Le leadership des bibliothèques dans une mer de changements

Discours

Discours pour l’International Association of University Libraries (IATUL), Halifax :
Thème de la conférence : Le leadership des bibliothèques dans une mer de changements (Library Leadership in a Sea of Change)
Guy Berthiaume, bibliothécaire et archiviste du Canada
Le 6 juin 2016
Traduction de l'allocution prononcée en anglais. La version prononcée fait foi.

Bonjour, et permettez-moi d'abord de vous remercier de m'avoir invité à participer à la conférence des bibliothèques de TRY.

J’aimerais d’abord remercier Donna Bourne-Tyson de m’avoir invité à prononcer ce discours d’ouverture.

C’était très généreux de sa part, et je ne suis pas certain d’être à la hauteur.

Pour vous dire à quel point Donna est une dirigeante inspirante dans le milieu des bibliothèques canadiennes, lorsqu’elle m’a demandé de parler de leadership, j’ai eu l’impression que Placido Domingo me demandait de chanter une aria!

Mais au nom de l’amitié, et aussi par admiration, j’ai accepté de le faire.

J’ai récemment lu un article intéressant au sujet du leadership dans le New Yorker.

Le rédacteur Joshua Rothman a écrit qu’un dirigeant doit d’abord faire face à une crise pour qu’on puisse parler de leadership.

Sinon, il n’est rien de plus qu’une assurance contre ce qui pourrait arriver.

Je crois que nous sommes tous d’accord sur un point : les bibliothèques ont eu à traverser leur lot de crises, surtout au cours des dernières années.

Avec l’avènement des livres numériques et des applications, l’émergence de Google et de Wikipédia, et la facilité et la rapidité avec laquelle nous pouvons accéder à l’information numérique sans devoir sortir de chez soi, on a tous cru entendre sonner le glas des bibliothèques.

Pourtant, comme l’a dit Mark Twain, les rumeurs de notre disparition étaient très exagérées.

Nous sommes encore là. Nous survivons. Nous sommes même en plein essor!

Les établissements, comme la magnifique Bibliothèque d’Halifax, témoignent de l’importance que nous continuons à accorder aux bibliothèques.

Mais comment les bibliothèques ont-elles réussi ce tour de force?

Qu’est-ce qui a préservé leur valeur?

Et quel ingrédient secret de leadership nous a permis de survivre?

Commençons par dresser un portrait de la situation.

Le monde numérique a remis en question la notion même de ce que c’est que d’être un dirigeant.

Le leadership n’est plus vertical, car le monde ne fonctionne plus ainsi.

Le monde d’aujourd’hui est un amalgame de réseaux, de partenariats, de collaborations et de relations.

L’information et les connaissances collectives sont publiées sur des sites partagés et collaboratifs comme Instagram et YouTube.

Ce qui signifie que l’information se répand partout : en amont, en aval, en travers et latéralement.

Les bibliothèques doivent réagir avec créativité et courage à ce flux constant de données et de ressources à l’extérieur de leurs enceintes.

Et aussi en exerçant un leadership au sein d’un réseau plutôt qu’auprès d’une seule personne ou organisation.

La Digital Public Library of America, ou DPLA, en est un bon exemple.

Elle offre un accès en ligne gratuit à plus de 14 millions de ressources en provenance de bibliothèques, d’archives, de musées et d’universités de partout aux États-Unis.

Au début, 500 établissements y contribuaient. Mais seulement trois ans après sa mise en service, le nombre d’établissements participants a explosé : on en compte maintenant plus de 2 000.

On trouve parmi eux la Smithsonian Institution, la Boston Public Library, l’HathiTrust, la New York Public Library et Harvard.

Seule la participation d’un réseau permet d’avoir accès à un aussi vaste éventail de contenu numérisé.

