Rapport 8 — Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes

Rapport 8 — Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes

Survol

Exportation et développement Canada, en tant que société d’État responsable de l’exécution du programme du Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes, a agi rapidement pour accorder aux petites entreprises 49,1 milliards de dollars en prêts afin de couvrir les dépenses qui ne pouvaient pas être reportées pendant la pandémie de COVID‑19. Sur ces prêts, 91 % ont été consentis à des entreprises admissibles. Au 31 mars 2024, environ 83 % du total des prêts accordés à l’origine avaient été remboursés; et une partie de ces prêts avaient fait l’objet d’une remise. D’après nos travaux d’audit, nous avons estimé qu’environ 3,5 milliards de dollars avaient été versés à des bénéficiaires inadmissibles.

Nous avons constaté qu’Exportation et développement Canada avait accordé la priorité à la mise en œuvre rapide des changements au programme en s’appuyant sur des contrats à fournisseur unique auprès d’un seul et même fournisseur sans mettre en place un système rigoureux de freins et de contrepoids. La société d’État nous a indiqué qu’elle avait adopté cette approche parce qu’elle n’avait ni la capacité, ni l’expertise, ni l’infrastructure requise pour gérer un programme de cette ampleur. Elle avait cédé trop de contrôle au fournisseur à l’égard d’aspects clés de la gestion de contrats, comme l’étendue des travaux et les prix, et n’avait pas exercé les contrôles de base sur la gestion des contrats, ne vérifiant ainsi pas la concordance entre les sommes versées et les travaux effectués. De ce fait, l’optimisation des ressources a été compromise.

Le ministère des Finances du Canada et Affaires mondiales Canada n’avaient pas assuré une surveillance efficace pour garantir que le programme de prêt du Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes avait été géré dans un souci d’optimisation des ressources. En raison du manque de clarté des rôles et des responsabilités, aucun des ministères n’en avait assumé la responsabilité. Par conséquent, des éléments fondamentaux du programme, comme la planification du cycle de vie, avaient été retardés ou n’avaient pas été achevés. En outre, le ministère des Finances du Canada n’avait pas exercé une surveillance efficace à l’égard des dépenses administratives d’Exportation et développement Canada. Aucune limite de dépenses globale n’avait été établie et le Ministère n’avait pas remis en question les dépenses administratives au titre du programme.

Ces constatations sont importantes parce que contrairement à d’autres programmes liés à la pandémie de COVID‑19, le programme du Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes est un programme de prêts et il se poursuivra pendant plusieurs années. Au 31 mars 2024, il restait 8,5 milliards de dollars en prêts à rembourser. Certains remboursements sont en cours, alors que la prise de mesures à l’égard de prêts en souffrance vient tout juste de commencer. Nous avons constaté que la prévision des coûts, la gestion du rendement et d’autres éléments importants étaient absents des plans d’Exportation et développement Canada pour le recouvrement des prêts en souffrance. L’Agence du revenu du Canada, qui appuie la société d’État dans ses efforts de recouvrement, avait un plan plus détaillé, mais n’avait pas fixé d’échéances précises.

Les constatations et les données clés

  • Le programme du Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes avait fourni aux entreprises admissibles des prêts sans intérêt d’une valeur se situant entre 40 000 et 60 000 dollars, dont 10 000 à 20 000 dollars pouvaient faire l’objet d’une remise si le reste du prêt était remboursé à temps.
  • Environ 49,1 milliards de dollars en prêts ont été consentis à environ 898 000 petites entreprises d’un bout à l’autre du pays. Sur ces prêts, environ 45,6 milliards de dollars avaient été versés à des bénéficiaires considérés comme étant admissibles.
  • Les dépenses totales engagées pour administrer le programme du Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes en date du 31 mars 2024 se chiffraient à 853 millions de dollars, dont 575 millions de dollars aux institutions financières et 248 millions de dollars à Exportation et développement Canada pour l’administration du programme.
  • Au 31 mars 2024, la majorité des dépenses d’Exportation et développement Canada (230 millions de dollars) étaient liées à des contrats avec des fournisseurs tiers, et 91 % de ces dépenses consistaient en des paiements à Accenture dans le cadre de contrats non concurrentiels. En raison du recours aux systèmes exclusifs d’Accenture, l’exécution continue du programme dépendra de ces contrats non concurrentiels au moins jusqu’en 2028.

État des 49,1 milliards de dollars en prêts accordés au titre du Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes au 31 mars 2024

Source : D’après des données d’Exportation et développement Canada

Version textuelle

Ce diagramme à anneau illustre l’état des prêts accordés au titre du Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes. En ordre décroissant, voici l’état des prêts : les prêts remboursés totalisaient 28,1 milliards de dollars, ou 57,2 % de tous les prêts accordés; le montant de la remise partielle pour les prêts remboursés était de 12,4 milliards de dollars, ou 25,3 % des prêts; les prêts radiés totalisaient 0,1 milliard de dollars, ou 0,2 % des prêts; et les prêts restants totalisaient 8,5 milliards de dollars, ou 17,3 % des prêts.

Pourquoi avons-nous effectué cet audit?

  • Le Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes représentait une importante dépense de fonds publics visant à aider les petites entreprises canadiennes aux prises avec des défis économiques pendant la pandémie de COVID‑19.
  • Malgré une certaine souplesse dans la façon dont les organisations gouvernementales pouvaient approcher les processus de planification, de production de rapports et de passation de marchés durant la pandémie pour ce programme afin d’obtenir des résultats rapidement, il y avait quand même une attente en matière de diligence raisonnable et de contrôle quant à la façon dont les fonds publics sont dépensés.
  • Une gouvernance et une surveillance efficaces des programmes d’aide du gouvernement sont essentielles à la responsabilisation et à une saine gestion des fonds publics.

