce qu'un enfant est en détresse qu'on voit nécessairement le savoir, comme je l'ai mentionné tout à l'heure. Et je sais que Sarah et Rosiane en ont parlé aussi. Ce sont des choses qui touchent la vie intime des enfants et qu'ils vont chercher d'abord et avant tout à essayer de régler par eux-mêmes. Donc ils vont être assez discrets là-dessus pendant un certain temps où les choses sont en train de déraper. Donc ça va être important, on en parlera peut-être tout à l'heure, pour les parents de bien se renseigner sur ces questions-là et peut-être de prendre l'initiative d'en parler avec leurs enfants plutôt que d'attendre que les choses dérapent.

(0:26:36)

Isabelle : Oui, et là René, j'ai une question qui me vient comme ça. J'ai toujours l'impression que la sextorsion vient nécessairement avec une demande d'argent. Est-ce que ce que je fais un faux rapport entre les deux ?

(0:26:53)

René : Pas vraiment. En fait, oui. Effectivement, ça vient souvent avec une demande d'argent, mais ça vient aussi souvent avec une demande d'image. Ce qu'on a remarqué avec la sextorsion, c'est que ça ne touche pas nécessairement les garçons et les filles de la même manière. Le but des sextorqueurs, il faut bien comprendre le principe derrière ça, c'est d'entrer en relation avec des enfants, des adolescents dans le but d'obtenir quelque chose, c'est pour ça qu'on l'appelle de la sextorsion, c'est une forme d'extorsion, une forme de chantage. Donc, on veut réussir à obtenir par toutes sortes de moyens des images de l'enfant pour ensuite s'en servir pour le faire chanter afin d'obtenir soit d'autres images, soit de l'argent.

Et quand je disais tout à l'heure qu'il y avait une différence entre les garçons et les filles à ce niveau-là, c'est que le plus souvent, lorsqu'un sextorqueur va s'en prendre à une fille, il va chercher à obtenir d'autres images de sa part. S'il y avait des photos au début, il va peut-être chercher à obtenir des vidéos. Si c'était soft au début, il va chercher à obtenir des images encore plus osées et il va se servir de toute l'information qu'il a pu obtenir au préalable de l'enfant en devenant son ami. Souvent, il aura une photo de sa maison, il connaîtra son adresse, il saura qui sont ses parents. Il aura une capture d'écran de toute sa liste d'amis et il va pouvoir utiliser tout ça pour dire Eille, si tu ne m'envoies pas d'autres photos, voici toute l'information que j'ai sur toi et voici toutes les personnes à qui je vais envoyer ces photos-là, alors tu as intérêt à faire ce que je te demande. Ça place les enfants dans des situations très, très, très difficiles. Et chez les garçons, on va utiliser un petit peu les mêmes stratégies pour menacer de leur faire subir des humiliations en mettant leurs images en circulation s'ils refusent d'envoyer une certaine somme d'argent à leur extorqueur. Des problématiques qui, malheureusement, existaient avant la pandémie et ont pris encore plus d'expansion après le début de la pandémie.

 

(0:28:56)

Isabelle : Super intéressant. J'imagine qu'à force de vous écouter, les parents, en ce moment, et les tuteurs aimeraient bien connaître quel est le meilleur moment pour discuter de ces sujets-là avec nos enfants. Sarah, je vais commencer par vous.

(0:29:13)

Sarah : Oui, merci. C'est sûr que parler de sujets difficiles, ça peut être délicat avec les jeunes. Puis la recommandation la plus importante que j'ai faite et que je vais continuer à faire, c'est vraiment avoir des conversations ouvertes et honnêtes avec nos jeunes, puis assurer que notre enfant sache qu'il ou elle peut venir nous voir, peu importe le problème. On va être là pour les soutenir.

L'autre chose qu'on recommande, ce n'est pas nécessairement attendre qu'un incident survienne pour parler de cyberintimidation ou parler de sextage. On peut en parler avant, comme ça si jamais quelque chose survient, ils vont savoir qu'ils peuvent venir nous en parler ou on en a déjà parlé ensemble. C'est moins intimidant. Si un jeune décide d'en parler avec un parent, ça peut aussi être tentant de savoir tout de suite le pourquoi du comment ou comment ça s'est passé. C'est qui ? Puis on suggère juste d'être un peu patient avec les questions. C'est quelque chose de difficile, venir dévoiler un secret que l'enfant garde depuis un certain moment, puis on veut vraiment les soutenir, vraiment commencer avec le soutien. Puis il y aura des moments pour les questions. Ce n'est pas obligé d'être tout de suite dans le moment où on dévoile le vécu de l'enfant. Puis c'est vraiment la réaction des parents qui est importante. Ici on entend beaucoup à Jeunesse, J'écoute des enfants qui vont dire je n'ai pas envie de le dire à ma mère parce que j'ai peur qu'elle panique ou j'ai peur que mon père va être déçu de moi. C'est vraiment ça qu'on veut éviter, de ne pas venir en parler aux parents parce qu'on a peur de la réaction des parents, même si ça peut être épeurant pour un parent, c'est devant nos enfants de pouvoir être là, présents pour eux, ça va être vraiment important.

Et puis, concernant le sextage, c'est important de parler des conséquences avec nos jeunes et de parler des potentielles répercussions légales. Mais restez loin des tactiques de peur. Les enfants ont déjà des connaissances. On n'a pas besoin de faire peur davantage quand on parle avec eux. Et c'est encore le même genre de questions, de questionnements qu'on entend des jeunes qui vont en parler : Je ne peux pas dire à mes parents parce qu'ils vont être furieux ou ils ne vont plus m'aimer. Il faut vraiment déconstruire ces mythes-là. Nos jeunes peuvent venir nous en parler et ça ne changera pas l'image qu'on a d'eux ou l'amour inconditionnel qu'on a pour eux.