Robert Darnton, bibliothécaire émérite à Harvard et un des principaux porte-parole de la DPLA, décrit cette participation en ces mots :

« […] un réseau ouvert et accessible de ressources intégrales en ligne qui met à profit le patrimoine vivant préservé dans les bibliothèques, les universités, les archives et les musées en vue d’instruire et d’informer les générations actuelles et futures, et d’accroître leur autonomie ». [Traduction]

Instruire, informer et accroître l’autonomie.

Il semble que nous avons là les piliers d’une bibliothèque d’envergure.

La DPLA est l’exemple par excellence de ce qu’il est possible de réaliser quand les gens, les ressources et les spécialistes s’unissent.

Le partage du leadership est une des raisons du si grand succès de ce projet.

La DPLA a été lancée par six groupes de travail des États-Unis, et sa progression continue d’être un processus collectif.

Seuls 15 employés en assurent la gestion.

C’est tout le contraire de la hiérarchie traditionnelle.

Elle redéfinit notre vision de ce qu’est une bibliothèque et de ce qu’est l’information.

Thomas Jefferson a dit un jour que le savoir appartenait à l’humanité.

Tout bibliothécaire n’aspire qu’à réaliser cet idéal.

Les bibliothécaires consacrent le plus clair de leur vie professionnelle à rendre ce savoir collectif accessible à tous.

Auparavant, ils trouvaient et recommandaient le livre le plus pertinent, puis en effectuaient le prêt.

Les choix faits par les bibliothécaires étaient assez simples.

Les bibliothèques nationales conservaient des copies de toutes les publications des maisons d’édition – les livres, les journaux et les revues spécialisées.

Elles mettaient ensuite de côté tout ce qui était auto-édité, jugeant ces ouvrages sans intérêt.

Après tout, si les maisons d’édition n’en voulaient pas, pourquoi les bibliothèques nationales en voudraient-elles?

Mais les choses ne sont plus si simples.

De nos jours, le nombre d’ouvrages publiés double tous les deux ans.

Les plateformes d’auto-édition, comme Kindle Direct Publishingd’Amazon, gagnent en popularité et occupent des parts considérables du marché.

On voit apparaître de nouvelles conversations sur Twitter et Facebook, ce qui crée des échanges culturels libres et en temps réel.

Beaucoup de publications – comme mon quotidien La Presse, The Christian Science Monitor et une gamme de revues scientifiques – ne sont maintenant accessibles qu’en format numérique.

Pour assurer notre durabilité, nous devons composer avec cette nouvelle réalité, et même aller au-devant des coups.

Revues, recherches, métadonnées, données scientifiques, bases de données, blogues, baladodiffusion, pour n’en nommer que quelques‑uns.

Par contre, obtenir de l’aide pour trouver l’information dont on a besoin dans cet amas désordonné de renseignements n’est pas une mince affaire.

Tout comme il est difficile de trouver des bibliothécaires qui maîtrisent Internet et qui connaissent les ressources pertinentes qui s’y trouvent.

Des bibliothécaires qui permettront aux usagers de trouver ce qu’ils cherchent au moyen des bons outils.

Par exemple, en mars dernier, le Réseau canadien de documentation pour la recherche, ou RCDR, a lancé l’Index des projets de numérisation du patrimoine canadien.

Cet index regroupera les collections numériques du Canada en vue de créer une seule liste à jour de tous les projets de numérisation en cours au pays.

Cet index sera le premier du genre au Canada.

Selon Clare Appavoo, directrice générale du Réseau, cet outil sera :

« un guichet unique pour tous les Canadiens qui veulent avoir accès au patrimoine collectif numérisé de notre nation. » [Traduction]

L’Index est un de ces services qui ne peut exister qu’en concertant les efforts des bibliothèques, des archives et d’autres institutions de mémoire afin de créer un produit dont veulent les utilisateurs.

Je suis fier de dire que le projet a été financé en partie par le Programme pour les collectivités du patrimoine documentaire (PCPD) de Bibliothèque et Archives Canada.

En vertu de ce programme, qui a été lancé l’année dernière, les organisations du patrimoine documentaire – comme les bibliothèques et les archives financées par des fonds privés – peuvent faire une demande d’aide financière pour préserver et montrer leur collection.

