Musique et couplets 

La musique fait partie de la vie militaire depuis les temps les plus reculés. Longtemps avant qu'il y eût des airs et des mélodies, on se servait de sons musicaux, et on le fait encore aujourd'hui, pour transmettre des messages et des ordres en campagne et en mer. Un auteur d'il y a environ deux siècles exprimait cela en ces termes : « La musique militaire, avant l'adoption des armes à feu, servait à animer les soldats dans les combats et les sièges, ainsi qu'à donner le signal de différentes manœuvres et fonctions dans les camps et garnisons; on ne saurait donc douter qu'elle était utilisée dans nos anciennes armées Note de bas de page 1 »

La trompette et le fifre, ainsi que les cors de toutes formes et dimensions remontent aux époques les plus anciennes. Mais l'instrument le plus intéressant peut-être, connu de nombreuses sociétés primitives, est le tambour. Le nombre et la diversité des messages transmis par le tambour, à travers les siècles, n'ont été limités que par les lacunes de l'ingéniosité humaine.

Un dictionnaire militaire du XVIIIe siècle énumère dix battements distincts de tambour, dont chacun était parfaitement compris du soldat sur le champ de batailleNote de bas de page 2. Pour que ces battements puissent être entendus dans le fracas des batailles, il fallait dépendre dans une grande mesure de l'habileté et du courage inébranlable du tambour sous le feu de l'ennemi. Nous avons déjà mentionné ailleurs dans ce livre le battement du réveil, de la retraite et de l'extinction des feux.

Un battement de tambour bien connu du soldat et du civil était l'alerte ou le rappel. Le dernier jour de l'année 1775, dans l'obscurité de l'approche de l'aube sur les remparts de Québec, un officier du Royal Highland Emigrants aperçut des lumières suspectes. En réalité, ces lumières, aperçues par intermittences à travers la neige tombante, signalait l'attaque imminente sur Québec par les forces rebelles des colonies américaines. Les tambours et les cloches de la ville ayant battu le rappel, toute la garnison fut bientôt à son poste, prête à repousser l'envahisseur (3).Note de bas de page 3

Quelque vingt ans après ces événements, d'étranges lumières encore une fois mobilisèrent toute une garnison au pas de course. Cette fois, c'était à Port-Royal, en Jamaïque. La sentinelle de quart sur le pont de la frégate Blonde entendit les tambours à terre battant le rappel. Trois canots chargés de détachements de débarquement furent aussitôt dépêchés pour aider la garnison apparemment assiégée. « L'aventure provoqua beaucoup de rires au dépens du piquet qui avait donné l'alerte... », car les mystérieuses lumières aperçues au-dessus de la ville se révélèrent être des nuages de mouches à feu!Note de bas de page 4

Un autre usage ancien du tambour, qu'on retrouve dans l'expression « battage publicitaire », consistait à faire du recrutement au son du tambour. Au cours de cet été troublé de 1775 en Amérique du Nord britannique, la Gazette de Québec du 3 août rapportait qu'un détachement de recrutement avait commencé à « battre l'appel aux volontaires » pour le Royal Highland Emigrants, régiment levé spécialement pour la défense du CanadaNote de bas de page 5. Cependant par moments, il n'y avait pas affluence de volontaires. Le fameux Secrétaire de l'Amirauté Samuel Pepys, était, comme il le disait, toujours soucieux d'éviter « d'offenser le pays », particulièrement en temps de paix, lorsqu'il donnait instruction aux recruteurs « d'inviter les marins au son du tambour dans les lieux habituels » plutôt que de les contraindre à servir dans la Royal Navy. Mais, en 1652, pendant la première guerre anglo-hollandaise, à Sandwich, lorsque le battement du tambour ne produisit qu'un seul volontaire, la presse entra vitement en action et en fit « signer » quatorze autres.Note de bas de page 6

