La Planification Opérationnelle et Tactique dans les FAC
Par le lieutenant-colonel Gilbert Desgrosseilliers, Avant-propos par le lieutenant-colonel Ryan Moore - Le 2 Avril 2026
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Le sergent Dany Dorion pointe un endroit sur une carte durant un exercice de répétition de concept, alors qu’il planifie l’exercice de tir en temps réel de la compagnie à Glebokie, en Pologne, le 30 juillet 2015, dans le cadre de l’opération REASSURANCE. Photo : Caporal Nathan Moulton, Services d’imagerie de la Force opérationnelle terrestre
AVANT-PROPOS
Compte tenu des changements à venir aux processus de planification sur mesure des Forces armées canadiennes (FAC) actuellement utilisés pour la planification militaire aux niveaux tactique et opérationnel, il est utile d’examiner l’analyse actuelle et d’encourager la discussion professionnelle en ce qui concerne ce changement important pour les planificateurs militaires canadiens. D’ici août 2026, l’Armée canadienne (AC) adoptera la norme de l’OTAN – Publication interalliée sur les procédures 28 (APP-28 Accessibles uniquement via DWAN, ce sont des documents de l'OTAN actuellement disponibles uniquement en anglais) Planification tactique des opérations des forces terrestres – comme outil de planification au niveau tactique, en remplacement du processus de planification opérationnelle de l’Armée canadienne (PPOAC). La même année, le Collège des Forces canadiennes (CFC) a fait part de son intention d’enseigner la Publication interalliée interarmées 5 (AJP-5 Accessibles uniquement via DWAN, ce sont des documents de l'OTAN actuellement disponibles uniquement en anglais), Doctrine alliée interarmées pour la planification des opérations, comme nouveau processus de planification interarmées des FAC au niveau opérationnel.
L’adoption de l’APP-28 comme processus de planification tactique améliorera l’interopérabilité de l’AC avec les alliés de l’OTAN tout en modernisant le processus de planification tactique de l’AC et en intégrant mieux ce processus dans le cadre de planification au niveau opérationnel utilisé par les FAC et l’OTAN. Avec sa permission, le lieutenant-colonel Gilbert Desgrosseilliers a accepté de partager une note de synthèse préparée dans le cadre des exigences de son cours pour le Programme de commandement et d’état-major interarmées (PCEMI), qui résume les différences et les interdépendances entre le niveau opérationnel et le niveau tactique de la planification dans le contexte de l’adoption par les FAC de l’AJP‑5 et de l’APP-28 de l’OTAN.
CONTEXTE
Le processus de planification opérationnelle des Forces canadiennes (PPOFC) constitue la base de la planification interarmées au niveau opérationnel des FAC depuis 2002. Il est enseigné formellement dans le cadre du PCEMI et le Programme sur les opérations d’état-major interarmées (POEMI), tous deux sous l’égide du CFC. Le Centre de guerre interarmées du Canada (CGIC) et l’État-major interarmées stratégique (EMIS) ont annoncé leur intention d’adopter des changements à la doctrine de planification interarmées au niveau opérationnel afin de la rendre conforme à l’AJP‑5, qui est la norme de l’OTAN. Le CFC a l’intention d’effectuer la transition à l’enseignement d’un nouveau processus de planification interarmées au niveau opérationnel pour l’année académique 2026/2027. Parallèlement à ces efforts, l’AC a énoncé son intention de développer une nouvelle doctrine de planification terrestre au niveau tactique conforme à l’APP-28, remplaçant le PPOAC. La mise à jour de la doctrine de planification aux niveaux opérationnel et tactique doit s’effectuer en concert, nécessitant une compréhension approfondie de la nature des différents niveaux de conflit, leurs besoins spécifiques quant à la planification ainsi que leurs interdépendances.
DISCUSSION
Les FAC reconnaissent quatre niveaux de conflits : stratégique national, stratégique militaire, opérationnel et tactique. Ces niveaux servent d’encadrement à la planification1. Ils ne sont pas délimités en fonction du niveau de commandement ou de la taille des forces en question, mais plutôt par les résultats recherchés en fonction de l’atteinte des objectifs nationaux par des actions tactiques2.
En prenant l’exemple des opérations de combat des FAC en Afghanistan, le niveau stratégique national se trouve au niveau de la branche exécutive du gouvernement fédéral qui établit les objectifs politiques nationaux. Le Chef d’état-major de la défense (CEMD) et l’EMIS représentent le niveau stratégique militaire, établissant les objectifs militaires pour atteindre les objectifs politiques nationaux. Le niveau opérationnel englobe le quartier général du Commandement de la Force expéditionnaire du Canada (QG COMFEC) et le Commandement du soutien opérationnel du Canada (COMSOCAN) – qui ont été amalgamés en 2012 pour former le Commandement des opérations interarmées du Canada COIC) – ainsi que les éléments de commandement (la Force opérationnelle interarmées [FOI] en Afghanistan ) et de soutien nationaux qui assurent le lien entre les niveaux stratégique et tactique par la planification, l’exécution et le maintien en puissance des opérations des FAC dans l’Asie du sud-ouest. Le niveau opérationnel est intrinsèquement interarmées puisqu’il synchronise et coordonne les activités des composantes maritime, terrestre, aérienne et des forces spéciales. Le niveau tactique, axé sur la planification et l’exécution de combats ou d’engagements, est représenté par les unités et formations formant les composantes terrestre et aérienne en Afghanistan telle que la force opérationnelle (FO) Kandahar (incluant le groupement tactique et l’équipe de liaison et de mentorat opérationnels) et l’Escadre aérienne de la FOI en Afghanistan (comprenant toutes les ressources aériennes des FAC dans le théâtre des opérations de l’Asie du sud-ouest).
