Le salut 

Le salut est aussi ancien que l'histoire elle-même, car il est essentiellement à la fois une salutation et une marque de respect et, en tant que tel, a précédé fort longtemps les forces militaires organisées. Au niveau de n'importe quelle couche de la société, la caractéristique d'un gentleman ou d'une dame est le respect qu'il ou elle manifeste à l'égard de supérieurs, subordonnés ou pairs. L'une des façons dont les membres des Forces canadiennes manifestent un tel respect est par la fierté et l'élégance avec lesquelles ils saluent ou rendent hommage, ce qui est la marque des bonnes manières indispensables à la discipline militaire.

Comme de nombreuses autres coutumes, le salut a quelque chose de dynamique. Qu'il s'exécute au moyen de la main, d'un canon ou d'un drapeau, il est plein de vie. Les apparences extérieures changent de temps à autre, mais le symbolisme, le sentiment ou message transmis, demeurent constants. Un auteur du XVIIIe siècle a décrit le salut de son époque de la façon originale mais colorée suivante :

« Dans le domaine militaire, le salut peut se manifester par une salve d'artillerie ou de mousqueterie, ou par les deux à la fois, pour honorer une personne d'une qualité extraordinaire. De la même façon, les drapeaux saluent les personnes de rang royal et les généraux commandants en chef; ce qui se fait en abaissant la pointe du drapeau vers le sol. En campagne, lorsqu'un régiment doit être passé en revue par le roi ou par son général, les tambours battent une marche pendant qu'il défile le long de la ligne, et les officiers saluent à tour de rôle, inclinant leur courte pique ou épée vers le sol; puis, se redressent et enlèvent leur chapeau. Les enseignes saluent tous ensemble en amenant leurs drapeauxFootnote 1.

On peut classer les saluts en saluts royaux, saluts nationaux et saluts personnels. De telles marques de respect ou d'hommage se manifestent de différentes façons, par exemple : le salut de la main; le son des clairons ou trompettes; le sifflement accompagnant la montée à bord d'un navire; l'exécution de l'hymne national et d'autres saluts musicaux; le défilé des gardes et musiques; le tir de canons; l'immersion des pavillons et la rentrée des drapeaux. Chaque forme de salut possède une longue tradition.

Le salut de la main est le salut personnel des officiers, sous-officiers et hommes de troupe. C'est un geste symbolique qui revêt plusieurs significations. C'est une salutation. C'est une marque de respect et de confiance mutuels. C'est un geste de courtoisie, de bonnes manières. C'est une marque de loyauté. C'est une reconnaissance de l'autorité que comporte le brevet de la reine, ainsi que de la responsabilité et du statut du titulaire de ce brevet; il symbolise également la volonté, voire l'obligation, d'accepter d'être dirigé. Et le salut ne comporte aucune servilité, aucune perte de dignité, car chaque membre des forces armées a un supérieur et reçoit des directives, jusqu'au niveau du Chef de l'état-major de la Défense et de Sa Majesté la reine qui exercent leurs diverses autorités en vertu des pouvoirs qui leur sont conférés par une loi du Parlement.

Le salut de la main des Forces canadiennes est le salut naval selon lequel la paume de la main est inclinée légèrement vers le bas et l'intérieur, de sorte qu’elle reste invisible, contrairement à la tradition de l'Armée et de l'Aviation selon laquelle la paume est tournée verticalement vers l'extérieur. Ce salut a été adopté au moment de l'unification des Forces armées en 1968. Pourtant, historiquement, le salut de la main a été utilisé dans l'Armée britannique longtemps avant qu'il ne le fût dans la Royal Navy.

Il existe plusieurs versions quant à l'origine du salut de la main, mais à cause de la grande ancienneté de cette coutume, on peut rarement les corroborer. La plupart renferment l'idée de manifester une intention amicale. La paume de la main droite, celle de l'arme, vide. La visière du casque du chevalier en position ouverte, montrant la figure et manifestant ainsi la vulnérabilité volontaire de celui qui salue. Cependant, malgré l'absence de preuves incontestables, il semblerait raisonnable de présumer que le salut de la main découle de l'ancien geste de salutation et de marque de respect, la découverte de la tête, qui, elle-même remonterait probablement à l'époque de la chevalerieFootnote 2.

