Épuisement des approvisionnements en Afghanistan
Le 21 octobre 2021 - Colonel (à la retraite) John Conrad
Aperçu du soutien logistique du combat
Les avantages dont vous avez besoin
On pouvait le ressentir profondément cet été-là. L’éternelle rivière Arghandab n’y pouvait rien; la flotte d’hélicoptères de la division de la Force opérationnelle Knight Hawk n’y pouvait rien. La situation inquiétait manifestement les soldats du groupement tactique, et des discussions avaient lieu dans nos bases d’opérations les plus éloignées. Je pouvais le sentir avant les vents secs qui ont entraîné de violentes tempêtes de sable et des tourbillons de poussière dans le sud de l’Afghanistan à l’été 2006. Nos réserves sont basses.
Nos réserves sont basses.
Il a été difficile pour nos armes de combat de combattre dans la grande zone de responsabilité canadienne pendant un été torride, mais lutter contre un fervent groupement tactique au moyen d’approvisionnements de combat rudimentaires s’est également révélé une tâche herculéenne. Il y a de nombreuses leçons à retenir des opérations de soutien logistique du combat (SLC) menées par le groupement tactique en 2006. J’ai encore à portée de main des pages sur les données de consommation et les spécifications de l’équipement du 1 PPCLI pour le groupement tactique de la Force opérationnelle Orion. En jetant un coup d’œil au contenu aujourd’hui, un fouillis de rapports de carburant, d’utilisation des munitions et de tendances de réparation, je me souviens de la valeur de ces chiffres qui semblent insignifiants. Les données en temps de guerre. Un message puissant pour la prochaine génération de combattants du Canada se trouve parmi les mathématiques, un rappel que les spécialistes de la logistique en uniforme et l’équipement organique donnent l’avantage nécessaire pour remporter la victoire dans l’espace de combat contemporain. Il n’y a rien comme avoir ses propres approvisionnements en temps de guerre.
Aujourd’hui, l’Afghanistan demeure un pays ayant une infrastructure routière limitée – environ 12 000 km de routes revêtues. La route 1, soit la route principale périphérique qui longe les montagnes et hautes terres centrales, faisait seulement quelque 2 800 km en 2006. Notre groupement tactique a mené ses opérations principalement, mais non exclusivement, dans la province de Kandahar, dans un espace de combat de 225 000 km carrés dans le Commandement régional Sud (CR Sud). Les opérations de combat suivaient souvent le lit asséché des rivières et des terrains rigoureux. L’usure excessive des différentiels et des essieux ainsi que les châssis courbés étaient des problèmes communs. En réalité, le Bison avec son châssis de VBL II était notre véhicule de SLC le plus compatible pour concorder avec la mobilité de la Force opérationnelle Orion. Les distances étaient très longues. La longueur des lignes d’approvisionnement pour les Canadiens pouvait varier, mais dépassait souvent 200 km et pouvait s’étirer jusqu’à 300 km. Comparons ces distances à celles de la Première Armée canadienne en 1944 au sein du 21e Groupe d’armées du Feld-maréchal Montgomery. Une ligne de communication de 150 km sur le champ de bataille linéaire du nord-ouest de l’Europe était fort peu tolérable.
Certains pays dans le CR Sud ont utilisé des véhicules militaires à combustion de pétrole en 2006. Il y avait cinq ou six entrepreneurs principaux qui fournissaient le carburant en vrac. Ces fournisseurs étaient de qualité inégale et avaient des antécédents douteux; des liens aux seigneurs de guerre afghans. Les véhicules utilisés étaient inoubliables – les « camions à clochettes ». Ces camions à clochettes ont été nommés ainsi en raison de leurs couleurs vives et fantaisistes et des nombreuses chaînes décoratives qui ornaient leurs pare-chocs. Ils sont devenus le mode de transport privilégié pour l’approvisionnement en carburant en vrac pour nos alliés. Pas pour nous. Le Canada avait des ententes limitées pour la livraison de carburant à des plus petits détachements à Kaboul et dans le centre du district de Zhari, mais la plupart des ravitaillements tactiques étaient effectués par le géant de l’Armée pendant la guerre froide, connu comme le véhicule logistique lourd à roues (VLLR).
Il ne faut jamais sous-estimer la valeur d’un camion lourd pour une armée. Les amateurs lèvent les yeux au ciel à l’idée de la valeur d’un camion de l’armée. On oublie facilement que l’une des plus importantes contributions du Canada lors de la Deuxième Guerre mondiale a été la fabrication de quelque 800 000 véhicules (dont plus de la moitié étaient des camions MMN) aux fins d’utilisation par les alliés. Ironiquement, le VLLR a participé à la guerre en Afghanistan près de la fin de son cycle de vie. L’Armée a acquis 1 200 VLLR en 1989. Il s’agissait d’une conception autrichienne fabriquée pour les Forces armées canadiennes par l’Urban Transit Development Company (UTDC) à Kingston, en Ontario. Il y avait une version de dix tonnes de capacité et une version de seize tonnes de capacité. On s’attendait à ce que les véhicules soient fonctionnels pendant dix-sept ans, mais en 2004, le parc de VLLR a fait l’objet d’un important programme de prolongation de la vie utile. Les premiers VLLR soumis au programme ont reçu une protection additionnelle et ont été envoyés en Afghanistan. À Kandahar en 2006, le VLLR commençait à montrer des signes d’usure et de vulnérabilité sur le champ de bataille non linéaire. Néanmoins, ce camion jouait un rôle de premier plan dans la chaîne d’approvisionnement tactique – soit une contribution importante à la projection du SLC. Les véhicules chargés des tâches principales au sein du parc automobile de Kandahar étaient le tracteur VLLR, le système de chargement palettisé (SCP) VLLR, la dépanneuse et le camion-citerne de 10 000 litres. Toutes les variantes ont eu de la difficulté à suivre le rythme du groupement tactique sur le terrain accidenté de l’Afghanistan, mais le fait de posséder trois camions-citernes VLLR conçus pour transporter du carburant diesel en tout temps et en tout lieu a été un atout inestimable.
À la fin de l’été 2006, nos alliés avaient désespérément besoin de carburant diesel. Les « camions à clochettes » se sont révélés peu fiables en prévision de l’opération Medusa et en raison de l’augmentation continue des activités des insurgés. Tel que mentionné, il existait des liens complexes entre les fournisseurs des camions à clochettes et les divers quartiers afghans. Ces liens pouvaient représenter à la fois une force et une faiblesse – une épée à double tranchant. Certains pays ont reçu des charges partielles. Dans d’autres situations, les camions sont arrivés avec un produit contaminé – on avait retiré une quantité de carburant et ajouté de l’eau. Les répercussions ont été considérables sur nos alliés et leur capacité de mener leurs opérations. Les Forces canadiennes, au moyen de leurs camions‑citernes VLLR vieillissants, pouvaient transporter du carburant diesel à tout endroit voulu. Cette réalisation a été très importante pour moi. Même si le VLLR arrivait à la fin de sa vie utile, il a offert un avantage décisif au Canada. J’étais fier de nos machines et des soldats courageux qui les conduisaient.
Vous pouvez maintenant constater ce que j’ai constaté en Afghanistan. Les avantages dont vous avez besoin sont tout autour de vous. Tirez profit des ressources que vous possédez. Une compréhension approfondie des capacités et des aptitudes vous sera grandement utile lorsque vous en aurez le plus besoin.
N’oubliez jamais à quel point il est important d’avoir vos propres ressources lors d’un combat.