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Franchir Des Canyons De Béton Sans Véhicules Blindés : Tactiques De Combat Russes En Zone Urbaine À Grozny

par les lieutenants-colonels Lester W. Grau, É.-U. (ret) et Timothy L. Thomas, É-U. (ret)

Temps de lecture: 30 min  contenu de Marine Corps Gazette

* « La permission de traduire le présent article en français a été accordée par la revue Marine Corps Gazette. L’article est réimprimé avec l’autorisation de la Marine Corps Gazette, qui conserve ses droits d’auteur. »

« La logistique représente jusqu’aux neuf dixièmes des activités de la guerre, et les problèmes mathématiques impliqués dans le calcul des mouvements et de l’approvisionnement des armées ne sont pas indignes d’un Leibnitz ou d’un Newton. » [Traduction]

—Martin Van Creveld[1]

Janvier 1995. Les troupes et les chars russes exécutent le franchissement d’assaut de la rivière Sounja dans la ville de Grozny.
Janvier 1995. Les troupes et les chars russes exécutent le franchissement d’assaut de la rivière Sounja dans la ville de Grozny.

 

Bien que la logistique constitue une source de préoccupation de grande importance pour la conduite de la guerre, peu d’ouvrages portent sur ce domaine comparativement aux aspects tactiques et stratégiques des différentes guerres. Qui est plus, beaucoup moins d’essais ont été écrits sur le soutien logistique du combat en zone urbaine. Selon un précepte de l’histoire de la logistique du combat en zone urbaine, la consommation de munitions augmente de façon considérable lorsque les combats sont livrés dans des villes. L’expérience russe dans la lutte pour la capitale de la Tchétchénie, Grozny, en janvier et en février 1995, a démontré que le réapprovisionnement en munitions ne représentait pas l’unique problème. Les demandes en matière de maintenance, d’approvisionnement, de transport et de soutien médical ont excédé les capacités des unités logistiques prévues au tableau d’effectifs et de dotation (TED). En outre, les demandes en matière de logistique ont multiplié par la nécessité d’offrir de l’aide humanitaire durant le combat.

Les tactiques, techniques et concepts opérationnels russes relatifs au combat en zone urbaine étaient fondés sur la vaste expérience acquise durant la Grande Guerre patriotique (Seconde Guerre mondiale). Trois hypothèses sous-jacentes ont façonné le concept soviétique/russe du combat en zone urbaine. Premièrement, le combat se déroulerait dans des villes étrangères pratiquement « vides »; la majorité de la population civile aurait déserté la région. Deuxièmement, la force ennemie déployée dans la ville serait une force militaire classique. Troisièmement, l’armée bénéficierait d’une période de combat classique afin de mettre pleinement au point ses procédures et de cerner les problèmes avant d’entreprendre sa mission la plus difficile de toutes – le combat dans une ville. Or, aucune de ces hypothèses ne s’est confirmée lors du combat à Grozny. Les civils n’avaient nulle part où aller et ne s’attendaient pas à un combat aussi extrême; ils ont donc attendu patiemment pendant que leur ville était plongée dans la guerre. L’armée russe, seule représentante du gouvernement, devait fournir de la nourriture, des abris, de l’eau propre, des services d’égout, de l’électricité et des soins médicaux aux civils (qui étaient citoyens de la Fédération de Russie). En raison des demandes accrues attribuables au combat en zone urbaine, les unités russes de soutien du combat prévues au TED réussissaient à peine à répondre aux besoins de l’armée russe, encore moins à ceux de la population civile. Ils se sont trouvés dans une situation qui excédait leurs capacités, et les civils en ont payé le prix. Le ministère des Situations d’urgence (EmerCom) de la Russie a plus tard participé à la restauration des installations.

Les concepts russes relatifs au combat en zone urbaine avaient été conçus pour la lutte contre une autre armée classique. L’opposition tchétchène était principalement composée de guérilleros et de soldats irréguliers soutenus par une petite force régulière novice. Les Tchétchènes exécutaient une défense mobile « occasionnelle ». Ils occupaient un centre de résistance une journée et un nouveau le lendemain. Défendu en permanence, le palais résidentiel situé au centre de la ville demeurait l’exception. L’armée russe accumulait des provisions et des munitions en prévision de ses attaques, mais ces dernières touchaient souvent des bâtiments désaffectés (ou pire, des bâtiments remplis de civils), car l’ennemi s’était déjà déplacé, parfois à l’arrière de l’armée russe en progression. Cette situation faisait en sorte qu’il devenait très difficile d’apporter du soutien au combat à temps dans le secteur critique. L’armée russe souhaitait livrer une bataille linéaire, mais l’opposition tchétchène l’a contrainte à une bataille non linéaire. Les unités de logistique russes n’étaient pas préparées à ce genre de bataille.

L’armée russe a engagé le combat dans la capitale, Grozny, une ville moderne de 490 000 âmes résidant principalement dans des immeubles d’habitation en hauteur faits de béton et de briques (sur une superficie de plus de 100 milles carrés). La ville est desservie par une ligne ferroviaire majeure, un aérodrome et un réseau d’autoroutes. Pour leurs déplacements à l’intérieur de la ville, les résidants utilisent l’autobus, les trains et leurs automobiles. De grandes manufactures et des usines chimiques faisaient concurrence à l’industrie pétrolière pour l’attraction de la main-d’œuvre. D’importants oléoducs et gazoducs traversaient la ville. Il s’agissait d’un emplacement difficile pour déclencher une campagne, peu importe l’armée.