(0:31:47)

Isabelle : Absolument ! Point hyper important, justement de donner tout l'espace sans jugement à nos enfants. Tantôt, René, il y a eu beaucoup de chiffres qui sont sortis : les jeunes filles de 13 ans sont plus susceptibles. Par contre, ça peut commencer dès 9-10 ans. Vous avez même parlé d'une fille de 8 ans. Donc, y a-t-il un bon âge pour parler de ça avec son enfant ? On dirait qu'il faudrait quasiment que je le fasse à 5 ans, mais je serais un peu stressée de faire ça à cet âge-là. L'innocence est encore là.

(0:32:23)

René : Effectivement, ce n'est pas évident. En fait, le conseil qu'on a à donner aux parents là-dessus, c'est vraiment de commencer à en parler à partir du moment où votre enfant commence à utiliser Internet. Il faut le faire d'une manière qui est adaptée à l'âge de l'enfant. Et je peux comprendre que pour les parents, ce n'est pas, j'ai des enfants moi aussi, ce n'est pas un sujet facile à aborder. C'est dérangeant, c'est malaisant, on ne sait pas trop comment s'y prendre.

Ça peut être parfois assez émotionnellement chargé, je vous dirais, si vos enfants sont plus âgés particulièrement. Moi, ce que je peux vous dire là-dessus, c'est, écoutez, prenez pas de recul. Prenez une grande respiration et traitez le sujet de manière très, très, très pragmatique, je vous dirais, comme vous le feriez pour, par exemple, la sécurité routière. Mets ta ceinture de sécurité dans l'auto, regarde des deux côtés de la rue avant de traverser, mets ton casque quand tu prends ton vélo, mets ta veste de sauvetage quand tu vas en bateau. La sécurité en ligne est une autre forme de sécurité et c'est peut-être une bonne manière de l'aborder justement, comme on le ferait pour toute autre problématique de sécurité, je dirais.

Ce qui est important dans tout ça, je pense, et Sarah l'a très bien mentionné tout à l'heure, c'est d'y aller de manière très ouverte, très transparente, très, très franche, très honnête avec les enfants. S'ils perçoivent un malaise chez vous, ça va créer un contexte où ils auront peut-être moins envie de vous en parler. Donc vous voulez très vite faire sentir à votre enfant que vous êtes son allié là-dedans, mais vous voulez aussi très vite développer chez lui, chez elle, des réflexes qui vont faire en sorte que si les choses tournent mal, la première personne à qui il va en parler, c'est vous. C'est comme ça que ça devrait se passer dans l'idéal. On voudrait qu'un enfant en parle à ses parents ou à tout le moins un adulte de confiance quand les choses tournent mal. Il faut comprendre aussi que dans ce genre de situation-là, on peut avoir affaire à des histoires et des situations où l'enfant est lui-même complètement, je dirais émotionnellement affecté par ce qui est en train de se passer.

Donc, c'est important de vraiment créer un contexte propice à la discussion et nous, au Centre canadien de protection de l'enfance, on utilise beaucoup le concept des trois C, Pour résumer un peu la chose, la rendre plus digestible pour tout le monde, les trois C pour nous, c'est C pour contenu, C pour communication et C pour conduite. Donc, il faut aborder les trois aspects de la question. Le contenu, c'est par exemple ce que les jeunes vont inévitablement trouver tôt ou tard sur Internet. C'est important, par exemple avec des jeunes enfants, de les mettre en garde contre le fait qu'ils vont peut-être tomber sur des images, des éléments de contenu dont ils seraient gênés de parler à un adulte. Mais c'est important qu'ils le fassent, qu'ils se sentent à l'aise de le faire. Chez des enfants plus grands, des adolescents, c'est important de leur faire comprendre qu'à l'âge surtout où ils sont en train d'explorer leur sexualité, ils vont inévitablement se tourner vers des vidéos en ligne qui mettent en scène des acteurs qui se livrent de façon consensuelle à des actes sexuels explicites. Ils doivent bien comprendre que, justement, ce sont des acteurs qui jouent un jeu. Ce n'est pas la réalité. On ne veut pas que ce genre de contenu-là en vienne à teinter ou à modifier leur perception de ce que peut être une relation intime saine entre deux personnes consentantes. Donc, c'est le genre de piste de conversation que des parents peuvent avoir avec des enfants. Et on a créé au Centre canadien de protection de l'enfance un site qui s'appelle ParentsCyberAvertis.ca. J'invite les parents qui nous écoutent à aller jeter un coup d'œil là-dessus. Vous allez trouver plein de pistes de discussion sur tous ces sujets-là pour en discuter avec des enfants des différents groupes d'âge.

J'ai parlé du contenu. Il y a aussi les communications qu'on peut avoir avec autrui sur Internet, c'est un autre angle à aborder dans la discussion. Donc, bien faire comprendre aux enfants, aux adolescents que les gens avec qui ils vont communiquer sur Internet ne sont pas nécessairement ceux qu'ils prétendent être. Donc, à moins d'avoir l'assurance que vous êtes en train de communiquer avec quelqu'un que vous connaissez vraiment dans la vraie vie, vous ne savez pas vraiment à qui vous avez affaire et vous ne connaissez pas les intentions de cette personne-là. Donc il y a un certain nombre de lignes rouges qui ne doivent jamais être franchies et lorsque ça se fait, vos enfants doivent vous en parler. Par exemple, quelqu'un qui essaie de sexualiser la conversation, quelqu'un qui vous demande de lui envoyer des images intimes ou qui vous en envoie lui-même, quelqu'un qui vous offre des cadeaux pour faire telle ou telle chose. Donc, il y a toute une série de lignes rouges qui devraient alimenter vos conversations ou qui devraient créer ce réflexe-là chez les enfants de venir vous voir comme parent pour vous en parler.

