Ligne de mire

Port d'une lourde charge au combat - Quelques observations historiques

  Le 21 octobre 2021 - Major John Rickard

Quelle est la charge que peut ou que devrait transporter un fantassin? Cette question n’a jamais été vraiment résolue, mais il semble indiscutable qu’une charge excessive nuit au rendement. Dans son étude bien connue intitulée On Infantry, John English soutient que l’expérience du jour J démontre clairement un lien direct entre la performance tactique d’un soldat d’infanterie et la charge transportée sur son dos1. Au fil des ans, différents observateurs ont exprimé leur point de vue sur la charge optimale : S.L.A. Marshall recommandait un peu moins de 40 livres; Montgomery estimait que la limite se situait entre 40 et 50 livres, et que chaque livre au-delà de 50 diminuait clairement l’efficacité d’un soldat au combat2; un commandant expérimenté de la Seconde Guerre mondiale soutenait en 1950 que la charge optimale s’élevait à tout juste un peu plus de 33 livres3.

Malgré ces recommandations, la charge de base du fantassin a graduellement augmenté depuis la fin de la guerre de Corée. Au Vietnam, elle se situait entre 50 et 60 livres. Comme le soulignent certains observateurs, une fois tous les articles « pratiques à avoir » ajoutés, les soldats étaient si chargés que leur mobilité s’en trouvait grandement limitée et qu’ils étaient physiquement épuisés au bout d’une journée de marche. Chaque livre transportée réduit la capacité du soldat à réagir et nuit à son efficacité au combat4. À la fin de la guerre des Malouines, les fantassins britanniques transportaient environ 100 livres (ou plus). Une charge trop élevée, selon le major D.A. Collett, MC, du 3e Bataillon, The Parachute Regiment5.

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Comme l’indique un sommaire des leçons retenues (SLR) de l’Armée canadienne daté de février 2009, les conditions en Afghanistan obligeaient les soldats à mener des opérations intensives avec des charges de plus de 35 kg (77 livres)6. Un commandant de section du 2 PPCLI a noté que, durant l’opération ANACONDA, son sac à dos pesait environ 86 livres et son équipement à sangles, 32 livres, pour un total de 118 livres, sans compter son gilet de protection balistique, son casque et son arme7. Même si l’on sait très bien qu’un poids excessif nuit à l’efficacité au combat de l’infanterie, les soldats occidentaux sont si chargés dans le cadre des opérations modernes que l’on pourrait facilement les qualifier d’« infanterie lourde ». Selon David Kilcullen, il faudrait réduire « drastiquement » cette charge pour se rapprocher le moindrement de la vitesse et de la mobilité des forces insurgées « légères »8. Il est toutefois difficile d’aller au-delà de la croyance psychologique voulant qu’un équipement accru renforce la sécurité9.

Pourquoi l’infanterie canadienne a-t-elle besoin d’une charge aussi lourde? Cette façon de faire semble illogique, d’autant plus que le groupement tactique (GT) du 2 PPCLI a signalé que l’équipement de protection individuelle (EPI) nuit à la mobilité et augmente la fatigue. Selon la Compagnie C, la chaleur extrême et les lourdes charges ont entraîné une détérioration des techniques de combat10. Un caporal-chef de la Compagnie Charles du 1 PPCLI a indiqué que les dix cas de stress thermique observés dans son peloton dans le district de Panjwai en août 2006 avaient été causés par le port de 80 livres d’équipement et les combats menés dans la chaleur11. Le 2 PPCLI a conclu que les soldats ne réussiraient jamais à s’acclimater complètement à la chaleur de l’Afghanistan. Si l’acclimatation a ses limites, il ne faut pas oublier non plus l’observation faite par le major N.W. Lothian en 1926 : il n’existe aucun entraînement qui peut préparer un soldat à transporter un poids excessif12. Dans les faits, la charge du fantassin pourrait être le facteur psychologique le plus important de la performance tactique, avant même l’hydratation, le sommeil et la nutrition13.

La tendance vers l’augmentation de la charge des fantassins est difficile à renverser. L’infanterie semble avoir peu profité de l’avènement des technologies modernes et des présumées « révolutions » dans la façon de mener la guerre. En tant qu’officiers subalternes de l’AC, vous devriez examiner les répercussions de la charge actuelle des soldats d’infanterie dans une optique de planification, notamment sur le plan du maintien en puissance, de la tactique et de la psychologie.

Notes

1 John A. English, A Perspective on Infantry (New York : Praeger, 1981), 178.
2 Montgomery to Crerar, 17 mai 1942, Bibliothèque et Archives Canada, Crerar Papers, MG 30 E157, vol. 2, dossier 958C.009(D182).
3 Colonel John G. Van Houten, « Keep the Doughboy Lightly Loaded », Infantry Journal 66, nº 3 (mars 1950) : 13.
4 Infantry Magazine, éd., A Distant Challenge: The U.S. Infantryman in Vietnam, 1967-1972 (Nashville : The Battery Press, 1983), 83.
5 LCol John A. English, Major J. Addicott et Major P.J. Kramers, éd., The Mechanized Battlefield: A Tactical Analysis (Washington, D.C. : Pergamon-Brassey's, 1985), 109-10.
6 SLR (08-021), Equipment - A Soldier's Perspective, 20 février 2009.
7 Sgt Kenney, questionnaire rempli pour le capitaine John N. Rickard, Wainwright, mars 2003.
8 David Kilcullen, « Twenty-Eight Articles: Fundamentals of Company-Level Counterinsurgency », 1re édition, mars 2006.
9 Sgt. Michael Hanson, « Coin Perspectives », Marine Corps Gazette 93, nº 4 (avril 2009) : 15-16.
10 Rapport post-opération du GT 2 PPCLI - Opération Athena roto 5, annexes L et M.
11 Cplc Matthew Parsons, « The Battle for Panjwai: A Soldier's Story », Légion 83, nº 1 (janvier/février 2008) : 35.
12 Major N.V. Lothian, The Load Carried by the Soldier (London: John Bale, Sons and Danielsson, circa 1926), 56.
13 Todd C. Helmus et Russell W. Glenn, Steeling the Mind: Combat Stress Reactions and Their Implications for Urban Warfare (Santa Monica : Rand, 2005), 119.

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