Mise en place de la structure logistique du théâtre

L’armée russe formée de conscrits qui a investi la République tchétchène séparatiste en décembre 1994 n’était pas prête au combat. Aucune des divisions de la structure des forces russes ne l’était d’ailleurs. Les forces déployées étaient composées de diverses unités mixtes qui avaient été mises sur pied à la hâte. La situation des unités de logistique était tout aussi catastrophique; elles avaient elles aussi été mises sur pied expéditivement[2]. Pour complexifier davantage le soutien logistique, la campagne terrestre contre la ville de Grozny a été planifiée sur trois axes – de l’ouest, du nord-ouest et de l’est[3]. (Voir la carte.) La bataille pour le contrôle de la ville dura un mois et les opérations de nettoyage s’étalèrent sur un autre mois. La ville était en ruine. Les planificateurs militaires russes et le personnel chargé du transport ont tout de même fait de l’excellent travail en mettant sur pied une force mixte formée de membres provenant de partout en Russie. Pratiquement toutes les forces et tous les approvisionnements ont été transportés par train ou par avion. Comme la Tchétchénie fait partie de la Russie, le renforcement de la logistique a été trouvé dans l’infrastructure de logistique existante du district militaire du Nord-Caucase. La plupart des installations et des unités de soutien logistique ont été aménagées près de la garnison de Mozdok. Cette dernière, qui possédait de bonnes infrastructures ferroviaires et un aéroport, était située à quelque 110 kilomètres de Grozny. Les services de la zone arrière russe ont aménagé un camp comptant près de 3 000 tentes chauffées, 114 aires de repas, des installations avec douches et toilettes et des postes de lavage pour les véhicules. Les services arrière ont également fourni un train pour les douches et la lessive à Mozdok[4]. Les déplacements longue distance se faisaient par train ou par avion, et des dépôts, des dépôts de ravitaillement et des points d’approvisionnement ont rapidement été établis à Mozdok jusqu’à Grozny. Trois lignes de communication (LDC) ont été établies – une par axe principal. Le long de ces LDC, on avait installé des points de ravitaillement des véhicules avec aires de repos renfermant des tentes pour prendre les repas et des tentes chauffées[5]. La présence des camions était essentielle pour transporter les fournitures de l’aérodrome et du terminal ferroviaire en direction de Grozny.

 

 

Service alimentaire

La bataille pour la ville de Grozny débuta la veille du jour de l’An de 1994. La Tchétchénie est une région montagneuse où les hivers sont froids et enneigés. Les planificateurs ont décidé de fournir à chaque soldat 150 pour 100 de la ration habituelle. Cela représentait plus de 5 000 calories, notamment l’absorption quotidienne de 300 grammes (10,5 onces) de viande, de 50 grammes (1,75 once) de crème extra-grasse et de 30 grammes (1,05 once) de fromage. Des boulangeries de campagne ont été positionnées sur chacun des axes principaux, soit à Mozdok, à Vladikavkaz et à Kizlyar. Plus tard, lorsque l’aéroport au nord de Grozny a été conquis, les Russes y ont installé trois boulangeries de campagne – avec une capacité de production quotidienne de 18 tonnes de pain[6]. Les soldats ne devaient donc pas manquer de nourriture.

Carte de la Russie et de la Géorgie montrant les frontières des républiques et les frontières internationales.

Or, les Russes avaient de la difficulté à distribuer les rations dans les positions de combat à l’avant. Les repas étaient préparés dans les cuisines de campagne KP-125 et KP-130. Il s’agit d’unités de cuisson très fonctionnelles remorquées par les camions ZIL-130 ou GAZ-66. Toutefois, à Grozny, après le dégel, les camions ne réussissaient pas à tirer les cuisines de campagne dans les chemins boueux. Ainsi, seuls les camions-citernes à carburant et à eau pouvaient être utilisés. Or, les camions-citernes à carburant ne pouvaient pas entrer dans la ville, car une seule balle aurait suffi à les embraser tout entiers. Les camions ne se rendaient donc souvent qu’en périphérie de la ville. Par conséquent, la nourriture était placée dans des contenants de type Mermite, lesquels étaient ensuite transportés jusqu’à la ville dans des véhicules blindés de transport de troupes[7]. L’absence d’autres véhicules blindés représentait un problème constant.

 

 

Les troupes qui se trouvaient dans les positions avancées devaient fréquemment manger des rations sèches[8]. Ces rations ne procuraient pas le nombre minimal de calories ou de vitamines recommandé par jour[9]. Souvent, les troupes qui avaient le plus besoin des calories supplémentaires ne recevaient même pas les minimums quotidiens. C’est ainsi que le plan initial de fournir 5 000 calories par jour a déraillé, principalement en raison du transport inadéquat[10].

Un déjeuner froid avant le combat
Un déjeuner froid avant le combat

Articles en forte demande

En plus des munitions pour armes légères, l’infanterie de première ligne utilisait une quantité faramineuse de grenades à main, de grenades fumigènes, de pots à feu, de charges de destruction, de munitions pour lance-flammes, des munitions pour le lance-roquettes RPG-7 et de lance-grenades antichars jetables. Des grenades lacrymogènes étaient souvent nécessaires à certains points du champ de bataille et devaient être envoyées vers l’avant. L’infanterie de première ligne avait également des besoins immédiats de grappins et de corde, d’échelles légères et d’équipement de vision nocturne. Bon nombre de ces articles ont été livrés d’urgence par voie aérienne à Mozdok. Là où il y avait une pénurie d’équipement de vision nocturne, les Russes utilisaient des projecteurs pour éclairer le champ de bataille et aveugler l’opposition tchétchène[11].

Ce sont les mortiers qui ont fait le plus grand nombre de victimes dans les deux clans, et il y a toujours eu une forte demande pour les explosifs brisants et les munitions de mortiers fumigènes. Les militaires avaient également recours à l’artillerie, souvent utilisée en tir direct. Un cinquième des munitions d’artillerie était des obus fumigènes ou des obus au phosphore blanc – ce qui a fait monter en flèche la demande pour ces dernières. La fumée dissimulait les mouvements de l’infanterie et la fumée de phosphore blanc avait l’avantage supplémentaire (ou le désavantage) d’être mortelle. Elle s’infiltrait sous les masques protecteurs avec filtres, et elle n’était bannie par aucune convention internationale[12].