Même chose par rapport à la conduite à tenir en ligne. Il y a des choses qu'on peut faire et des choses qu'on ne doit pas faire. Donc, vraiment le contenu, les communications et la conduite, ce sont trois angles qu'on peut avoir dans nos conversations avec les enfants sur Internet dans le but, justement, de leur donner des outils qui vont leur permettre à eux de se prendre en charge et de se protéger eux-mêmes dans leur vie numérique.

(0:37:51)

Isabelle : Merci, René, c'est très intéressant. Il y a un terme qu'on n'a pas encore expliqué, j'aimerais que vous l'expliquiez, le capping. Qu'est-ce que c'est exactement ?

(0:37:59)

René : Oui, effectivement, Isabelle. C'est un phénomène assez nouveau. Je dirais tellement nouveau qu'on ne sait pas encore exactement comment le nommer en français. Ce terme-là, capper, capping, ça vient de l'anglais screen capture, donc ça fait référence au fait qu'on a ici des gens qui sévissent sur Internet en s'amusant à prendre des captures d'écran d'enfants, capturer des images d'enfants qu'ils auront réussi à amener à s'exhiber, à se dévêtir à la caméra de toutes sortes de manières. Phénomène assez récent, effectivement, qui a lui aussi pris de l'expansion pendant la pandémie. Ça existait avant la pandémie, bien sûr, depuis quelques années, mais on est en présence ici d'un groupe d'individus peut-être un petit peu plus sophistiqués, peut-être un petit peu plus organisés, en communauté même. Il y a des regroupements sur le Web clandestin, le dark Web, de gens qui se livrent à cette pratique-là.

Donc c'est vraiment un dada, je vous dirais, chez ces gens-là qui, justement, vont s'amuser à piéger des enfants, à les amadouer, les convaincre de se dévêtir à la caméra, vont capturer des images à leur insu et souvent, ça s'arrête là.  Ils ne vont pas nécessairement comme les sextorqueurs s'entêter à capturer d'autres images, ils ne sont pas nécessairement animés non plus d'un penchant pédosexuel qui les amènerait à vouloir commettre des agressions sexuelles contre ces enfants-là. Ce n'est pas ça le but. Le but, c'est de capturer des images pour s'en servir, pour humilier les enfants et rehausser un petit peu leur notoriété dans leur groupe d'amis, dans leur groupe de semblables qui font la même chose qu'eux sur Internet. Donc c'est assez pathétique, je vous dirais comme phénomène, mais c'est néanmoins un phénomène réel. Occasionnellement, vous avez des cappers qui vont se servir des images obtenues pour en obtenir d'autres. Et parfois, vous avez des cappers qui vont passer d'une cible à l'autre comme ça, sans jamais informer leurs victimes qu'ils ont capturé les images. Vous avez des enfants dont les images circulent sur Internet et ils ne le sauront peut-être jamais, à moins que quelqu'un les informe des mois ou des années plus tard de l'existence de ces images-là. Alors, imaginez le stratagème.

Comment ça se passe ? Les cappers vont approcher les jeunes, c'est un phénomène qui touche surtout les adolescents, les adolescentes, préados à la limite. Ils vont les approcher sur des plateformes connues, des plateformes grand public. Je vous parle d'Instagram, Snapchat ou parfois Skype, ou parfois des plateformes un peu moins connues, mais néanmoins très populaires auprès des jeunes comme Omegle, Chatroulette. Les premiers contacts se font là et ensuite, parfois, on va convaincre les jeunes de passer à des plateformes, des canaux de conversation plus privés, justement, où la suite des choses va se passer et où il y aura des images qui vont être prises à leur insu. Parfois, comme on le mentionnait tout à l'heure, les jeunes, quand on parlait de la sextorsion, se font passer des images préenregistrées de jeunes filles en train de se dévêtir qui vont inviter leur interlocuteur à faire la même chose pour que les images soient prises à leur insu. Donc c'est un peu ça qui se passe en ce moment sur Internet avec le capping, le phénomène du capping.

Parfois aussi, on a eu connaissance de cas où, comme je vous le mentionnais tout à l'heure, ces gens-là sont organisés en communauté. Ils s'échangent des informations, ils s'échangent des images. Et parfois, quand vous avez été victime d'un capper, vous avez d'autres cappers qui vont s'en prendre à vous pour justement, eux aussi, chercher à obtenir des images. C'est quelque chose que vous pouvez signaler, bien sûr, à cyberaide.ca, à la police si votre enfant se fait prendre au piège à ce stratagème-là. Évidemment, il ne faut pas tarder à faire un signalement parce que, comme on a pu le voir, on a affaire à des gens qui font ça en groupe, en communauté, qui s'en prennent à plusieurs enfants. Donc plus vite on signale ces situations-là aux autorités, plus vite on peut lutter efficacement contre le problème.

(0:42:26)

Isabelle : Depuis tantôt, on parle beaucoup de l'importance en tant que parents d'avoir des discussions honnêtes et franches avec ses enfants, mais moi j'ai vécu une situation où j'avais un enfant qui vivait de la cyberintimidation. Ce n'est pas un des miens, mais c'était une enfant dont je suis proche, donc ce n'est pas nécessairement le parent avec qui l'enfant va se confier. Ça peut être professeur, tuteur, il y en a qui sont à l'écoute, ou ami de… Hein, Rosiane, l'important, c'est d'avoir un adulte de confiance ?

(0:42:55)

Rosiane : Oui, en effet, ce qui est important, c'est que les enfants savent qu'ils peuvent parler à un adulte de confiance s'ils font face à une situation qui les rend inconfortables ou mal à l'aise. Donc comme vous avez dit, un adulte de confiance, ça peut être un enseignant, un conseiller scolaire, ami de famille ou un autre membre de la famille. Donc l'important, c'est qu'il parle à quelqu'un, un adulte de confiance. C'est important de comprendre que ce n'est pas parce que l'enfant est à la maison qu'il est en sécurité. Donc les agresseurs savent où trouver les enfants en ligne. Ils utilisent toutes sortes de tactiques pour tromper et manipuler les enfants. Par exemple, en tant qu'enquêteure en ligne, je prenais le persona d'une fille de 12 ans. Et puis l'agresseur voulait que je fasse des actions de nature sexuelle. Et puis je lui disais que j'étais inconfortable parce que ma mère pourrait rentrer dans ma chambre. Puis l'agresseur m'a dit d'aller barrer la porte. Quand je lui ai dit que la porte ne se barrait pas, l'agresseur m'a dit de prendre une chaise et de la mettre contre la porte. Donc, c'est des choses qu'ils peuvent faire pour pouvoir obtenir ce qu'ils veulent, puis manipuler l'enfant pour avoir qu'est-ce qu'ils veulent. Donc c'est des choses à considérer.

