Howie Morenz : La première légende du hockey
Découvrez Bibliothèque et Archives Canada présente « Hors script ». Cette série permet de faire rayonner certains de nos événements en personne auprès de nos auditoires, où qu’ils soient. Chaque épisode propose des discussions enrichissantes avec des autrices, des auteurs et des spécialistes qui illustrent comment les collections de Bibliothèque et Archives Canada façonnent leurs œuvres.
Dans cet épisode, nous présentons une discussion entre Andrew Ross, directeur du soutien à la recherche à Bibliothèque et Archives Canada, et Donald Murray, auteur de Howie Morenz : The Greatest Season in the Life of Hockey’s First Legend. Joignez-vous à nous pour explorer ce qui a fait d’Howie Morenz l’une des figures les plus fascinantes du hockey, sur la glace comme à l’extérieur.
Durée : 33:47
Taille du fichier : 48.7 Mo Téléchargez MP3
Date de publication : 2 juin 2026
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Transcription de Hors script épisode 1
Marie Sengue Poke (MSP) : Les opinions et points de vue exprimés dans cet épisode sont ceux des participants et participantes. Ils ne reflètent pas, en tout ou en partie, les politiques, positions ou avis officiels de Bibliothèque et Archives Canada ou du gouvernement du Canada.
Découvrez Bibliothèque et Archives Canada présente « Hors script ». Cette série permet de faire rayonner nos événements en personne auprès de nos auditoires, où qu’ils soient. Chaque épisode propose des discussions enrichissantes avec des autrices, des auteurs et des spécialistes qui illustrent comment les collections de Bibliothèque et Archives Canada façonnent leurs œuvres.
Bibliothèque et Archives Canada vous invite au lancement du livre Howie Morenz: The Greatest Season in the Life of Hockey’s First Legend, de Donald Murray. Donald Murray a grandi au Québec, plus précisément à Lachine, sur l’île de Montréal, durant les années de gloire de Maurice Richard, Jean Béliveau et Guy Lafleur au sein des Canadiens. Sa carrière en droit lui a donné de solides aptitudes en recherche culturelle et en analyse factuelle.
À la fois biographie et étude culturelle, l’ouvrage retrace, match après match, la saison 1930-1931 du hockeyeur Howie Morenz au sein de la Ligue nationale de hockey. On y suit Morenz (originaire de Mitchell, en Ontario) alors qu’il bataille pour permettre à son équipe de remporter une deuxième Coupe Stanley consécutive, au grand bonheur des supporteurs. On y découvre par le fait même les habiletés uniques de Morenz, ainsi que le fardeau physique et psychologique découlant de son approche du jeu.
Donald Murray a rigoureusement vérifié chaque anecdote en se basant sur les comptes rendus des matchs et d’autres sources fiables. Il offre un récit crédible de la saison où Morenz a laissé sa marque au sein de son équipe, contribuant à forger la légende des Canadiens de Montréal. En parallèle, l’auteur comble les lacunes au chapitre des réalisations sportives de Morenz, tout en jetant un nouvel éclairage sur la façon dont celui-ci voulait faire évoluer le hockey professionnel. Et maintenant, place à la conversation.
Andrew Ross (AR) : Bibliothèque et Archives Canada reconnaît que sans vérité, il ne peut y avoir de réconciliation. C’est pourquoi nous nous engageons à porter la voix et à faire connaître les récits des personnes que l’histoire a réduites au silence. Bibliothèques et Archives Canada, pour ceux et celles qui l’ignorent, est un dépôt national d’histoires. Certaines sont consignées dans des livres, et d’autres, enfouies dans des documents d’archives en attente d’être dévoilées par une recherche approfondie. Il en sera question ce soir. Nous nous engageons à protéger ces histoires afin que les générations futures de Canadiens et Canadiennes puissent les voir, les entendre et les découvrir.
Ce soir, BAC est fier de s’associer à la maison d’édition Sutherland House pour le lancement du livre Howie Morenz: The Greatest Season in the Life of Hockey’s First Legend, écrit par Donald Murray. Au nom de Bibliothèque et Archives Canada, j’aimerais vous souhaiter la bienvenue et vous remercier de votre présence ici ce soir.
Donald Murray (DM) : Merci. Merci beaucoup.
AR : Donald, vous avez grandi à Lachine en tant que partisan des Canadiens de Montréal.
DM : C’est exact.
AR : Ensuite, vous vous être consacré à la défense pénale et au droit de la personne en Nouvelle-Écosse.
