Héritage et institutions

Pendant les 4 siècles ou presque de l’histoire du Canada, les femmes noires  ont façonné leur propre identité tout en prenant des mesures décisives pour assurer la survie, la préservation et la croissance de leurs familles et de leurs communautés. En tant que porte-parole et catalyseurs du changement, les femmes noires ont créé de nombreuses et importantes organisations qui ont fait progresser l’égalité et les droits de la personne.

Sages-femmes des communautés africaines de la Nouvelle-Écosse

Depuis le début des années 1600, des personnes d’ascendance africaine vivent en Nouvelle-Écosse. Les migrations les plus importantes ont eu lieu entre la fin des années 1700 et le début des années 1900. Aux premiers jours, ils ont dû être autonomes pour survivre. Mettant au monde de nouvelles générations de bébés, les sages-femmes ont joué un rôle essentiel pour la présence afro-néo-écossaise.

Les sages-femmes quittaient leur foyer à toute heure du jour ou de la nuit et dans toutes les conditions pour aller aider des bébés à naître de manière sécuritaire. Elles arrivaient, sacoche en main, avec leurs accessoires — linges propres, ciseaux, et, généralement, quelque chose pour faire à manger. Ces femmes se rendaient dans les foyers non seulement pour l’accouchement, mais aussi pour s’occuper de la famille, et restaient jusqu’à ce que les mères soient de nouveau sur pied.

Leur expérience, leur courage, sans oublier leur foi, les ont guidées tant pour les accouchements normaux que pour les cas difficiles. Leurs buts étaient d’assister les bébés jusqu’à leur premier souffle, et elles gardaient espoir même si le médecin d’office avait perdu espoir pour un bébé. Les sages-femmes se rendaient là où elles étaient requises, ce qui les amenait parfois dans les communautés blanches environnantes pour aider à un accouchement lorsque le médecin ne pouvait pas s’y rendre. Dans les communautés noires de la Nouvelle-Écosse, les sages-femmes ont mis au monde des générations de bébés jusque dans les années 1960.

Dames auxiliaires de l’African United Baptist Association de la Nouvelle-Écosse

Entre 1824 et 1891, un réseau d’églises baptistes africaines a été mis sur pied dans des communautés noires partout en Nouvelle-Écosse. En 1854, ces églises se sont regroupées pour former l’African United Baptist Association (AUBA) (Association baptiste unie africaine). Les femmes noires étaient des membres clés, organisatrices et enseignantes au sein de l’AUBA. La Ladies Organization (Auxiliary) (Organisation des Dames auxiliaires) a été fondée en 1917 lors des séances annuelles de l’AUBA à East Preston, en Nouvelle-Écosse, soit douze ans avant que le statut juridique de « personnes » ne soit reconnu aux femmes par une loi canadienne. La première présidente a été sœur Maude Sparks, de Cherry Brook.

Le Provincial Freeman de l’Ontario

Le Provincial Freeman,un journal qui a vu le jour à Windsor en Ontario a été cofondé par Mary Ann Shadd Cary, la première femme noire en Amérique du Nord et la première au Canada à devenir éditrice de journaux. Consacré à l’antiesclavagisme, à la tempérance et à la littérature générale, cet hebdomadaire a été publié du 24 mars 1853 au 20 septembre 1857 et couvrait les activités et les questions relatives aux personnes noires du Canada.

Le Club des femmes de couleur de Montréal

En 1912, un groupe de femmes noires ont formé leur propre club social en fondant le Club des femmes de couleur, étant donné que d'autres groupes n'étaient pas ouverts aux femmes noires. Dès le début, les membres du Club se concentraient sur les besoins de leur communauté dans la circonscription montréalaise de Saint-Antoine (la Petite-Bourgogne). Les femmes noires qui ont formé le Club suivaient l’exemple des Afro-Américaines Harriet Tubman, Ida B. Wells et Mary Church Terrell, entre autres, qui avaient fondé la National Association of Colored Women’s Clubs à Washington D.C., le 21 juillet 1896.

Pendant la Première Guerre mondiale, la Seconde Guerre mondiale et la grande dépression, le Club des femmes de couleur a organisé, nourri, logé et soigné des membres dans le besoin de la collectivité. Leur travail bénévole et caritatif a été reconnu par le ministère des Relations avec les citoyens et citoyennes de l’Immigration du Québec en 1997. Le Anne Greenup Solidarity Prize a été nommé en l’honneur de la première présidente du Club et est décerné à des personnes ou des organisations qui contribuent au réseautage, à la solidarité générationnelle, à l’engagement civique et à l’appartenance.

Le Hour-a-Day Study Club, Windsor, Ontario

Fondé à Windsor, en Ontario, en 1934, le Hour-A-Day Study Club s’appelait « The Mothers’ Club ». L’engagement des membres du Club à étudier une heure par jour a eu une influence énorme sur la communauté, car ils ont été encouragés par leurs résultats scolaires. Chaque année, des étudiants qui avaient excellé dans leurs études recevaient la bourse Hour-A-Day Study Club. Le Club a aussi organisé de nombreux événements sociaux et culturels, comme les services religieux du Parents’ Dinner de la fête des Mères, et le Spring Musical.

Le Club a été très actif pour la promotion des droits des jeunes femmes noires du Canada. À l’époque où de jeunes femmes se voyaient interdire de devenir infirmières, le Club a fait pression auprès du ministre provincial de la Santé et de l’Université de Toronto pour que les Noires soient admises dans la profession. Jusqu’à la fin des années 1940 et au début des années 1950, les femmes noires ont graduellement été acceptées comme étudiantes en sciences infirmières, puis ont été embauchées dans les hôpitaux partout au Canada. Les membres du Club ont aussi soutenu diverses causes sociales y compris leur contribution à planifier les festivités de l’Emancipation Day.

La Canadian Negro Women’s Association

Établie à Toronto, en Ontario, la Canadian Negro Women’s Association a été fondée en 1951 sous le nom de Canadian Negro Women’s Club. L’Association se consacrait à l’éducation du public sur l’histoire  des Noirs, offrait des bourses d’études aux étudiants noirs méritoires, puis a organisé le Calypso Carnival (précurseur du Caribana Festival) dans le but de recueillir des fonds pour d’autres projets de services. L’Association a joué un rôle clé dans la création du Congrès des femmes noires du Canada.

Congrès des femmes noires du Canada

Le Congrès des femmes noires du Canada (CFNC) a d’abord été tenu à Toronto (Ontario) en 1973 sous le parrainage de la Canadian Negro Women’s Association. Les discussions au sein de l’Association ont mis en évidence le besoin d’une organisation nationale capable de composer avec les problèmes auxquels faisaient face les femmes noires du Canada. En 1974 fut fondé le comité régional de Montréal (qui devint la première section du Congrès des femmes noires du Canada). 2 ans plus tard, lors d’une conférence à Halifax, les déléguées ont mis sur pied une organisation nationale, et, en 1977, à Windsor, un comité directeur national a été mis sur pied pour établir un réseau de communication, rédiger une constitution et élaborer une structure organisationnelle. C’est à Winnipeg, en 1980, que l’organisation nationale a vu le jour, que la constitution a été ratifiée et qu’un conseil exécutif national a été formé.

Le Congrès des femmes noires se consacre toujours à l’amélioration de la vie des femmes noires et de leurs familles dans leurs collectivités locales et nationales.

Symbole du gouvernement du Canada
Date de modification :