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Apprèciation de ls Situation

par Lcol E. L. M. Burns, O.B.E., M.C., Corps royal du génie canadien - Le 26 Janvier 2022

temps de lecture : 12 min  Initialement publié en octobre 1936 dans la revue Canadian Defence Quarterly

 

Par le Lcol E. L. M. Burns, O.B.E., M.C., Corps royal du génie canadien
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Par le Lcol E. L. M. Burns, O.B.E., M.C., Corps royal du génie canadien

Celui ou celle qui a inventé la formidable expression « appréciation de la situation » est responsable de bien des maux de tête. La tâche de rédiger l’un de ces documents serait probablement beaucoup moins pénible s’ils étaient appelés « Étude avant action », ou quelque chose d’autre pas aussi polysyllabique. « Apprécier », par ailleurs, souffre de la précision d’être couramment utilisé dans d’autres sens; p. ex., « j’apprécie vos aimables paroles », ou « il apprécie la hauteur de l’immeuble ».

Laissons le mot, penchons-nous sur l’action. Les instructeurs nous expliquent avec patience qu’il n’y a rien d’ésotérique sur l’appréciation de la situation, que nous l’effectuons toujours dans l’ensemble des gestes de notre vie, comme lorsque nous planifions des vacances, achetons de nouveaux vêtements, ou traversons la rue. Dans toutes ces situations, il y a d’autres modes d’action qui s’offrent à nous; chaque mode a ses avantages et inconvénients, et nous devoir faire un choix.

À ce stade-ci, on doit expliquer que ces notes concernent seulement l’appréciation qu’a à faire un brigadier, commandant de bataillon ou un officier subalterne dans la hiérarchie militaire, parce qu’en vertu de la politique d’instruction de la milice canadienne, nous ne prenons pas en considération l’action de formations supérieures à la « brigade mixte » — ou du moins y réfère seulement dans les narratifs.

Maintenant, les Règlements sur l’instruction, 1934, aux pages 29 à 31, nous expliquent comment faire une appréciation – ou au moins énumérer les points essentiels. On recommande aux officiers de cogiter dans l’ordre suivant :

  1. L’objet;;
  2. Les éléments à prendre en considération qui ont une incidence sur l’aboutissement de l’objet;
  3. Actions possibles des deux côtés;
  4. Le plan.

Du point de vue de la logique, il est difficile de contester cette disposition. Seulement certains d’entre nous trouvent ça extrêmement difficile de faire fonctionner notre esprit d’une façon exigée par la logique. On a déjà entendu des officiers expérimentés et compétents avouer qu’ils commencent toujours par le plan lorsqu’ils rédigent une appréciation! Cette procédure, néanmoins chinoise et répréhensible, n’a pas été adoptée sans raison, et pour moi, la raison est la suivante.

Les Règlements sur l’instruction nous énumèrent une longue liste de facteurs qui peuvent influencer la situation, puis nous avertissent que ce qui est important n’est pas la simple information, mais les déductions qu’on en fait. Plus tard, on nous dit que bien que tous les facteurs sont pris en considération, on ne devrait rien écrire, sauf ceux qui influencent fortement le problème. Où, comme c’est souvent condensé en règle pratique, « Si vous ne pouvez tirer de déduction de votre fait, il ne s’agit pas d’un facteur. »

C’est ici que la difficulté survient; si nous gardons notre esprit libre de « modes d’action » et de « plans » jusqu’à ce que nous ayons réfléchi à tous les titres de facteurs, nous trouvons cela difficile de choisir les faits qui ont une « influence importante », et de savoir quelles inférences en tirer.

Pouvons-nous surmonter ce problème en suivant un autre ordre?

Selon le livre, « la valeur de la méthode est très évidente au combat ». Nous sommes d’accord. Les commandants devraient faire l’appréciation méthodiquement pour s’assurer que leur problème a été étudié de tous les points de vue importants, et que tous les facteurs importants ont été pris en considération. La plupart d’entre nous, si nous avions à faire un plan pour respecter certaines urgences de guerre, et étions laissés à nos instruments non entraînés, porterions notre attention sur une idée qui satisferait notre imagination, faisant fi des schémas de remplacement dont les avantages n’étaient pas si apparents au premier coup d’œil et ignorant les facteurs qui pourraient être décisifs. Bref, nous devrions être ce type de commandant dénoncé par Napoléon — un officier « qui fait des images de lui-même », c.-à-d. quelqu’un qui s’imagine que les évènements d’une bataille ou d’une campagne se dérouleront exactement selon ses visions préliminaires. L’appréciation formelle, avec ses demandes d’autres options, et le reste d’une foule de facteurs, nous aidera toujours à réaliser qu’il y a plus d’une façon de tuer un chat, et que si nous pensons à 100 modes d’action possibles pour l’ennemi, il utilisera le 101e.

Tandis que nous sommes d’accord que la méthode et les appréciations sont précieuses au combat, il y a matière à enquête à savoir si la méthode de réflexion, ou l’ordre des pensées étalé dans les Règlements sur l’instruction est la plus pratique et pertinente.

Le commandant au combat approchera probablement son problème, ou élaborera sa solution, d’une façon différente de l’officier entraîné en temps de paix. Ce dernier obtient normalement ses renseignements de quelques feuilles de papier polycopié. Là, tous les facteurs sont bien rassemblés, et ça ne lui est pas très difficile ou surnaturel de traiter des « facteurs à considérer » dès qu’il a écrit l’objet. Mais le commandant au combat possède l’information dans sa tête, ou dans la tête de ses officiers d’état-major, ou dans un dossier dans son bureau. Par conséquent, je crois qu’il lui serait pratique et naturel de penser, ou d’apprécier, dans l’ordre décrit aux prochains paragraphes.