Aujourd'hui, dans les Forces canadiennes, le terme « tes tambours » veut dire un corps, au sein d'une unité, comprenant tambours, fifres, clairons ou trompettes; dans certaines unités, on emploie l'expression «les cornemuses et tambours», notamment dans les régiments écossais. Souvent, les battements utilisés aujourd'hui par « les tambours », notamment au cours de cérémonies, rappellent ceux d'autrefois. Le roulement, selon la manière dont il est exécuté, peut rappeler celui qui accompagnait la montée à bord d'une navire de guerre d'un amiral, ou encore le redoutable commandement « tout le monde présent au châtiment » (Hands to witness punishment). Puis il y avait l'appel à l'église et le battement du tambour en temps brumeux en mer.Note de bas de page 7

Un battement de tambour fort en usage, appelé la chamade, ou pourparlers, était un moyen de communication entre deux forces ennemies, préalablement à l'envoi d'un émissaire porteur d'un drapeau de trêve, chargé d'arranger, par exemple, une suspension d'armes afin de permettre l'inhumation des morts ou l'évacuation des non-combattants. Les tambours qui battirent le signal du tir des batteries de Louisbourg, en Nouvelle-Écosse, en 1745, battirent la chamade pour demander au général Pepperrell et au commodore Warren de retenir leur feu avant la rédaction des articles de la capitulation.Note de bas de page 8

Un usage du tambour qui est commun aux temps anciens et modernes est le battement mesuré de la marche cadencée, rythmant le pas et aidant les troupes à garder le pas. Avant l'époque des véhicules transporteurs de troupes, il importait que les commandants fussent en mesure d'estimer avec précision le temps nécessaire à une armée pour franchir une distance donnée. Dans des conditions normales en campagne, une fois la longueur et le nombre de pas par minute connus, les commandants n'avaient qu'à faire un simple calcul pour que leurs troupes atteignent une ville fortifiée ou un campement convenable en un temps donné. Aussi, le rythme de la cadence de marche a souvent fait avancer des troupes fatiguées jusqu'à leur objectif. C'est particulièrement le cas depuis l'avènement des fanfares militaires et des airs de marche.

Un sergent de l'infanterie canadienne a rappelé un exemple de ce qu'une musique militaire peut faire pour des troupes fatiguées, surtout lorsque le métier de soldat est fondé sur un esprit régimentaire bien marqué.

C'était au début de juin 1900, et la capitale de la République Boer, Pretoria, venait de tomber. Les troupes de l'Empire avaient fait la campagne depuis Cape Town. Elles s'apprêtaient à entrer dans la ville, en défilant devant le commandant en chef lui-même. Voici ce qu'écrivit à ce propos ce sergent canadien :

« On en était au point culminant de la campagne, même si ce n'était pas la fin de la guerre. Je n'oublierai jamais ce défilé. Déperaillés et brûlés par le soleil, les pieds endoloris et fatigués, sales et décharnés, nous avancions péniblement le long de la route de l'ouest conduisant au square... Au moment où nous contournions le coin, la fanfare se mit à jouer The Boys of the Old Brigade. Il me sembla que ce fût la musique la plus douce que j'eus jamais entendue. Nous redressâmes les épaules, sortîmes le thorax et mîmes tout l'entrain que nous pouvions dans notre pas. J'espère que tous furent aussi émus que moi; si c'est le cas, ils éprouvèrent une sensation qu'ils n'oublieront pas de sitôt. Quand nous entrâmes dans Pretoria, nous ne comptions plus que 438 hommes sur 1 150. Nous avions franchi 620 milles avec de maigres rations, depuis que nous avions été constitués en brigade le 12 février, avions été témoins de la prise de dix villes, avions livré dix engagements généraux et combattu de nombreux autres jours, et avions marché côté à côte pendant tout ce temps avec des régiments britanniques ayant de longues et grandes traditions... Ce fut l'un de ces moments exceptionnels qu'un homme ne connaît qu'occasionnellement au cours de sa vie. On ne l'oubliera jamais. Si quelqu'un me demandait ce que je considère être la plus grande occasion de ma vie, je lui dirais que ce fut lorsque j'ai défilé devant lord Roberts à Pretoria, le 5 juin 1900, avec le Royal Canadian Regiment. »Note de bas de page 9

