La stratégie d’adaptation aux changements climatiques du Canada est dépourvue d’éléments clés et progresse lentement
Rapport 1 — La Stratégie nationale d’adaptation
Métadonnées du rapport
- Date de dépôt :
- Entités vérifiées :
- Santé Canada
- Ressources naturelles Canada
- Sécurité publique Canada
- Environnement et Changement climatique Canada
- Logement, Infrastructures et Collectivités du Canada
- Sujets :
- Changements climatiques
- Report type
- Rapports du commissaire à l’environnement et au développement durable
Survol
Tandis que le climat change et que les canicules, les inondations, les sécheresses et les feux de forêt deviennent plus fréquents et plus dévastateurs, différents pays à travers le monde, dont le Canada, élaborent et mettent en œuvre des plans et des stratégies pour s’adapter à l’évolution du climat.
Étant donné l’ampleur du défi, la mobilisation de tous les ordres de gouvernement, de la société civile, du secteur privé et de toute la population est essentielle à la réussite ultime du Canada dans son adaptation aux changements climatiques. Le gouvernement fédéral joue un rôle de leadership important pour veiller à ce que les mesures d’adaptation prises dans l’ensemble du pays soient coordonnées, efficaces et efficientes.
Le Canada a publié en 2023 sa Stratégie nationale d’adaptation, ce qui représente une première étape importante. Cependant, il a été l’un des derniers pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à le faire. Il est important d’agir rapidement en matière d’adaptation, car le coût des événements liés au climat ne cesse d’augmenter, ce qui signifie que plus nous tarderons à agir et plus la population canadienne paiera cher son adaptation.
Dans l’ensemble, nous avons constaté qu’Environnement et Changement climatique Canada, en collaboration avec Santé Canada, Logement, Infrastructures et Collectivités Canada, Ressources naturelles Canada et Sécurité publique Canada, n’avaient pas conçu de manière efficace la Stratégie nationale d’adaptation. La Stratégie ne hiérarchisait pas les risques liés aux changements climatiques au Canada. Elle ne prévoyait pas non plus d’analyse économique pour attribuer les ressources appropriées ni de cadre efficace pour évaluer, surveiller et communiquer les résultats. Des cibles étaient absentes du Plan d’action pour l’adaptation du gouvernement du Canada pour certains risques sanitaires importants, comme la maladie de Lyme ou la fumée des feux de forêt. S’il est vrai que nous n’en sommes qu’au début de la mise en œuvre, nous avons constaté qu’Environnement et Changement climatique Canada, travaillant avec des partenaires clés, n’avait toujours pas établi deux des trois principales composantes de mise en œuvre : les plans d’action bilatéraux fédéraux-provinciaux-territoriaux et le programme de leadership autochtone en matière de climat.
Le Plan d’action pour l’adaptation du gouvernement du Canada, qui a été publié en même temps que la Stratégie nationale d’adaptation et devait en être la composante maîtresse, définit la contribution du gouvernement fédéral à la Stratégie. Nous avons constaté que le Plan n’était ni systématique ni complet. Les 73 mesures comprises dans le Plan représentaient un mélange de nouveaux et d’anciens programmes fédéraux, et Environnement et Changement climatique Canada ne connaissait pas le total des engagements financiers fédéraux pris à leur égard. Nous avons constaté qu’il y avait peu de mesures préliminaires en place dans les sept programmes clés que nous avons évalués. Par ailleurs, Environnement et Changement climatique Canada ne produira qu’un seul rapport d’étape avant la publication de la prochaine version de la Stratégie, prévue pour 2030. Or, faire état des progrès plus tôt et plus régulièrement serait important pour qu’Environnement et Changement climatique Canada puisse savoir si la Stratégie est efficace et corriger le tir au besoin.
Améliorer la Stratégie nationale d’adaptation et agir rapidement pour s’adapter aux changements climatiques et aux phénomènes météorologiques extrêmes est essentiel pour protéger la santé, la sécurité et les moyens de subsistance de la population.
Pourquoi avons-nous effectué cet audit?
- Le climat canadien change rapidement et la population canadienne en ressent les effets à grande échelle. Elle connaît notamment une plus grande fréquence des phénomènes dévastateurs, comme les canicules, les inondations, les sécheresses et les feux de forêt.
- Le coût financier et humain des changements climatiques et des phénomènes météorologiques extrêmes augmente rapidement et cause dans certains cas des dommages irréversibles.
