Les communautés historiques noires du Canada

Depuis 1996, la campagne annuelle du Mois de l’histoire des Noirs du gouvernement du Canada encourage les Canadiens à en apprendre davantage sur l’expérience des Noirs au Canada. Le présent survol documente certains des événements qui ont aidé à façonner les contributions des personnes d’ascendance africaine et caribéenne à l’établissement, à la croissance et au développement du Canada.

La première personne d’origine africaine à venir dans ce qui est aujourd’hui le Canada est arrivée il y a quelque 400 ans. En 1604, Mathieu Da Costa est arrivé avec les explorateurs français Pierre Du Gua De Monts et Samuel de Champlain. M. Da Costa, un interprète multilingue qui parlait le français, l’anglais, le néerlandais, le portugais et le pidgin basque, a servi de lien précieux entre le peuple Mik’maq et les Européens.

En 1628, Olivier LeJeune fut enregistré comme le premier esclave africain à vivre au Canada (c.-à-d. Nouvelle-France). Le nom de naissance d’Olivier LeJeune n’est pas connu, puisqu’il a été amené d’Afrique dès sa jeune enfance et qu’il a éventuellement pris le nom de famille du prêtre qui l’a acheté.

En mai 1689, à la suite de plaintes sur les pénuries de main-d’œuvre en Nouvelle-France, le roi de France Louis XIV a autorisé les colons à asservir les Pawnee, Autochtones américains, et les Africains.

Entre 1749 et 1782, la plupart des Noirs amenés en Nouvelle-Écosse ont été asservis par des colons anglais ou américains. En 1750, environ 400 esclaves et 17 Noirs libres vivaient à Halifax, en Nouvelle-Écosse. Même si le système d’esclavage a pris de l’expansion pendant cette période, en 1767,104 Noirs libres vivaient aussi en Nouvelle-Écosse (qui comprenait alors le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard d’aujourd’hui). En 1760, pendant la guerre de Sept Ans entre la Grande-Bretagne et la France, les articles de capitulation qui cédaient la Nouvelle-France à la Grande-Bretagne ont permis que les Noirs et les Pawnee demeurent esclaves.

Au cours de la guerre de l’Indépendance américaine (1775-1783), les Britanniques ont offert la liberté aux esclaves africains d’Amérique qui se sont rangés de leur côté pendant la guerre. Un grand nombre ont saisi cette occasion de devenir libres, et 10 % des loyalistes de l’Empire-Uni qui sont arrivés dans les Maritimes étaient des Noirs. Les loyalistes noirs ont fondé des colonies partout en Nouvelle-Écosse. La plus importante était à Birchtown, près de Shelburne, et d’autres se trouvaient à Brindley (Brinley) Town (près de Digby), Preston (comté de Guysborough), Negro Line (aujourd’hui Southville, comté de Digby), Birchtown (région de Princedale–Virginia East–Graywood, comté d’Annapolis) et Old Tracadie Road (comté de Guysborough). Les loyalistes noirs ont été traités injustement : ils ont reçu des parcelles de terre beaucoup plus petites et moins de vivres que les autres, et ils devaient travailler pour des salaires moins élevés. En 1790, environ 1 200 loyalistes noirs mécontents des conditions en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick ont accepté l’offre de la Sierra Leone Company (une organisation antiesclavagiste britannique) de se réinstaller en Sierra Leone, sur la côte atlantique de l’Afrique de l’Ouest.

En 1793, le mouvement antiesclavagiste a été encouragé par les actions de Chloé Cooley, une Africaine asservie du Haut-Canada (aujourd’hui l’Ontario) qui avait résisté à une tentative de trafic pour être vendue aux États-Unis. John Graves Simcoe, lieutenant-gouverneur du Haut-Canada, qui appuyait l’abolition avant de venir au Canada, avait entendu parler de l’affaire Cooley. Il était à l’origine de la Loi coloniale pour prévenir l’introduction d’autres esclaves et pour limiter la durée des contrats de servitude. Cette loi libérait les esclaves de 25 ans et plus et interdisait d’amener des esclaves au Haut-Canada. La loi sur l’abolition au Haut-Canada ainsi que les décisions des tribunaux en Nouvelle-Écosse dans les années 1790 ont grandement contribué à un déclin de l’esclavage des Africains au Canada et ont fait du Canada une destination pour ceux cherchant la liberté et une base importante pour le mouvement abolitionniste.

