D'autres coutumes de mess 

Il est caractéristique des hommes et des femmes de partout qu'ils recourent quotidiennement au symbolisme pour transmettre des idées et sentiments qu'ils ne peuvent exprimer autrement, si ce n'est par la parole, parlée ou écrite, qui prend du temps. C'est ainsi que l'amitié s'exprime par une simple poignée de main, révérence ou inclinaison de la tête en signe de respect. Comme dans la vie civile, l'observateur de la vie militaire voit se manifester ces gestes, tout discrets qu'ils soient, dans ce foyer qu'est le mess. Un officier qui entre dans un mess est un bon exemple.

Dans de nombreux mess, par exemple au Régiment de Hull, l'officier s'arrête brièvement à la porte et se met au garde-à-vous avant d'entrer. Parfois, comme dans le Queen's Own Rifles of Canada, un tel symbolisme représente ce qu'on pourrait appeler l'esprit régimentaire, quelque chose qui se rapproche de sentiment que l'on éprouve lorsqu'on porte le toast au régiment, bref un moment de réflexion et de respect à l'égard des disparus. Ou encore prenons le cas du Lake Superior Scottish Regiment, de Thunder Bay, ou celui du 62e régiment d'artillerie de campagne, de Shawinigan, où la coutume consiste en une simple marque de respect envers Sa Majesté la reine. Dans d'autre régiments, par exemple le 48th Highlanders of Canada, de Toronto, il s'agit d'une marque d'honneur envers le drapeau, enfermé dans une armoire de verre, autre expression de fierté envers l'unité dans laquelle on sert.

Une autre coutume, de sentiment et de signification analogues, se retrouve dans le Queen's Own Cameron Highlanders et le Royal Westminster Regiment, selon laquelle le drapeau est enlevé de son armoire et exposé à chaque dîner de gala.

Les toasts qui suivent le toast au souverain après la fin du repas fournissent l'occasion d'honorer des unités du Commonwealth auxquelles des régiments des Forces canadiennes sont alliées. On trouve une évocation de ce rite dans le Royal Montréal Regiment, où une figurine en argent sterling représentant un jeune tambour du milieu du XVIIIe siècle se trouve toujours devant le commandant pendant le dîner. Cette statuette fut présentée au régiment, il y a un demi-siècle, par son nouvel allié le West Yorkshire Regiment (Prince of Wales' Own).

Boire du porto dans le même verre est une tradition qui, à travers les années, a contribué beaucoup, en des occasions officielles, à créer ce sentiment de respect mutuel si important à l'impression de bien-être qui existe parmi les divers éléments d'une unité. Dans le régiment royal de l'Artillerie royale, dans le Stormont, Dundas and Glengarry Highlanders, dans le 8th Canadian Hussars (Princess Louise's) et dans de nombreuses autres unités, une longue tradition veut que le commandant partage un verre avec le chef de musique et le cuisinier, dans un esprit de bonne volonté et de poursuite d'un but commun.

Un toast typique est celui qu'on porte au cornemuseur aux dîners de gala du Canadian Scottish Regiment (Princess Mary's) of Victoria. Ce toast est porté par le cornemuseur-major, à qui répond le commandant. Cette coutume rappelle le lien qui existait en Écosse entre le cornemuseur du clan et le chef du clan. Elle symbolise également le prestige du cornemuseur-major au sein du régiment. Dans le Canadian Scottish, il fait le tour de la table en jouant de sa cornemuse, puis s'arrête face au commandant. Ce dernier se lève, et chacun prend sa coupe écossaise (quaich ou quaigh, du terme gaélique cuach, espèce de coupe peu profonde habituellement de bois, parfois d'argent). Chacun tient sa coupe pendant que le cornemuseur-major récite les devises du fameux 16e bataillon du Corps expéditionnaires de la Première Guerre mondiale, ainsi que des autres bataillons que perpétue le Canadian Scottish. Cela fait, ils boivent leur coupe d'un seul trait, la renversent et en baisent le fond pour indiquer que son contenu a été entièrement consommé.Note de bas de page 1