La musique militaire non seulement ranime l'esprit des troupes fatiguées, mais elle minimise également la monotonie et la raideur de jambes qui résultent d'avoir à se tenir debout et immobile pendant de longues périodes de temps. Pendant la Seconde Guerre mondiale, on disait que le Cornwallis, sur les rives du bassin d'Annapolis, était l'établissement naval d'entraînement le plus considérable du Commonwealth. Il est certain que les 14 000 matelots et membres du Service féminin de la Marine constituaient un spectacle impressionnant sur le terrain de rassemblement, lorsqu'ils étaient formés en divisions le dimanche. Mais cela supposait de longues périodes de station debout, pendant que le capitaine inspectait les nombreuses divisions. Cependant, dès que la musique commençait, son effet était frappant. On pouvait alors remarquer un balancement à peine perceptible, mais pourtant très réel, de ces milliers d'hommes et de femmes au rythme de la musique, notamment au son de Oh, what a Beautiful Mornin'Note de bas de page 10. Tous oubliaient alors leur fatigue et leur ennui.

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Une longue tradition musicale s'attache au départ d'unités pour service actif. Dans le passé, les hommes défilaient sur une route, montaient à bord d'un train ou d'un navire transporteur de troupes. Aujourd'hui, les départs se font le plus souvent par la voie des airs. Mais la tradition veut qu'une musique militaire accompagne leur départ. Il en fut ainsi lorsque le Magnificent prit la mer à Halifax, en 1956, pour servir de quartier général et tambours du Royal Highland Regiment of Canada (Black Watch). .Note de bas de page 11

Il existe un air de marche qui est inséparable du départ de régiments vers des pays lointains. Pendant plus de deux siècles, on a versé plus d'une larme au défilé de troupes au son de The Girl I Left Behind MeNote de bas de page 12. A vrai dire, dans de nombreuses villes de garnison les belles du lieu se sentaient gravement négligées si les soldats en partance ne leur rendaient pas cet ultime hommage musical.

En février 1813, un détachement du 104th Regiment of Foot, levé initialement au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse pour former le New Brunswick Regiment of Fencible Infantry, reçut l'ordre de se rendre, par voie de terre, de Fredericton à Québec et à Kingston. Les États-Unis avaient déclaré la guerre l'année précédente. Le jour du départ, la température marquait environ 20° en-dessous de zéro (Fahrenheit). Un soldat nota dans son journal à quel point lui et ses compagnons avaient le moral bas jusqu'à ce que « nos clairons entonnent l'air joyeux The Girls We Leave Behind UsNote de bas de page 13 ».

Un instrument de musique unique quant à sa conception et au son qu'il produit, ainsi qu'à l'influence profonde qu'il exerça sur les affaires militaires à travers les siècles, est la cornemuse. Joué dans de nombreux pays, et connu déjà des anciens Romains, la cornemuse est un instrument à anche dont le réservoir d'air est formé d'un sac de cuir, ce qui permet au cornemuseur de prolonger la mélodie en cours tout en respirant.

Aujourd'hui, la cornemuse est reconnue comme l'instrument national du peuple écossais, et est devenue un objet de vénération pour tous les Écossais transplantés à l'étranger et nombre d'autres personnes à travers le monde dont le cœur bat au son aigu de la cornemuse.Note de bas de page 14

Les airs de cornemuse ont souvent évoqué les « montagnes natales » chez nombre de colons canadiens nostalgiques, et consolé d'autres en temps de détresse. Au combat, sur maint champ de bataille, le cornemuseur a encouragé ses camarades dans le feu de l'action, sonnant le charge ou l'assaut, comme le fit, par exemple, le cornemuseur James Richardson, V.C., du 16e bataillon du Canadian Scottish de Victoria.