Maintenant en tant que parents, les choses que vous pouvez faire pour être plus confortables et pour sécuriser vos enfants en ligne, c'est de toujours être dans la même pièce lorsqu'ils utilisent des téléphones cellulaires, des tablettes ou des ordinateurs. Donc, l'enfant ne devrait pas être tout seul dans sa chambre avec la porte fermée et utiliser des machins électroniques qui vont sur l'Internet. Vérifiez leur liste d'amis et avec qui ils discutent en ligne. Et puis, ils devraient s'assurer que c'est des personnes qu'ils connaissent. S'ils vont sur des plateformes comme YouTube, Snapchat ou Tik Tok, assurez-vous qu'ils ne communiquent pas avec des inconnus ou qu'ils ne téléchargent pas des vidéos d'eux-mêmes. Connaissez les mots de passe sur leurs téléphones et leur compte en ligne pour que vous puissiez regarder leur histoire, leurs messages et qu'est-ce qu'ils publient en ligne.

Et puis effectivement, c'est important d'avoir ces discussions ouvertes avec vos enfants avant de regarder leurs activités. Désactivez les services de localisation sur l'appareil de votre enfant. Donc le GPS intégré va capturer sur les vidéos que les enfants envoient en ligne. Donc les étrangers peuvent savoir où les enfants se retrouvent par le GPS intégré sur les vidéos. Établissez des règles claires dès que votre enfant commence à utiliser des appareils avec accès à l'Internet. Donc en établissant ces règles tôt dans la vie des enfants, elles seront normalisées et plus facilement acceptées plus tard.

C'est important d'impliquer et encourager les enfants à faire partie de la solution. Donc les parents peuvent travailler avec leurs enfants pour créer des réponses stratégiques aux situations spécifiques auxquelles ils peuvent faire face en ligne. Par exemple, comment ils réagiraient si quelqu'un leur demandait de l'information qui les rendait inconfortables, par exemple, de nature sexuelle ? Que feraient-ils si quelqu'un qu'ils ne connaissent pas demandait d'être leur ami en ligne ? Donc, les parents peuvent encourager leurs enfants aussi à leur enseigner comment fonctionnent les médias sociaux et leurs jeux préférés en ligne. Donc les enfants aiment être des enseignants. Donc, permettez-leur de leur montrer comment ça fonctionne.

Il est important que les parents s'informent au sujet de la sécurité en ligne et qu'ils soient sensibilisés aux risques auxquels les jeunes peuvent être confrontés en ligne. Donc prenez le temps d'apprendre, ce que vous faites aujourd'hui en participant à cette session. Nous vous encourageons également à visiter des ressources disponibles sur protégeonsnosenfants.ca ainsi que le site de Sécurité publique Canada.

(0:48:17)

Isabelle : Merci, Rosiane. Mais là, je dois vous dire que je suis extrêmement ébranlée parce que moi, j'ai gardé la localisation GPS sur les téléphones de mes enfants, parce que moi, ça me sécurise de savoir où ils sont et là je suis en train de me dire que ce n'est peut-être pas la bonne chose. Aïe, aïe, aïe. C'est pour ça qu'on a une discussion comme ça aujourd'hui. J'imagine que parmi ceux qui nous écoutent, ils ont peut-être vécu une situation de cyberintimidation ou d'exploitation sexuelle ou soupçonnent peut-être leur enfant de vivre actuellement une situation comme ça. Qu'est-ce qu'on peut faire ? Quelles sont les actions qu'on doit poser quand ça arrive, Sarah ?

(0:48:59)

Sarah : Oui, c'est ça, puis on voit dans la réaction des parents, c'est effrayant avoir ces situations devant nous. L'Internet change tellement rapidement que c'est dur d'être expert tout le temps dans ce qui se passe. Et je pense, la première recommandation, c'est si on pense que le jeune peut être victime ou si on veut en parle, vraiment prendre le temps de se calmer en tant que parent ou en tant que tuteur avant, rentrer dans une discussion calmement, ça va beaucoup aider à avoir une discussion qui est productive, qui est respectueuse. C'est correct, en tant que parent, de trouver ça effrayant, de trouver que c'est difficile, mais vraiment, prendre le temps d'être présent dans la discussion, c'est correct. Ça prend un peu de temps de votre côté de gérer tout ça.

La deuxième suggestion, Rosiane en a parlé et peut en parler beaucoup plus en profondeur : les lois et les pratiques changent tellement rapidement, puis évoluent tellement rapidement en ligne que c'est une bonne idée de consulter les ressources, consulter les lois, vraiment être au courant de ce qui peut être fait légalement, ce qui ne peut pas être fait, c'est quoi les conséquences. Parce que tu dois être la personne ressource pour ton jeune. Donc pouvoir avoir ces réponses-là aux questions qu'ils peuvent vouloir poser sur la légalité ou sur les lois. Pas être expert, mais juste informé, ça peut être une suggestion importante.

