Le Canada ne respecte pas ses engagements de protection et de conservation des terres et des eaux intérieures
L’établissement des aires protégées terrestres
Métadonnées du rapport
- Date de dépôt :
- Entités vérifiées :
- Environnement et Changement climatique Canada
- Parcs Canada
- Report type
- Rapports du commissaire à l’environnement et au développement durable
Survol
Dans l’ensemble, nous avons conclu qu’Environnement et Changement climatique Canada et Parcs Canada n’étaient pas en bonne voie d’établir des aires protégées et de conservation couvrant 25 % des terres et des eaux intérieures d’ici 2025. Nous avons également conclu que les organisations n’avaient pas planifié de s’assurer que ces aires étaient bien reliées entre elles et représentatives sur le plan écologique, et de protéger les aires importantes pour la biodiversité et les services des écosystèmes. La protection des aires importantes sur le plan écologique aide à prévenir la perte d’habitats, une cause principale de la crise de la biodiversité. Il s’agit en outre d’une importante solution fondée sur la nature pour s’attaquer aux changements climatiques.
Le gouvernement fédéral s’est engagé à conserver 25 % de ses aires terrestres (terres et eaux intérieures) au Canada d’ici 2025, puis 30 % d’ici 2030. À la fin de 2024, la base de données d’Environnement et Changement climatique Canada indiquait que moins de 14 % des terres et des eaux intérieures du Canada étaient protégées et conservées. Nous avons constaté que les deux organisations fédérales avaient entrepris les travaux de base nécessaires pour établir et élargir le réseau d’aires protégées et de conservation en travaillant avec des partenaires provinciaux et territoriaux, des peuples autochtones et autres. Elles n’avaient toutefois pas atteint la plupart des objectifs des 13 programmes dont nous avons fait l’examen. Les progrès dépendent en partie de nombreux facteurs, notamment de la capacité et de la volonté des partenaires à participer ainsi que des exigences liées aux transferts de terres et à l’acquisition de terres de propriété privée.
L’amélioration du système d’aires protégées et de conservation nécessite plus que l’atteinte d’un objectif quantitatif. L’ensemble du réseau est plus solide, au sens qualitatif, si les aires sont bien reliées entre elles, sont représentatives de la diversité écologique du Canada, favorisent la biodiversité et appuient les écosystèmes clés. Toutefois, nous avons constaté que les deux organisations fédérales ne prenaient pas systématiquement compte des objectifs qualificatifs ni ne faisaient le suivi des progrès réalisés pour les atteindre, ce qui les aiderait à établir l’ordre de priorité des aires à protéger. De plus, les deux organisations fédérales ne faisaient pas de suivi particulier ni ne rendaient compte des progrès réalisés précisément en matière de conservation des eaux intérieures.
L’établissement, à l’échelle du pays, d’un réseau solide d’aires protégées et de conservation de grande valeur écologique permet de préserver la biodiversité, de protéger les écosystèmes, d’offrir une sécurité alimentaire et de soutenir la continuité culturelle. Alors que le gouvernement cherche à accélérer l’approbation des projets d’importance nationale, cela aide également à créer une certitude en matière de planification de l’infrastructure et de prise de décisions. Étant donné que le gouvernement fédéral doit travailler de concert avec les gouvernements provinciaux et territoriaux, les peuples autochtones et d’autres partenaires pour réaliser ses objectifs, il est nécessaire que l’ensemble de la société prenne des mesures urgentes et coopératives afin que le Canada puisse atteindre ses objectifs pour la biodiversité d’ici 2030.
Pourquoi avons-nous effectué cet audit?
- Une action urgente est nécessaire à l’échelle mondiale pour faire face aux crises de la biodiversité et du climat, alors que les activités humaines continuent de provoquer une perte de biodiversité à un rythme sans précédent dans l’histoire de l’humanité.
- La protection par zone est un élément clé de l’approche adoptée par le Canada pour freiner et inverser la perte de biodiversité, car elle s’attaque aux facteurs sous‑jacents de la perte et de la dégradation des habitats. Les aires protégées et de conservation ont des bienfaits à long terme sur l’environnement, l’économie et la santé. Elles sont donc essentielles pour veiller à ce que ces bienfaits soient maintenus pour les prochaines générations.
- L’établissement d’aires protégées et de conservation ne se résume pas à l’atteinte d’un pourcentage global de la superficie totale protégée. Des aires qui sont bien reliées, représentatives sur le plan écologique et importantes pour la biodiversité et pour les fonctions et services des écosystèmes peuvent considérablement accroître la qualité du système d’aires protégées et de conservation du Canada.