En octobre 1916, pendant l'attaque contre la tranchée Regina lors de la bataille des hauteurs de l'Ancre, le bataillon était cloué aux défenses de fil barbelé par un tir nourri de mitrailleuses. Le cornemuseur Richardson, à peine âgé de 18 ans, ne tenant aucun compte de sa propre sécurité, fit la navette le long des barbelés en jouant de son instrument de la façon traditionnelle, et inspira ainsi à tel point le bataillon que celui-ci prit d'assaut les barbelés et bondit jusqu'à son objectif.Note de bas de page 15

Alors que les appels militaires du tambour et du cor sont en usage depuis le tout début des opérations de guerre organisées, c'est-à-dire depuis avant même l'histoire écrite, la musique militaire telle qu'on la connaît aujourd'hui fut transmise à l'Armée britannique du continent au milieu du XVIIIe siècle. L'usage de la flûte, du tambour et de la trompette par les troupes en marche était connu à l'époque médiévale, mais il est évident qu'il y avait alors très peu de coordination des efforts dans le domaine musical. Le principal but visé à l' époque semble avoir été la production du plus grand bruit possible. On en voit la preuve dans le Conte du chevalier tiré des Contes de Cantorbéry de Chaucer.

De même, alors que les troubadours qui erraient d'un bout à l'autre de l'Europe et les ménestrels qui visitaient les grandes maisons européennes assuraient la survie de mélodies qui, autrement, se seraient perdues, ils ne s'exécutaient qu'à titre individuel. L'évolution de la fanfare à plusieurs instruments, musicalement coordonnée, est liée à l'évolution des instruments eux-mêmes, laquelle s'est révélée un processus très lent. Ainsi, alors que la cour de Louis XIV fut témoin d'un essor important dans ce sens, dans la France du XVIIe siècle, ce ne fut qu'au moment de la conquête du Canada au XVIIIe siècle que les régiments de l'Armée britannique commencèrent à organiser des musiques militaires. À vrai dire, ce ne fut qu'en 1857 que le War Office dissipa la confusion qui régnait jusque-là dans l'organisation et les procédures musicales des fanfares de l'Armée britanniqueNote de bas de page 17, et cela en créant l'École militaire royale de musique à Kneller Hall, Twickenham, en Angleterre.

Dans les Forces canadiennes aujourd'hui, il existe plus de 125 marches approuvées officiellement et en usage dans les unités, commandements et directions).Note de bas de page 18 Il y a, bien sûr, de nombreux airs utilisés par plus d'une unité. Ainsi, huit régiments écossais se réclament de l'air celui de Blue Bonnets over the Border, et enfin trois autres sur celui de A Hundred Pipers et de The Piobaireachd of Donald Dhu. Tous ces airs, outre la March of the Cameron Men donnent une idée de la force de la tradition écossaise dans la milice canadienne.

Certains airs de marche évoquent le secteur géographique de l'unité en cause, comme, par exemple : The Banks of Newfoundland du Royal Newfoundland Regiment, The Old North Shore du Royal New Brunswick Regiment et Red River Valley du Fort Garry Horse. Le titre de la marche du Rocky Mountain Rangers rappelle le quartier général régimentaire, établi à Kamloops, qui veut dire « la rencontre des eaux », c'est-à-dire le confluent de la Thompson Nord et de la Thompson Sud en Colombie-Britannique.

La marche au pas cadencé du Princess Patricia's Canadian Light Infantry atteste que l'origine de ce régiment remonte à la Première Guerre mondiale, la partition musicale étant un pot-pourri de Has Anyone Seen the Colonel, Tipperary et Mademoiselle d'Armentières, alors que la vieille chanson Vive la Canadienne est des plus appropriées au Royal 22e régiment. Quatre des plus anciens régiments défilent fièrement sur l'air de British Grenadiers.

