Introduction 

Les coutumes et traditions font partie intégrante de notre vie quotidienne, tant civile que militaire. Ce sont des aspects très concrets de la vie, et pourtant ce sont des termes plutôt nébuleux. Il est difficile de définir avec quelque précision ce que sont les coutumes et traditions; il est plus facile de dire ce qu'elles ne sont pas que ce qu'elles sont en réalité.

On peut dire d'une coutume que c'est une pratique ou observance depuis longtemps établie, considérée comme une règle non écrite et dont la réalité et l'usage persistant dépendent du consentement séculaire d'une collectivité. De nombreux aspects de notre existence sociale sont régis ou réglementés par la coutume.

La tradition n'est pas tant une pratique qu'un processus de transmission d'une génération à une autre de connaissance, croyances, sentiments, façons de penser, mœurs ou codes de conduite, bref une philosophie de la vie ou même une foi, sans instructions écrites. La tradition recourt au symbolisme, comme il se doit, car les êtres humains, à l'exception des plus évolués, ont du mal à exprimer des idées spirituelles et abstraites en peu de mots. L'homme a constaté que des sentiments et convictions ancrés depuis longtemps dans le cœur et l'esprit se transmettent de l'un à l'autre beaucoup plus efficacement au moyen d'un geste ou d'une parole symbolique depuis longtemps compris et accepté. De quelle meilleure façon peut-on exprimer l'amour de sa patrie, le respect de ses lois et institutions, la considération que l'on a pour ses concitoyens et la vénération de son héritage que par la posture et l'attitude que l'on prend lorsque le drapeau national est hissé ou amené?

Mais il faut également se rappeler que les coutumes et traditions ne sont pas sacro-saintes pour toujours. Comme les mots d'une langue, ce sont des choses vivantes : elles naissent et meurent. Car elles reflètent des conditions sociales et des valeurs morales. Elles illustrent des innovations politiques et des progrès technologiques. Elles changent. Comme le disait le philosophe Alfred Whitehead, les sociétés qui ne peuvent associer une révérence pour leur symbolisme à la liberté de le réviser peuvent en définitive tomber en décadence. Il est essentiel de renoncer discrètement à un sentiment usé, et il en sera ainsi, car, essentiellement les coutumes et traditions vivent par consentement unanime.

Le rythme rapide du changement dans la société moderne a entrainé, de toute nécessité, la disparition d'innombrables petites coutumes en moins d'une génération. Ainsi, il y a quelques années seulement, on ne voyait jamais un officier en costume civil sans chapeau. Comment aurait-il pu, autrement, saluer ou rendre un salut sans lever son chapeau? Mais le métier de chapelier, comme celui de modiste, est disparu dans une large mesure. On ne l'aurait pas vu non plus en uniforme, les bras chargés de sacs débordants d'articles d'épicerie. Mais avec l'avènement du supermarché, de la disparition graduelle de la livraison des marchandises, et l'afflux massif des épouses sur le marché du travail, il ne reste pratiquement aucune solution de rechange. De même, il fut un temps, pas très éloigné de nous, où l'on n'aurait guère vu des officiers se rendre à bicyclette à leur caserne ou chantier naval, mais les pénuries d'essence et de moyens de transport du temps de guerre changèrent bientôt la situation.

Certains changements dans les coutumes des Forces canadiennes ont été le résultat de l'unification législative des trois armées. Pour nombre de gens, il parait étrange de voir des officiers de marine et matelots arborer une moustache, contrairement à la vieille coutume des marines royales, mais tout a fait conforme à la tradition de l'Armée et de l'Aviation. Pourtant, le salut de la main, tenu en haute estime depuis longtemps dans la Marine, avec le dos visible, est maintenant de rigueur dans les forces terrestres et aériennes.

Sur un ton plus sérieux, on se rappelle l'histoire de la mutinerie à bord du HMS Bounty en 1789, les cours martiales qui s'ensuivirent et la scène angoissante du jeune aspirant qui apprit le sort affreux qui l'attendait en apercevant sur la table son poignard pointant vers lui. Jusqu'à l'unification des trois armées en 1968, un règlement de la Marine royale canadienne se lisait ainsi :

« Si l'accusé est un officier et qu'il a été trouvé coupable, l'Officier de la Cour, avant la réouverture de celle-ci, aura tourné l'épée de l'Accusé vers luiNote de bas de page 1. »

Une autre coutume, disparue depuis peu, consistait à vendre à l'encan les biens d'un simple soldat décédé, alors que ses camarades d'armes versaient des prix de beaucoup supérieurs à la valeur réelle des biens vendus. C'était là une façon d’atténuer les difficultés financières de la veuve et des orphelins en attendant le versement de la pension militaire.

Les gens sont peut-être plus honnêtes aujourd'hui. De toute façon, l'estran coloré, appelé Rogue's Yarn (fil de coquin) qu'on insérait autrefois dans les cordages navals pour empêcher le vol et le recel, est maintenant disparu, tout comme la marque de l'État, appelée Broad Arrow (large flèche) qui identifiait les magasins de Sa Majesté depuis l'époque d'Henri VIII jusqu'à 1949 au Canada, c'est-à-dire depuis près de quatre sièclesNote de bas de page 2.