Nous avons financé les projets de 65 organisations au cours de la première année, dont le RCDR, l’Association des bibliothèques de recherche du Canada, et d’autres membres de la communauté des bibliothèques.

Puis cette année, au cours du deuxième cycle du programme, nous avons reçu 155 demandes. J’annoncerai le nom des 38 gagnants à Québec le 14 juin.

Il va sans dire que la grande majorité de ces demandes traitent de projets de numérisation.

Il est évident que le financement est important, mais bien remplir son rôle de dirigeant dans le domaine de l’information numérique est bien plus qu’une question d’argent.

Il s’agit d’élaborer des stratégies qui reposent sur la contribution d’un grand nombre d’intervenants…

… et qui maximisent le potentiel de nos institutions de mémoire.

Partout dans le monde, les bibliothèques établissent des stratégies de numérisation pour que l’on puisse accéder en ligne à leurs collections.

La Bibliothèque nationale de la Nouvelle-Zélande a créé DigitalNZavec près de 200 partenaires. Ce portail donne accès à leurs documents numériques.

Parmi ces partenaires, on trouve le gouvernement, les universités, le secteur culturel, les collectivités et les médias.

Le message qui apparaît sur le portail résume bien ce qu’est DigitalNZ :

Des particuliers et des organismes nous fournissent des documents. Nous entrons des données sur ces documents et les mettons à la disposition des utilisateurs. L’information est facile à trouver, à partager et à utiliser. [Traduction]

Cette règle semble simple et elle l’est.

Un guichet unique qui permet d’avoir accès à une multitude de sources d’information.

En Suède, on a créé Digisam, un secrétariat destiné à aider les établissements du patrimoine à élaborer leurs propres stratégies de numérisation de façon coordonnée.

Bookshelf, un projet réalisé conjointement par la bibliothèque nationale de la Norvège et Kopinor, est un autre exemple.

Kopinor est une entreprise norvégienne qui représente les titulaires de droits d’auteurs d’ouvrages publiés.

Bookshelf permet à toute personne ayant une adresse IP norvégienne d’accéder en ligne à quelque 250 000 livres publiés au cours du XXe siècle.

En 2012, on a comptabilisé plus de 200 millions de requêtes et de téléchargements à partir du site Web.

Bref, la demande est là. Nous le savons!

Quand BAC a publié les données de recensement de 1921 sur Internet, il y a eu 40 millions de requêtes dans les 90 jours suivants.

Ces renseignements ont servi à parachever d’innombrables arbres généalogiques au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni et en France, pour ne nommer que ces pays.

Quand je suis entré en poste il y a deux ans, j’ai réalisé à quel point le Canada devait se doter d’une stratégie de numérisation.

C’est ainsi qu’avec nos intervenants, nous avons examiné les modèles et les pratiques exemplaires de partout dans le monde pour élaborer notre propre stratégie.

Je suis donc très fier de vous annoncer que nous venons tout juste de lancer la Stratégie canadienne de numérisation du patrimoine documentaire lors d’une table ronde internationale tenue vendredi dernier à Ottawa.

La stratégie cible les livres, les périodiques, les journaux, les documents gouvernementaux, les thèses, les artéfacts, les photographies, l’art documentaire, les films et vidéos, les cartes géographiques, les enregistrements sonores, et bien d’autres choses.

Elle mettra à profit une riche réserve de collections analogiques des bibliothèques, des archives publiques et privées, des musées, des organismes à but non lucratif, des sociétés et d’autres institutions de mémoire.

Je suis tout particulièrement fier du fait que la Stratégie a permis à BAC de joindre le geste à la parole en matière de leadership horizontal.

Cette stratégie a été mise au point collectivement et elle sera exécutée collectivement.

Le comité directeur qui supervisera la stratégie sera formé de créateurs, d’écrivains, de communautés culturelles et d’utilisateurs finaux. Y siégeront aussi certains représentants de bibliothèques, d’archives, de sociétés d’histoire, de musées, de galeries d’art, d’universités ainsi que du secteur privé et d’organismes à but non lucratif.