DM : C’est exact.
AR : Alors, qu’est-ce qui vous a mené à écrire un livre sur Howie Morenz?
DM : Ça a été un parcours intéressant. Tout au long de mon enfance, de ma préadolescence et de mon adolescence à Montréal, j’entendais les histoires du passé, on répétait que le hockey était meilleur avant. Même quand les Canadiens avaient de grandes équipes, comme celle menée par Guy Lafleur. On rappelait que celle menée par Béliveau était très forte et que l’époque du « Rocket » était géniale. C’était donc très difficile de rivaliser avec ces figures historiques.
Mais il y a eu une quatrième ère chez les Canadiens, celle de Howie Morenz, qui a duré de 1924 à 1934. Au cours de ses huit premières saisons, Morenz a remporté trois Coupes Stanley avec les Canadiens de Montréal. Les Canadiens doivent probablement la première de ces Coupes Stanley à deux joueurs : Morenz et le gardien de but Georges Vézina. Mais les deuxième et troisième Coupes Stanley qu’il a remportées, il les doit non seulement à ses habiletés en tant que joueur, mais aussi à sa capacité d’inciter les membres de l’équipe à suivre son exemple et à donner le meilleur d’eux-mêmes. Fait intéressant, après la saison 1931 – marquée par son apogée et la victoire de la Coupe Stanley – les Canadiens ont dû attendre 12 ans avant de remporter à nouveau la Coupe Stanley, soit avec l’arrivée du « Rocket » en 1942.
Howie Morenz a donc joué un rôle important, voire essentiel dans la tradition de la Coupe Stanley chez les Canadiens. Mais même s’il était un excellent joueur, il n’aurait jamais pu y arriver tout seul. Il avait besoin de tous ses coéquipiers, qui étaient eux aussi au sommet de leur art. Si vous lisez le livre, vous apprendrez que durant cette formidable saison, l’un des aspects les plus importants du jeu de Morenz a été de pousser tous les membres de son équipe à se dépasser.
AR : C’est intéressant que vous mentionniez ces époques. Certains d’entre nous ont participé à un événement il y a quelques mois au cours duquel nous avons interviewé un monsieur âgé d’au moins 90 ans. Sean, quel âge avait-il, 97 ans? Oui, 97 ans. Quelqu’un lui a demandé qui était son joueur de hockey préféré et il a répondu que c’était Howie Morenz. Nous étions tous stupéfaits. L’auditoire connaissait Howie Morenz, mais l’idée que quelqu’un de vivant le désigne comme le Jean Béliveau, le Guy Lafleur ou le Wayne Gretzky de son époque était plutôt incroyable. Parce que cette époque d’avant-guerre, elle remonte à cent ans, non? Cette époque est vraiment en train de s’effacer de la mémoire contemporaine.
DM : Morenz était un joueur d’élite fabuleux.
AR : Absolument. Alors, parlez-nous un peu plus de Morenz. Dites-nous pourquoi il était si important pour le hockey.
DM : Les professionnels vous diront que, ce qu’il faut retenir de Howie Morenz, c’est qu’il a su vendre le hockey à des gens qui ne connaissaient pas le hockey. C’est grâce à lui que la LNH a étendu ses activités aux grandes villes des États-Unis de l’époque, soit New York, Chicago, Detroit et Boston, avec une tentative ratée à Philadelphie. Mais c’est le style de jeu de Howie Morenz qui excitait les gens, même s’ils ne comprenaient pas particulièrement bien le hockey. Et King Clancy, des Maple Leafs, des Sénateurs...
AR : Oui, des Sénateurs. Faites attention, nous sommes bien à Ottawa.
Auditoire : [Rires]
DM : Il l’a résumé parfaitement en disant que regarder Morenz jouer au hockey, c’était comme regarder Babe Ruth jouer au baseball. Même quand Babe Ruth était retiré au bâton, il était magnifique à regarder. On pouvait en dire autant de Morenz : même quand il ne réussissait pas à marquer un but, il était splendide sur la patinoire. Morenz rendait le hockey intéressant, fascinant. Les gens voyaient des choses qu’ils n’auraient jamais imaginé qu’un joueur sur patins puisse faire, et c’était ça l’attrait.