Avant le milieu du XVIIIe siècle, dans'l'Armée britannique aussi bien que sur le continent, il semble tout à fait acquis que le salut personnel se rendait en enlevant son chapeau. En fait, cette coutume persista dans la Royal Navy jusque vers le milieu du XIXe siècle. Mais pendant les années qui s'écoulèrent entre le Soulèvement de l'Écosse (1745) et la Révolution américaine (1776), certains régiments de l'Armée britannique instaurèrent de façon sporadique le salut de la main qui consiste à porter celle-ci au casque. Un ordre régimentaire du Coldstream Guards, de 1745, se lit ainsi : « Ordre est donné aux hommes de ne pas enlever leur chapeau lorsqu'ils croisent un officier, ou qu'ils lui parlent, mais seulement de porter leur main à leur chapeau et de s'incliner au moment de croiser l'officier. » Cela nous paraît une mesure raisonnable, pour peu que l'on considère l'ornementation des couvre-chefs de l'époque et l'usure causée par leur enlèvement continuelFootnote 3.

Cela semblerait expliquer également la différence qui existe entre le salut de l'armée, – paume ouverte et étendue et simple toucher du chapeau orné de l'époque, – et le salut naval, – paume inclinée vers le sol (qu'on disait souillée par le tangage), étant le premier mouvement visant à saisir la calotte à larges bords entre le pouce et l'index afin que le matelot puisse l'enlever pour saluer. Il est certain que le salut naval de la main, celui qui est maintenant en usage dans les Forces canadiennes, est devenu officiel dans la Royal Navy en 1890, et a été défini clairement à l'article 145 des King's Regulations & Admiralty Instructions de 1908, qui s'est appliqué à la Marine royale canadienne nouvellement créée, dès sa formation en 1910Footnote 4.

Évidemment, le salut de la main comporte davantage que la seule marque de respect échangée entre deux personnes. Il comporte une expression de loyauté lorsque se joue l'hymne national; de respect pour le drapeau et ce qu'il représente, lors de la sonnerie et du coucher du soleil; et pour le drapeau et emblèmes de la reine, pour les drapeaux et guidons d'unités.

L'une de ces marques de respect est particulière à la vie à bord d'un navire. La coutume veut que les officiers e t matelots saluent en montant à bord d'un navire et en descendant. Dans certaines marines, l'officier ou matelot s'arrête au côté du navire, fait face à la poupe (où se trouvent le pavillon et le gaillard) et puis saluent. Bien que ce ne soit pas la pratique courante dans les navires de la Royal Navy, le salut associé à l'embarquement sur le gaillard est encore d'usage dans les navires de guerre canadiens.

On a longtemps débattu de l'origine et de la signification précise du salut au gaillard. Certains prétendent que c'est une marque de respect envers le poste de commandements et de l'autorité royale dont découle le commandement, c'est-à-dire le brevet du capitaine. Mais de nombreux historiens croient, bien que sans preuves solides, que ce salut vient de l'obéissance qu'on manifestait jadis à l'égard d'un oratoire ou crucifix qui, dit-on, se trouvait à l'arrière, et qu'il pourrait bien se rattacher à des rites religieux remontant à l'ère préchrétienne.

Il est certain que des preuves abondantes attestent que, pendant des siècles, le gaillard était considéré comme un lieu quasi sacré, respecté en tant que place d'honneur du navire, comme siège de l'autorité et du commandement, comme un secteur du premier pont réservé uniquement à certains membres de l'équipage, et exigeant une norme d'habillement et de décorum non exigée dans d'autres parties du navireFootnote 5. Il y a environ un siècle et demi, voici comment un officier de marine définissait le sentiment de respect frisant la révérence qui était particulier au gaillard : « Chaque personne, y compris le capitaine, en posant le pied sur ce lieu sacré, touche son chapeau ... Ce rite est devenu à ce point une habitude que, dans la nuit la plus obscure, alors que personne ne peut se trouver près de l'écoutille, il est invariablement exécuté avec la même précisionFootnote 6. »

Dans les navires de la Royal Navy, ce qu'on considère comme la limite avant du gaillard est marquée par une bande de laiton fixée au revêtement du pont, laquelle forme une ligne traversant celui-ci de bord en bord. Nous sommes loin du gaillard de « murs de bois » qui s'élevait au-dessus du pont principal et, pourtant encore, au-dessus du demi-pont. Et il se peut que ce soit à cause des changements radicaux intervenus dans la conception des navires que cette ancienne coutume consistant à saluer le gaillard est effectivement en voie de disparition. La localisation du mécanisme de détection sonar, les puits de mortiers et les ponts d'envol dans la partie arrière du destroyer moderne a probablement condamné les gaillards spacieux d'autrefois et, par voie de conséquence, les activités et observances qui lui étaient traditionnellement associées.