  1. Il formule son objet, et l’écrit. Il devrait le lire toutes les quelques minutes pendant son appréciation, pour s’assurer que ses pensées ne s’éloignent pas du point.
  2. Les facteurs les plus importants sont ceux de ses soldats et de l’ennemi; ils possèdent l’information essentielle à leur sujet dans sa tête.
  3. Le prochain facteur d’importance est le terrain; il procède à son étude à partir de la carte et en reconnaissance.
  4. Pratiquement dès qu’il obtient une idée générale du terrain, plusieurs modes d’action se révéleront à lui. Il les note, en se centrant sur l’essentiel, les numérotant, et laissant un espace pour d’autres modes qui pourraient se manifester plus tard.
  5. Le moment où il prend en considération les modes d’action de l’ennemi variera selon le type d’opération en cours. Si le commandant est sur la défensive, il considérera les mouvements possibles de l’ennemi plus tôt, peut-être même avant d’avoir fixé ses propres modes d’action.
  6. Puis il arrive aux facteurs ou aux « éléments à considérer » affectant l’atteinte de son objet. S’il a du temps, il voudra probablement confirmer, ou élaborer l’information sur laquelle il travaillait jusque-là, et utilisera ses officiers d’état-major à cette fin : pour lui résumer ou lui donner les derniers renseignements sur l’ennemi; pour faire la reconnaissance d’un terrain particulièrement important, et ainsi de suite. Laissez-moi maintenant énumérer les principales rubriques sous lesquelles se trouveront les facteurs à considérer —
    1. L’ennemi et nos propres soldats; leur nombre, leurs formations, l’armement (particulièrement l’artillerie, les armes automatiques et les véhicules de combat blindés); leur moral; s’ils sont reposés ou fatigués; et finalement le plus important, leur emplacement.
    2. Le terrain ou les facteurs topographiques; particulièrement l’observation, les champs de tir, les obstacles, les approches dissimulées, les positions de l’artillerie ou des réserves, les voies de retraite, et les points vitaux et vulnérables.
    3. Le temps et l’espace suivent naturellement — le temps nécessaire à l’ennemi ou à ses propres troupes pour atteindre les points vitaux; pour préparer la défense ou l’attaque; l’espace dans lequel ses troupes ou les troupes ennemies peuvent s’étendre pour l’attaque ou la défense, c.-à-d., largeurs de front (se souvenir que les largeurs de front en attaque sont normalement déterminées par l’artillerie et les chars disponibles); des largeurs de front suivent les flancs, leur vulnérabilité et protection.
    4. Communications, approvisionnement et transport. Ces facteurs administratifs sont moins immédiats par leur importance que ceux mentionnés précédemment, et, comme tout le monde le sait, sont plus difficiles à garder à l’esprit lors d’exercices en temps de paix. Lors d’une guerre réelle, ils sont peu susceptibles d’être négligés; p. ex., le brigadier qui n’a pas de repas ou de sac de couchage n’aura pas besoin de se faire rappeler de ce facteur.
  7. Pour ce qui est des déductions— le commandant les fait au fur et à mesure qu’il considère chaque point. Il écrit seulement les faits à partir desquels il fait une déduction qui porte sur la formulation de son plan. Il est capable de décider assez facilement s’ils ont cet angle, puisqu’il possède déjà d’autres plans à l’esprit et sur papier. De plus, comme chaque fait et déduction est noté, il peut également noter lequel de ses plans de rechange il favorise, ou quel plan de l’ennemi devient plus probable, ou plus dangereux.

Ayant terminé l’examen des facteurs, il calcule les points pour chaque plan, et il décide d’adopter le plus favorable, et qui répond le mieux aux menaces des différents modes d’action. Et, tel que souligné auparavant, il pourrait penser à de meilleurs plans pendant son appréciation. Quoi qu’il en soit, il est maintenant en position de décider DU plan, et il l’écrit sous forme de notes, afin qu’il puisse donner des ordres verbaux, ou demande à son officier d’état-major d’écrire les ordres, si le temps le permet.

Y a-t-il quelque chose d’anormal avec la situation ci-dessus? Si c’est le cas, j’espère que les correspondants le souligneront. Sinon, j’espère que les lecteurs partisans de l’appréciation essaieront l’ordre suggéré la prochaine fois qu’ils en auront l’occasion.

Il me semble que cet ordre « naturel » ou « fonctionnel » possède plusieurs avantages. Il n’y aura aucune perte de temps ou de papier à répéter les arguments utilisés dans les « facteurs » lorsque vous en êtes aux « avantages et inconvénients des modes d’action ». Peut-être plus important, que beaucoup ou peu de temps soit passé sur l’appréciation, les points essentiels auront été couverts : c'est-à-dire, les plans de rechange, et ce que l’ennemi peut faire pour les déjouer, auront été pris en compte. S’il n’y a pas assez de temps pour faire une appréciation complète, tout le travail de réflexion aura été productif; s’il y a beaucoup de temps, l’examen du commandant gagne en précision et en portée, puisqu’il prend en considération les facteurs plus en détail.


Un avertissement est peut-être nécessaire. Si vous préparez une appréciation dans le cadre d’un examen, ou si vous en faites une verbalement, il serait préférable de vous en tenir à l’ordre donné dans les Règlements sur l’instruction. Mais si vous avez essayé l’ordre que je propose, et avez trouvé qu’il s’agit d’une démarche de réflexion pratique, puis peut-être vous en souviendrez-vous lors « d’une situation d’urgence », pour utiliser un euphémisme accepté. Il n’y aura pas d’instructeurs ou d’examinateurs pour vous le reprocher, sous le sombre reflet de la guerre.

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2022-01-26