AR : Intéressant. Quand j’ai lu votre livre, je me suis mis à songer sérieusement aux anciennes vedettes du hockey et à la façon dont elles se démarquent ou se rapprochent des vedettes d’aujourd’hui. C’est vraiment à cette époque, décrite dans votre livre, où les premiers joueurs vedettes ont vu le jour. Morenz, comme vous le mentionnez, a été la première étoile. Il était le point d’attrait sur la glace quand les Canadiens se sont rendus à New York en 1925 pour l’ouverture officielle du Madison Square Garden. Il suscitait l’enthousiasme des spectateurs et des hommes d’affaires américains qui soutenaient le sport. Tex Rickard, de New York, appelait le hockey, « ce jeu étranger ». C’est vraiment intéressant. Être une vedette à l’époque, était-ce comme aujourd’hui ou… qu’est-ce qui était différent? Ou plutôt, qu’est-ce que Morenz et ses contemporains étaient en train de créer?
DM : Je vais revenir sur le commentaire que je viens de faire… l’idée qu’il était magnifique à regarder. Pour les gens qui connaissaient le hockey ou pensaient connaître le hockey au Canada, Morenz faisait des prouesses qu’on n’imaginait pas possible de faire sur la glace, mais il les faisait, et c’était excitant. Les gens qui ne connaissaient pas le hockey étaient fascinés de voir quelqu’un faire de telles prouesses sur des patins, à grande vitesse. Et ça les attirait à l’aréna.
Souvent… Au cours d’une saison, Howie Morenz jouait huit fois à New York. Et lors de chacune de ses présences à New York, les journaux de la ville publiaient des titres comme « Howie Morenz joue ce soir ». Ou encore « Howie Morenz joue samedi soir », ce qui avait pour effet de remplir les arénas. Il jouait constamment devant des foules combles. Le club de hockey Les Americans de New York avait parfois du mal à attirer des foules. Cependant, si Howie Morenz était en ville, on remplissait les gradins. Les gens voulaient voir Howie Morenz.
Ce qui est différent, ou ce qui pourrait avoir l’air différent aujourd’hui, ce sont les salaires exorbitants. En 1931, certains joueurs d’Ottawa qui portaient les couleurs des Quakers de Philadelphie gagnaient 800 $ par saison. Cette année-là, le salaire de Howie Morenz atteignait 15 000 $. Donc, l’écart salarial de l’époque entre les joueurs les moins bien payés et les joueurs les mieux rémunérés était probablement comparable à celui d’aujourd’hui.
Morenz était aussi une vedette en dehors de la patinoire. Lors des séries éliminatoires de 1931, les stations de radio de Montréal lui ont demandé d’animer des émissions radiophoniques. Par exemple, on a demandé à Morenz d’animer une émission musicale d’une demi-heure. C’était annoncé dans le journal pour attirer les auditeurs. Avant le tout premier match éliminatoire cette année-là, on voulait que Howie Morenz fasse une entrevue d’avant-match d’une demi-heure. Ça lui a causé beaucoup de stress, parce que ce genre de chose ne faisait jusqu’alors pas parti du monde du hockey. Et tout à coup, en 1931, en raison du succès des Canadiens et de la renommée de Morenz, le hockeyeur devait promouvoir son sport et en être la vedette, non seulement avant le match, mais aussi sur la glace.
AR : Vous parlez de l’année 1931, qui est, bien sûr, la saison précédant la diffusion radiophonique des matchs de l’émission General Motors Hockey Broadcast, qui deviendra Hockey Night in Canada. Donc, c’est l’une des premières personnes, comme vous le dites, à devoir apprendre à être à l’aise avec les médias ou à recevoir une formation médiatique, comme on le dirait aujourd’hui. De nos jours, les joueurs apprennent probablement à parler à la presse dès l’âge de 15 ans. Ça fait partie de leur travail. Alors que pour Morenz, il a appris tout d’un coup que ça faisait désormais partie de son travail. Vous avez aussi mentionné sa philanthropie, ses visites dans les hôpitaux et certaines activités caritatives, ce qui est intéressant.