De plus, un secrétariat national élargi permettra :

de faire l’inventaire des projets et des systèmes de numérisation actuels et d’en cerner les lacunes; de cibler et de définir les besoins futurs en matière de normes, et de les communiquer à la communauté; de créer un portail collaboratif qui offre un accès à des sources numérisées; de recueillir et partager les pratiques exemplaires; de faire connaître les possibilités de financement.

Ce que cette stratégie apportera aux Canadiens et à la communauté des bibliothèques m’enthousiasme au plus haut point.

Je crois qu’il est évident que l’on peut mettre à profit le pouvoir des réseaux pour numériser un grand nombre de documents.

En fait, BAC a travaillé en étroite collaboration avec Canadiana.org expressément pour le faire.

Canadiana.org est une organisation non gouvernementale créée conjointement en 2008 par BAC, l’Association des bibliothèques de recherche du Canada et Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

BAC a appuyé le travail de cette organisation depuis plusieurs années afin que les collections historiques du Canada puissent être numérisées.

Grâce à ce partenariat à grande échelle, quelque 60 millions d’images provenant de nombreuses collections seront mises en ligne, comme des concessions des terres, des journaux de guerre et des photographies.

À ce jour, Canadiana.org a numérisé 35 millions de pages de documents d’archives sur microfilm.

Nous travaillons aussi avec Ancestry, le chef de file dans le domaine de la numérisation.

Les sites Web d’Ancestry permettent l’accès à plus de 18 milliards de données généalogiques.

Dans le cadre d’une collaboration avec BAC, Ancestry a réussi à numériser et à cataloguer 11 collections archivistiques, ce qui représente 3 millions de pages en ligne.

De nouveaux partenariats avec Canadiana.org et Ancestry sont en cours pour les bobines de journaux et les certificats d’instruction militaire.

De tels partenariats représentent une occasion en or pour numériser une vaste gamme de documents historiques.

Ce que cela signifie pour les Canadiens? Ils peuvent ainsi avoir accès au contenu qu’ils recherchent, peu importe leur lieu de résidence ou de travail… et peu importe l’appareil qu’ils utilisent.

Pour tirer leur épingle du jeu dans cette mer de changements, les bibliothèques doivent parvenir à connecter leurs utilisateurs à l’information qu’ils recherchent.

Et comme l’information se retrouve partout, ce n’est pas une mince affaire.

Il est donc essentiel que les bibliothèques se perçoivent comme un maillon d’un large réseau d’information.

En d’autres mots, les bibliothécaires doivent inclure à leur boîte à outils les notions inhérentes à la culture numérique… et s’ils sont adeptes de la numérisation et habiles avec les technologies, ils doivent travailler aux côtés de bibliothécaires plus traditionnels.

Le personnel de BAC a travaillé sur cet aspect.

À l’heure actuelle, plus de 200 professionnels ont reçu une formation d’archiviste ou de bibliothécaire.

Beaucoup continuent d’assumer leur leadership dans leur discipline, mais d’autres ont transféré leurs connaissances et leurs compétences vers d’autres domaines d’activité dans notre organisation.

Pensons par exemple aux communications, à la TI, aux programmes, aux services, aux politiques ou encore à la gestion.

Le monde numérique offre un horizon de possibilités attrayantes aux bibliothécaires qui souhaitent revoir le rôle qu’ils y jouent, c’est-à-dire à ceux et celles qui cherchent de nouvelles façons de rendre l’information accessible, à ceux et celles qui recueilleront et organiseront l’information numérique de manière à la rendre facile à trouver et à utiliser.

Permettez-moi ici d’ouvrir une parenthèse : je trouve fascinant de constater que beaucoup d’étudiants estiment que leur endroit préféré dans la bibliothèque de l’université est la salle de lecture – cette salle dont les murs sont recouverts de livres.

De livres qu’ils n’emprunteront probablement jamais.