On dit que la musique forge des amitiés. Il est certain que marcher ensemble constitue l'un de ces liens qui ont réussi avec le temps à assurer la cohésion des membres de nombreux régiments, souvent pendant de nombreuses années. À cause des longs et glorieux états de service de nombreux régiments britanniques, les unités canadiennes qui leur sont alliées ont toujours été honorées d'être invitées à marcher sur les airs de leurs homologues plus anciens. Un exemple en est l'air de marche The Buffs du Queen's Own Rifles of Canada, allié au Queen's Own Buffs du Royal Kent Regiment. Certains se rappelleront sans doute les lignes émouvantes qui racontent l'histoire de ce soldat solitaire au courage magnifique, attendant son exécution barbare plutôt que de céder à ses ravisseurs, qu'on trouve dans The Private of the Buffs de sir Francis Doyle.

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Trois régiments de la milice, le Elgin Regiment, le British Columbia Regiment (Duke of Connaught's Own) et le Hastings and Prince Edward Regiment ont le même air de marche, I'm Ninety-Five. L'origine de la mélodie est intéressante. En 1816, le 95th Regiment of Foot, en reconnaissance de ses remarquables états de service au combat, fut rayé de la liste des régiments de ligne numérotés et se vit conférer le nom de The Rifle Brigade. Mais l'air de marche de cette unité continua d'être I'm Ninety-Five. Les trois strophes, d'un ton comique, suivirent l'arrangement de la mélodie en un air de marche. Une fois que la reine Victoria eut manifesté son approbation avec enthousiasme, cet air devint de plus en plus populaire, à tel point que d'autres unités, non nécessairement de fusiliers, l'adoptèrent.Note de bas de page 19

La caractéristique dominante d'un bon air de marche est la combinaison d'un rythme à la fois détendu et cadencé avec cette qualité indéfinissable d'une mélodie qui remonte aussitôt le moral. Un bon exemple est l'air de marche du Lord Strathcona's Horse (Royal Canadians), Soldiers of the Queen. Composé à la fin du règne de la reine Victoria, il a connu une grande popularité.Note de bas de page 20

Un exemple d'une très ancienne mélodie utilisée comme air de marche dans les Forces canadiennes aujourd'hui est celui du 1er régiment canadien des transmissions, Begone, Dull Care. En tant qu'air de marche, il tire son origine du Royal Corps of Signals, mais sa mélodie remonte à 1687, alors qu'on la connaissait sous le nom de The Buck's Delight. En voici les deux premiers vers :

Begone, dull Care! I prythee begone from me!
Begone, dull Care! You and I shall never agree.Note de bas de page 21

La chanson Ça Ira, devenue l'air de marche du Royal Montreal Regiment, est très ancienne et, au premier coup d'œil, semble un choix curieux de la part d'un régiment loyal de la Reine. Sanguinaire et révolutionnaire, son choix atteste l'un de ces aspects étranges de la nature humaine.

Pendant les guerres napoléoniennes, il n'était pas exceptionnel pour les musiques des régiments britanniques de jouer des airs révolutionnaires français, en manière de dérision, tels que Ça Ira et la Marche des Marseillais, entre l'exécution du Rule Britannia et de British Grenadiers, ce qui devenait une forme de guerre psychologiqueNote de bas de page 22. À Famars, en 1793, le 14th Regiment of Foot fut repoussé par les soldats révolutionnaires fanatiques de France. Mais une fois le régiment regroupé, son commandant ordonne à la musique d'attaquer l'air de Ça Ira et, à l'accompagnement des notes de la mélodie sanguinaire qui avait escorté la noblesse française vers la guillotine, le régiment marcha à la victoire.Note de bas de page 23

Le 14th Regiment of Foot adopta alors avec un vif enthousiasme le Ça Ira comme air de marche, et cette unité devint plus tard le West Yorkshire Regiment (The Prince of Wales' Own). Le Royal Montreal Regiment, qui perpétue le 14e bataillon du Corps expéditionnaire canadien de 1914-1918, est allié au West Yorkshire depuis plus d'un demi-siècle. Et c'est pourquoi on entend Ça Ira dans les rues de Montréal.