L’une des armes russes les plus efficaces dans les combats urbains a été le vénérable ZSU 23‑4 – un système d’arme anti-aérien auto-propulsé légèrement blindé dont les quatre canons de 23 mm avait une cadence de tir maximale de 3 200 coups par minute. L’élévation et la dérive du système, tout comme ceux de son équivalent moderne, le 2S6, offraient une excellente arme de contre-attaque pour la bataille dans une ville. Toutefois, la conservation des munitions de 23 mm et de 30 mm du ZSU 23-4 et du 2S6 constituait toujours un problème[13].

L’eau potable était en forte demande, mais sa distribution vers l’avant s’avérait souvent une mission difficile. Le traitement de l’eau visant à éliminer toutes les bactéries prenait beaucoup trop de temps. Combattre donne soif et les militaires buvaient souvent ce qu’il y avait de disponible, ce qui a donné lieu à des éclosions d’hépatite virale et de choléra[14].

Les produits pétroliers (PP) étaient de première nécessité, car les Russes ont utilisé plus de 200 000 tonnes de PP durant la bataille de Grozny. La capture de dépôts de PP s’est avérée très utile pour les forces terrestres russes. Or, le transport des PP à proximité des unités en contact avec l’ennemi était un problème de taille[15].

 

Soutien au transport

Le transport longue distance des charges lourdes dans le théâtre se faisait principalement par train. Les troupes responsables des lignes de chemin de fer devaient restaurer 260 kilomètres de voies, dégager les mines sur 70 kilomètres encore, réparer les commutateurs et rétablir l’alimentation électrique dans les voies ferrées électriques. Les trains devaient être protégés, car ils étaient la cible de tirs de mortiers, d’artillerie et de tireurs d’élite[16].

Soldat écrivant une lettre à sa famille durant la bataille de Grozny.
Soldat écrivant une lettre à sa famille durant la bataille de Grozny.

 

Le transport aérien a joué un rôle considérable dans le transport longue distance des hommes et des fournitures. Les articles en forte demande étaient pratiquement toujours envoyés par voie aérienne. Presque la totalité des forces de l’aviation de transport militaire russe et certaines compagnies d’aviation commerciale participaient aux efforts.

Dans le théâtre, le transport par camion était essentiel. Durant la courte période de préparation (du 11 au 30 décembre 1994), 2 850 grands routiers ont appuyé les forces terrestres. De ce nombre, 90 ont connu des défaillances majeures et 83 ont été déclarés perte totale, car il était trop coûteux de les réparer. Pendant la bataille de Grozny, les besoins en grands routiers pour les forces terrestres sont passés à 6 700 camions[17]. Le contrôle de toute cette circulation représentait un problème. Les Russes avaient oublié l’expérience acquise en Afghanistan alors que la 40e armée soviétique disposait d’une brigade pour contrôler la circulation affectée aux convois. C’est ainsi que les Russes ont dû mettre sur pied une brigade spéciale pour contrôler la circulation au même moment où ils menaient une opération d’importance[18]. Le contrôle de la circulation ne représente qu’un exemple où le manque de temps durant la phase de préparation peut paralyser tous les efforts. La coordination des besoins en logistique prend du temps. Les leaders politiques n’ont pas accordé ce temps à l’armée russe.

La bataille de Grozny a fait ressortir plusieurs problèmes. Les camions d’approvisionnement étaient non blindés, n’étaient pas suffisamment robustes et ne pouvaient pas être exposés au combat en zone urbaine. L’un des principaux problèmes de l’approvisionnement des forces avancées résidait dans le fait que les camions ne pouvaient se rendre qu’à un certain point. Toute la marchandise devait alors être déchargée dans des véhicules blindés. Les véhicules blindés n’étaient pas spécifiquement conçus pour transporter de la marchandise; plusieurs déplacements étaient donc nécessaires pour un seul chargement de camion. Le commandant du combat a donc dû faire une croix sur plusieurs, sinon la plupart, de ses véhicules de combat blindés destinés au combat. On les utilisait pour transporter les munitions, l’eau et la nourriture et on s’en servait également comme ambulances. Il y avait un besoin criant de véhicules d’approvisionnement blindés qui pouvaient se rendre jusqu’aux forces en contact avec l’ennemi[19].

Associé à ce problème, il faut mentionner le manque de supports à l’extérieur des véhicules blindés russes. Les tentes, les sacs de couchage, les sacs de fourbi, les poêles de l’escouade et autres fournitures étaient chargés à bord des camions d’approvisionnement. Les camions ne pouvaient se rendre à l’avant et il n’y avait pas d’espace pour transporter le matériel des militaires sur les véhicules blindés ou à l’intérieur de ces derniers. Par conséquent, les combattants devaient se passer de leur équipement individuel pendant plusieurs jours.

Le réarmement et le ravitaillement en carburant des véhicules de combat étaient laborieux. Il fallait généralement le faire la nuit. Lorsqu’il était fait sur place, beaucoup de militaires devaient transporter des bidons de carburant et des boîtes de munitions vers l’avant – un processus long, fastidieux et dangereux. Le retrait des véhicules, particulièrement des chars, pour le réarmement et le ravitaillement en carburant, était particulièrement difficile[20]. Les troupes déployées à l’avant n’étaient pas toujours informées que leurs véhicules blindés étaient uniquement retirés pour le réarmement et le ravitaillement, ce qui donnait parfois lieu à une certaine confusion.