Enfin, le salut de la main s'exécute dans certaines unités en commémoration des disparus, geste qui symbolise ce qu'on pourrait appeler l'esprit du régiment. Chaque jour, tous les officiers et hommes de troupe, en entrant pour la première fois dans la salle d'armes du Royal Montreal Regiment, regardent et saluent une tablette fixée au mur qui est consacrée à ceux de leur régiment qui sont morts au champ d'honneur. La même coutume est observée à la salle d'armes de Belleville du Hastings and Prince Edward Regiment, où une plaque de huit pieds carrés en forme de couronne et d'insigne d'épaule dévoilée en 1965, rappelle la mémoire de ceux qui font désormais partie du « bataillon blanc » du régimentFootnote 7. De même, tous les officiers et hommes de troupe qui défilent devant la plaque du centre de la salle d'exercice des Fusiliers Mont-Royal, s'arrêtent et saluent les morts du régiment qui sont tombés au champ d'honneurFootnote 8.

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Les élèves-officiers du Royal Military College of Canada, de Kingston, sont éduqués dans la même tradition. À l'entrée du terrain du collège se dresse une barrière massive de pierre calcaire et de granit, érigée par le RMC Club, dont la pierre angulaire fut posée en 1923 par le gouverneur général, le vicomte Byng de Vimy. Sur des tablettes de bronze apposées sur la barrière figurent les nom des morts de guerre du collège. En conformité de la coutume des Forces armées, tous les élèves-officiers saluent l'Arc commémoratif du collègeFootnote 9.

Étroitement lié au salut de la main est le salut avec le fusil, c'est-à-dire le « présentez armes », et le premier mouvement de ce rite, c'est-à-dire le salut de la crosse. Ici encore se retrouve le thème constant de l'incapacité volontaire de se défendre qui est un signe d'amitié. Dans la position prise par la sentinelle ou le garde, l'arme est inoffensive.

Un des premiers exemples du « présentez armes » fut celui du Green Regiment, un des régiments des Bandes entraînées ou Milice de la ville de Londres, lors de la Restauration de 1660. Cette unité formait une garde d'honneur au pont Southwark à l'occasion du retour d'exil du roi Charles II. On nous raconte que ces troupes « qui, sur l'ordre de leur officier avaient présenté la crosse de leur mousquet à Sa Majesté au moment où il défilait devant elles, tirèrent un grand nombre de salves » après le passage du cortège royalFootnote 10.

Bien qu'il n'existe aucun modèle d'épée particulier aux Forces canadiennes, cette arme est utilisée dans certaines cérémonies, et cela malgré que l'Aviation royale canadienne ait discontinué l'usage de l'épée en 1952. L'épée est utilisée par les détachements armés qui accompagnent le drapeau de la reine et d'une unité, et dans les cérémonies de changement de commandement. Et les officiers de marines portent encore l'épée lorsqu'ils rendent une visite officielle à des dignitaires dans des ports d'escale.

Comme dans les autres formes de salut, l'épée, bien que dégainée, se trouve, en position finale, à pointer vers le sol, représentant ainsi un geste amical, contrairement à un geste hostile. Ce geste symbolise la confiance que l'on a à abaisser la garde. Celle-ci, qui protège la main, était jadis en forme de croix, et l'est encore dadns certains modèles d'aujourd'hui. Cela a fait croire pendant longtemps que le premier mouvement selon lequel la poignée est portée au menton aurait été une tradition remontant à l'époque des Croisades, alors que le croisé baisait la croix (poignée) juste avant de s'engager dans le combat.

Le tir de salves de canons en l'honneur d'un membre de la famille royale ou d'un personnage éminent, ou encore en l'honneur d'un état étranger, ou pour marquer une occasion spéciale, est une coutume très ancienne. Le salut du canon exécuté par les Forces canadiennes aujourd'hui se fait par les canons des navires de guerre canadiens et par les batteries du régiment royal de l'Artillerie canadienne, à des stations désignées à cette fin d'un littoral à l'autre du pays.

Il semble que cette ancienne coutume se soit d'abord établie à bord de navires en mer. À l'époque de la navigation à voile, les canons, dont le tir était réglé dans leurs embrasures tout le long de la batterie étaient souvent complètement chargés et prêts à tirer. En les tirant pour saluer, cela voulait dire que, pendant tout le temps qu'il fallait pour les écouvillonner, les recharger et les retirer, le navire était virtuellement sans défense, manifestant ainsi une intention amicale.