Les niveaux de planification correspondent aux niveaux de conflit, étant adaptés aux besoins et résultats attendus spécifiques aux commandants et à leurs états-majors stratégiques, opérationnels et tactiques. Ainsi, les modèles et les outils de planification sont également adaptés à chaque niveau. Dans les FAC, le PPOFC est le cadre de planification stratégique et opérationnel qui permet de traduire les orientations stratégiques en missions et tâches au niveau tactique et fournit un processus pour la planification opérationnelle et la conception de campagnes3. Au niveau tactique, le processus d’appréciation est l’outil de planification de base pour les commandants à tous les échelons4. Toutefois, aux niveaux tactiques supérieurs, le PPOAC peut être employé puisqu’il est mieux adapté pour permettre au commandant et à son état-major de formation de traiter des facteurs et données plus volumineux et complexes en vue d’élaborer un plan. Le PPOAC est une version simplifiée du PPOFC qui est adaptée aux besoins de planification terrestres tactiques.
Le PPOFC et le PPOAC suivent les mêmes étapes, mais varient en fonction des activités de l’Orientation pour laquelle la conception opérationnelle est une activité de l’Orientation du PPOFC, tandis qu’elle est absente du PPOAC. L’importance de la conception opérationnelle comme différence est accentuée par B-GL-335-001/FP-002, Prise de décision et planification au niveau tactique : « La grande différence entre les deux est que, au niveau tactique, l’état final souhaité est indiqué et il constitue le fondement de la planification; au niveau opérationnel, l’état final militaire doit être déduit de la directive stratégique diffusée »5. Selon le Manuel d’instruction du PPOFC du CFC « l’élaboration d’un état final bien défini est l’étape la plus importante de la conception opérationnelle »6. Ainsi, la conception opérationnelle est l’outil principal qui habilite le commandant et son état-major d’identifier l’état final opérationnel (« ends ») pour ensuite élaborer les moyens (« ways ») et les ressources (« means ») requis pour l’atteindre. La conception opérationnelle fait également emploi d’outils tels que le centre de gravité, les lignes d’opération et les lignes d’effort qui sont absents des modèles de planification tactiques.
Selon la Figure 4-3, la Conception opérationnelle n’est pas une activité de l’étape 2 Orientation du PPOAC7.
La conception opérationnelle est aussi l’élément clé qui distingue les processus de planification opérationnel et tactique terrestre de l’OTAN, étant présent dans l’étape de l’Analyse de mission de l’AJP‑5 et absent du processus formel de l’APP-28. Toutefois, la doctrine de l’OTAN prévoit la possibilité d’une conception tactique imbriquée dans la conception opérationnelle, assurant ainsi une coordination plus profonde entre les deux niveaux de planification8. Même sans conception tactique, la doctrine de l’OTAN décrit formellement l’interdépendance des niveaux de planification opérationnel et tactique, précisant le rôle critique joué par les commandements de composantes (CC) comme ponts entre la planification des OPLAN de niveau opérationnel pour élaborer des campagnes et des opérations majeures et des OPORD tactiques pour coordonner les batailles, les engagements et les activités9. De plus, alors qu’un QG FOI planifie la synchronisation des effets entre les différents CC, chaque CC synchronise à son tour les effets à son niveau et s’assure d’aligner ces derniers avec celle de la FOI. Ainsi, l’OTAN perçoit la planification au niveau de CC comme chevauchant les niveaux opérationnels et tactiques10.
La Figure C-1 [traduction libre] démontre les différences ainsi que le chevauchement entre les niveaux de planification opérationnel et tactique de l’OTAN. L’endroit représenté par le chevauchement entre les niveaux opérationnel et tactique est celui occupé par le commandement de composante terrestre11.
L’adoption de doctrines de planification conformes à celles de l’OTAN offre une opportunité pour mieux encadrer la coordination entre chaque niveau de planification. Le développement d’un document tel que le Comprehensive Operations Planning Directive de l’OTAN qui sert d’encadrement cohérent pour l’ensemble des niveaux de planification, identifiant les interactions et interdépendances entre chaque niveau12 est recommandé.
CONCLUSION
Les niveaux de conflits opérationnel et tactique sont distincts en fonction de comment elles permettent l’atteinte des objectifs nationaux : le niveau tactique étant axé sur les batailles et les engagements spécifiques tandis que le niveau opérationnel sert de pont reliant les activités tactiques et les objectifs nationaux. Selon la nature différente des niveaux de planification et des résultats attendus de chacun, leurs modèles de planification et outils associés ont été conçus en vue de répondre à leurs besoins spécifiques. La transition à une doctrine axée sur celle de l’OTAN permettra de mieux développer un encadrement cohérent des différents niveaux de planification, permettant de mieux synchroniser leurs efforts en vue de l’atteinte des objectifs nationaux.
- B-GJ-005-000/FP-002, PIFC 01 : Doctrine militaire canadienne, sept 2011, p. 2-10.
- Ibid, p. 2-10.
- Ibid, p. ii.
- B-GL-335-001/FP-002, Prise de décision et planification au niveau tactique, fév 2017, p. 4-1.
- Ibid, p. 4-1.
- Manuel d’instruction du PPOFC du CFC, 27 avr 2022, p. 2-27.
- B-GL-335-001/FP-002, Prise de décision et planification au niveau tactique, fév 2017, p. 4-8.
- APP-28 : Tactical Planning for Land Forces, éd. B, ver. 1, OTAN, 2024, p. C-6.
- Ibid, p. C-1.
- Ibid, p. C-2.
- Ibid, p. C-2.
- Ibid, p. C-4.
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