- L’audit contribuera par ailleurs à des initiatives internationales, dont l’audit coopératif mondial sur les actions d’adaptation au changement climatique et l’initiative ClimateScanner (en anglais seulement) permettant au Canada de jouer un rôle dans l'action climatique mondiale.
Aperçu de nos recommandations
- Pour que la Stratégie nationale d’adaptation puisse répondre aux besoins du Canada les plus pressants en matière d’adaptation aux changements climatiques, et afin de prendre des décisions éclairées au niveau fédéral, Environnement et Changement climatique Canada devrait, en collaboration avec Santé Canada, Logement, Infrastructures et Collectivités Canada, Ressources naturelles Canada et Sécurité publique Canada, effectuer une analyse économique exhaustive des mesures d’adaptation fédérales.
- Dans le cadre des correctifs à apporter et en tenant compte des lignes directrices de la Convention‑cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et de l’Accord de Paris, Environnement et Changement climatique Canada devrait, en collaboration avec Santé Canada, Logement, Infrastructures et Collectivités Canada, Ressources naturelles Canada et Sécurité publique Canada, présenter plus d’un rapport détaillé entre la date de la publication de la Stratégie nationale d’adaptation en 2023 et la prochaine version en 2030.
Les constatations et les données clés
- Depuis 2015, le gouvernement du Canada a investi plus de 6,6 milliards de dollars dans des efforts d’adaptation aux changements climatiques.
- Environnement et Changement climatique Canada a estimé que pour chaque dollar consacré à des mesures d’adaptation proactives, des économies de 13 à 15 dollars peuvent être réalisées à long terme.
- Les plus grands risques climatiques au Canada n’ont pas été systématiquement hiérarchisés.
- Deux des trois composantes de la Stratégie nationale d’adaptation n’ont pas encore été instaurées, et la seule composante en place, le Plan d’action pour l’adaptation du gouvernement du Canada, comporte des lacunes.
- Le cadre d’évaluation, de suivi et de communication des résultats est insuffisant. Par exemple, Environnement et Changement climatique Canada prévoit produire un seul rapport d’étape d’ici 2030.


Nous avons constaté que la Stratégie nationale d’adaptation n’était pas bien reflétée dans le Cadre d’indicateurs canadien lié aux objectifs de développement durable ni dans la Stratégie fédérale de développement durable de 2022 à 2026. Par exemple, Environnement et Changement climatique Canada n’avait rattaché la Stratégie nationale d’adaptation qu’à l’objectif 13, alors que plusieurs autres objectifs de la Stratégie sont importants pour la réalisation des objectifs de développement durable. De même, moins de la moitié des 13 indicateurs de la Stratégie nationale d’adaptation contribuent à la Stratégie fédérale de développement durable de 2022 à 2026, et malgré qu’il s’y était engagé le Ministère n’a pas mis à jour la version Web pour intégrer des cibles nouvelles ou révisées reflétant la Stratégie nationale d’adaptation. Afin de démontrer la véritable contribution des mesures d’adaptation au‑delà du climat, la Stratégie nationale d’adaptation devrait être mieux reflétée dans les systèmes d’évaluation et de production de rapports en matière de développement durable.
Visuels choisis
Sinistres assurables au Canada attribuables aux phénomènes météorologiques extrêmes, de 1983 à 2024
Version textuelle
Ce diagramme à lignes et à barres illustre les coûts et les sinistres assurables en dollars de 2024 pour les phénomènes météorologiques extrêmes, de 1983 à 2024. La ligne qui traverse le diagramme illustre une tendance exponentielle, partant de presque zéro dollar en 1983, s’élevant progressivement à 1 milliard de dollars en 2010, puis accusant une augmentation marquée pour atteindre 4 milliards de dollars en 2024.
Les barres illustrent le coût des événements climatiques extrêmes, dont certains particulièrement importants :
1996 : Inondations au Québec, 1,2 milliard de dollars. Une illustration montre une maison avec de l’eau au‑dessous.
1998 : Tempête de verglas au Québec, 3,0 milliards de dollars. Une illustration montre un nuage avec des glaçons.
2005 : Tempêtes de vent et de pluie en Ontario, 1,6 milliard de dollars. Une illustration montre des gouttes de pluie et des rafales de vent.