DM : Oui, les journaux rapportaient ses actions philanthropiques. Il travaillait auprès des enfants malades, tout comme Babe Ruth l’avait fait avec un jeune Américain, Johnny Sylvester. Et c’est là que Léo Dandurand, un homme d’un grand naturel avec les médias, qui était propriétaire des Canadiens à l’époque… À Montréal, il y avait un jeune partisan de Howie Morenz. Son père était conseiller municipal à Montréal, et il était enfant de chœur à l’église. Une fois ses tâches d’enfant de chœur terminées, il lui restait peu de temps pour arriver à l’école à l’heure. C’était un enfant dévoué. En tentant de se faufiler entre deux wagons d’un train en mouvement, il a perdu ses deux jambes. Ce jour-là, Léo Dandurand a dit : « Howie, tu dois aller voir ce garçon. » Et c’est ce qu’il a fait. Ce fut une visite très brève. Une photo a été prise, ce qui est une autre histoire en soi. Une fois la photo prise, Howie s’est dirigé vers Toronto pour aller jouer son prochain match. Dans la semaine qui a suivi, des enfants dans les hôpitaux de l’Ontario et du Québec demandaient si Howie Morenz pouvait également leur rendre visite. Son geste avait fait les manchettes. Bien sûr, il s’agit là d’une valeur fondamentale chez les Canadiens de Montréal. Lorsque vous vous joignez à l’équipe, vous allez rendre visite à des enfants dans les hôpitaux. On observe le même phénomène chez les joueurs évoluant dans le hockey junior.
AR : Oui, c’est vrai, il y a beaucoup d’événements de collecte de fonds. P. K. Subban est connu pour avoir donné des millions de dollars à un hôpital de Montréal – était-ce l’Hôpital de Montréal pour enfants? C’est donc une tradition centenaire. C’est fascinant.
Je suis curieux de savoir pourquoi, selon vous – et je ne suis pas forcément en désaccord – la saison 1930-1931 a été la plus grande saison dans la carrière de Morenz.
DM : Je dois une fière chandelle à Dean Robinson, le premier biographe de Morenz, qui connaissait la famille du hockeyeur et qui s’est entretenu avec des gens qui l’ont vu jouer à plusieurs reprises. Dans son premier livre, il a mentionné que la saison 1930-1931 était sans doute la meilleure de Howie Morenz. Il m’a posé exactement la même question il y a un mois. Il m’a demandé pourquoi il s’agissait, selon moi, de la saison la plus fructueuse de Morenz. D’après moi, c’est à ce moment où tout s’est concrétisé. Il a remporté son deuxième trophée Hart en tant que meilleur joueur. Il a remporté sa troisième Coupe Stanley, soit sa deuxième consécutive et sa troisième en huit ans. Il n’a plus rien gagné par la suite. Cette année-là, il a également remporté le championnat des marqueurs.
Beaucoup de choses se sont concrétisées au cours de cette incroyable saison. Ce qui me ramène au commentaire que j’ai fait un peu plus tôt. Morenz a également réussi, pendant cette saison, à améliorer le jeu de ses coéquipiers. À preuve, ils n’ont plus rien gagné par la suite.
AR : Ce que j’ai aimé dans la structure de votre livre, c’est que vous expliquez en détail chaque match et vous en dégagez les moments forts. Et bien sûr, comme tout bon historien du hockey, vous êtes très précis par rapport aux statistiques de Howie Morenz : ses buts, ses pénalités, ses passes. Mais vous parlez aussi beaucoup des matchs où il était absent du tableau de pointage et de l’effet qu’il avait sur le jeu. Vous mentionnez aussi qu’il motivait les membres de son équipe, depuis les gradins, en se tenant même sur des béquilles parfois, ou encore sur la glace. Ce sont tous ces éléments intangibles, comme le diraient les entraîneurs de hockey d’aujourd’hui, qui ont fait de lui un joueur de caractère et un leader sur la glace. Je trouve ça très intéressant aussi.
Puisque nous nous trouvons aux archives, nous devons parler de ce lieu et de la bibliothèque. Comment les archives et les bibliothèques, tout particulièrement BAC, vous ont-elles aidé à aller au cœur de l’histoire de Howie Morenz?
DM : Eh bien, vous possédez beaucoup de ressources ici.
AR : En effet, nous en avons beaucoup. Et tout le monde peut y accéder. Nous ne les accaparons pas. Nous ne les cachons pas. Tout le monde peut en profiter.
DM : C’est un lieu formidable. Il y a des journaux ici, tout n’est pas publié sur newspapers.com. Il y a également des annuaires de ville ici, qui indiquent où tous les joueurs ont vécu pendant les années en question. Nous sommes actuellement dans la salle Morley Callaghan. Howie Morenz est un personnage du premier roman de M. Callaghan. Il apparaît deux fois dans le roman. Non seulement il est un personnage dans le livre, mais il crée une ambiance. Ce livre, intitulé Strange Fugitive, raconte l’histoire d’un immigrant qui cherche sa place dans la société canadienne. Les choses se gâtent malheureusement lorsqu’il assiste à un match de hockey à Toronto et qu’il encourage Morenz. Tout le monde veut s’en prendre à lui.