Au cours des années 1800, un certain nombre de communautés noires historiques se sont établies ici et là au Canada. Certaines sont venues à cause de la guerre. De plus, entre 1800 et 1865, environ 30 000 Noirs sont arrivés au Canada par le « chemin de fer clandestin », un réseau de routes secrètes et de refuges sécuritaires utilisés par les esclaves africains pour s’échapper vers les États américains libres et le Canada avec l’appui des abolitionnistes et de leurs alliés.

Pendant la guerre de 1812, de nombreux Noirs se sont rangés du côté de l’Empire britannique. Le « Coloured Corps » a été établi dans le Haut-Canada (l’Ontario) et a participé à la bataille de Queenston Heights. En 1815, les anciens combattants noirs de la guerre de 1812 ont reçu des concessions de terres dans le canton d’Oro, mais une grande partie de la terre n’était pas adaptée à l’agriculture et un grand nombre d’entre eux ont constaté qu’ils devraient chercher un emploi ailleurs. D’autres collectivités comme Amherstburg, Chatham, London, Woolwich et Windsor, Owen Sound et Toronto, ont également connu une croissance pendant cette période.

Les communautés noires de la Nouvelle-Écosse ont aussi été revigorées pendant et après la guerre de 1812. À la suite d’une offre de la Grande-Bretagne à ceux qui ont déserté les Américains, quelque 2 400 Noirs de Géorgie et de la région de Chesapeake, aux États-Unis, ont servi dans l’armée britannique ou ont soutenu l’effort de guerre. Après la guerre, les « réfugiés noirs » se sont installés à Preston, Hammonds Plains, Beechville (« Refugee Hill »), Five Mile Plains, Beaverbank, Prospect Road, Halifax, Dartmouth et ailleurs. En date de 1834, les « réfugiés noirs » avaient créé des communautés avec des églises baptistes africaines ainsi que des sociétés telles que l’African Friendly Society et l’African Abolition Society.

En 1807, la loi sur l’abolition du commerce d’esclaves dans l’Empire britannique a reçu la sanction royale et a pris force de loi dans l’ensemble de l’Empire britannique. En 1833, la loi sur l’abolition de l’esclavage dans l’Empire britannique a aboli l’esclavage dans la plupart des colonies britanniques, y compris le Canada.

Au début des années 1850, deux importants journaux abolitionnistes ont été fondés au Canada pour appuyer le mouvement mondial antiesclavagiste. Fondé en 1851 par Mary et Henry Bibb à Windsor, en Ontario, The Voice of the Fugitive parlait du « chemin de fer clandestin ». Fondé par Mary Ann et Isaac Shadd en 1853, publié à Toronto et plus tard à Chatham, The Provincial Freeman a fait de Mary Ann Shadd la première femme noire en Amérique du Nord à posséder et publier un journal.

En 1858, près de 800 Noirs libres fuirent l’oppression raciale de San Francisco pour l’île de Vancouver où le gouverneur James Douglas les avait invitées à s’installer. Malgré la forte discrimination dont ils furent l’objet, ces pionniers marquèrent la vie politique, religieuse et économique de la colonie. Près de 400 familles noires californiennes ont déménagé principalement à Victoria ou à l’île Saltspring avant le début de la ruée vers l’or.

En 1879, un nombre important de Noirs ont commencé à émigrer en Alberta de l’Oklahoma, où ils étaient incapables de trouver l’égalité en dépit d’être des agriculteurs expérimentés, et de plus en plus alarmés par une série de lynchages du Ku Klux Klan. Au Canada, cependant, ils ont dû faire face à des tentatives d’empêcher l’immigration des Noirs.

À l’aube du XXe siècle, de nombreuses communautés noires établies au Canada avant et juste après la Confédération se sont dotées d’organisations et d’institutions qui ont favorisé leur identité canadienne unique. À mesure que les politiques d’immigration discriminatoires contre les personnes d’ascendance africaine et caribéenne, entre autres, étaient abolies ou réformées, d’autres collectivités et organisations s’établissaient partout au Canada.

Au cours des quatre derniers siècles, les personnes d’ascendance africaine et caribéenne ont façonné leur propre identité au Canada tout en apportant d’importantes contributions à la société canadienne. Nous vous invitons à profiter de l’occasion offerte par le Mois de l’histoire des Noirs pour en apprendre davantage sur ces récits et témoignages et pour trouver des façons de les intégrer à l’identité canadienne tout au long de l’année.

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