Maintenance

Les besoins en matière de maintenance ont surpassé les normes attendues relatives à la maintenance pour un combat classique durant les deux mois de combat en zone urbaine[21]. La maintenance des véhicules blindés était particulièrement essentielle, et les officiers de maintenance de l’unité tentaient d’assurer le contrôle de leurs véhicules et d’en réparer le plus grand nombre possible au niveau du régiment ou de la brigade. Durant le combat de deux mois, le soutien de maintenance avancé a réparé quelque 217 véhicules blindés, le dépôt de maintenance quelque 404 véhicules blindés et 225 véhicules ont été déclarés irréparables. Ainsi, 846 des 2 221 véhicules blindés utilisés pour le combat (38 pour 100) ont été hors service pendant une certaine période – quoique non simultanément[22]. Si l’on tient compte des véhicules blindés qui étaient utilisés pour transporter les approvisionnements et pour effectuer des évacuations médicales, certains commandants de combat devaient se compter chanceux de disposer de 40 pour 100 de leurs véhicules blindés pour le combat.

Afin de répondre à la demande accrue en matière de maintenance, les Russes ont mis sur pied trois bataillons et deux détachements de maintenance en plus des unités prévues au TED[23]. Les Russes ont installé des points de collecte et de réparation sur chacun des axes. À l’ouest, le point arrière était situé à Vladikavkaz tandis que celui à l’avant était situé près des trains d’une division aéroportée. Au nord, le point arrière était situé à Mozdok et celui à l’avant se trouvait aux trains d’une brigade de fusiliers motorisés. À l’est, les Russes ont établi trois points de collecte et de réparation à l’avant – avec les trains de la division de fusiliers motorisés, d’un régiment aéroporté et d’un régiment de fusiliers motorisés[24]. En janvier 1995, le soutien avancé et le dépôt de maintenance ont réparé 1 286 véhicules et les ont retournés à leur unité. Cela comprenait 404 véhicules blindés, 789 véhicules sur roues et 75 pièces d’artillerie. Le personnel de la maintenance a évacué 259 autres véhicules blindés endommagés de Grozny durant la bataille de janvier. En raison de la complexité des systèmes de contrôle d’incendie, des systèmes de réapprovisionnement automatiques, des systèmes électriques et des systèmes de communication, 26 pour 100 de certains types de véhicules blindés ont dû être réparés par des représentants d’usine[25].

Les dommages relatifs aux combats et la défaillance de l’équipement n’étaient pas les seuls problèmes sur le plan de la maintenance. Comme il n’y avait pas d’argent pour réparer de nombreux véhicules avant la guerre, 646 véhicules qui attendaient dans des hangars, surnommés « hangar queens », ont été envoyés dans le théâtre. La totalité de ces 646 véhicules (338 véhicules sur roues, 217 véhicules blindés et 41 pièces d’artillerie) a dû être réparée avant le début du combat. Les demandes en matière de maintenance ont surpassé les normes à un point tel que 573 tonnes de pièces de rechange et d’accessoires de véhicules blindés et 60 tonnes de pièces de rechange et d’accessoires d’artillerie ont dû être apportés dans le théâtre pour compléter les pièces de réparation en stock[26]. Conséquence de son piètre rendement et de sa grande consommation d’essence lors de la bataille de Grozny, le haut commandement russe a annulé la production du moteur à turbine à gaz du char T-80[27].

Évacuation des blessés
Évacuation des blessés.
Un civil russe, blessé dans une attaque au mortier, est évacué d’une usine de fabrication de gelée.
Un civil russe, blessé dans une attaque au mortier, est évacué d’une usine de fabrication de gelée.

 

Soutien médical

Les soins aux blessés prodigués par l’armée russe étaient généralement bien planifiés et administrés lorsque les patients arrivaient au poste de premiers soins du bataillon. Trois semaines avant l’incursion russe, l’armée russe a mis sur pied des détachements spéciaux de traitement médical d’urgence et a offert de la formation au personnel de chaque district militaire. Quatre de ces détachements ont été déployés en Tchétchénie afin de soutenir les unités de manœuvre et d’ajouter aux TED des unités médicales[28].

Les Russes utilisaient leur système d’évacuation en temps de guerre classique et avaient généralement recours à l’évacuation médicale terrestre comme forme d’évacuation la plus rapide et la plus sûre. Chaque compagnie de manœuvres pouvait compter sur la présence d’un adjoint au médecin et chaque bataillon de manœuvres comptait un médecin et une section d’ambulances. Des chirurgiens, des anesthésistes et du personnel infirmier supplémentaire travaillaient au poste médical régimentaire[29]. Étant donné que les Tchétchènes avaient déjà tiré sur les ambulances à parois souples, les blessés étaient généralement transportés au poste médical du régiment à bord d’ambulances blindées improvisées (BTR-80). Des postes médicaux avancés et des hôpitaux devaient être creusés ou déployés dans des sous-sols, car les Tchétchènes les avaient également bombardés. Les patients qui avaient besoin de soins médicaux plus importants étaient évacués par hélicoptère ou par avion (évacuation médicale)[30]. On n’avait pas tellement recours à l’évacuation médicale avancée, surtout après que les Tchétchènes aient abattu plusieurs hélicoptères d’évacuation médicale. La bataille de Grozny a prouvé la nécessité d’avoir une ambulance blindée spéciale[31].