Puis aussi, assurez-vous, en tant que parent, en tant que tuteur, que vous avez du soutien pour vous là-dedans. Donc on ne s'attend pas à ce que les parents soient des super héros, même si vous l'êtes souvent. Mais c'est correct que vous trouviez ça difficile. Puis assurez-vous de vous-même avoir des personnes ressources autour de vous, que vous pouvez vous confier ou que vous pouvez en parler avec quelqu'un pour pouvoir mieux soutenir votre jeune au final. À Jeunesse, J'écoute, par exemple, on a des intervenants, des répondants aux crises qui sont là non seulement pour les jeunes, mais aussi pour les parents, donc pour en parler confidentiellement avec quelqu'un à l'autre bout de la ligne. Ça se fait, il y a des ressources. Et puis rappelez-vous que vous en tant que parents, vous n'êtes pas seuls là-dedans non plus. Puis on veut être là pour vous appuyer, en fin de compte, pour appuyer les jeunes aussi.

(0:51:18)

Isabelle : Merci beaucoup, Sarah. Rosiane, en tant que sergente, j'imagine que vous allez nous dire d'appeler la police ?

(0:51:26)

Rosiane : Oui, en effet. Mais dans des cas de danger immédiat, composez le 9-1-1. Autrement, contactez votre police locale ainsi que signalez cyberaide.ca ou Jeunesse, J'écoute. Donc, c'est important de contacter quelqu'un. Puis l'instinct peut être de vouloir supprimer les images ou les messages. Cependant, cette information pourrait aider la police dans leur enquête. Donc c'est important de les conserver, donc encouragez l'enfant à garder le contenu tel quel. Et puis ça pourrait aider pour l'enquête. Et puis aussi, ayez des conversations régulières avec vos enfants appropriées selon leur âge. Il sera plus facile pour les jeunes d'approcher un adulte de confiance si ces conversations font partie de votre dialogue quotidien.

(0:52:36)

Isabelle : Merci, Rosiane. René, est-ce que vous voulez ajouter quelque chose ?

(0:52:40)

René : Bien oui, il faut bien comprendre ici que, comme parent, lorsqu'on apprend qu'il est arrivé quelque chose à notre enfant sur Internet, qu'on n'a peut-être pas au départ toutes les informations, qu'est-ce qui s'est passé exactement, ça dure depuis combien de temps ? On n'a peut-être pas nécessairement ces informations-là au départ. Il faut savoir que il y a des situations dans lesquelles les enfants, les ados peuvent se retrouver, qui vont même durer plusieurs années. Écoutez on a eu un cas à cyberaide.ca d'une jeune fille qui s'est fait prendre au piège de la sextorsion à l'âge de 12 ans et qui a finalement décidé de signaler la situation à l'âge de 16 ans. Ça veut dire que pendant quatre ans, cette jeune fille-là était sous le joug d'un individu qui lui demandait constamment de nouvelles images, presque quotidiennement et qui la menaçait de diffuser ces images là si elle ne continuait pas de faire ce que lui voulait qu'elle fasse. Donc, les enfants peuvent se retrouver dans des situations qui peuvent durer un certain temps.

Il y a des enfants aussi qui peuvent se faire amadouer de diverses façons. On a encore une fois beaucoup de cas qui nous sont rapportés d'adolescentes, par exemple, qui vont croire entretenir une relation légitime avec la personne qui les exploite. Qui ne vont pas croire que c'est de l'exploitation, qui ne vont pas croire qu'elles se sont fait piéger. Mais lorsque, au bout du compte, elles en prennent conscience, c'est toute leur confiance qui vient d'exploser, c'est un bris de confiance. C'est très dur à prendre, c'est très humiliant pour l'enfant, pour l'adolescent. Comme parent, c'est important d'être bien conscient de ça. Que vous êtes probablement appelé à intervenir dans une situation qui dure peut-être depuis un certain temps dont votre enfant ne voulait pas vous parler nécessairement. Mais là, vous le savez. Comment vous l'avez appris ? Ça, ça varie selon les situations. Quelqu'un d'autre peut vous l'avoir rapporté, vous pouvez peut-être avoir découvert des images compromettantes sur l'ordinateur, sur le téléphone de votre enfant, mais peu importe comment vous l'avez appris. C'est important d'aborder la situation, la conversation avec votre enfant dans un esprit d'ouverture, de lui faire comprendre que ça arrive à tout le monde de faire des erreurs, et que ce n'est pas ce qui va le définir comme personne pour le restant de ses jours.

Choisissez un moment où vous allez pouvoir discuter de cette situation-là sans être interrompu, calmement, en prenant bien conscience de tout ce que je viens de vous dire sur l'état émotionnel dans lequel votre enfant se trouve peut-être. Mais sachez aussi que peut-être que dans vos premières conversations, votre enfant pourrait être fâché contre vous de vous avoir mis le nez dans des endroits où vous n'auriez peut-être pas dû le mettre, de son point de vue, à lui ou à elle en tout cas. Il pourrait être dans le déni complètement. Donc les premières conversations pourraient peut-être être difficiles, mais c'est important de lui faire comprendre que vous êtes là pour lui. Vous êtes là pour l'aider. Vous savez qu'il ou elle traverse un moment difficile et vous voulez traverser ça avec lui pour l'aider à s'en sortir. Souvent, quand les jeunes cherchent à régler seuls, à régler par eux-mêmes un problème comme celui -à, les choses peuvent empirer, les choses peuvent prendre des proportions encore plus graves qu'elles ne l'étaient au départ. Mais vous êtes là pour aider votre enfant. C'est important de bien lui faire comprendre ça. Une fois que le secret qu'il vous cachait depuis un certain temps, une fois que le chat est sorti du sac, il y a un certain soulagement qui va s'installer chez l'enfant. Il y aura plus à vous cacher quelque chose que vous savez maintenant.