Une certaine forme de protocle, mesurant le degré d'honneur accordé, selon le nombre de boulets ou d'obus tirés, a toujours été observée. Maint canonnier a souvent fait passer un marbre d'une poche à une autre afin de s'assurer d'éviter d'insulter quelque personnage important ou de causer un incident diplomatique! ll est intéressant de comparer la phraséologie des règlements d'aujourd'hui avec celle d'il y a près de deux siècles :

« Les honneurs militaires rendus par le salut aux canons ... à des personnages de marque ... sont classés ainsi : ... Saluts généraux selon lesquels le nombre de boulets tirés dépend de l'occasion ou du statut du personnage honoréFootnote 11 ... »

« Lorsqu'une personne de qualité, ou de notoriété publique, monte à bord d'un navire de Sa Majesté, on peut la saluer à leur montée à bord, et également à son départ, avec le nombre suivant de canons : un duc ou un ambassadeur avec 15 canons. Les autres ministres publics ou personnes de qualité avec 11 canons ou moins, selon le degré de leur qualitéFootnote 12.

Le détail qui intrigue la plupart des gens, concernant le salut du canon, est le fait que, dans la plupart des cas, le nombre de boulets ou d'obus tirés, tant jadis que de nos jours, est impair : 21 canons pour un salut royal et le salut national, 19 pour un ambassadeur, 17 pour un amiral ou un général, et ainsi de suite. Ici encore, on a beaucoup écrit à propos de cette intéressante coutume, liée à d'anciennes croyances religieuses et à de vieilles superstitions. Shakespeare était très conscient de ce phénomène, comme l'atteste ses Joyeuses épouses de Windsor où il fait dire à Falstaff à propos d'un événement qui se reproduit trois fois : « ... les nombres impairs portent bonheur, j'espère ... On dit que les nombres impairs ont une vertu divine ... ». (Acte V, Scène I, traduction de François-Victor Hugo).

Le fait est que, traditionnellement, un nombre impair de coups de canon en guise de salut évoquait un événement joyeux, alors qu'un nombre pair dénotait la mort, bien que, évidemment, il y ait eu des exceptions. Voici ce qu'un écrivain du XVIIe siècle écrivait à ce sujet :

« Les saluts aux canons et les cérémonies, marqués par un nombre impair de coups tirés, sont à ce point observables en mer que chaque fois qu'on procède autrement les gens sont portés à conclure que soit le capitaine, soit le maître, soit le canonnier est mort pendant le voyage ... C'est également la coutume (comme nous l'avons dit plus haut) qu'à la mort soit du capitaine, soit du maître, soit du canonnier, soit de tout officier en chef, lorsque le corps est jeté à la mer vers sa sépulture, on sonne le glas et l'adieu avec quelques canons; ceux-ci (tel qu'indiqué ci-dessus) sont toujours en nombre pairFootnote 13. »

On ignore exactement quand la pratique du salut aux canons acquit un standing fondé sur le nombre de coups tirés. Les témoignages révèlent que l'arrivisme, faiblesse humaine, était très mal vu. Il est certain que dès l'époque élisabéthaine on se plaignait de la dépense qu'entraînait le salut aux canons exécuté par plusieurs piècesFootnote 14. Cela amena divers règlements visant à limiter et à définir le nombre de coups tirés.

L'un de ces règlements, paru à Londres en 1688, s'intitulait « Échelle du salut aux canons devant être observée dorénavant dans la Marine royale de Sa Majesté. » On y établissait une échelle de saluts à accorder aux officiers de marine : pour un capitaine, 11 canons; pour un capitaine agissant à titre de commodore, 13 canons; pour un contre-amiral, 15 canons; pour un vice-amiral, 17 canons; pour un amiral, 19 canons. On n'y mentionnait pas les honneurs à rendre à la royauté mais, en vertu d'un règlement de 1731, l'Amirauté décrétait que le salut royal devait s'exécuter par « le nombre de canons que l'officier en chef jugera à propos, mais n'excédant pas 21 par navire. » Il semblerait donc que le salut rendu au souverain fût peut-être une progression par rapport à celui réservé à un amiralFootnote 15. Mais on ne disait mot du Lord Grand Amiral d'Angleterre.

Une forme tout à fait différente de salut consiste à saluer un navire avec son pavillon. Ce rite remonte à l'ancienne coutume qui consistait à abaisser les huniers ou, dans les petites embarcations, à laisser flotter la grand-écoute. En dégageant l'air de la voile, on faisait le geste symbolique du filer au large du navire, manifestant ainsi sa soumission. Cette idée est exprimée dans un manuel du marin du XVIIIe siècle : « Abaisser ou caler le pavillon consiste à l'amener vers le chouquet; et cela se fait en saluant avec le plus grand respect, ou en signe de reddition à un ennemi au combatFootnote 16 ».