2013 : Inondations en Alberta et à Toronto, 4,1 milliards de dollars. Une illustration montre une maison avec de l’eau au‑dessous.
2016 : Feux de forêt à Fort McMurray, 6,4 milliards de dollars. Une illustration montre des arbres et des flammes.
2021 : Inondations en Colombie‑Britannique, 2,6 milliards de dollars. Une illustration montre une maison avec de l’eau au‑dessous.
2022 : Tempête de vent en Ontario et au Québec, 3,6 milliards de dollars. Une illustration montre des rafales de vent.
2023 : Feux de forêt en Colombie‑Britannique et inondations en Nouvelle‑Écosse, 3,7 milliards de dollars. Une illustration montre des arbres et des flammes, et une autre montre une maison avec de l’eau au‑dessous.
2024 : Tempête de grêle à Calgary et inondations à Toronto, 8,6 milliards de dollars. Une illustration montre un nuage avec de la grêle, et une autre montre une maison avec de l’eau au‑dessous.
Remarque : Les sinistres assurables comprennent les événements ayant coûté 30 millions de dollars ou plus. Pour les années 1983 à 2022, les sinistres sont tirés du Livre d’information 2023 du Bureau d’assurance du Canada, et leur coût est exprimé en dollars de 2024 selon la Feuille de calcul de l’inflation (Banque du Canada). Pour les années 2023 et 2024, les sinistres sont tirés du site Web du Bureau d’assurance du Canada.
Source : Adapté de données du Bureau d’assurance du Canada et de l’entreprise CatIQ.
Structure pansociétale de la Stratégie nationale d’adaptation
Version textuelle
Cette illustration montre une structure sous forme de maison, divisée horizontalement par les trois parties de la Stratégie nationale d’adaptation.
Sous le toit se trouvent les trois composantes de mise en œuvre :
- le Plan d’action pour l’adaptation du gouvernement du Canada, qui comprend 73 mesures (dont des programmes et des initiatives)
- le programme de leadership autochtone en matière de climat
- et les plans d’action bilatéraux fédéraux‑provinciaux‑territoriaux
Au centre se trouvent les cinq systèmes et leurs ministères responsables :
- Résilience aux catastrophes, responsabilité de Sécurité publique Canada
- Santé et bien‑être, responsabilité de Santé Canada
- Nature et biodiversité, responsabilité d’Environnement et Changement climatique Canada
- Infrastructures, responsabilité de Logement, Infrastructures et Collectivités Canada
- Économie et travailleurs, responsabilité de Ressources naturelles Canada
Le niveau inférieur présente les quatre principes directeurs :
- Respecter les compétences des gouvernements et faire respecter les droits des Autochtones
- Faire progresser l’équité et la justice environnementale et climatique
- Prendre des mesures proactives, fondées sur les risques, pour réduire les impacts climatiques avant qu’ils ne se produisent
- Maximiser les avantages et éviter l’adaptation inadéquate
Le Canada a été l’un des derniers pays membres de l’OCDE à mettre en place une stratégie nationale d’adaptation
Version textuelle
Ligne du temps couvrant les années 2006 à 2023 et indiquant les événements suivants :
2006, la France adopte son premier plan national d’adaptation (ou PNA), tandis que la commissaire à l’environnement et au développement durable recommande une première fois un PNA pour le Canada.
2008, l’Allemagne adopte son premier PNA.
2010, le commissaire à l’environnement et au développement durable recommande pour la deuxième fois un PNA pour le Canada.
2011, la France adopte son deuxième PNA, tout comme l’Allemagne.
2013, le Royaume‑Uni adopte son premier PNA.
2015, l’Allemagne adopte son troisième PNA, tandis que le Japon adopte son premier PNA.
2018, la France adopte son troisième PNA, tandis que le Royaume‑Uni et le Japon adoptent chacun leur deuxième PNA.
2020, l’Allemagne adopte son quatrième PNA.
2021, le Japon adopte son troisième PNA.
2023, le Royaume‑Uni adopte son troisième PNA, et le Canada adopte son tout premier PNA.
Remarque : Cette pièce présente un échantillon de 5 des 38 pays de l’OCDE.
Les mesures, indicateurs, cibles et objectifs de la Stratégie nationale d’adaptation n’étaient pas ratta-chés les uns aux autres et ne permettaient pas de mesurer les progrès en matière d’adaptation à l’échelle de la société