Maintenant, on ne peut passer à l'étape suivante qui consiste à accompagner votre enfant, à l'aider à se reconstruire, à sortir de là et à reprendre le cours normal de sa vie. Et c'est là que vous allez pouvoir avec lui, en l'impliquant dans la démarche, aller chercher les ressources qui vont vous accompagner là-dedans. Il y a des ressources chez nous, au Centre canadien de protection de l'enfance, il y en a chez les services policiers, il y en a chez Jeunesse, J'écoute. Votre enfant n'est pas seul dans cette histoire-là. C'est important de bien lui faire comprendre qu'il y a de l'aide, que vous êtes là pour lui et qu'il y a d'autres ressources, et de vous entourer de toutes ces ressources-là pour essayer de créer un plan pour la suite des choses, pour amener l'enfant à retrouver le cours normal de sa vie.

Ce qu'on a remarqué, nous, depuis la pandémie, c'est une certaine évolution dans les tactiques qui sont utilisées par les cyberprédateurs. Vous savez, on disait tout à l'heure, quand les choses dérapent, de couper automatiquement le contact avec la personne qui vous harcèle. Avant la pandémie, en général, les choses s'arrêtaient là. Depuis le début de la pandémie, on constate que les sextorqueurs, les prédateurs d'enfants se font beaucoup plus agressifs. Ils vont chercher à rejoindre l'enfant par d'autres plateformes, par d'autres moyens, ils vont continuer à les harceler pendant un certain temps jusqu'à ce qu'ils obtiennent ou en tout cas qu'ils essaient d'obtenir ce qu'ils veulent. Donc ça crée parfois chez l'enfant une situation où vous voudriez qu'il s'éloigne d'Internet pour un temps. Mais ça va créer une espèce d'état d'hyper vigilance chez votre enfant et il va vouloir aller sur Internet pour voir où ces images sont rendues, à quel endroit elles ont été publiées. Est ce qu'elles circulent encore ? Où est ce qu'elles se sont retrouvées ? Qui parle de lui ? À quel sujet ? Comment ? Donc c'est d'autres variables qui entrent dans l'équation. D'où l'importance, justement, d'aller chercher de l'aide. Toute l'aide dont vous pourriez avoir besoin pour restaurer le bien-être chez votre enfant.

(0:58:36)

Isabelle : Merci, René. Je vois le temps qui file, mais on a le temps pour prendre quelques-unes des questions qu'on a reçues. Alors, si vous me permettez, je vais y aller tout de même avec la première question qui est celle-ci. Mon fils est en contact par vidéo avec une fille et celle-ci l'a filmé alors qu'il se déshabillait. C'est arrivé il y a plus d'un mois, mais il vient tout juste de nous en parler. Elle lui a envoyé des messages disant qu'elle va envoyer la vidéo à ses amis à l'école si mon fils ne lui donne pas 2 000 dollars. Cela le préoccupe et l'embarrasse beaucoup. On comprend. Y a-t-il un moyen de supprimer cette vidéo ? Que dois-je faire ? Ça, c'est intéressant. René, voulez-vous prendre la question tout de suite ?

(0:59:13)

René : Oui, tout à fait. Bien écoutez, c'est malheureusement une situation qu'on voit quand même assez souvent chez cyberaide.ca et je suis sûr que c'est pareil pour Rosiane aussi avec la GRC. Vous savez, les stratagèmes utilisés par les sextorqueurs se sont beaucoup raffinés avec les années. On a vu beaucoup de garçons se faire piéger par des vidéos préenregistrées de jeunes filles. Donc, notre ado, ici. il croit qu'il est en communication directe avec une jeune fille qui est en train de lui faire un strip tease et qui lui demande d'en faire autant. Il ne réalise pas qu'il est en train de se faire passer une vidéo préenregistrée. Et lorsqu'il se met à faire la même chose de son côté, il y a des images qui sont prises de ça et ça donne lieu à ce genre de situation-là où on va essayer de l'extorquer pour avoir de l'argent.

La première chose à faire, évidemment, c'est de, comme je le mentionnais tout à l'heure, c'est de couper le contact avec la personne. Donc, vous désactivez tous les comptes que vous avez utilisés pour communiquer avec lui de telle manière qu'il ne puisse pas vous relancer, vous revenir ou vous harceler. Première étape.

Conservez, évidemment, comme le mentionnait Rosiane tout à l'heure, conservez les images que vous avez pu lui transmettre, sachant toutefois que vous ne les aurez pas nécessairement, ces images-là. Évidemment, si vous lui avez envoyé des photos, peut-être que vous les avez encore. Mais si les images qui ont été prises ont été prises dans le contexte d'une conversation vidéo, par exemple, où tout se passait en direct, peut-être que lui a fait une capture d'écran, mais que vous n'avez plus ces images-là. Donc ça peut arriver. Mais il est bon de savoir que chez nous, à cyberaide.ca, on a développé une technologie depuis quelques années qui s'appelle Projet Arachnid et avec Projet Arachnid justement, on peut retrouver des images qui ont été diffusées sur Internet et en obtenir la suppression. Donc, c'est important de savoir que ça existe, c'est important pour les parents.

C'est important aussi, dans ce genre de situation-là, de ne jamais céder aux menaces du sextorqueur. Vous savez, les sextorqueurs, souvent s'en prennent à plusieurs enfants à la fois. Don- il faut faire un signalement, bien sûr, pour les empêcher de sévir contre d'autres enfants. Mais si vous cédez aux menaces, ce que vous faites, vous ne faites qu'empirer la situation non seulement pour votre enfant, mais peut-être pour d'autres enfants justement. Ne jamais céder aux menaces, qu'il s'agisse d'argent ou qu'il s'agisse d'images. On ne leur donne pas ce qu'ils demandent parce que, ce faisant, on les convainc que leur stratagème fonctionne, ils vont juste continuer de le faire. Évidemment, faire un signalement, comme je le mentionnais tout à l'heure, mais aussi aller chercher de l'aide. Vous entourer de toutes les ressources nécessaires pour accompagner votre enfant dans la suite des choses. Ce serait à peu près ça. Puis voilà, rappelez à votre enfant qu'il n'est pas seul, que vous êtes là pour l'aider, mais qu'il y a aussi d'autres ressources.

