Notes de corée concernant l’instruction
Le 17 novembre 2021 - Brigadier J. M. Rockinham
QG 25 Bde Inf Can
Sur le terrain
9 juil. 1951
NOTES DE CORÉE CONCERNANT L’INSTRUCTION
GÉNÉRALITÉS
1. Il n’y a rien de nouveau concernant la tactique en Corée. Tous les principes établis s’appliquent, mais d’une façon différente de ce qu’on aurait dans les pays où le terrain est plus plat et où les routes sont plus nombreuses. L’instruction élémentaire n’a donc pas besoin d’être modifiée, mais l’accent doit être mis sur certaines parties.
CONDITION PHYSIQUE
2. Les fantassins, les ingénieurs et les membres des OOA doivent être en excellente condition physique pour être capables de franchir les collines, résister au climat ainsi qu’à la maladie.
3. Les soldats devraient être entraînés pour grimper des collines de 2 000 à 3 000 pieds de hauteur avec une charge de 50 livres sur le dos; ces collines sont très près d’être perpendiculaires. Les muscles des jambes et du dos deviennent très crispés si on tente de faire une ascension sans avoir été adéquatement entraîné, et il y a risque de nuire à la santé cardiaque du grimpeur. L’état essentiel de l’instruction consiste à être capable d’arriver au sommet d’une telle colline dans un état permettant de combattre immédiatement. Les Coréens grimpent des collines extrêmement abruptes en gardant le talon au sol, ce faisant, ils utilisent les muscles du haut de la jambe pour effectuer l’ascension et pousser le corps vers le haut. Nous avons constaté que c’était la meilleure méthode, conjuguée avec des pas courts. Les soldats doivent être entraînés à ne pas boire d’eau de leur bouteille lorsqu’ils grimpent, puisque l’eau devient une denrée très précieuse au sommet de la colline et qu’elle est rapidement « transpirée » si elle est consommée durant l’ascension.
ENTRAÎNEMENT AUX ARMES
4. En position de défense, les Chinois laissent presque invariablement nos troupes s’avancer à 25 verges ou moins avant d’ouvrir le feu. Alors, la bataille devient un échange de tir aux armes légères et un assaut. À l’attaque, l’ennemi vient en grosses vagues d’une profondeur considérable, faisant fi des vies humaines. Ces deux cas exigent un entraînement aux armes de haut niveau chez nos militaires. Ils doivent être formés pour tirer de près très rapidement et avec une grande précision, en position debout ou couchée, en montant ou en descendant. On devrait s’entraîner avec des cibles qui semblent être à différentes portées à partir du sol et celles qui se déplacent vers le tireur. Lorsqu’il est en position couchée, ce dernier doit apprendre à rester près du sol et à se couvrir, particulièrement s’il tire en descendant. On doit consacrer plus de temps à bien familiariser le soldat et à lui donner confiance à l’égard de son arme.
ENTRAÎNEMENT À LA GRENADE
5. Les soldats devraient être entraînés à lancer des grenades en montant et en descendant une colline, ce qui permet d’avoir un bon synchronisme en descente. Si on laisse brûler la mèche pendant une seconde avant de la lancer en descendant, elle explose normalement au bon endroit.
PORTÉE DES TIRS DE MORTIER ET D’ARTILLERIE
6. On devrait faire beaucoup d’exercices de portée de tir sur les crêtes aux arrêtes effilées. De légères corrections dans la portée des tirs font une grande différence dans la descente des obus et des bombes. La fumée doit être utilisée fréquemment pour situer les premiers projectiles.
LOCALISATION DU TIR ENNEMI
7. Les Chinois sont passés maîtres dans l’art du camouflage, et ils choisissent leurs positions de tir extrêmement bien. Une couverture verticale d’environ 18 pouces, c’est la norme, et les armes sont placées bien à l’arrière du bunker de façon à ce que l’attaquant ait du mal à voir l’éclair ou la fumée que l’arme dégage. Par exemple, une de nos sections de tête a essuyé des tirs à 100 verges de distance l’autre jour, et personne au sein de ce peloton ou cette compagnie n’était capable de localiser la position pendant 30 minutes malgré le fait que l’arme automatique tirait presque continuellement durant tout ce temps. Le Lcol BAILEY (Cmdt 2 RCHA) et moi étions en excellente position pour voir la zone à environ 600 verges de distance, nous n’étions pas sous le feu ennemi, nous étions équipés de bonnes jumelles et le soleil brillait sur la zone, or, nous n’arrivions pas à localiser l’arme. Les soldats doivent avoir beaucoup plus d’instruction sur le sujet. Je propose que l’instruction progresse de la localisation du tireur à découvert, pour passer graduellement à un tireur dissimulé dans un bunker comme celui décrit plus haut.