Depuis l'unification des Forces canadiennes en 1968, certaines formations ont disparu et de nouvelles ont été établies. Cela, en retour, a donné l'occasion de composer et d'adopter de nouveaux airs de marche. Ainsi, la marche officielle de tous les bataillons des services, Duty Above All, composée par le capitaine B.G.M. Bogisch, a été approuvée en 1973. L'air bien connu, Ca-Na-Da, composé par Bobby Gimby pendant l'année du centenaire de la Confédération, en 1967, a été arrangé par le major J.F. Pierret et approuvé en tant que marche régimentaire du régiment aéroporté canadien en 1974. La Direction des communications et de l'électronique a comme marche au pas cadencé The Mercury March, composée et arrangée par le capitaine A.C. Furey, et approuvée en 1975.

La plupart des marches utilisées dans les Forces canadiennes aujourd'hui appartiennent à l'Armée, et la richesse de leur diversité et de leur tradition résulte de l'effet décentralisateur de l'ancien système de corps et de la conservation du système régimentaire actuel. L'héritage de la Marine et de l'Aviation est tout à fait différent. Chacune d'elles avait, avant l'unification, une seule organisation et un seul concept, selon lesquels l'identité et la loyauté n'étaient pas concentrés avant tout sur les unités, mais plutôt sur la Marine canadienne et l'Aviation canadienne respectivement. Cela se reflète encore dans les marches des marins et aviateurs d'aujourd'hui.

Heart of Oak est l'air de marche à pas cadencé de la Direction des opérations navales et du Commandement maritime. Les paroles, qui commencent par « Come cheer up, my lads, 'tis to glory westeern, ont été écrites par David Barrick et mises en musique par William Boyce. On entendit cet air pour la première fois sur une scène de Londres dans une production intitulée Harlequin's Invasion, pour célébrer l'année des victoires, soit Minden, Baie de Quiberon et Québec, en 1759Note de bas de page 24.

De même, tous les aviateurs des Forces canadiennes défilent au son d'un même air, intitulé RCAF March Post. Cette partition musicale, connue en Grande-Bretagne sous le nom de The Royal Air Force March Post, fut composée à l'origine par sir Walford Davies, peu après la formation de la RAF en 1918, et fut plus tard arrangée et modifiée par sir George DysonNote de bas de page 25. C'est en 1943, alors que le C.A.R.C. était profondément engagé dans la guerre aérienne au-dessus de la Grande-Bretagne et de l'Allemagne qu'il fut autorisé à utiliser cette marcheNote de bas de page 26 et, aujourd'hui, le RCAF March Post continue d'être la marche au pas cadencé de la Direction des opérations aériennes et du Commandement aérien.

L'article II de l'édition de 1757 des Regulations and Instructions Relating to His Majesty's Service at Sea stipulait :

« Les commandants des navires de Sa Majesté doivent veiller à ce qu'un service religieux ait lieu deux fois par jour à bord, selon la liturgie de l'Église d'Angleterre, et qu'un sermon soit prêché chaque dimanche, à moins de mauvais temps ou d'autres accidents extraordinaires. »