(1:02:22)

Isabelle : Merci. J'aimerais aussi entendre Rosiane là-dessus.

(1:02:26)

Rosiane : Oui, comme René a dit, la chose importante, c'est de cesser immédiatement les communications avec l'agresseur et de ne pas céder à leurs menaces. Céder à leurs demandes ferait juste leur donner le contrôle de la situation, donc, c'est de cesser toute communication avec l'agresseur. Je recommanderais également de contacter la police. Donc la police pourrait aider à reprendre le contrôle de la situation, guiderait à travers les prochaines étapes. Et puis la police ferait une enquête. Et puis, avec la possibilité de trouver l'agresseur et puis l'agresseur ferait face à des charges criminelles.

(1:03:28)

Isabelle : Merci, Rosiane. Je vais prendre une autre question qui est celle-ci : J'ai entendu des commentaires méchants et des blagues sur un enfant avec qui ma fille va à l'école et j'ai peur que ma fille ou ses amis intimident cet enfant. Ma fille est pourtant une enfant douce et gentille. Je me demande ce qui se passe, mais je ne vais pas l'accuser de quoi que ce soit si ce n'est pas vrai. Qu'est-ce que je dois faire ? Sarah, peut-être, là-dessus ?

(1:03:53)

Sarah : Oui, c'est une bonne question. J'apprécie le commentaire de type pas faire de présomption ou en tant que parent, on entend des bouts de conversation parfois pis on ne connaît pas toute l'histoire. Vraiment, ma recommandation ici ce serait d'aller vers ta fille, puis lui poser la question : J'ai entendu un bout de conversation. Je suis inquiète parce que… Vraiment expliquer ouvertement quelles sont tes préoccupations ? Puis pouvoir avoir une discussion ouverte avec ta fille concernant ce qui pourrait peut-être se passer, puis les solutions potentielles. Encore une fois, on dirait que je me répète souvent, mais rester calme, puis ouvert. René l'a mentionné, quand on a des conversations importantes avec nos enfants, c'est important de le faire quand on a le temps de le faire. Pas juste avant le souper, quand tout le monde a faim, ou avant de le déposer à l'autobus, de prendre le temps pour pas être interrompu dans cette discussion-là. Et puis, on veut aussi rappeler que si jamais votre fille veut en parler à quelqu'un dans un espace confidentiel, il y a toujours Jeunesse, J'écoute, je veux le mentionner évidemment, mais vraiment pouvoir avoir une conversation ouverte, puis ne pas présumer des actions de votre fille ou de ce qui se passe parce qu'on on ne le sait pas tant qu'on ne pose pas les bonnes questions.

(1:05:28)

Isabelle : Oui, très, très, très bon point. Je vais prendre une dernière question, alors la voici. Je sais bien que je dois surveiller ce que font mes enfants en ligne. Ça me préoccupe parce qu'ils sont constamment sur leur téléphone ou l'ordinateur, soit pour jouer, soit pour l'école. Comment les surveiller sans trop insister ? Quelle excellente question ! Je ne veux pas qu'ils croient que je les surveille parce que je n'ai pas confiance en eux et qu'ils trouvent que je suis trop dans leur dos. Je pense que la plupart des parents, on s'est retrouvés là, particulièrement dans les deux dernières années. Sarah, voulez-vous la prendre, cette question-là ?

(1:06:04)

Sarah : Oui, je peux commencer. C'est sûr qu'on se rappelle tous avoir été ado, puis avoir un parent qui regarde notre téléphone, ce n'est pas le fun. On veut avoir une vie privée, on veut pouvoir parler avec nos amis quand ça nous tente. Et je pense qu'en tant que parent maintenant, c'est important de se rappeler aussi que c'est ça, la situation pour les jeunes, naviguer ces situations-là avec respect, mais aussi d'en parler. On ne va pas surprendre notre jeune un jour puis commencer à changer toutes les habitudes. Si on commence à en parler dès qu'on leur donne un téléphone, par exemple, une des conditions d'utilisation du téléphone, c'est que je vais regarder parfois telle ou telle chose. Et puis, quand on parle aux parents souvent, je vais dire pensez à quand vous rentrez dans la chambre de votre enfant, quand la porte est fermée. Vous cognez à la porte et vous dites je vais rentrer dans ta chambre, je vais faire telle chose ou je m'intéresse à telle chose.

C'est un peu le même principe quand on regarde le téléphone de notre jeune, lui dire : il va falloir que je regarde dans ton téléphone, mais je vais être transparent, je vais regarder les messages textes, je vais regarder les photos, je vais regarder les applications. Et puis donner une espèce de contrôle à l'enfant aussi, ils vont savoir ce que tu fais. Pourquoi est-ce que c'est important que tu le fasses. Puis avec la communication ouverte, en étant honnête et transparent avec les jeunes, ça aide. C'est pas juste je prends ton téléphone, je vais regarder dans mon coin. Il y a des jeunes qui aiment ça. Tu sais, même rester à côté de leurs parents puis regarder ensemble ou pouvoir savoir les parents ont regardé quoi. Ça peut être réconfortant pour le jeune. Comme dans tout au long de la discussion aujourd'hui, être transparent, honnête avec nos enfants, c'est vraiment la meilleure solution ici.

(1:07:53)

Isabelle : Merci, Sarah. René, est-ce que vous voulez clore cette question-là ?

