Le 21 octobre 2025
Karen Hogan, Fellow comptable professionnelle agrééeFCPA
Vérificatrice générale du Canada
Bonjour monsieur le Président, je vous remercie de nous donner l’occasion de témoigner devant le Comité aujourd’hui. Je tiens d’abord à reconnaître que nous nous trouvons sur le territoire traditionnel non cédé du peuple algonquin anishinaabe. Je suis reconnaissante de la contribution et de l’intendance des peuples autochtones partout au Canada, qui prennent soin depuis des générations des terres qu’ils habitent. Nous sommes ici pour discuter des constatations présentées dans les 6 rapports que mon bureau a publiés ce matin. Ces rapports sont complétés d’un message qui souligne le milieu de mon mandat de 10 ans en tant que vérificatrice générale du Canada. Je suis accompagnée d’Andrew Hayes, sous‑vérificateur général, et de Jean Goulet, Gabriel Lombardi, Nicholas Swales, Glenn Wheeler et Mathieu Lequain, les directeurs principaux responsables des audits.
Je vais me pencher en premier sur notre audit des centres de communication de l’Agence du revenu du Canada. Cet audit visait à déterminer si ces centres fournissent aux Canadiennes et Canadiens des renseignements exacts et opportuns au sujet de leurs impôts personnels, des prestations et de l’impôt des entreprises.
L’Agence du revenu du Canada a le devoir d’aider les particuliers et les entreprises à s’acquitter de leurs obligations fiscales et à se prévaloir de prestations. Je crains que malgré un nouveau système de téléphonie et d’autres améliorations, les Canadiennes et les Canadiens attendent encore trop longtemps pour obtenir des réponses à leurs questions sur l’impôt.
Au cours du dernier exercice, les contribuables qui ont voulu parler avec une agente ou un agent ont attendu en moyenne 31 minutes, soit plus de 2 fois plus longtemps que la norme de service de 15 minutes de l’Agence. De plus, lorsque ces personnes ont pu parler avec une agente ou un agent, il leur est souvent arrivé de recevoir des renseignements inexacts.
Des auditrices et auditeurs de notre bureau ont appelé les centres de communication et posé des questions générales, qui ne portaient pas sur un compte en particulier. Nous avons constaté que les réponses des agentes et agents aux questions liées à l’impôt des particuliers n’étaient exactes que dans 17 % des cas, et que celles relatives à l’impôt des entreprises ou aux prestations ne l’étaient que dans un peu plus de la moitié des cas. Pour vérifier l’exactitude des réponses données aux questions liées à un compte en particulier, nous avons examiné un échantillon de conversations enregistrées. Nous avons constaté que l’exactitude était beaucoup plus élevée lorsque les questions portaient sur des comptes en particulier.
Passons maintenant à nos 2 audits portant sur les Forces armées canadiennes. Le premier visait à déterminer si les Forces recrutaient et formaient suffisamment de membres pour répondre aux besoins opérationnels.
Entre 2022 et 2025, les Forces armées canadiennes ont recruté environ 4 700 membres de moins que l’objectif visé. Les Forces ont attiré des milliers de candidates et candidats, mais seulement 1 de ces personnes sur 13 avait entamé l’instruction de base. Les Forces ne savaient pas toujours pourquoi une candidate ou un candidat avait abandonné le processus de recrutement. Sans cette information, elles ne pouvaient déterminer ce qu’elles devaient changer pour augmenter le nombre de candidates et candidats qui iraient jusqu’au bout du processus de recrutement.
De plus, les Forces armées canadiennes n’avaient pas la capacité requise pour satisfaire les besoins en matière d’instruction de base si les cibles de recrutement avaient été atteintes.
La difficulté à attirer et à former suffisamment de recrues hautement qualifiées pour pourvoir de nombreux postes, comme ceux de pilote et de technicienne ou technicien de munitions, pourraient nuire à la capacité de l’armée, de la marine et de l’aviation à répondre aux menaces, aux urgences ou aux conflits et à accomplir leurs missions.
Notre second audit touchant les forces militaires canadiennes portait sur le logement. Dans l’ensemble, nous avons constaté que la Défense nationale ne gérait pas les logements de manière à répondre à ses exigences opérationnelles et aux besoins des membres des Forces armées canadiennes et de leurs familles.
La Défense nationale n’avait pas assez de logements aux bons endroits, y compris des quartiers conformes à ses propres normes quant à la surface habitable par personne. Nous avons aussi constaté que certains bâtiments étaient en mauvais état et dépourvus de commodités de base comme de l’eau potable ou des toilettes fonctionnelles.
De plus, l’Agence de logement des Forces canadiennes, qui gère les unités de logement résidentiel sur les bases, ne prévoyait pas construire suffisamment de nouvelles unités pour combler les lacunes existantes.
Les membres des Forces armées canadiennes peuvent être appelés à déménager souvent. Il est important, pour leur moral et leur bien‑être, que ces personnes aient accès à des logements abordables, en bon état et suffisamment spacieux pour elles et leurs familles.