Le combat dans la ville a donné lieu à un pourcentage différent de types de victimes. Les statistiques de la Croix-Rouge pour les conflits mineurs font généralement état de 23 pour 100 de blessés par mines, 26 pour 100 par balles, 46 pour 100 par éclats d’obus, ainsi que de 2 pour 100 de brûlures et 3 pour 100 de causes diverses. Lors de la bataille de Grozny, toutefois, on a observé un pourcentage plus élevé de brûlures, et la majorité des blessures ont été causées par des tirs de mortier. La plupart des personnes qui ont été tuées ou qui ont succombé à leurs blessures avaient été atteintes à la tête et à la poitrine par un tireur d’élite (surtout des civils qui ne portaient pas de gilets pare-éclats et de casques). Tandis que le ratio normal de blessés par rapport aux personnes tuées est de 3:1 ou de 4:1, cette statistique a été inversée lors de la bataille de Grozny où il y avait 3 personnes tuées pour chaque personne blessée. (Ce ratio est probablement faussé et reflète le fait qu’il était fréquemment difficile d’accéder aux blessés et que ces derniers ne recevaient pas les premiers soins à temps. Le ratio initial réel était probablement plus près de deux blessés pour une personne tuée.) Les tireurs d’élite représentaient un problème pour l’évacuation médicale et, souvent, les blessés ne pouvaient être évacués qu’à la tombée de la nuit[32].

Les dossiers de l’armée russe relativement à la prévention des maladies étaient de loin aussi impressionnants que le traitement des blessés. Les soldats russes manquaient souvent d’eau potable, de vêtements propres, de rations chaudes et d’installations de lavage. Le personnel a été infecté par l’hépatite virale, le choléra, la shigellose, l’entérocolite, la diphtérie, l’anthrax malin et la peste. L’une des brigades de combat a recensé 240 cas d’hépatite virale simultanés. Comme les unités de campagne russes accusaient une baisse de 60 pour 100 ou plus de leur effectif, une brigade s’estimait chanceuse si elle réussissait à rassembler 1 500 soldats. Plus de 15 pour 100 d’une certaine brigade était inapte en raison de l’hépatite; elle était inefficace au combat en raison de la maladie, et l’eau contaminée en était la principale cause. Les bacilles issus du tractus gastro-intestinal humain étaient présents dans 60 à 80 pour 100 de l’eau de vaisselle testée. Quelque 4 pour 100 des malades travaillaient dans la manipulation des aliments et la distribution de l’eau[33].

On a recensé davantage de cas de troubles psychiatriques lors des combats en zone urbaine. La majeure partie du combat en Tchétchénie s’est déroulé dans des villes (d’abord à Grozny, puis dans une succession de petites villes et enfin dans des villages). Un psychiatre militaire russe a mené un sondage auprès de 1 312 soldats durant le combat[34]. Les soldats interrogés étaient encore aptes à accomplir des fonctions de combat. Le sondage a révélé que 28 pour 100 des militaires étaient en santé et que 72 pour 100 souffraient d’un trouble psychologique (46 pour 100 montraient des signes de dépression, un état moteur faible, apathique ou retardé, ou faisaient de la simple insomnie). Parmi les autres troubles répertoriés dans les 46 pour 100 de soldats touchés, mentionnons un manque de motivation, une anxiété élevée, un stress neuro-émotionnel, de la fatigue, une fixation hypocondriaque et des attaques de panique. Les 26 pour 100 restants ont affiché des réactions psychotiques, notamment une grande anxiété et de l’agressivité, la détérioration des valeurs morales ou des relations interpersonnelles, l’excitation ou une dépression grave. Environ 40 pour 100 des militaires sondés ont montré un manque de stabilité neuropsychologique. Plus un militaire avait passé de temps dans une zone de guerre, plus on observait un changement radical dans sa condition neuropsychologique. Le pourcentage des troupes affectées par le syndrome de stress post-traumatique était plus élevé qu’en Afghanistan – ce qui témoignait de l’incidence du combat en zone urbaine[35].

Les Russes ont compris qu’ils auraient dû faire la rotation des unités plus souvent afin de permettre aux soldats de se laver, de dormir, de s’entraîner et de se réajuster. Or, cette pratique aurait nécessité des réserves beaucoup plus importantes que celles disponibles et aurait créé un problème logistique supplémentaire. Les Russes ont alors recommandé qu’à l’avenir, les combats en zone urbaine comprennent plus de soutien psychiatrique – notamment des professionnels qui travailleraient à l’avant dans les unités[36].

Prisonniers et détenus

Les forces armées russes avaient de la difficulté à dissocier les combattants des non-combattants. Ils ont d’abord simplement examiné les suspects à la recherche d’ecchymoses dans le haut de l’épaule afin de voir s’ils avaient tiré à l’aide d’une arme et s’ils pouvaient voir des traces de poudre ou de brûlures sur leurs avant-bras ou sur les manches de leur chemise. Le mois suivant, les troupes internes russes ont utilisé une méthode beaucoup plus simple – rassembler la plupart des hommes tchétchènes et les placer dans des « camps de filtration ». Ces camps servaient à séparer des civils pacifiques les Tchétchènes qui avaient possiblement combattu contre les Russes. Le rassemblement des prisonniers et le maintien des camps de filtration, dirigés par le ministère des Affaires internes, nécessitaient un nombre considérable de véhicules et une grande quantité de nourriture, de PP, d’eau et de soutien à la sécurité – dont la plupart venaient apparemment des biens du ministère de la Défense. Les Russes n’étaient pas préparés à gérer la masse de prisonniers. Ainsi, la situation des prisonniers était tellement désordonnée que la Croix-Rouge internationale avait du mal à localiser les camps et qu’il lui était impossible de repérer des prisonniers précis[37].

Transfert du soutien à des organismes gouvernementaux et non gouvernementaux

Les forces armées russes ne pouvaient pas à la fois combattre et rétablir la livraison de nourriture de même que les services d’égout, de traitement de l’eau, de santé publique et de services publics dans la ville. Cette tâche a éventuellement été confiée à EmerCom, le successeur de l’organisation de défense civile de l’Union soviétique. Cela correspond plus ou moins à la U.S. Federal Emergency Management Agency.

