Ligne de mire

  Leçons sur les compétences du soldat tirées de l’Op REASSURANCE

  Le 15 octobre 2021 - Adjudant-chef William King, SM GT PAR, ROTO 12

Leçons sur les compétences du soldat tirées de l’Op REASSURANCE
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Leçons sur les compétences du soldat tirées de l’Op REASSURANCE - GT PAR en Lettonie

Durant mon déploiement en Lettonie en tant que sergent-major (SM) du groupement tactique (GT) responsable de la présence avancée renforcée (PAR), ROTO 12, (de juillet 2019 à janvier 2020), j’ai relevé des lacunes dans notre instruction individuelle et collective qui ont nui à notre capacité de mener nos opérations au sein d’un GT multinational de l’OTAN responsable de la PAR. Le présent article a pour but de faire ressortir certains aspects clés que les cplc et les sgt pourront prendre en considération afin de mieux préparer leurs militaires à des déploiements au sein d’un GT multinational. Ces aspects ne s’appliquent pas uniquement aux sous‑officiers (s/off) des armes de combat, ils valent également pour l’ensemble du contingent canadien qui pourrait être appelé à mener des opérations dans un GT multinational de l’OTAN.

Communication personnelle

La ROTO 12 de la PAR réunissait neuf nations partenaires collaborant avec la Brigade d’infanterie mécanisée de la Lettonie. Les officiers de toutes ces nations parlaient bien l’anglais. La majorité des s/off supérieurs avaient suivi des cours d’anglais ou étaient en train de le faire. Plusieurs s/off subalternes parlaient très bien l’anglais. Toutefois, les échanges entre les différentes nations partenaires représentaient des défis. Dans le cadre de notre rôle comme QG GT, nous avons adopté quelques techniques afin de faciliter les communications entre les différentes nations.

Nous parlions lentement, nous prenions souvent des pauses lors de la diffusion des ordres et nous évitions le jargon. Cela permettait aux militaires qui travaillaient dans une deuxième (parfois une troisième) langue d’entendre le message, de l’interpréter et de le comprendre. C’est extrêmement important pour les messages radio et les ordres. Les transmissions radio doivent être brèves, claires et concises. Voici donc mes conseils. Si possible, demandez à un militaire d’une autre nation partenaire d’agir comme interprète. Utilisez des cartes, des dessins, des photos, des diagrammes ou d’autres aides visuelles pour renforcer votre message. Écrivez vos instructions et vos ordres et remettez‑les. Je trouve cela particulièrement utile lors de la diffusion des Gp O hebdomadaires. Si un militaire n’avait pas compris ce que j’avais dit, il en avait une copie et il pouvait la montrer à son officier ou la télécharger dans une appli linguistique. Nos partenaires s’abstiennent souvent de poser des questions dans un forum public, mais, après avoir consacré beaucoup de temps à assimiler un ordre ou un message, ils posent des questions pour confirmer ce qu’ils ont compris. Par-dessus tout, soyez patient et respectueux. Ne soyez pas frustré s’ils ne comprennent pas ce que vous dites. N’oubliez pas qu’ils travaillent dans leur langue seconde!

Identification ami/ennemi

L’identification ami/ennemi (IFF) ne consiste pas uniquement à placer un écusson infrarouge (IR) sur nos uniformes ou un ruban phosphorescent IR sur nos véhicules. Cela en fait partie, mais ce n’est pas que ça. Nos partenaires n’avaient pas tous le même équipement de vision nocturne ou de viseur thermique que le contingent canadien, et cela a limité leur capacité à identifier l’ami ou l’ennemi lorsque la visibilité était réduite. De plus, certains de nos partenaires de l’OTAN étaient munis d’équipement pratiquement semblable à celui de notre adversaire ou légèrement différent. Le BMP 2 slovaque, c’est un BMP 2, et le CCP PT-91 polonais, c’était un T­72 mis à niveau/modifié. Certaines nations avaient des armes légères de la famille AK-47, et les uniformes de certaines de nos nations partenaires ressemblaient au loin à ceux de nos adversaires.

Il est important que nos militaires maîtrisent bien la reconnaissance des véhicules blindés de combat (VBC)/aéronefs. Les cplc/sgt peuvent télécharger des documents sur les VBC ou trouver des images sur le Web et effectuer des leçons avec peu ou pas de préparation afin de commencer à rebâtir cette capacité chez nos militaires. Mettez au défi les militaires d’identifier les VBC dans des situations de combat, dans la poussière, en situation de camouflage (filets, canevas, etc.) et dans des positions à caisse défilée.