AR : Ce qui aurait pu être déroutant pour un immigrant.
DM : Et ça se termine mal. Je ne veux rien révéler, mais disons que le personnage principal du roman Strange Fugitive connaît une fin plutôt difficile. Donc, ce bâtiment renferme beaucoup de renseignements qui permettent d’établir des liens. Les collections forment un ensemble. Prenons l’exemple de quelqu’un comme Howie Morenz : on pourrait croire qu’il était tout simplement un joueur de hockey. Or, cet homme a attiré l’attention des romanciers. Il a attiré l’attention des gens qui couvraient ses matchs.
Pour en apprendre davantage sur tous ses coéquipiers et sur sa façon de jouer, j’ai consulté principalement le fonds Charles Mayer, qui est la meilleure source d’information que j’ai pu trouver, encore meilleure que celle du centre de recherche du Temple de la renommée du hockey. M. Charles Mayer avait 18 ans lorsque Howie Morenz a remporté sa première Coupe Stanley en 1924. Il est devenu journaliste sportif et a suivi Morenz tout au long de sa carrière. Il s’est rangé du côté opposé lorsque Morenz a été échangé en 1934. Il s’est montré en faveur de l’échange. Si vous suivez les fonds d’archives jusqu’aux années 1960, Mayer est toujours là. Il a écrit des textes pour la télévision et a tenté de publier des textes sur Howie Morenz, afin de susciter de l’intérêt pour cet homme qu’il suivait depuis toujours.
De plus, Mayer a traduit des documents sur Howie Morenz, et lui a permis, le temps des séries éliminatoires, de relater ses expériences au fur et à mesure dans le journal « La Patrie ». Donc, ce fonds est une excellente source d’information. L’erreur que Mayer a faite, et que beaucoup de journalistes sportifs ont peut-être également faite à l’époque, c’est de compiler un énorme dossier de presse dans lequel il ajoutait des extraits d’article, sans préciser leur provenance ni sur quelle page ils figuraient dans le document d’origine.
AR : Je suis sûr qu’il ignorait commettre une erreur. C’est les historiens du futur qui vont en faire le constat. Je parle d’expérience.
DM : Et certains d’entre vous le connaissent peut-être depuis les années 1960, sous le nom de Charlie trois étoiles, du fait qu’il choisissait les trois joueurs étoiles pour la diffusion française des matchs. J’ai également consulté d’autres fonds qui m’ont étéutiles. Les archives de Tommy Gorman sont conservées ici.
AR : Le propriétaire des Sénateurs d’Ottawa.
DM : C’est exact. Les archives de F. R. Scott sont également conservées ici. F. R. Scott a composé un merveilleux poème intitulé « Le choix des ennemis », qui traite de la façon dont les anglophones et les francophones s’entendent à Montréal...
AR : ... ou ne s’entendent pas.
DM : Ce livre a déjà été trois fois plus long qu’il l’est actuellement. Une partie importante de l’un des chapitres porte sur la façon dont on pouvait voir le jeu tout au long de la structure du poème. Mais c’est un des aspects qui a été laissé de côté. Encore une fois, je mentionne les annuaires de ville, tous les documents d’archives qui ne sont pas nécessairement dans les fonds. La bibliographie et les documents de généalogie sont aussi utiles. Parce que les données de recensement ne reflètent pas toujours la réalité. Donc, tous ces éléments ont été très utiles.
AR : J’appuie ce que vous dites à propos du fonds Charles Mayer. J’ai également été surpris en faisant mes propres recherches. Si vous lisez l’histoire ancienne du hockey, qui est en grande partie décrite par des journalistes, le nom d’Elmer Ferguson revient souvent comme une personne ayant des liens étroits avec la ligue. Il s’avère que Charles Mayer était essentiellement l’équivalent francophone d’Elmer Ferguson. Il a travaillé pour la ligue en occupant un poste semblable à celui de publiciste, et il a également fait beaucoup de traductions pour la ligue. Il avait donc une relation très étroite avec Elmer Ferguson. Je ne crois pas que cette histoire soit très connue, probablement parce qu’Elmer était un très bon publiciste lui-même, et pour les raisons déjà mentionnées. Quand on fouille dans les archives, on commence à trouver ces histoires, pas nécessairement des histoires parallèles, mais des histoires complémentaires qui montrent une perspective différente. Nous sommes donc ravis que vous ayez pu utiliser le fonds à cette fin. Désolé, vous vouliez ajouter quelque chose?