Dans la tradition britannique, la coutume de saluer un navire de la Marine royale avec son pavillon s'est précisée au cours des six siècles écoulés depuis le roi Jean jusqu'à Trafalgar. Les monarques anglais ont manifesté leur souveraineté sur la Manche et la mer d'Irlande en exigeant, et en obtenant en grande partie, cette marque de respect envers le drapeau britanniqueFootnote 17.

Enfin, le salut aux canons a été, pendant des siècles, une façon d'exprimer la joie d'un peuple reconnaissant, pas mal dans le même esprit qu'on chante un Te Deum dans les églises pour marquer la délivrance d'une catastrophe. Parfois, les canons grondaient pour exprimer simplement la joie d'une célébration.

Une occasion de ce genre, sur une grande échelle, fut la célébration qui eut lieu dans la petite ville de Norwich, en Est-Anglie, lorsque l'Armada espagnole périt au combat et dans la tempête en 1588.

« Le 22 septembre, jour d'action de grâces marquant le renversement des Espagnols, les gros canons tiraient des salves de salut toute la journée, les soldats du village déchargeaient leurs arquebuses et mousquets dans les prairies. Les drapeaux flottaient aux maisons et, au son des tambours, flûtes et trompettes, les chanteurs de noëls (fanfares officielles de ville ou de village) chantaient près de la croix du villageFootnote 18 (18).»

Nombreux sont ceux qui ont vu la croix illuminée sur le sommet du Mont-Royal qui surplombe la ville de Montréal. Mais peu nombreux sont ceux qui associent cette scène à une autre qui eut lieu quelques décennies seulement après la bataille de l'Armada.

L'établissement de Ville-Marie entouré de pieux, dans l'île de Montréal, fut fondé en 1642. Le jour de Noël de cette année-là, ce fortin qui abritait Maisonneuve et les « Messieurs et Dames de la Société de Notre-Dame pour la conversion des Sauvages de la Nouvelle-France » fut menacé d'une destruction imminente par les eaux débordantes du Saint-Laurent.

Le 6 janvier, fête de Saint-Joseph, 1643, Maisonneuve transporta jusqu'au sommet de la montagne une croix nouvellement confectionnée que les colons érigèrent en reconnaissance de leur délivrance. De retour au fort, la petite garnison continua la célébration en tirant les canons installés sur une plate-forme surélevée pour défendre le petit établissementFootnote 19».

Très peu de villes canadiennes ont eu la distinction de se voir baptiser par un salut royal. Tel fut pourtant le cas de Toronto. C'était le 24 août 1793, et l'emplacement de la future ville, protégé des vents en provenance du lac par l'île de Toronto, ne comptait que quelques indiens amis et une petite garnison. C'est ce jour-là que le lieutenant-gouverneur John Graves Simcoe apprit la victoire du duc de York à Famars, remportée plus tôt au cours de 1'année. Afin de célébrer cette victoire et de marquer le baptême de la nouvelle station, York, Simcoe rassembla bientôt ses ressources. Des canons de 12 et de 18 livres, ramenés plus tôt d'Oswegatchie et de l'île Carleton, ainsi qu'un détachement du Queen's Rangers, furent amenés sur la grève sablonneuse située à l'orée de la forêt de pins. Au large se trouvaient les goélettes royales Mississauga et Onondaga. Ce jour-là, toutes les forces participèrent au salut royal, remerciant ainsi simultanément pour le succès remporté contre l'ennemi en Europe, et marquant du même coup le début d'une grande ville qui allait surgir des étendues sauvages du Nouveau Monde.Footnote 20

Enfin, il y eut déjà un salut royal qui dut sûrement confondre les ennemis de la reine. C'était le 2 juin 1953, dans les lignes canadiennes faisant face à la cote 227, au nord de Panmunjom en Corée. Lors de la célébration marquant le couronnement de la reine Élizabeth II, « une généreuse ration de rhum assura les moyens nécessaires à un toast à Sa Majesté » de la part du 3e bataillon du Royal Canadian Regiment. Mais, afin de ne pas se faire surclasser par les « pousse-caillou », l'artillerie divisionnaire et les chars du Lord Strathcona's Horse (Royal Canadians), en soutien du RCR, tirèrent des saluts. Certaines de ces salves se manifestèrent sous forme de fumée rouge, blanche et bleue, enveloppant de leurs volutes » deux pitons qu'on savait être occupés par l'ennemiFootnote 21 ».

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