Notre audit suivant visait à déterminer si le gouvernement fédéral disposait des outils nécessaires pour protéger ses systèmes et ses réseaux informatiques contre les cyberattaques. La stratégie du gouvernement est exhaustive, mais comporte des lacunes dans certains domaines, comme les services de défense de cybersécurité et les interventions lorsque des cyberattaques se produisent.
58 % des organisations fédérales ne sont pas tenues d’utiliser les services de défense de cybersécurité offerts par Services partagés Canada et le Centre de la sécurité des télécommunications Canada. Si certaines organisations ont choisi d’utiliser ces services, leur utilisation inégale a donné lieu à un environnement de cybersécurité fragmenté qui pourrait nuire à la capacité du gouvernement fédéral à protéger les renseignements essentiels et à gérer les risques.
Nous avons également constaté que la coordination entre le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada, le Centre de la sécurité des télécommunications Canada et Services partagés Canada était trop lente lorsque des cyberattaques se produisaient. La lenteur de la coordination et l’échange de renseignements limité pendant une récente attaque majeure ont retardé de 7 jours l’intervention du gouvernement et donc prolongé le temps pendant lequel les auteurs de l’attaque ont eu accès aux renseignements personnels de fonctionnaires.
Les actes malveillants, les événements externes et les attaques visant les systèmes informatiques du gouvernement du Canada deviennent de plus en plus sophistiqués et fréquents. Une approche coordonnée et exhaustive quant à la posture de cybersécurité du gouvernement, une collaboration améliorée et un inventaire à jour des biens informatiques sont essentiels pour protéger les renseignements de la population canadienne et conserver sa confiance envers les systèmes informatiques du gouvernement.
Passons maintenant à l’audit qui visait à déterminer si Emploi et Développement social Canada s’était acquitté de ses responsabilités en matière de soutien à l’apprentissage et à la garde des jeunes enfants au Canada. Le gouvernement fédéral s’est engagé à verser 35 milliards de dollars aux provinces, aux territoires et aux partenaires autochtones sur 5 ans pour soutenir la création de places en garderie abordables et accessibles. En mars 2024, les frais moyens que devaient débourser les parents pour les places financées par le gouvernement fédéral avaient été réduits à environ 16,50 $ par jour.
Le financement fédéral avait également permis de créer quelque 112 000 nouvelles places en garderie à compter de mars 2024. Cependant, alors qu’il reste moins de 2 ans, il y a un risque que l’objectif de créer 250 000 nouvelles places d’ici 2026 ne soit pas atteint.
Des progrès importants ont été réalisés dans la réduction du coût des services de garde d’enfants pour les parents. Cependant, Emploi et Développement social Canada doit recueillir des données cohérentes et comparables à l’échelle du pays pour surveiller les résultats d’ensemble du programme, guider les décisions futures et soutenir les familles canadiennes.
Dans un autre audit, nous avons fait un suivi sur les progrès réalisés par Services aux Autochtones Canada dans la mise en œuvre de 34 recommandations issues de 6 audits réalisés depuis 2015. Les programmes destinés aux Premières Nations constituent une préoccupation de longue date pour mon bureau.
Nous avons constaté que, bien que les dépenses consacrées aux programmes par le Ministère aient presque doublé au cours des 5 dernières années, les progrès étaient insatisfaisants pour plus de la moitié des recommandations visant à résoudre des problèmes persistants qui touchent la santé et le bien‑être des communautés des Premières Nations.
Cela fait 20 ans que mon bureau a signalé pour la première fois des problèmes liés à la qualité de l’eau potable dans les collectivités des Premières Nations. Or 35 avis à long terme sont toujours en vigueur, et 9 le sont depuis au moins une décennie.
Notre audit a révélé qu’il y avait moins d’ententes de services d’urgence en vigueur aujourd’hui qu’en 2022. Ces ententes sont essentielles à des interventions rapides et coordonnées lors d’événements comme des feux de forêt et des inondations ainsi que pour atténuer les perturbations dans la vie des gens et les dommages aux infrastructures essentielles.
Une attention continue de Services aux Autochtones Canada afin de repenser comment le Ministère exécute ses programmes tout en collaborant avec les Premières Nations pour renforcer leurs capacités constitue un élément clé pour résoudre ces problèmes persistants, améliorer les résultats et promouvoir la réconciliation.
Au seuil de la seconde moitié de mon mandat, mon objectif inébranlable continue d’être de veiller à ce que mon bureau continue de fournir des renseignements impartiaux, fondés sur des faits, aux parlementaires et aux fonctionnaires du gouvernement fédéral pour qu’elles et ils puissent plus facilement s’ajuster et bien diriger les ressources vers des résultats qui répondent aux besoins variés de la population canadienne. L’intention est d’être constructif et de se concentrer sur l’excellence et la responsabilisation dans la fonction publique. C’est sur quoi j’ai mis l’accent au cours de mes 5 premières années à la barre du Bureau du vérificateur général du Canada, et c’est sur quoi je continuerai de mettre l’accent pendant les 5 prochaines années.
Monsieur le Président, je termine ainsi ma déclaration d’ouverture. Nous serions heureux de répondre aux questions des membres du comité. Merci.