DM : Puisque vous mentionnez Elmer Ferguson, il faut dire qu’il a misé pendant de nombreuses années sur ses histoires concernant Howie Morenz. Toutefois, lorsqu’on retrace ces histoires et qu’on tente de les associer à un fait historique particulier, ça ne marche pas. Et Red Fisher, un autre journaliste de Montréal, vous dirait qu’Elmer était plus intéressé par le cachet qu’il recevait pour ces histoires que par leur exactitude.
AR : Une partie de votre travail et de celui d’autres historiens consiste à gratter la surface, en racontant des histoires qui sont différentes, mais peut-être un plus près de la réalité.
Avez-vous utilisé d’autres archives que celles de BAC? Beaucoup de journaux, n’est-ce pas? Votre livre est rempli d’extraits de journaux – je pense que l’avantage que vous aviez en vous concentrant sur une saison, c’est de pouvoir explorer les journaux en profondeur. Et quiconque a déjà fait ce genre de recherche sait que tout dépend des abonnements auxquels on a accès, du nombre de journaux qu’on peut lire. Parfois, on a de la chance en tombant sur des dossiers de presse. Mayer en a eu aussi. Et le fait de concentrer vos efforts sur une seule saison vous a probablement permis d’aller beaucoup plus en détail que ce qui aurait normalement été possible.DM : Et c’était particulièrement fructueux d’effectuer des recherches sur les matchs disputés à Ottawa, parce qu’il y avait au moins quatre journaux à Montréal et quatre à Ottawa qui couvraient ces matchs. Je pouvais donc comparer leurs comptes rendus respectifs et relever les divergences. Par conséquent, nous pouvons être assez confiants à l’égard de tout ce que les journaux rapportaient comme des réussites. Dans un instant, nous allons parler d’un moment très excitant que tous les journaux ont couvert systématiquement lors d’un match à Ottawa, qui s’est déroulé il y a 95 ans.
AR : À part BAC, y a-t-il d’autres dépôts d’archives où vous êtes allé?
DM : En parcourant le livre, on constate qu’il est beaucoup question de musique. Parlons un peu plus de musique. Il y a même eu une comédie musicale écrite sur Howie Morenz, qui a été présentée en 1980. Je suis vraiment choyé d’avoir pu dénicher cela avec l’aide de l’auteur de la pièce, qui ignorait s’il en restait des traces. En fait, il existe un enregistrement d’une prestation de cette comédie musicale au Blyth Festival. Cet enregistrement se retrouve dans les archives de l’Université de Guelph. Surprise.
AR : Voilà.
DM : Ils ont eu la gentillesse, comme on était en période de pandémie, de m’envoyer une copie numérique de cet enregistrement. Et j’ai cité une des chansons dans le livre.
AR : J’allais vous demander quel document a été la meilleure trouvaille pour vous. Est-ce l’une de celles qui vous enthousiasment le plus?
DM : L’une des plus excitantes.
AR : Super. J’ai trouvé – sur un site d’enchères, je pense – une copie du contrat de joueur de Howie Morenz. Vous en avez peut-être quelques-uns aussi. Celui que j’ai est un ancien contrat standard. En fait, j’ai la coupure. Je ne l’ai pas acheté. Je n’ai pas payé les 15 000 $ qu’on demandait. C’est la beauté de la recherche historique... Il suffit de prendre une photo du document.
Morenz a grandi à Stratford, dans le sud-ouest de l’Ontario. Ma femme, qui m’accompagne ce soir, m’a dit : « Est-ce la photo que j’ai prise de toi à côté d’un énorme C représentant les Canadiens de Montréal, sur le bord de la route, près de Mitchell, en Ontario? » L’avez-vous déjà vu? Certains d’entre vous l’ont peut-être déjà vu. Près de Mitchell, en Ontario, une toute petite ville. Il y a un gigantesque « C » des Canadiens de Montréal de six pieds de haut. C’est parce que Howie Morenz est né et a grandi dans cette ville. On le surnommait le « météore de Mitchell », puis « l’éclair de Stratford » après son déménagement. En début de carrière, il a joué dans le sud-ouest de l’Ontario. Il a ensuite fait carrière dans la LNH en se déplaçant dans les différentes villes du circuit, c’est-à-dire Ottawa, Montréal – où il était basé – Boston, Detroit, New York et Chicago.