Aperçu de nos recommandations
- Environnement et Changement climatique Canada, en collaboration avec ses partenaires, devrait instaurer un système de vérification de l’information sur les aires protégées et de conservation fournie pour la production de rapports nationaux en vue de renforcer l’assurance à l’égard de l’exactitude et de l’intégralité des données, et d’accroître la transparence pour la population canadienne.
- En tant que ministère responsable de la réponse du Canada à la Convention sur la diversité biologique, Environnement et Changement climatique Canada, en collaboration avec Parcs Canada et les autres partenaires, devrait élaborer un plan global coordonné pour l’établissement d’aires protégées et de conservation couvrant 30 % d’ici 2030 qui tient compte de la connectivité écologique, de la représentation écologique et de la couverture des aires importantes pour la biodiversité ainsi que pour les services et les fonctions des écosystèmes, et ce, tant pour les terres que pour les eaux intérieures du Canada.
Les constatations et les données clés
- Cet audit fait partie d’une série de trois rapports axés sur les aires protégées et de conservation au Canada. Les deux autres rapports d’audit s’intitulent « L’établissement des aires protégées marines » et « La gestion fédérale‑autochtone des aires protégées ».
- En décembre 2022, le Canada a adopté le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming‑Montréal. Il s’est alors engagé à conserver 30 % de ses terres et de ses eaux intérieures d’ici 2030, notamment les aires particulièrement importantes pour la biodiversité et pour les services et fonctions des écosystèmes, tout en respectant les droits des peuples autochtones.
- Environnement et Changement climatique Canada, qui tient à jour le dépôt officiel du pays pour les renseignements sur les aires protégées et de conservation, n’avait pas rendu compte des changements annuels apportés au réseau. Par conséquent, il serait difficile pour la population canadienne de déterminer comment les aires de conservation du Canada ont changé au fil du temps et pourquoi ces changements ont eu lieu.
- La capacité du Canada à élargir son réseau d’aires de conservation revêt une importance mondiale, car le pays abrite 9 % des forêts de la planète et 20 % de ses ressources en eau douce.


Au cours des dernières décennies, le Canada s’est engagé à atteindre des cibles en matière d’aires protégées et de conservation. Ces cibles ont été revues à la hausse au fil du temps en raison de l’inquiétude croissante à l’échelle internationale concernant la perte continue de biodiversité et la menace qu’elle représente pour la nature et le bien‑être humain. Le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming‑Montréal vise à freiner et à inverser la perte de la biodiversité d’ici 2030 en s’appuyant sur l’objectif de développement durable 15 des Nations Unies, qui consiste à prendre d’urgence des mesures énergiques pour réduire la dégradation du milieu naturel et mettre un terme à l’appauvrissement de la biodiversité. En 2024, le Canada a mis la dernière main à la Stratégie pour la nature 2030 du Canada : Freiner et inverser la perte de biodiversité au Canada, qui est le plan d’action du pays relativement au Cadre mondial de la biodiversité de Kunming‑Montréal.