Aperçu de nos recommandations

  • Exportation et développement Canada et l’Agence du revenu du Canada devraient réévaluer leurs plans de recouvrement individuels et y inclure les éléments manquants, notamment les indicateurs de rendement clé.
  • Exportation et développement Canada devrait mettre à jour ses estimations et ses prévisions concernant les prêts en souffrance à recouvrer afin que l’Agence du revenu du Canada dispose de renseignements plus précis pour sa planification et l’affectation de ses ressources.
  • À titre de responsible des politiques, le ministère des Finances du Canada devrait examiner les lacunes en matière de reddition de comptes et de surveillance à l’égard du programme du Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes, dont la surveillance des dépenses administratives portées au Compte du Canada.

Consultez le Le lien ouvre un fichier PDF dans une nouvelle fenêtre de navigateurrapport intégral pour lire toutes nos observations, analyses, recommandations et les réponses des entités auditées.

Visuels choisis

Selon les estimations, 9 % des bénéficiaires de prêts au titre du Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes étaient inadmissibles

Source : Adapté de la Stratégie canadienne sur les minéraux critiques (2022)

Version textuelle

Ce diagramme de cheminement indique le nombre de bénéficiaires de prêts accordés au titre du Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes qui étaient inadmissibles. Il démontre que, selon les estimations, 9 % des 898 000 bénéficiaires au titre du programme étaient inadmissibles.

Le total des 898 000 bénéficiaires est réparti selon deux volets : le volet de la masse salariale et le volet des dépenses non reportables.

Le volet de la masse salariale compte environ 763 000 bénéficiaires. Exportation et développement Canada a relevé 50 970 bénéficiaires inadmissibles et le Bureau du vérificateur général du Canada a relevé 40 bénéficiaires inadmissibles de plus. Cela donne un total de 51 010 bénéficiaires inadmissibles pour le volet de la masse salariale.

Le volet des dépenses non reportables compte environ 135 000 bénéficiaires. Exportation et développement Canada a relevé 30 bénéficiaires inadmissibles et le Bureau du vérificateur général du Canada a relevé 120 bénéficiaires inadmissibles de plus. Il y avait aussi environ 26 000 bénéficiaires inadmissibles d’après l’échantillon représentatif du BVG de 52 bénéficiaires. Cela donne donc un total d’environ 26 150 bénéficiaires inadmissibles pour le volet des dépenses non reportables.

Par conséquent, il y avait 77 160 bénéficiaires inadmissibles si l’on regroupe les 2 volets, soit environ 9 % du total des bénéficiaires, ce qui représente environ 3,5 milliards de dollars.

La valeur des contrats avait augmenté de façon importante avec le temps, et 92 % de la valeur totale de ces contrats avait été accordée de manière non concurrentielle à un seul fournisseur

Remarque : Les dates des contrats ont été ajustées pour concorder avec la date de début et de fin des exercices. Elles ne représentent pas les dates réelles de tous les contrats.

Source : D’après des renseignements fournis par Exportation et développement Canada

Version textuelle

Ce diagramme à barre illustre la valeur des contrats accordés dans le cadre du programme du Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes, de l’exercice 2020‑2021 jusqu’à l’exercice 2024‑2025. Il montre que la valeur des contrats a augmenté avec le temps, que 92 % de la valeur totale de ces contrats a été accordée à Accenture, et que 8 % de la valeur totale des contrats a été accordée à d’autres fournisseurs.

Les contrats suivants ont été accordés à Accenture. De l’exercice 2020‑2021 à l’exercice 2022‑2023, 6 contrats totalisant 70 millions de dollars ont été accordés durant la phase de distribution. De 2020‑2021 à 2023‑2024, 3 contrats totalisant 70 millions de dollars ont été accordés au centre d’appels et 4 contrats totalisant 17 millions de dollars ont été accordés pour les solutions technologiques. De 2022‑2023 à 2024‑2025, 5 contrats totalisant 121 millions de dollars ont été accordés pour la conception et l’élaboration du processus de recouvrement. Un contrat totalisant 78 millions de dollars a été accordé pour la mise en œuvre et la tenue à jour du processus de recouvrement. Ce contrat est en cours.

Divers contrats de prestation de services ont été accordés à d’autres fournisseurs, c’est‑à‑dire 29 contrats, représentant 29 millions de dollars.

Ventilation des dépenses administratives d’Exportation et développement Canada au 31 mars 2024

Source : D’après des renseignements fournis par Exportation et développement Canada

Version textuelle

Ce diagramme à barres empilées illustre les dépenses administratives d’Exportation et développement Canada au 31 mars 2024. Les dépenses administratives d’Exportation et développement Canada se chiffraient à 248 millions de dollars. Ces dépenses sont ventilées comme suit : les ressources internes de la société représentaient 18 millions de dollars et le total des contrats représentait 230 millions de dollars, dont 209 millions de dollars, ou 91 %, ont été octroyés à Accenture; 21 millions de dollars ont été octroyés à d’autres fournisseurs.

Information connexe

Entité(s)

  • Affaires mondiales Canada
  • Agence du revenu du Canada
  • Exportation et développement Canada
  • Finances Canada

Date de dépôt

  • 2 décembre 2024

Les rapports du BVG parus dans le passé sont conservés dans Publications.gc.ca.

Détails de la page

2026-02-02