DM : Atlantic City.
AR : Oui, Atlantic City. On pourrait parler de jeux de hasard plus tard, si vous le souhaitez. Parce que je pense qu’il y a des éléments qui pourraient être intéressants.
Alors, parlez-nous de ses liens avec Ottawa. Vous avez fait allusion à la musique. En quoi la musique à Ottawa a-t-elle été importante pour votre histoire et celle de Howie?
DM : Si on revient cent ans en arrière, Ottawa était le centre du hockey depuis un certain temps déjà.
AR : Absolument.
DM : Donc, si vous vouliez prouver votre valeur en tant que joueur de hockey, vous veniez jouer et gagner à l’auditorium d’Ottawa. Et donc, le Forum est devenu pour plusieurs joueurs de hockey ce que l’auditorium d’Ottawa était à l’époque : l’endroit où il fallait être. Dans la Ligue nationale de hockey, les deux endroits où les partisans chantaient ou jouaient de la musique systématiquement du début à la fin des matchs étaient Ottawa et Montréal. Et le 11 décembre 1930 – ça fera 95 ans dans une semaine – les Canadiens et les Sénateurs s’affrontaient à Ottawa lors d’un match où tous ces éléments étaient réunis. Morenz jouait bien. À la fin de la deuxième période, les Sénateurs d’Ottawa menaient 4 à 2. Les Canadiens n’allaient nulle part.
Entre-temps, le Governor General’s Foot Guards Band était venu jouer l’hymne national. La fanfare a joué pendant l’entracte entre la première et la deuxième période, puis elle a joué des chansons folkloriques francophones à la fin de la deuxième période. Les journaux font état d’étudiants universitaires turbulents qui chantaient même pendant les échauffements des équipes. Et ces chants se sont poursuivis tout au long du match. Ottawa, bien sûr, entonnait son « Hail, Hail The Gang’s All Here ». Les Canadiens avaient déjà leur propre chanson, « Les Canadiens sont là! » Les partisans se répondaient donc en cœur pendant que les Canadiens s’activaient pour égaliser le pointage. Tard en troisième période, les Canadiens ont réduit l’écart à 4-3.
Et tout à coup, l’entraîneur Hart a décidé d’envoyer cinq attaquants – sans défenseur – et de placer Howie Morenz à la défense plutôt qu’en attaque. George Hainsworth est devant le filet. Tous les autres joueurs sont dans la zone des Sénateurs. Et la rondelle arrive à la ligne bleue, la ligne bleue d’Ottawa – je vais vous faire un schéma de la situation.
Modérateur : Pouvez-vous parler et dessiner en même temps? Voulez-vous que je tienne le micro pour vous?
DM : Vous pouvez tenir le micro? Alors, George Hainsworth est ici, et voici la zone des Sénateurs. Et vous savez, les entraîneurs envoient toujours un joueur sur la glace en lui indiquant de jouer en défense. Donc, l’entraîneur Hart donne cette instruction à Howie Morenz et il a de bonnes raisons de le faire. « Tu vas jouer en défense », lui dit-il. Ainsi, Howie Morenz se place ici près de la bande, juste derrière le filet, et il est censé jouer en défense, n’est-ce pas?
La rondelle se libère ici, à 50 pieds de lui. Et Alex Smith, défenseur des Sénateurs d’Ottawa, se dirige en échappée vers George Hainsworth. Alors, Smith s’élance et personne d’autre ne le rattrape. Howie Morenz se met à patiner, alors qu’il est derrière le filet, à 50 pieds de là. Trent Frayne raconte aussi cette histoire et la décrit comme l’un de ses plus grands moments. Howie Morenz rejoint Alex Smith avant qu’il ne puisse tirer au but et lui fait perdre la rondelle. Il récupère la rondelle, l’amène jusqu’à l’autre bout de la glace. Il y a beaucoup d’agitation devant le filet, et Montréal marque un but, égalisant ainsi la partie. Par conséquent, le match se décide en prolongation.
AR : Donc, il jouait en défense pendant tout ce temps.
DM : Et après le match, les journaux ont demandé à Howie Morenz : « Comment avez-vous fait ça? » Et il a répondu : « Eh bien, je n’ai jamais patiné aussi fort de ma vie. » C’était un commentaire intéressant de sa part parce que trois fois cette saison-là, il avait fait des manœuvres similaires pour attraper des joueurs en échappée. Et puisqu’il était le joueur le plus offensif de l’équipe, il était assez déterminé pour revenir dans sa zone et empêcher un but.