Dans le Royal New Brunswick Regiment, on fait ce qu'on appelle le « passage du quaich », juste après le toast à Sa Majesté. Le commandant invite le chef de musique et le cornemuseur-major à la table et passe d'abord le quaich à celui-ci qui propose le toast au régiment en gaélique. Il en boit une gorgée, puis remet le quaich au commandant qui répond. Ensuite, le quaich, qu'on emplit de temps à autre, est passé au chef de musique, au principal invité et à chaque membre du mess, à tour de rôle. Le dernier officier voit à ce que le quaich soit bien vidé de son contenu et le renverse pour le prouverNote de bas de page 2.

À l'occasion, le quaich écossais joue un rôle dans les dîners de gala des bases du Commandement aérien. Un seul cornemuseur bat la marche vers la salle à manger, fait le tour du périmètre des tables jusqu'à ce que tous aient trouvé leur place. Plus tard, il peut jouer de sa cornemuse pendant le passage du porto, en préparation du toast au souverain. Puis vient le toast au cornemuseur, cérémonie très semblable à celle du Cameron Highlanders of Ottawa et nombre d'autres régiments écossais.

Le cornemuseur, laissant sa cornemuse dans l'antichambre, entre dans la salle à manger, fait le tour du périmètre, s'arrête face au commandant de la base et le salue. Le commandant de la base se lève pour accueillir le cornemuseur, alors qu'un plateau portant deux quaich en argent est apporté. Au moment où le président réclame le silence avec son marteau, le cornemuseur lève son quaich et porte l'ancien toast gaélique :

« Slainte mhath » (prononcé « Slawn-cha Vah' »), qui veut dire « Bonne santé à vous tous. »

À quoi le commandant répond :

« Slainte » (prononcé Slawn-cha'), qui veut dire « Bonne santé ».

Ayant avalé leur whiskey écossais d'un seul trait, ils remettent les deux quaich sur le plateau, le cornemuseur salue le commandant de la base, fait une rapide volte-face et sort de la salle à manger d'un pas alerteNote de bas de page 3.

Sont typiques de la riche diversité des coutumes de mess celles qu'on observe avec enthousiasme dans les régiments de milice, notamment celles du Loyal Edmonton Regiment. Remontant à l'époque où l'ancêtre du régiment, le 49e bataillon, amenait ses cornemuseurs en France lors de la Première Guerre mondiale, le colonel honoraire du régiment est encore aujourd'hui conduit dans la salle à manger du mess au son de la cornemuse. Et tous les nouveaux officiers qui ont joint les rangs du régiments depuis le dernier dîner de gala sont présentés au colonel honoraire à la table pour boire avec lui un toast au régiment.

Dans les mess des régiments blindés, on rappelle souvent leurs origines qui se rattachent à la cavalerie. Lorsque le PCM du British Columbia Dragoons réclame le silence à la table pour porter le toast au souverain, ce n'est pas avec le marteau mais avec le manche de fouet du cavalier qu'il frappe le dessus de la table. Ce manche de fouet appartenait à l'origine à un officier du régiment tué à l'ennemi au Cachemire en 1950.

Le Royal Canadian Hussars, de Montréal, est également très fier de ses origines rattachées à la cavalerie. C'est une tradition au dîner, après le toast au souverain, d'entendre le commandant proclamer un intervalle de dix minutes « pour mener les chevaux à l'abreuvoir ». Le « dernier rassemblement » du dîner régimentaire des Hussars est un événement mémorable appelé « promenade à cheval » (The Ride), présidé par un officier senior qui a servi avant la Seconde Guerre mondiale, alors que le régiment était monté à cheval. Sur l'ordre « Préparez-vous à monter! » et « Montez! », tous les officiers étendent leur index sur la table. Au commandement « Marche au pas! », tous les doigts se lèvent et martèlent la table à un rythme lent. À mesure que se succèdent les commandements « Trot », « Petit galop! », « Galop! » et « Chargez! », on peut imaginer le crescendo de plus en plus rapide (et l'hilarité) qu'on peut entendre suite à l'accélération du martèlement des doigts sur la table, suivie du processus inverse jusqu'au commandement bienvenu « Choyez vos chevaux!» (Make much of your horses)Note de bas de page 4.

