Discours du ministre Dion à l'occasion de la réunion de réflexion des envoyés en Syrie

Discours

Consolidation résolue de la paix en Syrie

Le 13 novembre 2016 - Mont-Tremblant, Québec

Sous réserve de modifications. Ce discours a été traduit en conformité avec la Politique sur les langues officielles et révisé aux fins d’affichage et de distribution conformément à la Politique de communication du gouvernement du Canada.

Je suis très heureux de pouvoir m’adresser à un groupe de personnes aussi respectées : les experts et conseillers essentiels œuvrant à la résolution d’une des crises les plus pressantes et les plus horribles du monde, en apparence insolubles. Dans l’intérêt du peuple syrien, du Moyen-Orient et de la sécurité mondiale, cette rencontre nous fournit un important temps de réflexion, non seulement sur la façon d’atténuer la tourmente actuelle, mais aussi sur la résolution pacifique du conflit en Syrie.

Malgré le caractère monumental de cette tâche, elle n’en reste pas moins inévitable. Le Canada, et nous tous ici présents, menons une quête résolue pour la paix.

J’espère que le magnifique paysage de l’automne québécois qu’il vous a été donné de voir à Mont-Tremblant, à mille lieues du Moyen-Orient, a contribué à créer un espace tranquille et ouvert propice à l’engagement. C’était là notre intention, et celle de nos cohôtes néerlandais, lorsque nous vous avons invités ici. On m’a dit que les discussions ont été productives, et il me tarde d’en savoir plus.

Permettez-moi de partager avec vous quelques-unes de mes réflexions.

D’un certain point de vue, la Syrie et l’Irak peuvent être perçus comme un creuset où se rassemblent bon nombre des puissances qui cherchent à déstabiliser le monde. Je vous donne ici la liste des principales.

En tout premier lieu, il y a Daech, al-Qaïda, al-Nusra, le Hezbollah et d’autres groupes terroristes. Il s’agit de mouvements qui adhèrent à une version sanglante et dénaturée de l’Islam, détruisant d’innombrables vies, surtout au sein de la communauté musulmane. L’existence même de ces groupes repose sur l’utilisation de technologies modernes comme Internet, et ils recourent aux médias sociaux pour exploiter les tensions présentes dans nos sociétés et nos économies modernes, au nom de leur idéologie religieuse pervertie. Les pratiques de Daech, comme la pendaison à des poteaux de téléphone de civils assassinés à Mossoul [en Irak] la semaine dernière, sont plus qu’inhumaines.

Les progrès ardus, quoique constants, réalisés ces derniers temps contre ces groupes, en particulier par les forces irakiennes ayant libéré Mossoul, sont encourageants. Parmi les forces les plus efficaces se trouvent les peshmergas, des combattants que le Canada entraîne, conseille et assiste activement.

Le lancement de l’offensive sur Raqqa [Syrie], une place forte de Daech, par les Forces démocratiques syriennes, est signe que le vent tourne. Il est aussi essentiel de reconnaître le succès remporté par les initiatives arabes et turques contre Daech dans la libération [des villes syriennes] de Jarablus et de Dabiq.

Nous savons toutefois déjà que le fait de priver des groupes terroristes de leur emprise territoriale en Irak et en Syrie, ce qui doit être fait, n’éliminera pas l’idéologie sanglante qui les inspire. La communauté internationale commettrait une grave erreur si elle se retirait après la libération de Mossoul, ce qui équivaudrait à gagner la guerre, mais à perdre la paix. Nous ne pouvons permettre que le vide laissé soit comblé par des tensions ethniques et autres. Tous ceux qui ont à cœur cette région doivent se mobiliser pour offrir un soutien continu en matière de sécurité, d’aide humanitaire, de gouvernance et de développement à long terme. La lutte contre la radicalisation, aussi complexe et longue soit-elle, doit se poursuivre. Le Canada en fera partie, armé de ses convictions et d’un sens profond des responsabilités à l’égard de l’Irak et de la Syrie, mais aussi des pays voisins, comme le Liban, la Jordanie et la Tunisie, qui sont directement touchés par les répercussions du conflit.

Dans ce creuset régional, nous devrons ensuite faire face au régime Assad, qui a depuis longtemps perdu toute légitimité morale pour gouverner, mais qui jouit du soutien de grandes puissances, soit la Russie et l’Iran. Les gestes commis à Alep [en Syrie] par ce régime et ses partisans, parmi lesquels l’on compte le Hezbollah et les milices chiites afghanes, de même que les bombardements continus et l’absence de cessez-le-feu, rendent impossible toute négociation de paix depuis avril.

Cela dit, aucune issue n’est possible sans diplomatie et, tout compte fait, sans solution politique. Comme membre du Groupe international de soutien à la Syrie, le Canada ne cesse de réclamer un cessez-le-feu immédiat et la reprise de négociations sérieuses entre les groupes d’opposition légitimes. Malgré les nombreux échecs observés jusqu’ici, cette façon de procéder reste la meilleure. Il serait inacceptable de repousser davantage le cessez-le-feu. Le prix à payer pour ce retard chronique, et pour tout échec futur, est simplement trop élevé.

Les derniers jours ont été mouvementés tant en Syrie et dans la région que sur la scène politique mondiale. Je suis convaincu que l’élection d’un nouveau président américain a occupé une grande place dans vos pensées, ainsi que dans vos conversations ici même entre plusieurs d’entre vous. Cela allait de soi, compte tenu du rôle important que jouent les États-Unis dans la région.