Parfois, certains mots décrivant une coutume persistent dans la langue, longtemps après que la coutume elle-même est disparue, comme par exemple les mots « drummed out » (dégrader au son du tambour). L'une des dernières fois où un soldat a subi un procès, a été trouvé coupable et expulsé (« drummed out ») de son régiment au son de The Rogue's March et a souffert l'indignité de se faire bouter hors de la barrière de la caserne par le plus jeune tambour remonte à 1867.Note de bas de page 3

De même, bien que le terme « cashiering » (casser, réformer ou limoger un officier) soit encore assez bien connu, cette forme ignominieuse de renvoi d'un officier a rarement été employée ces dernières années. Un cas intéressant d'une sentence de ce genre infligée à un officier est celui d'un officier du 64th Regiment of Foot qui fut trouvé coupable d'ivresse alors qu'il était responsable de la garde de prisonniers de guerre dans l'île Melville, dans le bras nord-ouest du port de Halifax en 1813Note de bas de page 4.

Puis il y a ces coutumes qui naissent d'une façon plus ou moins frivole, s'enracinent fermement avec le temps, pour ensuite s'estomper discrètement. Un exemple de cela est celui du bouton supérieur du veston de l'uniforme. Pendant la Seconde Guerre mondiale, dans le Corps d'aviation royal canadien, le fait de laisser son bouton supérieur déboutonné était la marque d'un pilote de chasse. À bord d'une corvette ou d'une frégate de la Marine royale canadienne portant de six à sept lieutenants, y compris le capitaine, le bouton du haut du veston court d'un officier naval identifiait celui-ci comme étant le « n° 1 », soit le premier lieutenant, c'est-à-dire l'officier exécutif ou le commandant en second. Cette coutume très répandue de l'atmosphère peu guindée de la guerre, le bouton du haut déboutonné, n'a pu survivre au « bon ordre et à la discipline » du temps de paix.

Sur un tout autre plan, il est malheureux que dans l'esprit de ceux de l'extérieur des Forces canadiennes il fait confusion en matière de traditions militaires. De temps à autre, on fustige « l'esprit militaire », on accuse les militaires d'étroitesse d'esprit, de traditionalisme inflexible, d'envisager les problèmes de défense aujourd'hui en fonction de la manière dont la dernière guerre a été livrée. De telles critiques confondent et mêlent deux secteurs tout à fait distincts de pensée et d'effort.

Nulle personne sensée ne voudrait souscrire à des concepts stratégiques, à une pensée tactique ou à des procédures opérationnelles qui n'ont pas leur place à notre époque. Mais il ne faut pas confondre cela avec l'appréciation militaire traditionnelle de la valeur solide de ces qualités que nous appelons patriotisme, dévouement, loyauté, courage et la fierté qui en découle envers son unité et les Forces arméesNote de bas de page 5. Voici comment un éminent historien naval a exprimé cette pensée avec beaucoup d'à-propos :

« On pourrait comparer les avions, les torpilles, les bombes et les mines de la Marine aux champignons qui ont poussé dans la prairie de sa longue histoire; mais la Tradition, – ce qu'on en attend et ce qu'elle attend d'elle-même, – est un chêne en pleine maturité, bien qu'encore dans sa prime jeunesse, toujours planté solidement au milieu du champ. »Note de bas de page 6

Dans le passé, les Canadiens ont appris à leur grand chagrin que, parfois, un peuple doit se lever et combattre pour les principes qu'il chérit. Les caractéristiques essentielles à une force militaire chargée de la défense d'un peuple sont les normes d'instruction, les niveaux de discipline et la qualité du leadership qui, ensemble, constituent la compétence professionnelle. L'objectif est donc de préparer le marin, le soldat et l'aviateur à faire face, avec confiance et enthousiasme, aux contraintes et exigences de la guerre moderne. Mais il est un autre élément de ce mélange qui produit le combattant de premier ordre. C'est le moral. Comme l'a dit le maréchal Montgomery, le moral du soldat est l'élément le plus important dans la guerre.

Les militaires, à vrai dire, agissent selon un rythme différent de celui des autres classes de la société. Pour réussir au combat, ils doivent avoir le courage et la résistance mentale et physique essentiels à l'endurance. Leur entraînement doit leur assurer les connaissances nécessaires et la confiance en leurs armes. Ils doivent croire en leurs chefs, avoir confiance en leurs camarades et savoir pourquoi ils combattent. Leur discipline doit être telle qu'ils peuvent obéir aux ordres implicitement, dans les conditions les plus difficiles, et effectivement y obéiront, pourtant avec imagination et ingéniosité, et au besoin avec indépendance d'esprit. Quelque complexe que soit le véhicule ou l'arme, c'est le bien-être spirituel et la compétence professionnelle du combattant lui-même qui constituent la force décisive dans la bataille.

L'histoire de nos forces armées confirme incontestablement que les coutumes et traditions contribuent fortement à l'élévation du moral et au dévouement à une cause commune en favorisant cette fierté envers le service et envers eux-mêmes qui a si souvent poussé les Canadiens à persister dans l'adversité et à atteindre la victoire.

NOTE du traducteur : Tous les termes et expressions utilisés dans les Forces canadiennes étant les mêmes que ceux qu'utilisent les Forces britanniques, donc n'ayant pas d'équivalents en français, nous avons cru opportun de les citer en anglais dans le texte et de les faire suivre par un traduction française entre parenthèse.

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