Une note plus sombre est le traditionnel toast aux camarades tombés au champ d'honneur, qu'on porte habituellement en silence, mais dans certains mess, on l'accompagne de la musique plaintive et poignante de la complainte jouée par un seul cornemuseur.

Dans le 48th Highlanders of Canada, la scène est très émouvante. Lorsqu'on propose le toast aux camarades tombés au champ d'honneur, les officiers restent assis, et le cornemuseur joue la complainte Flowers of the Forest, après quoi les membres boivent le toast en silence, le commandant buvant dans un calice d'argent. Les derniers versets de l'ancienne ballade expriment la tristesse éprouvée après la bataille de jadis, tout autant qu'aujourd’hui :

« The Flower of the Forest that fought aye the forernost,
The prime of our land lie cauld in the clay.
We'll hae nae mair liltin' at the ewe milkin',
Women and bairns are heartless and wae;
Sighin' and moanin' on ilka green loanin',
The Flowers of the Forest are a'wede away. »Note de bas de page 5.

Les coutumes sans doute les plus pittoresques de la vie du mess sont celles qu'on observe traditionnellement dans les régiments écossais. Une de ces coutumes consiste à proposer un toast en l'honneur des hautes terres d'Écosse (highland honours).

Les officiers du Calgary Highlanders portent un insigne d'épaule spécial arborant une feuille et un gland de chêne, honneur conféré au régiment par suite de sa fameuse contre-attaque, menée conjointement avec le 10e bataillon du Corps expéditionnaire canadien, lors de la Bataille de Saint-Julien près d'Ypres en 1915, au cours de laquelle les Allemands utilisèrent des gaz pour la première fois. L'événement se déroula dans un bosquet de chênes connu sous le nom de Bois des cuisiniers (Kitchener's Wood), d'où l'insigne évocateur de ce fait d'armes. Depuis lors, le toast au régiment s'accompagne des paroles « À la glorieuse mémoire du vingt-deux avril », avec tous les honneurs portés aux hautes terres d'ÉcosseNote de bas de page 6.

Dans le Queen's Owns Cameron Highlanders, de Winnipeg, les honneurs aux hautes terres d'Écosse sont presque exclusivement réservés au commandant à qui l'on offre un dîner d'adieu quand il quitte son commandement.

Lorsque le 48th Highlanders of Canada, de Toronto, a un dîner de gala, chaque compagnie du régiment est honorée pendant le repas par l'exécution de la marche de chacune d'elles par la musique régimentaire et par un toast avec honneurs aux hautes terres d'Écosse.

À ceux qui ne sont pas familiers avec le toast proposé avec honneurs aux hautes terres d'Écosse, ce rite donne un aperçu de la scène nocturne animée qui se déroulait jadis dans le grand hall du chef de clan, à la lueur des torches. Aujourd'hui, voici comment on décrit les honneurs portés aux hautes terres d'Écosse dans le mess du Toronto Scottish Regiment : « ... tous les membres se tiennent debout, le pied gauche posé sur leur siège, le pied droit sur la table, font face au portrait du colonel en chef (Sa Majesté la reine mère Elizabeth), et, après la pièce de cornemuse, boivent le toastNote de bas de page 7».

Une autre tradition du dîner écossais est le défilé du haggis (mets national écossais) au son de la cornemuse. Mets révéré de la plus haute antiquité, le haggis consiste en un estomac de mouton bourré d'un hachis de cœur, de poumons et de foie de mouton ou de veau, assaisonné de graisse de rognon, d'oignons et de farine d'avoine. Le défilé du haggis qui, après cette cérémonie, est servi comme entremets avec le mets principal, se déroule de diverses façons selon les mess, habituellement après le bénédicité.