AR : Très intéressant.
DM : Ce n’est pas tout.(Rires)
AR : Ah bon. Continuez.
DM : Une fois les équipes rendues en prolongation, Morenz s’est élancé en échappée et a marqué le but gagnant. Les Canadiens ont gagné 5-4. Et, bien sûr, tout le monde chantait à ce moment-là. C’était donc un moment vraiment merveilleux.
AR : Je me demande à quel moment les partisans ont arrêté de chanter durant les matchs. De nos jours, si vous assistez à un match, vous entendez, ou subissez, beaucoup de rock classique, du Van Halen, des chansons comme « « Cotton Eye Joe ». Il ne semble plus y avoir cette tradition de chant pendant les matchs. Je me demande bien quand cette tradition est disparue.
DM : Il me semble avoir entendu chanter au Centre Bell les quelques dernières soirées.
AR : D’accord. À la fin du match? Est-ce qu’ils ont chanté « Les Canadiens sont là »?
DM : Ils ont chanté « Les Canadiens sont là », suivi de « Na, Na, Na ».
Lors des Championnats du monde de 2008, qui ont eu lieu à Halifax et à Québec, j’ai eu l’occasion d’assister à un match de l’équipe allemande. Les partisans allemands ont chanté tout au long du match. Ils étaient assis à l’extrémité opposée de nous et ils chantaient sans arrêt pendant que le match se déroulait. Je me suis dit que c’était la tradition du soccer.
AR : Oui, ça l’est.
DM : Et ils ont amené cette tradition dans les arénas de hockey, comme on l’a vu avec les partisans des Sénateurs d’Ottawa et des Canadiens de Montréal. Au Forum, les partisans des Canadiens de Montréal inventaient des chansons pour leurs joueurs. Et donc, chaque année, pour marquer les réalisations ou un événement spécial dans la vie d’un joueur, ils créaient une chanson pour eux et la chantaient.
AR : Merci, Donald, pour cette conversation stimulante et enrichissante. C’est vraiment super d’entendre parler de Howie Morenz. En tant qu’historiens, on se dit toujours que des personnages comme lui mériteraient d’être mieux connus. Donc, quand quelqu’un d’autre fait ce travail, c’est encore plus satisfaisant de le découvrir et de ne pas avoir à le faire soi-même. J’ai beaucoup apprécié le livre et les éclairages utiles que vous y apportez. Merci encore et bonne soirée.
[Applaudissements]
MSP : Merci d’avoir écouté « Hors script », une série de balados présentée par Découvrez Bibliothèque et Archives Canada. Ici Marie Sengue Poke, votre animatrice. À chaque épisode, nous vous rapportons les conversations fascinantes qui ont animé l’un de nos événements dynamiques de l’année. Au cours de cette série, vous entendrez des autrices et auteurs, des artistes et d’autres voix inspirantes qui ont contribuent à façonner notre paysage culturel. Je remercie notre invité d’aujourd’hui, Donald Murray. Le doublage de cet épisode a été réalisé par Gérard-Hubert Etienne et Théo Martin. Pour écouter nos épisodes en anglais, visitez notre site Web ou ouvrez votre application de balados préférée. Vous n’avez qu’à chercher « Discover Library and Archives Canada ».
La musique que vous avez entendue dans cet épisode est une gracieuseté de BlueDotSessions.com. Pour explorer nos autres produits, rendez-vous sur la page d’accueil de Bibliothèque et Archives Canada et tapez « balado » dans la barre de recherche. Si vous avez des questions, des commentaires ou des suggestions, vous pouvez toujours nous écrire à l’adresse courriel indiquée au bas de la page de cet épisode.
Facilitateur : Andrew Ross, Directeur, Soutien à la recherche, Direction générale de l'accès et découvertes numériques
Invité : Donald Murray, auteur de Howie Morenz : The Greatest Season in the Life of Hockey’s First Legend
Animatrice : Marie Sengue Poke, Commis à la Consultation et la Réproduction, Direction générale de l’accès et découvertes numériques
Pour le doublage français dans ce balado : Gérard-Hubert Etienne, Analyste principal, Accès à l'information et de protection des renseignements personnels (AIPRP), Direction générale de l’AIPRP et Théo Martin, Archiviste, Archives des arts de la scène, Direction générale des Archives privées et patrimoine publié
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