(1:07 :59)

René : Oui, tout à fait. En fait, Sarah a soulevé d'excellents points et je vais me permettre de renchérir un petit peu là-dessus. Je pense que comme parent, c'est important d'être proactif dans nos communications avec les enfants sur la sécurité en ligne. Il ne faut pas attendre qu'il y ait un problème pour en parler avec eux. Il faut aller au-devant. Il faut que ça devienne un sujet de conversation régulier entre le parent et son enfant. Un bon truc qu'on donne souvent, nous, c'est d'utiliser, par exemple, les médias. Écoutez, il n'y a pas un jour, il n'y a pas une semaine où il n'y a pas quelque chose qui sort sur les médias dans le dossier de l'exploitation sexuelle des enfants. Donc servez-vous de ce qui vient de sortir dans la radio, à la télé ou dans le journal aujourd'hui comme base pour une discussion avec votre enfant. Eille on a parlé d'une vidéo qui circulait sur Tik Tok. Est-ce que tu utilises ça, toi, Tik Tok ? Oui ? Voudrais-tu me montrer comment ça marche ? Moi, je n'y connais rien. Et profiter de l'occasion pour peut-être passer en revue les paramètres de sécurité de l'application, puis voir comment, avec votre enfant, vous pouvez configurer cette application-là pour éviter, par exemple, qu'il se fasse contacter spontanément par des gens qu'il connaît pas.

Donc il y a toutes sortes de choses que vous pouvez faire pour alimenter vos conversations et utiliser le fait que votre enfant s'y connaît peut-être un peu plus que vous finalement, sur ces questions techniques-là, ça peut être une manière de favoriser les conversations entre vous. Autrement, je dirais que la plupart du temps, quand vous remettez un téléphone intelligent, un iPad ou quelque autre appareil entre les mains de votre enfant, souvent c'est vous qui l'avez payé avec votre argent. C'est vous qui allez payer les frais mensuels pendant un certain temps, mais vous avez jugé comme parent que votre enfant était maintenant assez mature pour pouvoir s'en servir. C'est important quand vous lui mettez cette technologie-là entre les mains, de lui dire que ça vient avec un contrat, ça vient avec des règles et ça vient avec un droit de regard, comme le mentionnait Sarah.

C'est votre job comme parent, de protéger votre enfant. Vous lui mettez entre les mains des appareils qui vont l'exposer à des risques. C'est normal que vous, comme parent, vous fassiez votre travail et que vous exerciez votre droit de regard à l'occasion. Il ne s'agit pas d'espionner votre enfant, mais de le faire de manière totalement ouverte où vous allez lui dire : Écoute, à l'occasion, je vais me permettre de m'asseoir avec toi. On va passer au travers des messages que tu reçois. On va passer au travers des gens avec qui tu communiques sur Internet. On va regarder un peu le genre de photos que tu as échangées. Donc de le faire de manière aléatoire, mais quand même régulière. Des petits contrôles comme ça avec votre enfant.

Ça peut parfois éviter bien des problèmes, mais c'est important dans le discours aussi de rappeler que l'une des raisons pourquoi vous faites ça, c'est que dans le fond, Internet est un lieu public. Trop d'enfants se font prendre au piège d'un faux sentiment de sécurité quand vous êtes dans votre chambre à coucher avec vos parents dans la pièce d'à côté et dans l'intimité de votre foyer. Vous n'imaginez pas nécessairement, comme parent, que vos enfants soient en danger. Et comme enfant, comme adolescent, que vous pourriez vous faire piéger par des individus. Mais néanmoins, on le voit très bien, les chiffres l'ont montré tout à l'heure, c'est des choses qui arrivent. Donc bien rappeler à votre enfant qu'Internet n'est pas un lieu public (sic) et que la raison pour laquelle vous exercez un droit de regard, c'est justement pour vous assurer qu'il n'a pas, dans cet environnement-là public des comportements qu'il devrait avoir seulement en privé. Internet n'est pas un espace privé, c'est un lieu public et on n'insistera jamais assez là-dessus.

(1:11:51)

Isabelle : Merci, merci beaucoup à tous les trois. Et là, je vais parler au nom de tous les adultes qui étaient à l'écoute aujourd'hui. Conversation extrêmement enrichissante, très intéressante. Moi ce que je retiens, c'est l'importance comme parent, comme adulte, de comprendre ces notions-là, de s'éduquer sur toute la question de la cyberintimidation et de l'exploitation sexuelle pour être en mesure après ça de bien encadrer, protéger nos enfants, leur transmettre aussi les connaissances pour qu'eux-mêmes soient en mesure de comprendre et de connaître les dangers qui existent en ligne.

L'autre point, je dirais que je retiens, c'est l'importance d'avoir une conversation ouverte, honnête, sans jugement avec nos enfants. Donc créer ce safe space-là pour qu'ils puissent échanger avec nous et sentir qu'on est là pour les écouter et non pas les juger.

Troisième point important, c'est qu'on n'est pas seuls comme parents quand ça nous arrive. C'est qu'il y a plusieurs ressources qui s'offrent à nous. D'abord, les trois, vous avez été de précieux conseil. Il y a toutes sortes de sites. On en a nommé quelques-uns pendant cette discussion-là, mais je vais quand même vous rappeler que cyberaide.ca, on l'a nommé tantôt, qui est la ligne canadienne de dénonciation des cas d'exploitation sexuelle des enfants en ligne. Il y a jeunessejecoute.ca, qui est vraiment un soutien par clavardage ou messages textes par des adultes de confiance et il y a AidezMoiSVP.ca, on en a parlé en début de conversation pour aider son enfant à supprimer des images intimes de lui-même qui se retrouveraient sur Internet. Il y a aussi en tout temps les sites Canada.ca/cyberintimidation et Canada.ca/exploitation-enfants.

Sarah Benkirane, Rosiane Racine, René Morin, je vous remercie tellement ! Non seulement vous avez été extrêmement généreux dans vos conseils, mais d'une pertinence extraordinaire. Et que dire de votre éloquence ! Et moi, j'ai envie de dire aux parents : gênez-vous pas, ayez ces conversations-là avec vos enfants. Je vous rappelle que dans les prochains jours, vous allez recevoir par courriel les réponses aux questions auxquelles on n'a pas eu le temps de répondre et toutes les questions qui auront été posées. Évidemment que comme c'est enregistré, vous pourrez revisionner cette discussion intéressante et merci évidemment à Sécurité publique Canada pour cette belle initiative. Bye, tout le monde.

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