Peut-être est-ce parce qu’à cet endroit, à la frontière de la tradition et de la nouveauté, là où ces étudiants consultent leurs tablettes et leurs téléphones intelligents tout en se sentant enveloppés par l’Histoire, ils trouvent leur place.

C’est un endroit dans lequel ils reconnaissent l’existence du passé et où ils se préparent à progresser vers l’avenir.

Beaucoup de bibliothécaires et archivistes qui travaillent à BAC proviennent de diverses disciplines.

Ils se spécialisent notamment en études canadiennes, en théorie littéraire, en communications publiques, en études du Proche-Orient, en linguistique et en histoire de l’art… et mettent de plus en plus à profit leurs compétences en science de l’information et en technologie numérique.

Les bibliothécaires qui détiennent un diplôme de cycle supérieur en bibliothéconomie et qui se sont aussi spécialisés dans un autre domaine font bénéficier l’institution d’une perspective vitale sur la recherche, ce qui est essentiel pour bâtir des collections et offrir des services aux chercheurs.

Par exemple, le service de BAC le plus au fait de l’actualité dans son domaine est celui chargé de s’occuper de la cueillette d’information sur Internet, dont celle de la collection des sites Web du gouvernement fédéral.

Ce service organise les collections du Web qui traitent de divers sujets comme le pipeline Keystone, les événements de Fort McMurray et l’attaque sur la Colline du Parlement en 2014.

Il offre des conseils stratégiques sur les biens de la bibliothèque et des archives numériques à l’intention du gouvernement du Canada, de la population et des universités.

Il s’attaque à des questions telles que la façon de déterminer l’authenticité d’un enregistrement numérique.

Le service est dirigé par une équipe composée de bibliothécaires et d’archivistes qui travaillent de concert dans un milieu numérique distinct.

Les bibliothèques doivent veiller à ce que les compétences et les méthodologies du monde analogique soient adaptées au monde numérique.

Elles doivent aussi veiller à ce que les bibliothécaires de demain soient en mesure de dénicher ce qui est utile dans cette masse d’information!

Parce que si l’on considère simplement le volume d’information numérique générée, il est évident que les choix de notre communauté auront une profonde incidence sur les bibliothèques de demain.

C’est notamment dans le but de sceller l’union nécessaire entre les différentes disciplines, les compétences et les points de vue que nous avons conclu deux ententes uniques avec l’Université d’Ottawa et l’Université Dalhousie, l’année dernière.

Nous avions pour objectif de partager l’expertise, les connaissances et les technologies, ainsi que d’appuyer les activités de recherche et de sensibilisation.

Ce sont les premières ententes de ce genre à être signées avec des universités canadiennes qui souhaitent partager leur savoir-faire avec BAC.

Grâce à ces partenariats, BAC et les établissements universitaires se placent à la fine pointe de la bibliothéconomie et de l’archivistique.

Ces partenariats signifient aussi que les chercheurs et les étudiants des cycles supérieurs auront un meilleur accès aux ressources et aux employés de BAC, ce qui les aidera dans leurs travaux, particulièrement dans le domaine des sciences humaines et sociales.

Une des réalisations les plus concrètes du protocole d’entente établi avec Dalhousie a été la tenue d’un symposium en tenue de documents, qui a eu lieu à l’Université Dalhousie à Halifax le 22 mars dernier.

Cet événement d’un jour a été animé conjointement par le Secrétariat du Conseil du Trésor et l’Université Dalhousie. Il a été organisé à l’intention de tous les membres de la communauté de la gestion de l’information du gouvernement fédéral, ainsi que des étudiants et des membres de la faculté de l’École de gestion d’information de l’Université.

Au dire de tous, l’événement a été couronné de succès.

Le Conseil du Trésor, BAC, l’École de la fonction publique du Canada et l’École de gestion de l’information de l’Université Dalhousie y ont fait en tout huit présentations.