EmerCom a réussi à déployer beaucoup d’efforts pour rétablir les services essentiels à Grozny. La direction technique d’EmerCom a dépêché son service de prévention des épidémies, lequel a surveillé et a inspecté l’approvisionnement alimentaire; il a effectué des analyses bactériologiques sur les malades; il a procédé à la désinfectation, à la désinfestation et au contrôle des rats dans la ville; il a sensibilisé le public aux problèmes de santé et il a restauré les centres épidémiologiques et les centres de santé en Tchétchénie. Le service a également aménagé des points de distribution d’eau à trois hôpitaux; il a installé trois installations sanitaires pour les patients et le personnel médical; il a ramassé les débris et les ordures ordinaires; il a remis sur pied trois cafétérias d’hôpitaux; il a livré de l’équipement médical et des médicaments; il a fourni à chaque hôpital une ambulance entièrement équipée; il a restauré un centre de maternité et il a fourni 190 radiateurs à l’huile.

Les services techniques d’EmerCom ont également réparé plus de 50 kilomètres de lignes à haute tension; ils ont restauré trois centrales de production de chaleur et d’électricité et ils ont implanté huit centrales électriques diesels et ils en ont réparé une. Ils ont restauré 5 331 mètres de gazoducs; ils ont acheminé du gaz à 34 tours d’habitation et à 21 immeubles privés et ils ont restauré un système de distribution de gaz au centre de Grozny. Ils ont mis sur pied une boulangerie de campagne et ils ont livré les ingrédients pour la fabrication du pain.

Enfin, EmerCom a déminé cinq stations de pompage et de purification d’eau; il a effectué la reconnaissance technique et médicale des sources d’eau; il a installé des stations de collecte de l’eau sur la rivière Sounja; il a réparé d’urgence les systèmes d’aqueduc et d’égout et il a réparé 21 segments endommagés de conduites principales d’eau sur 11 rues. EmerCom a également inspecté et testé les sites radioactifs et chimiques de Grozny, il a testé 15 sites interagences dangereux et il a échangé de l’information nucléaire, biologique et chimique avec le ministère de l’Intérieur[38].

À compter de janvier 1995, EmerCom a contribué aux efforts d’évaluation de l’agence des Nations Unies (ONU) pour aider les personnes déplacées. Ainsi, l’ONU a lancé un « appel éclair » afin de demander une aide immédiate en février. L’appel demandait 25,1 millions de dollars pour des services d’abris, d’eau, d’assainissement, la nourriture, la santé, la communauté, les enfants en détresse et le soutien[39]. Parmi les donateurs attendus figuraient le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, le Fonds international des Nations Unies pour le secours de l’enfance, le Programme alimentaire mondial, l’Organisation mondiale de la santé et l’Organisation internationale pour les migrations. Bien que toute l’aide demandée n’ait pas été reçue, ces organisations ont fini par aider quelque 220 000 personnes (200 000 de la Tchétchénie, le reste d’Ossétie du Nord et un peu de la Géorgie). En outre, la Croix-Rouge internationale a distribué chaque mois environ 250 000 colis de nourriture, elle a mis sur pied une soupe populaire à Grozny, elle a rouvert un hôpital à Grozny et elle a établi un « service de mise en contact » dont les gens pouvaient se servir pour retrouver des proches parents et des amis[40].

Conclusion

L’armée russe était mal préparée pour le combat à Grozny. Toutefois, elle s’en est sortie tant bien que mal et a même réussi à s’améliorer avec le temps. Les leçons retenues de ce combat ne s’appliquent pas uniquement à l’armée russe; n’importe quelle force moderne mécanisée qui livre bataille à un ennemi déterminé dans une ville peut les mettre à profit. Les leçons en matière de logistique s’appliquent également. Le combat en zone urbaine exigera une quantité accrue de munitions et d’équipement spécial; or, l’un des principaux problèmes consistera à amener ces fournitures à l’avant, où le besoin se trouve. Il faut pouvoir compter sur un véhicule d’approvisionnement/d’évacuation médicale robuste et blindé, de même que sur une meilleure façon de réarmer et de ravitailler les véhicules de combat dans la zone avancée.

Aucune ville n’est vide, et le commandant de la force terrestre devrait préparer un plan d’urgence au cas où il devrait répondre aux besoins de la population civile et restaurer les services essentiels. Le commandant militaire pourrait devenir le gestionnaire de la ville de facto, il devrait donc être prêt à garder la population civile en vie et en santé. Afin de limiter le temps passé dans ce secteur, le commandant devrait apprendre à travailler efficacement avec d’autres organismes gouvernementaux et non gouvernementaux. Cela signifie qu’un pourcentage élevé de membres du personnel du soutien logistique du combat pourrait être nécessaire avant le début des hostilités. Le transport par train et par avion est essentiel aux efforts de logistique. Les unités responsables de la remise en état des ports et du réseau ferroviaire pourraient être les premières unités à devoir arriver dans le théâtre d’opérations urbain.

Les unités logistiques de nombreuses armées manquent actuellement de personnel et d’équipement pour combattre en zone urbaine. Le combat en zone urbaine exerce de fortes contraintes sur le réapprovisionnement en munitions, en eau, en nourriture et en PP. Les demandes de maintenance augmentent considérablement lors de ces combats. L’évacuation des véhicules et le franchissement d’obstacles représenteront une tâche essentielle du génie et de la maintenance. Des représentants d’usine devront accompagner la force, il faudra prévoir des unités de maintenance supplémentaires et il faudra avoir des pièces de rechange supplémentaires avant le début du combat. Un programme de détection est nécessaire pour garder les « hangars queens » à l’extérieur du théâtre.

Il faudra également renforcer le soutien médical. La médecine préventive jouera un rôle important dans la préservation de la force, car les maladies hydriques sont très dangereuses pour le mieux-être de la force. Les blessures, les brûlures et les traumatismes psychiatriques dus au mortier augmentent de façon considérable lors des combats en zone urbaine.