Visuels choisis
Les engagements du Canada en matière de conservation des terres et des eaux intérieures depuis 2010
| Année | Engagement | Contexte |
|---|---|---|
|
2010 |
Conserver 17 % des terres et des eaux intérieures d’ici 2020 |
Le Canada, en tant que signataire de la Convention sur la diversité biologique des Nations Unies, s’est engagé à atteindre cet objectif dans le cadre des Objectifs d’Aichi pour la biodiversité adoptés en 2010. Cet objectif a été intégré en 2016 aux buts et objectifs canadiens pour la biodiversité d’ici 2020. |
|
2019 |
Conserver 25 % des terres et des eaux intérieures d’ici 2025 |
Cet objectif a été annoncé dans le discours du Trône de 2019. Le budget fédéral de 2021 a alloué 2,3 milliards de dollars sur cinq ans pour soutenir cet engagement en matière de conservation. |
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2022 |
Conserver 30 % des terres et des eaux intérieures d’ici 2030 |
Le Canada a adopté le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming‑Montréal des Nations Unies dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique. Ce cadre mondial définit 23 cibles visant à freiner et à inverser la perte de biodiversité d’ici 2030, avec pour vision de vivre en harmonie avec la nature d’ici 2050. Il comprend l’engagement à faire en sorte que, d’ici 2030, au moins 30 % des terres et des eaux intérieures du Canada, « en particulier les zones revêtant une importance particulière pour la biodiversité et les fonctions et services écosystémiques, soient effectivement conservées et gérées par le biais de systèmes d’aires protégées écologiquement représentatifs, bien reliés et gérés de manière équitable, et d’autres mesures efficaces de conservation par zone », tout en respectant les droits des peuples autochtones. Cet engagement a été intégré à la Stratégie pour la nature 2030 du Canada : Freiner et inverser la perte de biodiversité au Canada. |
Source : D’après des renseignements provenant d’Environnement et Changement climatique Canada
Les aires protégées et de conservation des terres et des eaux intérieures du Canada sont gérées par plusieurs parties
Version textuelle
Ce diagramme en secteurs indique que : 57,3 % d’entre elles sont gérées par des provinces et des territoires; 33,5 % d’entre elles sont gérées par le gouvernement fédéral; 8,0 % d’entre elles sont gérées par plusieurs propriétaires; 1,2 % d’entre elles sont gérées par le secteur privé (0,7 %), les peuples autochtones (0,4 %), un gouvernement municipal (moins de 0,1 %) ou n’ont pas été déclarées (0,1 %).Remarque : Le calcul est fondé sur les kilomètres carrés en 2024.
Source : D’après des renseignements provenant de la Base de données canadienne sur les aires protégées et de conservation, Environnement et Changement climatique Canada, 2024
Il y avait un écart entre la cible de 2025 et le pourcentage d’aires terrestres protégées et de conservation du Canada en décembre 2024
Version textuelle
Ce diagramme illustre les progrès réalisés relativement au pourcentage d’aires terrestres protégées et de conservation du Canada, par rapport aux trois cibles suivantes : 17 % des aires établies d’ici 2020 — cible fixée dans le cadre des Objectifs d’Aichi pour la biodiversité de 2010 25 % des aires établies d’ici 2025 — cible annoncée dans le discours du Trône de 2019 30 % des aires établies d’ici 2025 — cible fixée par le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal de 2022 Voici les progrès qui ont été réalisés à cet égard : 2000 : établissement de 5,9 % des aires 2005 : établissement de 7,2 % des aires 2010 : établissement de 8,3 % des aires 2015 : établissement de 10,0 % des aires 2020 : établissement de 12,8 % des aires 2024 : établissement de 13,8 % des aires Un écart de 11,2 points de pourcentage a été relevé entre les données de 2024 et la cible de 2025.Source : D’après des renseignements provenant de la Base de données canadienne sur les aires protégées et de conservation, Environnement et Changement climatique Canada, 2024
Environnement et Changement climatique Canada et Parcs Canada n’avaient pas atteint les cibles relativement à l’établissement d’aires protégées et de conservation fédérales en date du 31 mars 2025
Environnement et Changement climatique Canada
| Programme | Cible à l’échelle du programme | Date d’échéance | Source de la cible | Nombre achevé au cours de la période d’audit |
|---|---|---|---|---|
|
Réserves nationales de faune, refuges d’oiseaux migrateurs et aires de conservation (établissement et agrandissement) |
Établissement de 6 nouvelles réserves nationales de faune et achèvement de la désignation de 7 réserves nationales de faune (13 au total) |
Fin de 2025 |
Stratégie fédérale de développement durable 2022 à 2026 |
10 nouvelles réserves nationales de faune établies Aucune désignation achevée (10 au total) |
Parcs Canada
| Programme | Cible à l’échelle du programme | Date d’échéance | Source de la cible | Nombre achevé au cours de la période d’audit |
|---|---|---|---|---|
|
Parc national ou réserve de parc national |
10 |
Fin de 2026 |
Stratégie fédérale de développement durable 2022 à 2026 |
1 Réserve de parc national de Pituamkek |
|
Agrandissement de parcs nationaux ou de réserves de parc national |
Aucune |
Sans objet |
Sans objet |
6 agrandissementsNote 1 |
|
Aire marine nationale de conservation en eau douce |
4 |
Fin de 2026 |
Stratégie fédérale de développement durable 2022 à 2026 |
0 |
|
Parc urbain national |
6 |
Fin de l’exercice 2025‑2026 |
Stratégie ministérielle de développement durable 2023‑2027 de Parcs Canada |
0 |
Source : D’après des renseignements provenant d’Environnement et Changement climatique Canada et de Parcs Canada