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Deux officiers subalternes quittent la table pour se rendre à la rencontre du cornemuseur dans l'antichambre. Le haggis est porté sur une planche ayant une poignée à chaque extrémité, de manière à reposer sur les épaules des jeunes officiers. Le cornemuseur battant la marche, les porteurs du haggis sont suivis des officiers chargés de prononcer une allocution, tout le défilé faisant le tour du mess au son de la cornemuse, pour ensuite s'arrêter au centre de la table où le haggis fumant est déposé. C'est alors qu'on récite ces fameux vers de Robert Burns To a Haggis :

« Fair fa' your honest, sonsie face,
Great chieftain o' the puddin race!

Auld Scotland wants nae skinking ware
That jaups in luggies;
But, if ye wish ber gratefu' pray'r
Gie her a haggis! »Note de bas de page 8

Suit alors la cérémonie du dépeçage de l'estomac au moyen de la dague de l'officier écossais, le poignard (dirk).

Le West Nova Scotia Regiment maintient une tradition de plus de vingt ans, qui est le défilé de la tête du cerf (Parade of the Stag's Head). Il semble qu'à l'origine ce défilé se déroulait le jour après qu'on eut tué un chevreuil, alors qu'on présentait la tête tranchée de l'animal à la mairesse de Kentville. Depuis lors, quand on dîne dans le mess, une tête de chevreuil portant son bois, montée sur un cabaret de bois, est apportée à la table du mess en mémoire d'anciens régiments absorbés et en reconnaissance de l'abondance de la nourriture produite en Nouvelle-Écosse.

Juste avant le mets principal, la tête de cerf, entourée de nourriture, est portée sur les épaules de quatre officiers subalternes, le capitaine-adjudant battant la marche au son de la pièce Floral Dance. Le capitaine-adjudant présente la tête de cerf au commandant, en prononçant ces mots plus ou moins conformes aux règles de l'héraldique :

« Monsieur, la Nouvelle-Écosse étant un pays où règne l'abondance, je vous présente une tête de cerf, emblème des viandes qui sont la nourriture de base dans notre province; cette tête est entourée de homards, parce que les mers qui nous entourent en sont remplies, et de pommes qui représentent des choses plus douces. Et tous ces biens nous incitent à la plus grande gratitude pour le riche patrimoine qui est nôtre! »

Le commandant répond alors « ... et que nous avons l'honneur de défendre. Continuons le festinNote de bas de page 9 dans les régiments écossais. Traditionnellement, le tabac à priser est contenu dans une tabatière d'argent enfouie dans le crâne d'une tête de bélier élégamment montée, connue dans le Stormont, Dundas and Glengarry Highlanders sous le nom de « Sa Seigneurie ».

Dans le Toronto Scottish Regiment, une fois les toasts terminés, le PCM se lève et appelle : « Monsieur Tabac à priser » (Mr. Snuff). Le subalterne désigné à cette fin se retire dans l'antichambre où il prend la tabatière régimentaire et revient dans la salle à manger. Le cornemuseur le conduit à la table au son de son instrument, où l'officier présente du tabac à priser au commandant, puis à tous les membres et invités. Il retourne ensuite vers le commandant qui se lève et offre du tabac à priser à « Monsieur Tabac à priser ». Reprenant la tête de bélier, le subalterne retourne à l'antichambre au son de la cornemuseNote de bas de page 10.

Le service en Normandie pendant la Seconde Guerre mondiale a suscité de nouvelles coutumes dans plusieurs unités canadiennes. L'une d'elles qui est devenue une tradition très chère consiste à proposer des toasts particuliers au calvados, ce breuvage normand fait de jus de pommes pour lesquelles cette région de France est si réputés. Au régiment de Maisonneuve, le toast au régiment se porte toujours au calvados, comme au régiment de la Chaudière.

Dans un autre régiment de Montréal, il existe une curieuse autant qu'indéracinable superstition selon laquelle le calvados creuserait un trou dans l'estomac, ce qui permettrait de mieux consommer la seconde partie du repas. C'est pourquoi, au milieu du mets principal, le commandant se lève et propose le toast tant attendu : « Trou normand », alors qu'on avale son calvados d'un seul trait, tout comme avait l'habitude de le faire, il y a quelque trente ans, le 17th Duke of York's Royal Canadian Hussars sur les champs de bataille de NormandieNote de bas de page 11.