Les choses ont bien changé depuis. À cause de nombreux facteurs, dont : la semaine de cinq jours et la nature familiale de la pratique religieuse en temps de paix; le régime de trois équipes de travail sur les bases opérationnelles; la tendance actuelle voulant que la majorité des militaires célibataires vive à l'extérieur des bases; et le déclin général de la pratique religieuse dans la vie civile; les services religieux dans les Forces canadiennes se limitent en grande partie à de petites réunions volontaires, ou encore à la réunion d'un personnel choisi pour une occasion spéciale. Cependant, il convient de noter que dans des situations opérationnelles, comme des exercices dans l'Arctique ou au sein des Nations Unies à l'étranger, la présence des volontaires aux services religieux est fort bonne. Il est certain qu'à bord des navires en mer, alors qu'il est impossible d'éviter le système de quart, sept jours par semaine, la présence aux services religieux, bien que volontaire, à moins qu'ils ne s'accompagnent des divisions du dimanche et de l'inspection du capitaine, est encore la routine normale.

Dans un service religieux à bord d'un navire, l'hymne naval fait invariablement partie de la cérémonie, et on le chante avec entrain, comme on le fait depuis plus d'un siècle. Le « Père éternel » a été écrit par William Whiting en 1860, après que ce clergyman eut traversé un vent très violent sur la méditerranée. Les paroles ont été adaptées à la mélodie Melita de John B. Dykes en 1861 :

The Naval Hymn

Eternal Father, strong to save,
Whose arm hath bound the restless wave,
Who bidd'st the mighty ocean deep
Its own appointed limits keep:
O hear us when we cry to Thee
For those in peril on the sea.

O Christ, whose voice the waters heard,
And hushed their raging at Thy word,
Who walkedst on the foaming deep,
And calm amid the Storm didst sleep:
O hear us when we cry to Thee
For those in peril on the sea.

O Holy Spirit, who didst brood
Upon the waters dark and rude,
And bid their angry tumult cease,
And give, for wild confusion, peace:
O hear us when we cry to Thee
For those in peril on the sea.

O Trinity of love and power,
Our brethren shield in danger's hour;
From rock and tempest, fire and foe,
Protect them wheresoe'er they go:
Thus evermore shall rise to Thee
Glad hymns of praise from land and sea.Note de bas de page 27

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Il est assez intéressant de noter que cette composition, appelée dans ce cas-ci The Navy Hymn, a été adoptée par l'Académie navale des États-Unis, d'Annapolis, en 1879, de sorte qu'on la joue là depuis près d'un siècle.Note de bas de page 28

Il est également traditionnel, pendant un service religieux à bord d'un navire, de réciter la prière navale, dont la langue savoureuse est encore la même après trois siècles. Elle parut dans le rituel de l'Église anglicane (Book of Common Prayer) en 1662, peu après la restauration de Charles II Note de bas de page 29:

The Naval Prayer

O Eternal Lord God, who alone spreadest out the heavens, and rulest the raging of the sea; who has compassed the waters with bounds until day and night come to an end; be pleased to receive into thy almighty and most gracious protection the persons of us thy servants, and the Fleet in which we serve. Preserve us from the danger of the sea, and from the violence of the enemy; that we may be a safeguard unto our most gracious Sovereign Lady, Queen Elizabeth, and her Dominions, and a security for such as pass on the seas upon their lawful occasions; that the inhabitants of our Empire may in peace and quietness serve thee our God; and that we may return in safety to enjoy the blessings of the land, with the fruits of our labours, and with a thankful remembrance of thy mercies to praise and glorify thy holy name; through Jesus Christ our Lord. Amen

Le service religieux dans l'Aviation comprend habituellement l'hymne O thou within whose sure control. Les paroles ont été écrites pour les « voyageurs de l'air » par Kathryn Munro en 1928 et adaptée à la même mélodie, Melita, que The Naval Hymn, composée par John B. Dykes en 1861.Note de bas de page 30

O Thou within whose sure control
The surging planets onward roll,
Whose everlasting arms embrace
The sons of every clime and race:
Hear Thou, O Lord, a nation's prayer
For these Thy children of the air!