Aucun de ces problèmes et observations n’est propre aux Russes. En fait, les services logistiques russes ont obtenu des résultats relativement bons compte tenu des handicaps majeurs qu’ils avaient à surmonter. Le vaste système de logistique conçu durant l’ère soviétique n’était plus en place et l’armée russe n’avait pas de remplacement viable. Les logisticiens ne disposaient que d’une phase de montée en puissance de deux semaines avec aucune répétition en matière de logistique. (L’armée soviétique a mené six exercices d’importance afin de se préparer pour l’invasion de Prague en 1968. Les répétitions des aspects de logistique constituaient un élément essentiel de ces exercices[41].) Les chefs politiques n’ont accordé aux commandants aucun temps pour développer le théâtre, bien que, du point de vue militaire, il n’y avait aucune raison de se hâter. Les unités logistiques étaient souvent des unités mixtes formées sur place. Peu d’états-majors en cause entretenaient des relations courantes. L’équipement était souvent brisé à son arrivée. Les logisticiens soutenaient une bataille dont les normes de planification étaient désuètes. Ils étaient confrontés au défi de prendre soin d’un grand nombre de civils alors que les organismes gouvernementaux et non gouvernementaux, qui pouvaient aider à gérer le problème, tardaient à arriver. Or, les logisticiens russes ont su pallier leurs lacunes et ont offert un soutien adéquat malgré les circonstances très difficiles. Il serait sage de la part des autres armées d’examiner les difficultés qu’ils ont rencontrées et de s’adapter en conséquence.


Notes

[1] Martin van Creveld, Supplying War: Logistics from Wallenstein to Patton, Cambridge, Cambridge University Press, 1968, p. 231.

[2] Le système logistique russe était un descendant direct du vaste système logistique soviétique – un système qui, dans une large mesure, dépendait du transfert immédiat de camions et de chauffeurs et d’autre équipement de l’économie civile aux militaires jusqu’à la mobilisation. L’industrie russe s’est privatisée et les camions et les chauffeurs civils n’étaient plus disponibles – or, aucune autre disposition n’avait été prise. Le recours à des unités logistiques mixtes a perturbé davantage le système logistique, qui partait du principe que l’échelon supérieur fournissait les deux échelons inférieurs. Les échelons n’étaient plus clairement définis, et les employés de chaque niveau avaient très peu, voire pas, d’expérience de travail ensemble. L’échec de la logistique était inéluctable.

[3] Pour une discussion sur la bataille de Grozny, voir Timothy L. Thomas, « The Caucasus Conflict and Russian Security: The Russian Armed Forced Confront Chechnya. Military-Political Aspects and Military Activities », du 11 au 31 décembre 1994, The Journal of Slavic Military Studies, volume 8, numéro 2 (juin 1995), p. 233-290; « The Caucasus Conflict and Russian Security: The Russian Armed Forces Confront Chechnya. The Battle for Grozny , 1-26 January 1995 », The Journal of Slavic Military Studies, volume 10, numéro 1 (mars 1997), p. 50‑108.

[4] Mikhail Shchepakin, Tyl v Chechne [Service arrière en Tchétchénie], Armeyskiy sbornik [Recueil de l’armée], juin 1995, p. 20. Malheureusement, seules les troupes qui se trouvaient sur la ligne de front pouvaient utiliser les installations de buanderie et de bain. Ainsi, les maladies de peau et les poux constituaient un problème parmi les combattants.

[5] Idem.

[6] Shchepakin, p. 20-21.

[7] Idem, p. 21. Un contenant de type Mermite est un contenant thermos de l’armée américaine.

[8] Les rations sèches sont similaires aux anciennes rations C de l’armée américaine. Il existait trois types de rations sèches. Le premier contenait une boîte de viande, des craquelins ou du pain grillé, de la confiture et un sachet de thé. Le deuxième contenait deux boîtes de viande mélangées à du gruau. Le troisième consistait en une boîte de viande et une boîte de légumes ou de fruits. Lester W. Grau, The Bear Went Over the Mountain: Soviet Combat Tactics in Afghanistan, London, Frank Cass Publishers, Inc., 1998, p. 5.

[9] Lester W. Grau et Michael A. Gress, The Bear Looks Back: A Russian General Staff Retrospective on the War in Afghanistan, manuscrit en attente de publication.

[10] Certains avaient même avancé que la majorité de la nourriture était détournée dans le marché noir russe.

[11] Sergey Leonenko, Ovladenie gorodom [Capture d’une ville], Armeyskiy sbornik [Recueil de l’armée], mars 1995, p. 32.

[12] Idem, p. 33.

[13] Vladimir Suzdal’tsev, Chechenskie uroki voyskovvoy PVO [Leçons de défense aérienne de la Tchétchénie], Armeyskiy sbornik [Recueil de l’armée], mars 1995, p. 32.

[14] P.I. Ogarkov, V.V. Malyshev, S.A. Tsutsier, et N.V. Mikhaylov, « Epidemiologicheskaya kharakteristika i laboratomaya diagnostika virusnykh gepatitov v federal’nykh voyskakh na territorii chechenskoy respubliki » [Charactéristiques épidémiologiques et diagnostic en laboratoire de l’hépatite virale au sein des forces fédérales déployées en République tchétchène], Voenno-meditsinskiy zhurnal [journal militaire-médical], août 1996, p. 48.

[15] Pavel Gorupay, Sluzhba goryuchego v Chechenskom krizise [Soutien en matière de PP lors de la crise en Tchétchénie], Armeyskiy sbornik [Army digest], mai 1995, p. 37.

[16] Vadim Fedotov, Magistral [Magistral], Armeyskiy sbornik [Recueil de l’armée], mars 1995, p. 48‑49.

[17] Nikolay Kovalev, Avtotekhnika v chechenskom konflikte [Véhicules sur roues dans le conflit tchétchène], Armeyskiy sbornik [Recueil de l'Armée], mars 1996, p. 62.