RELEVAGE DE MINES
8. Les sapeurs et les pionniers doivent être formés pour détecter et dégager les mines dans des boîtes de bois dont les Chinois font grand usage. La mine fait environ 10 po. x 24 po. x 8 po. et a une mèche de plastique. Mis à part quelques clous, elle n’est pas faite de métal et doit être détectée par sondage. L’ennemi a récemment amélioré sa technique de mouillage de mines et maintenant, il creuse souvent un trou sur le côté d’une route à remblai pour y placer une mine, ainsi, la surface de la route demeure intacte. Il peut aussi la placer dans les traces d’un char après son passage dans l’espoir que lorsque le char se retirera, il le fera en repassant sur ses propres traces, ou que les chars suivants emprunteront la même voie, convaincus qu’elle est exempte de mines.
CONDUITE
9. En raison du nombre restreint et de la piètre qualité des routes, la discipline de route doit être rigoureusement respectée. Les conducteurs doivent être formés pour se tenir à 50 verges de distance pour permettre le passage de jeeps et d’autres véhicules ayant une priorité routière. Les officiers et les conducteurs doivent être formés pour ne jamais s’arrêter sur une route passante s’il y a moyen de la quitter. Fait intéressant : l’autre jour, le général commandant de la 25 Div Inf des É.‑U. a imposé une amende de 100 $ à un commandant de batterie de sa division pour avoir eu 3 véhicules dans un espace de 50 verges.
ENTRETIEN DES VÉHICLES
10. Le seul moyen de garder les véhicules ensemble dans ce pays, c’est de faire un entretien constant. Chaque fois qu’on s’arrête, le conducteur doit faire le tour de son véhicule et resserrer les écrous et les vis, etc. L’entraînement devrait en faire un automatisme.
CUISINE POUR LA SECTION ET LES BESOINS INDIVIDUELS
11. Les troupes installées au sommet des collines doivent être capables de cuisiner ou, à tout le moins, de réchauffer leurs vivres conditionnés et de faire du thé. On utilise de l’alcool solidifié et parfois, on peut allumer un petit feu sans fumée sur les contre-pentes. Les équipages de chars sont bien équipés avec leurs petits cuiseurs à gazoline. J’ai recommandé que l’on fournisse ces petits cuiseurs à gazoline à raison d’un par section. On devrait mettre l’accent sur ce genre de façon de cuire.
BRANCARDIERS
12. Le transport de brancards en descendant d’une colline abrupte exige beaucoup de pratique et devrait être inclus dans l’entraînement. Des hélicoptères sont souvent disponibles pour transporter les blessés graves, mais ceux-ci doivent souvent être transportés jusqu’à l’hélicoptère.
SOINS DES PIEDS
13. Comme les fantassins passent la majeure partie de leur temps sur leurs pieds, les soins qu’ils leur prodiguent sont plus importants que jamais. Par temps humide, les chaussettes doivent être transportées à l’intérieur des vêtements, autour de la taille pour qu’elles restent au sec. Les soldats doivent être formés pour travailler deux par deux et se masser mutuellement les pieds par temps froid ou humide.
PRÉVENTION DES MALADIES
14. Les soldats doivent être formés de façon à ne jamais boire d’eau non traitée, et à s’habituer à utiliser les trousses de stérilisation de l’eau et à s’accoutumer au goût de l’eau traitée. Ils doivent aussi être formés pour utiliser les médicaments antipaludéens, les insectifuges et les moustiquaires.
COOPÉRATION AÉRIENNE
15. Les officiers devraient être formés pour coordonner les frappes aériennes et les tirs d’artillerie et de mortier. L’élément de contrôle aérien tactique (ECAT) a des communications avec le Mosquito (un aéronef avancé qui dirige les combattants en appui rapproché) et les combattants eux‑mêmes. Le tir d’artillerie et de mortier doit être interrompu pour permettre au Mosquito et aux combattants de passer. Parfois, la cible doit être marquée à la fumée.
16. Ce qui précède représente certains des besoins les plus évidents et élémentaires liés à l’entraînement des troupes pour combattre dans ce théâtre ou ailleurs où le terrain et le climat sont semblables. La tactique et l’équipement ont été et feront l’objet d’autres notes.
BRIGADIER J. M. ROCKINHAM
(J M ROCKINGHAM)
Cmdt 25 Gp Bde Inf Can