Effectuer des recherches sur le Web sur les armées de l’OTAN et nos armées adversaires permet aux militaires de connaître les uniformes et les motifs de camouflage portés partout dans le monde. Cela les aidera à identifier les forces armées et les forces ennemies. Pour aller un peu plus loin, faites découvrir à vos militaires les structures des grades de nos partenaires avant les déploiements dans des GT multinationaux afin de veiller à ce qu’ils connaissent les différences entre un officier et les autres grades – MR/s/off – les structures de grade à l’OTAN, et les personnes pour qui ils peuvent dire « monsieur/madame » ou qu’ils doivent saluer.

Le rôle des s/off

L’Armée canadienne (AC) continue de former de bons s/off, et ces derniers jouent un rôle important dans la direction des soldats. Au niveau de la section, ils sont des « commandants », les adj sont des cmdtA de peloton, et lorsque nous devenons des adjum/adjuc, nous devenons d’importants conseillers aux commandants d’unité et aux commandants. Ainsi, nos s/off détiennent beaucoup de responsabilités et ils exercent une grande influence. Ce n’est pas le cas pour certains de nos partenaires. À titre d’exemple, durant un exercice, je tentais d’évacuer des blessés d’un contingent slovaque. Le chauffeur de l’ambulance a refusé de quitter le poste de rassemblement des blessés (PRB) avec l’I/A 8 avant d’avoir reçu l’ordre de son commandant de compagnie, qui était responsable de tous les aspects de l’opération, y compris la consolidation et l’évacuation des prisonniers de guerre (PG) et des blessés. Ce fut une importante leçon personnelle. Au fil du temps, j’ai réussi à gagner la confiance des autres, notamment grâce à des discussions, mais davantage en démontrant ce que je pouvais apporter en tant que s/off.

Certaines nations disposent d’un programme d’entraînement et de perfectionnement professionnel bien établi pour les s/off, d’autres non. Certains de nos partenaires sont habitués aux anciens systèmes du Pacte de Varsovie – qui ne comptait que des officiers professionnels et des soldats de la conscription. Leur sergent-major de compagnie (SMC) peut certes être la personne la plus ancienne et la plus redoutable de la compagnie qui gère avec une main de fer et qui garde les militaires sur le droit chemin, mais qui n’a pas les fonctions ni les responsabilités d’un SMC. À l’intérieur de la structure de grades de l’OTAN, un adjuc est considéré un OR-9 (la majorité d’entre vous qui lisez le présent document comprend ce que fait un SMR). Or, l’un de mes (OR)‑9 dans le GT PAR était un conducteur de chars, et c’était sa seule fonction. Lorsque vous parlez des s/off, sachez que des écarts existent entre les forces militaires de l’ouest et celles qui proviennent du flanc oriental de l’OTAN, mais continuez de faire ce que vous faites et montrez l’exemple. Au sein de l’OTAN, toutes les nations s’efforcent de former des corps de s/off professionnels. Les exemples que vous montrez aideront grandement nos partenaires à atteindre cet objectif.

Histoire et culture

Lorsque nous partons en déploiement, il va de soi que nous devrions comprendre l’histoire et la culture de la nation où nous nous trouvons. Il est également important de comprendre l’histoire et la culture de nos partenaires d’une unité multinationale. Faites des recherches sur l’histoire et la culture de vos partenaires avant votre déploiement. Cela vous évitera de commettre des erreurs. À titre d’exemple, les membres de notre contingent albanais étaient musulmans, et ils ont dû se priver de manger pendant quelques jours en raison d’un oubli de la part du personnel de la salle à manger du mess. Tous les repas étaient composés de produits du porc, du bacon dans les pommes de terre, du jambon dans les salades, etc. Le problème a rapidement été résolu, mais il aurait pu être évité si la culture et les pratiques avaient été prises en considération par toutes les unités contribuant à la PAR.

Apprendre

Dernier conseil aux MR et aux s/off qui participent à un déploiement dans une unité multinationale : apprenez. Nous pouvons partager nos expériences en tant que s/off dans l’AC, mais nous pouvons également en apprendre beaucoup de nos partenaires. L’histoire, la culture, les nouvelles tactiques, les stratégies de recrutement, le maintien en poste, etc., tout cela permettra de mieux renseigner nos corps de s/off et de façonner l’AC de l’avenir.

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2024-02-16