Nous avons aussi travaillé étroitement avec l’Université d’Ottawa pour organiser des événements tout aussi intéressants, dont :

un groupe de discussion, prévu pour le 100e anniversaire du premier droit de vote des femmes au Canada, avec la ministre responsable de la condition féminine; une conférence sur la réalité des Métis; un groupe de discussion sur les citoyens du futur.

Et ce n’est que le début.

À l’ère du numérique, ce sont les usagers des bibliothèques qui décident de ce qu’ils veulent, de ce dont ils ont besoin et de la façon dont ils l’obtiendront.

D’une certaine façon, ils déterminent notre valeur.

Comment pouvons-nous contribuer à générer et démontrer notre valeur au reste du monde?

J’aime bien croire que le développement des bibliothèques, plus particulièrement des communautés de bibliothèques, ressemble à celui des grandes villes.

Lewis Mumford a écrit dans son ouvrage bien connu, The City in History (La Cité à travers l’histoire) :

« Depuis les tout débuts, une ville peut être perçue comme une structure spécialement conçue pour entreposer et acheminer les marchandises d’une civilisation. » [Traduction]

Évidemment, le savoir est l’une de ces marchandises.

À mesure que les marchandises circulent de part et d’autre d’une ville, cette dernière prend de l’expansion, se transforme et se forge elle-même une identité.

Le libre échange des marchandises favorise le bon fonctionnement et la croissance de la ville.

On peut s’imaginer que le développement des bibliothèques et des communautés du savoir se fait de la même façon,

que ce soit de vastes réseaux comme celui de l’UNESCO, qui étudient l’incidence de l’information à l’échelle mondiale… ou des groupes internationaux spécialisés comme l’IATUL, l’IFLA, l’ICA et l’ICOM, qui interprètent cette incidence et la présentent à leurs membres… ou des organismes nationaux comme l’ABRC, et le CBUC, qui s’emploient à donner accès à l’information…

ou des ministères et des organismes gouvernementaux, comme BAC, qui jouent un rôle unique à l’échelle nationale.

Comment le leadership se manifeste-t-il dans ce vaste réseau?

J’ai l’honneur de présider la Section des bibliothèques nationales cette année.

La section a des responsabilités précises, souvent définies par une loi, dans le cadre de l’environnement des bibliothèques et de l’information inhérente à leur pays.

Ces responsabilités varient d’un pays à l’autre.

En fait, la section mène actuellement une enquête en vue de déterminer toutes les fonctions des bibliothèques nationales.

Je crois que le plan stratégique de la Section des bibliothèques nationales de l’IFLA 2015-2017 pourrait bien vous intéresser.

Il suit de près l’orientation globale de l’IFLA en cherchant principalement à :

– définir nos activités afin que les gouvernements comprennent mieux ce que nous faisons;

– favoriser l’accessibilité aux collections grâce à la numérisation, aux politiques d’accès et aux médias sociaux;

– travailler en collaboration avec les partenaires du patrimoine culturel dans le but de promouvoir un accès ouvert au patrimoine national.

À mes yeux, ce sont autant d’occasions de constater comment nous travaillons ensemble en tant que communauté.

En présentant les enjeux des bibliothèques lors de discussions avec les gouvernements et avec les intervenants externes… et en appuyant les échanges ouverts d’information à tous les niveaux.

En préparant le terrain pour exercer cette forme de leadership collaboratif dont je vous parlais au début.

En réunissant nos voix pour les joindre à celles d’une communauté plus vaste regroupant les bibliothèques d’établissements d’enseignement supérieur, des organisations non gouvernementales, les bibliothèques municipales et le secteur privé… dans le but d’atteindre un objectif commun, de diriger en mettant à profit la sagesse et l’expérience collective.

Le leadership des bibliothèques à l’ère numérique, c’est également apprendre un nouveau langage.

Nous savons tous comment vanter les mérites de nos collections analogiques.

Mais je crois que le temps est venu d’adapter notre discours à la vision numérique de l’information et de l’accessibilité afin que les gens puissent la comprendre.