Avec les années, des traditions pittoresques se sont développées, reflétant ainsi la culture de la région d'où viennent les différentes unités. Cela est notamment le cas des régiments francophones. Un exemple est le port de la ceinture fléchée multicolore et de la tuque de l'habitant par-dessus l'uniforme de gala dans le mess des Fusiliers Mont-RoyalNote de bas de page 12.

De même, assister à un dîner de gala du régiment du Saguenay, c'est observer du même coup des coutumes qui nous viennent des Indiens indigènes de la région du Lac Saint-Jean et des premiers colons français de la vallée du Saguenay.

Immédiatement après le toast à la reine, commence le rite pittoresque du calumet de paix qu'on appelle « La touche de l'amitié ».

Le rite débute lorsque tous les membres, la main droite sur la bouche, entonne le cri sauvage des Indiens, qui dure cinq secondes. Le PCM entonne aussitôt l'ancien chant de folklore indien Ani Couni, Ani Couna, tous les membres se joignant avec enthousiasme au refrain.

Puis commence le rite du calumet de paix, alors que deux officiers désignés au préalable à cette fin se lèvent et, les bras croisés au niveau des épaules, se dirigent vers le chaudron fumant. Debout face à face, ils revêtent un bonnet de plumes et lèvent la main droite au-dessus de la tête, selon la salutation traditionnelle de paix des Indiens. Puis, s'agenouillant, ils font mine de creuser un trou et d'enterrer la hache de guerre ou le tomahawk sous un tapis de peaux d'ours.

Puis, s'asseyant sur les peaux d'ours, les deux jambes croisées, les deux chefs, face à face devant le chaudron en feu, prennent le calumet de paix, le bourrent de tabac et l'allument avec une branche de cèdre. Puis chacun tire une bouffée d'amitié.

Les deux chefs se lèvent ensuite et, au rythme du chant qui se poursuit avec entrain, passent le calumet d'un invité à l'autre. Les bouffées prises, les chefs retournent au chaudron, vident le calumet et déposent cérémonieusement leurs bonnets sur les peaux d'ours.

L'autre coutume qu'affectionnent beaucoup les membres du mess est « la lampée de caribou ». Le caribou est une boisson de bienvenue qui a une longue tradition dans la province de Québec. C'est un breuvage brûlant de vin mêlé d'alcool. Au moment où les officiers chantent La Marche du régiment du Saguenay, deux d'entre eux s'approchent de la cruche de caribou et revêtent leur tuque de laine. Ils font le tour de la table avec la cruche, permettant à chaque convive de se verser une lampée de caribou. Puis, tous ensemble ils boivent à la santé du régiment et exhalent un long « ahh » de satisfaction qui rappelle l'éructation expressive des nomades du désert après avoir festoyé au mouton. Note de bas de page 13

Un autre ensemble de coutumes d'aspect régional sont observées avec entrain dans l'île du Cap-Breton, plus précisément à la Station des Forces canadiennes de Sydney. À vrai dire, la fondation non officielle, mais très réelle, de la Force royale aérienne du Cap-Breton, en 1956, rappelle quelque peu l'Ordre du Bon Temps de Champlain. Non pas que Sydney, en Nouvelle-Écosse, soit isolé comme nombre d'autres stations de radar, mais le personnel de l'endroit considère cette station comme étant hors des voies habituelles de la circulation militaire, d'où l'établissement avec succès, il y a une vingtaine d'années, de la FRACB, qui a sensiblement enrichi la vie du mess.

Au dîner, l'uniforme du mess comprend la boucle pittoresque en tartan du Cap-Breton. Le toast au souverain est suivi d'un autre au rhum, en toute solennité, avec un pied sur la table à la manière des Écossais des hautes terres, et accompagné des mots : « Chimo — la FRACB », qui sont tout à fait conformes à la devise enjouée, bien qu'impolie, du mess : « NIL ILLEGITIMUS CARBORUNDUM ».