L’impact de la nouvelle administration américaine prendra des semaines et des mois à se faire sentir, et les inconnues restent nombreuses. Le premier ministre Justin Trudeau et le gouvernement du Canada assumeront un rôle constructif avec les États-Unis, sur les plans bilatéral et multilatéral, y compris dans la quête de la paix en Syrie.

La coopération internationale sera cruciale, compte tenu de la complexité de la situation et du nombre d’intervenants, ce que vous, en tant qu’experts, savez bien. J’ai déjà parlé du soutien qu’offrent la Russie et l’Iran au régime Assad. Certains groupes kurdes inquiètent aussi la Turquie, dont les préoccupations sont partagées par d’autres dans la région. Il existe des tensions entre l’Arabie saoudite et l’Iran, ce qui alimente la méfiance entre de nombreuses communautés sunnites et chiites. Et la tension monte également entre la Russie et la majorité de l’Occident, ce qui est ressenti de l’Europe de l’Est jusqu’en Méditerranée.

Ce que toutes les personnes ici rassemblées souhaitent, c’est de voir la Syrie emprunter la voie d’un avenir marqué par la paix. Bien que cela semble loin de la réalité actuelle, et difficile à réaliser, nous ne baisserons pas les bras.

Cet avenir est capital, en particulier pour les victimes les plus vulnérables du conflit, soit les femmes et les filles. Et c’est à Alep que cette vulnérabilité est aujourd’hui la plus marquée. Nous sommes témoins d’une tragédie se jouant en temps réel où sont ciblés de façon délibérée des non-combattants, au mépris de leur existence, par le régime et ses partisans. Aucune aide humanitaire n’est parvenue dans la ville depuis juillet, et les Nations Unies affirment que les rations alimentaires seront entièrement épuisées d’ici la fin de la semaine.

Les attaques continues contre la population civile, les hôpitaux et les secouristes ne peuvent pas être justifiées par la présence d’un nombre relativement petit de combattants d’al-Nusra dans la ville. On ne pourra vaincre al-Nusra par des tactiques de siège et par le ciblage des civils.

Nous tous ici présents devons faire tout ce qu’il est possible afin d’acheminer de la nourriture et de l’aide médicale à la ville et de clamer notre indignation.

Le Canada a exercé beaucoup de pression sur les Nations unies à cette fin, notamment dans les derniers jours. Jeudi dernier, le Canada a rassemblé 60 pays à l’Assemblée générale de l’ONU à New York pour discuter des prochaines étapes. Sous la direction du premier ministre Trudeau, le gouvernement du Canada continuera de faire pression sur les principaux acteurs; cependant, nous devons aussi adopter des mesures immédiates pour alléger la souffrance de la population civile.

Il faut en outre que les auteurs des atrocités commises soient tenus responsables de leurs actes. C’est pourquoi le Canada est intervenu activement auprès des Nations Unies et qu’il déploie des efforts pour que des enquêtes soient menées sur les crimes commis, y compris l’utilisation d’armes chimiques, et que ces derniers soient documentés. J’ai personnellement écrit à deux reprises au président du Conseil de sécurité pour que Daech soit tenu responsable de ses gestes et des violations flagrantes de la loi.

Permettez-moi de conclure en revenant sur la complexité des problèmes mondiaux, laquelle est parfaitement illustrée par le conflit syrien. Ainsi, le début du conflit durant le Printemps arabe de 2011 — outre ses causes profondes associées au déficit démocratique et à la lutte pour l’acquisition de droits — coïncidait avec une hausse marquée du prix des aliments, laquelle coïncidait elle-même avec des modèles climatiques nuisibles à la production alimentaire, lesquels coïncidaient avec le réchauffement de la planète. À la conférence de Marrakech ce mois-ci, il ne faudra pas perdre de vue que le changement climatique entraîne des effets concrets sur le monde, y compris sur notre sécurité.

Nous pouvons aussi voir comment la vague de réfugiés en provenance de Syrie et de la région a alimenté les peurs relatives à l’immigration en Europe, ce qui a en retour contribué à la montée de mouvements populistes d’extrême droite, lesquels exploitent la question des réfugiés dans leur discours.

Nous vivons dans ce monde où tout est interrelié. Et cette interrelation est essentielle pour faire face aux problèmes mondiaux. Nous devons compter sur l’expression de cultures et d’idées variées, comme c’est le cas ici. Nous devons compter sur cette interrelation pour déjouer les attaques terroristes violentes. Les soulèvements nationalistes. Les dictateurs s’accrochant au pouvoir. Les contextes géopolitiques changeant rapidement. L’insécurité climatique. Et les atrocités.

Le syndrome de la méfiance qui sous-tend ces manifestations négatives n’est toutefois pas un facteur acquis. C’est pourquoi les réunions comme celle de cette fin de semaine, qui rassemblent des experts sur le terrain et partout dans le monde, sont cruciales. Nous devons explorer, discuter et proposer des solutions créatives. Et le Canada, en tant qu’architecte résolu de la paix, sera présent à chaque étape du processus.

Contacts

Chantal Gagnon
Attachée de presse
Cabinet du ministre des Affaires étrangères
343-203-1851
chantal.gagnon@international.gc.ca

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