Par exemple, je mentionne souvent que nous préservons 22 millions de livres, 3 millions de cartes géographiques, 30 millions de photographies, 550 000 heures d’enregistrements sonores et vidéo, que nous avons une collection de 425 000 œuvres d’art et la plus grande collection d’art documentaire canadienne au monde.

Mais ce n’est que tout récemment que j’ai commencé à parler de nos 5 pétaoctets de documents numériques.

Par contre, combien de personnes savent ce qu’est un pétaoctet? Combien savent ce que vaut un million de mégaoctets? Et qu’est-ce que cela représente en volume?

Qu’est-ce que cela signifie?

À vrai dire, 4 pétaoctets, ça correspond à 4 milliards de copies numériques de Guerre et paix!

Mais cette comparaison repose encore trop sur notre compréhension du monde analogique.

Guerre et paix. C’est une véritable brique.

Nous le visualisons dans nos têtes.

Nous ne nous synthétisons pas encore avec autant de facilité les concepts inhérents à la bibliothèque numérique.

Mais nous devrons y arriver, si nous souhaitons devenir des chefs de file.

J’ai récemment parlé de la valeur des bibliothèques, plus précisément lors de la rencontre des présidents de l’IFLA.

Pour nous, l’importance des bibliothèques est évidente, mais il nous reste à la démontrer aux autres. Souvent, on a recours à la valeur économique pour le faire.

Un travail important a déjà été fait dans ce domaine :

les sondages auprès des usagers, les statistiques de circulation des publications, l’examen de la croissance des entreprises établies à proximité des bibliothèques (par exemple, le Knowledge Quarter, autour de la British Library) et l’acceptation des usagers à payer des frais pour les services de bibliothèque ne sont que quelques‑unes des méthodes utilisées pour démontrer la valeur économique des bibliothèques.

Nous concertons nos efforts avec ceux de l’Association des musées canadiens et d’autres intervenants des bibliothèques et des archives pour organiser un sommet sur la valeur économique des institutions de mémoire à la fin de novembre ou au début de décembre 2016.

Nous publierons une invitation à présenter des communications. Restez à l’affût.

Néanmoins, il est difficile d’évaluer la valeur économique de la liberté acquise en ayant accès à l’information.

Par contre, si nous unissons nos voix pour défendre ce point de vue, les chances d’être écoutés sont plus grandes.

La bibliothécaire en chef de la British Library, Caroline Brazier, a émis des commentaires très intéressants sur la valeur des bibliothèques lors d’une conférence qu’elle a donnée à Ottawa il y a quelques semaines.

Elle a abordé trois types de valeur :

la valeur intrinsèque, générée en recueillant et en préservant le patrimoine national; la valeur instrumentale, c’est-à-dire celle générée par l’utilisation de nos collections et services dans le but d’appuyer la croissance économique, le perfectionnement de l’enseignement et le développement social; la valeur institutionnelle, qui consiste à se montrer des plus créatifs et innovateurs quant à la prestation de services de qualité.

Elle parlait des bibliothèques nationales, mais je crois que l’on peut appliquer cette approche à tous les types de bibliothèques, y compris aux bibliothèques d’universités.

L’autre jour, j’ai pris connaissance de commentaires émis par mon collègue David Fricker, le directeur général des Archives nationales de l’Australie.

Il disait que la façon dont on gère l’information est ce qui génère la valeur.

Nous générons de la valeur en établissant des stratégies qui connectent les usagers à l’information. Les bibliothécaires de demain doivent donc maîtriser les ressources numériques, être à l’écoute de ce que les utilisateurs veulent, et participer aux réseaux qui s’étendent aux quatre coins du monde, tant physiquement que virtuellement.

C’est ce type de raisonnement collectif qui nous permettra de faire face aux crises que l’avenir nous réserve, non pas avec l’inertie d’une assurance contre ce qui pourrait arriver, pour reprendre l’expression de Joshua Rothman, mais comme le feraient de véritables chefs de file du monde de l’information.

Merci.

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