Thou at the impulse of whose will
A troubled Galilee grew still,
Thy chart and compass shall provide
Deliverance from storm and tide:
Hear Thou, O Lord, a nation's prayer
For these Thy rangers of the air!

Across the ocean, dread and deep,
Above the forest's lonely sweep,
Or when through serried clouds they rise
And hidden are from mortal eyes;
Hear Thou, O Lord, a nation's prayer
For Thy crusaders of the air!

Uphold their shining argosies
Upon the vast ethereal sea;
Encompass Thou their valiant wings
In all their brave adventurings:
Hear Thou, O Lord, a nation's prayer
For these Thy children of the air!

De nombreux régiments ont, avec les années, conçu leur propre service religieux, y compris leur propre prière régimentaire. En voici une typique, celle du 8th Canadian Hussars (Princess Louise's), écrite expressément pour ce régiment par l'évêque de Fredericton, le très révérend Harold E. Nutter, en 1972.Note de bas de page 31

Almighty God, who has revealed thyself in mercy and justice, we pray that our service to Queen and country may always be characterized by those qualities.

Keep all who serve in this Regiment loyal to Thee and to those with whom they serve. Shelter them in the day of battle, and ever keep them safe from all evil.

We remember before Thee with thanksgiving the courage and fellowship of those who have died in the cause of righteousness and peace, and all those who have shared with us in the life of this Regiment.

We pray that we may be guided always to serve as seeing Thee who art invisible:

Through Jesus Christ Our Lord

Amen

La collecte régimentaire du Queen's Own Rifles of Canada a été rédigée par le major honoraire F.H. Wilkinson, évêque de Toronto.Note de bas de page 32

O God, whose servant David put off his armour the better to prevail against his enemy, grant, we beseech thee, that we, thy servants of the Queen's Own, who were chosen of old to obey with speed and to fight unburdened, may lay aside every weight and every besetting sin and run with patience the race that is set before us by Jesus Christ our Lord, and  this we ask for His Name's sake.

Amen

Enfin, il y a un poème qui, en trois décennies, est devenu presque une légende. Il s'agit du sonnet intitulé High Flight, écrit par un capitaine d'aviation de 19 ans de l'Aviation royale canadienne, quelques mois seulement avant d'être tué en 1941.

John Gillespie Magee, fils, (1922-1941), naquit de parents américains en Chine et fit une partie de ses études à Rugby, en Angleterre. En 1940, il traversa la frontière américaine « pour faire sa part » dans le C.A.R.C. Il reçut ses ailes en juin 1941 et, peu après, se joignit à la 412e escadrille. Il participa à plusieurs missions opérationnelles à bord de son Spitfire. Quatre jours après Pearl Harbor, le 11 décembre 1941, le capitaine d'aviation Magee, alors qu'il volait à travers les nuages pendant une patrouille de convoi, entra en collision avec un autre appareil et fut tué sur le coup.Note de bas de page 33

Dans une langue évocatrice du lévrier du ciel (Round of Heaven) de Francis Thompson, Magee a exprimé le sentiment enivrant qu'on éprouve, cette ivresse illimitée que procurent la liberté spirituelle et la terreur mystérieuse qu'on ressent à quitter la terre pour prendre son essor à travers le vaste dôme du ciel :

High Flight

Oh! I have slipped the surly bonds of earth
And danced the skies on laughter-silvered wings;
Sunward I've climbed, and joined the tumbling mirth
Of sun-split clouds — and done a hundred things
You have not dreamed of — wheeled and soared and swung
High in the sunlit silence. Hov'ring there
I've chased the shouting wind along, and flung
My eager craft through footless halls of air.

Up, up the long, delirious, burning blue
I've topped the wind-swept heights with easy grace
Where never lark, or even eagle flew —
And while with silent lifting mind I've trod
The high untrespassed sanctity of space
Put out my hand and touched the face of God.

John Gillespie Magee

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