[18] Valeriy Buravtsev, Na voennykh dorogakh [Sur les routes militaires], Armeyskiy sbornik [Recueil de l’armée], avril 1995, p. 40.

[19] À la fin des années 1980, les Soviétiques ont conçu le prototype d’un camion d’approvisionnement blindé, mais il n’a apparemment pas été produit en grande quantité avant la chute de l’Union soviétique.

[20] On trouvera un bon exemple retenu d’une autre guerre dans Ali Ahmad Jalali et Lester W. Grau, The Other Side of the Mountain: Mujahideen Tactics in the Soviet-Afghan War, Quantico, U.S. Marine Corps Study, 1998, p. 198‑204.

[21] Les auteurs sont incapables de trouver un indice qui prouve que les Russes avaient des normes en matière de logistique judicieuses et contemporaines pour le combat en zone urbaine. Leurs premières grandes batailles urbaines de la Seconde Guerre mondiale (Stalingrad, Varsovie, Königsberg, Budapest, Berlin) ont été principalement livrées avec des fantassins à pied et peu de soutien mécanisé. Des forces mécanisées étaient utilisées pour encercler les villes et combattre sur les approches de la ville.

[22] Sergey Maev, STO v Grozny [Stations de maintenance technique à Grozny], Armeyskiy sbornik [Recueil de l’armée], décembre 1995, p. 58. Pour obtenir un aperçu de la façon dont les 22 véhicules blindés ont été détruits, voir Lester W. Grau, « Russian-Manufactured Armored Vehicles Vulnerability in Urban Combat: The Chechnya Experience », Red Thrust Star, janvier 1997, p. 16-19.

[23] Maev, p. 55.

[24] Idem.

[25] Idem, p. 58. On recherchait essentiellement des représentants d’usine pour réparer les chars T-72 et T-80, les obusiers AM 2S1 SP de 122 mm et 2S19 de 152 mm, le canon 2S5 SP de 152 mm et le système de défense aérienne 2S6.

[26] Idem.

[27] Mikhail Zakharchuk, Uroki Chechenskogo krizisa [Leçons retenues de la crise en Tchétchénie], Armeyskiy sbornik [Recueil de l’armée], avril 1995, p. 46.

[28] N.N. Novichkov, V. Ya. Snegovskiy, A.G. Sokolov et V. Yu. Shvarev, Rossiyskie vooruzhennye sily b chechenskoim konflikte: analiz, itogi, vyvody [Forces armées russes dans le conflit en Tchétchénie : analyse, résultats et réalisations], Moscou, Holweg-Infoglobe-Trivola, 1995, p. 131.

[29] Idem, p. 132.

[30] Idem, p. 134.

[31] Yuri Savvin, Za zhizni voinov [Pour la vie des guerriers], Armeyskiy sbornik [Recueil de l’armée], mars 1995, p. 45.

[32] Novichkov, p. 133. Lecture complémentaire : Lester W. Grau et William A. Jorgensen, « Handling the Wounded in a Counter-Guerilla War: The Soviet/Russian Experience in Afghanistan and Chechnya », U.S. Army medical Department Journal, janvier/février 1998, p. 2-10.

[33] Lester W. Grau et William A. Jorgensen, « Viral Hepatitis and the Russian War in Chechnya », U.S. Army Medical Department Journal, mai/juin 1997, p. 2-5.

[34] V.S. Novikov, Psikhofiziologicheskoe obespechenie boevoy deyatel’nosti voennosluzhashchikh [Soutien psycho-physiologique des activités de combat des militaires], Voenno-meditsinskiy zhurnal [Journal militaire-médical], no 4, avril 1996, p. 37-40.

[35] Idem, p. 37-38. Une question reste sans réponse : à quoi ressemblaient ces militaires avant le combat? L’armée russe est une armée de conscrits qui sont issus du segment de la société qui n’a pas l’intelligence ou les contacts nécessaires pour éviter la conscription. Un nombre anormalement élevé de conscrits ont abandonné l’école, possèdent un casier judiciaire et sont en mauvaise santé. Dans de nombreuses unités russes, l’environnement des casernements est stressant; les cas graves d’intimidation et d’agression physique sont vus comme des aspects normaux de la vie militaire. Bon nombre des militaires russes étaient probablement déjà « détruits » avant d’arriver à Grozny.

[36] Idem, p. 39.

[37] Erik Reumann, « Red Cross Ready to Return », Passport, juillet/août 1996, p. 54. Les deux parties ont été visées par des allégations de traitement odieux et d’exécution sommaire des prisonniers. Les deux parties ont clairement commis des violations graves des droits de la personne.

[38] Toute la matière contenue dans cette section est tirée des conversations entre M. Thomas et le bureau des affaires publiques d’EmerCom [ministère des Situations d’urgence].

[39] « United Nations Consolidated Inter-Agency Appeal for Persons Displaced as a Result of the Emergency Situation in Chechnya », Organisation des Nations Unies, mars 1995, p. iii du résumé.

[40] Reumann, p. 54.

[41] Graham Turbiville, « Soviet Bloc Maneuvers », Military Review, août 1978, p. 19‑35.

 

 

Le lieutenant-colonel Grau est un analyste militaire du Foreign Military Studies Office (FMSO), Combined Arms Center, Fort Leavenworth, Kansas. Il est l’auteur de The Bear Went Over the Mountain: Soviet Combat Tactics in Afghanistan et le coauteur d’une étude de l’USMC, The Other Side of the Mountain: Mujahideen Tactics in the Soviet-Afghan War, avec Ali Jalali. (Voir les critiques dans MCG, juin 1999, p. 85‑87.)

Le lieutenant-colonel Thomas est également un analyste du FMSO à Fort Leavenworth, Kansas. Il est rédacteur en chef adjoint de la revue European Security et professeur auxiliaire à l’Eurasian Institute de l’armée des États-Unis.

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