Au lieu de la chope d'adieu à un membre qui quitte la station, on présente une épée pour défendre, en temps de crise, la patrie qui, naturellement, est le Cap-Breton. On dit qu'aucun officier en visite n'est autorisé à s'associer aux officiers de la station à moins de démontrer son aptitude à rédiger des rapports convenables sur la station, et le grade de maréchal honoraire de la FRACB n'est conféré qu'à ceux qui ont servi pendant quinze années consécutives à la SFC de Sydney!Note de bas de page 14

Une tradition généralement observée dans les mess de l'aviation est une antipathie singulière contre les discours. Mais il y a exception, à savoir lorsqu'un membre est sur le point de quitter l'escadron ou la base on lui demande de dire quelques mots. Mais avant qu'il puisse prononcer un mot, il doit endurer l'interprétation par tous les membres du mess de la joyeuse chansonnette The Chug-a-Lug-Song. Lorsqu'on atteint le vers « So drink chug-a-lug », l'orateur doit boire d'un seul trait le contenu du verre spécial qu'on lui a préparé, et le renverser sur sa tête pour prouver que sa mission a été accomplie :

« Here's to .............,
He's true blue,
He's a drunkard,
Througb and through, He's a drunkark,
So they say,
Tried to go to Heaven
But he went the Other Way, So drink chug-a-lug, Drink chug-a-lug, etc. »Note de bas de page 15

Le dîner de gala dans un mess est rempli de formalisme, mais les folichonneries, plaisanteries et jeux qui suivent souvent le repas n'ont rien de formel. L'organisation des divertissements est souvent laissée aux plus jeunes membres les plus enjoués du mess, et ils manquent rarement d'inventer les activités les plus enlevantes. Le jeu décrit ci-dessous a été choisi parce qu'il illustre la nature turbulente de ces amusements, et aussi parce qu'il est longtemps populaire dans toutes les branches du service. On l'appelle le « graissage du canon » (Greasing of the Gun).

La longue table du mess est inclinée au moyen de supports placés sous les pattes de l'une de ses extrémités, de manière à former un plan incliné lisse. Des coussins de chesterfield sont étendus sur le plancher à l'autre extrémité de la table. Le « volontaire » est placé, face au sol, sur une couverture étendue sur le dessus de la table. Les servants de la pièce, de chaque côté, s'emparent du bord de la couverture et, sur les ordres rythmés de « Sous-officier - un - deux - feu! », balancent la victime pour acquérir un mouvement d'accélération, puis, au commandement « Feu! », la relâchent, de telle sorte que celle-ci est propulsée en l'air à une vitesse de plusieurs nœuds pour s'écraser inévitablement aussitôt après.

Mais le truc consiste en ce que, avant d'être lancé, le « projectile » est muni d'une allumette et d'une boîte pour l'allumer, et que s'il ne réussit pas à l'allumer pendant son vol, on déclare un raté, et le plaisir recommence.

Le mess des officiers de la Base des Forces canadiennes de Petawawa est situé sur une éminence qui surplombe agréablement la rivière Outaouais et les Laurentides. Juste à l'entrée se dresse un vieux chêne rouge aux longs rameaux. On l'appelle « l'arbre du boire ou l'arbre du subalterne ».

On a souvent raconté que, certains soirs, des subalternes stationnés à Petawawa grimpent dans l'arbre et, assis sur de gros rameaux, champagne en main, interprètent de merveilleux chants du soir, et ces événements sont dûment consignés dans le livre de bord de l'arbre du boire.

Comme le mess, anciennement mess des artilleurs, se trouve dans un vieil immeuble temporaire menacé de démolition, on craint que l'arbre des subalternes ne devienne également victime du bulldozer. Mais, jamais à court de ressources, les jeunes officiers ont assuré à leur arbre bien-aimé un degré considérable de longévité.

En effet, sur le tronc est apposée une plaque de bronze bien polie marquant l'emplacement d'une borne officielle du Canada, et par conséquent sacro-sainte : « Élévation, 507.3 pieds; latitude, 45° 55' 12" Nord; longitude, 77° 17' 23" OuestNote de bas de page 16.

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