Notes pour une allocution - doctorat honoris causa remis au bibliothécaire et archiviste du Canada

Discours

Guy Berthiaume, Bibliothécaire et archiviste du Canada
Le 10 juin 2018 - Université d’Ottawa

La version prononcée fait foi

Je tiens d’abord à remercier l’Université d’Ottawa pour cet honneur qui m’est fait.

L’Université est l’un des principaux partenaires de Bibliothèque et Archives Canada. Sa reconnaissance revêt donc une importance toute particulière pour moi.

En juin 2015, l’Université d’Ottawa est devenue la première université canadienne à convenir d’un protocole d’entente avec Bibliothèque et Archives Canada.

Ensemble, nous nous sommes engagés à mettre sur pied des activités visant non seulement nos communautés respectives, mais toute population de la capitale nationale.

J’aime beaucoup travailler avec les universités, parce qu’elles partagent avec les bibliothèques un attachement aux principes de la liberté d’opinion, qui ont été reconnus par l’article 19 de la Déclaration universelle des Nations Unies sur les droits de l’homme.

Je cite le texte de l’ONU :

« Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression; ce droit inclut la liberté d’affirmer ses opinions sans interférence (…). »

Dans la pratique, le droit fondamental des humains d’exprimer leurs opinions sans interférence ne peut s’exercer que si les autres citoyens respectent ce droit, même lorsque les idées qui sont formulées ne sont pas conformes aux leurs propres.

L’on peut penser que cette affirmation est banale – presque tautologique – et que l’époque où Galilée fut condamné à la prison pour avoir osé affirmer que la Terre tournait autour du Soleil est bien révolue.

Pourtant, au cours des dernières années, aussi bien les bibliothèques que les universités ont eu à défendre les principes de la liberté d’opinion et de la liberté intellectuelle avec une vigueur renouvelée.

Parce que des conférenciers allaient soutenir des idées controversées, fâcheuses ou carrément erronées, des personnes bien intentionnées ont voulu les priver de leur droit d’exprimer leurs idées « sans interférence », pour citer la Déclaration de l’ONU.

Tant que l’on n’a pas affaire à des discours haineux incitant à la violence, les institutions visées doivent faire preuve de courage et rappeler les valeurs qui les animent et qui sont essentielles au maintien de la démocratie.

Lors du récent colloque de l’Association des bibliothèques de l’Ontario (un événement qui était présidé par mon amie Leslie Weir, bibliothécaire en chef de l’Université d’Ottawa), on a distribué aux participants un autocollant que j’ai trouvé fort inspirant. On pouvait y lire : « A truly great library contains something in it to offend everyone», que je traduirais par :

« Une bibliothèque digne de ce nom contient de quoi offenser tout le monde ! »

Cette boutade recèle une grande vérité : les universités et les bibliothèques ont la responsabilité de défendre et de diffuser toute l’information.

Et quand viendra le temps de réaffirmer ces principes, je peux vous assurer que Bibliothèque et Archives Canada sera aux côtés de l’Université d’Ottawa.

J’aime citer Bernard de Chartres, un philosophe du 12e siècle, qui a prononcé ces paroles célèbres :

« Nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants. »

Les géants dont il parle, ce sont les anciens philosophes, Platon et Aristote en particulier.

Je voue un grand respect à ces deux personnes. Cela dit, en tant que fonctionnaire de carrière, les géants sur lesquels je suis moi-même juché sont les institutions pour lesquelles j’ai eu l’honneur de travailler.

Vous ne serez donc pas surpris si je vous dis qu’à mes yeux, le doctorat qui m’est décerné ce soir vise à reconnaître les efforts déployés par Bibliothèque et Archives Canada, ainsi que sa volonté d’établir des partenariats avec les piliers de notre société.

On ne le dira jamais assez, nos institutions – les bibliothèques et les services d’archives – sont des phares de la démocratie, des piliers de la connaissance.

Elles sont la mémoire de notre passé ancien, aussi bien que de notre histoire récente.

En cette époque de fausses nouvelles et de faits alternatifs, rappelons-nous ce qu’a déclaré l’ancien président Barack Obama, dont je traduis ici les paroles :

« Les bibliothèques nous rappellent que la vérité n’est pas l’apanage de ceux qui crient le plus fort, mais de ceux qui disposent de information exacte. »

Aujourd’hui, travailler dans le milieu des bibliothèques et des archives nous offre des occasions uniques, car ces institutions sont en plein essor grâce à la révolution numérique.

Même dans mes rêves les plus fous, jamais je n’aurais imaginé que cela s’accompagnerait d’un honneur aussi prestigieux que celui qui m’est fait aujourd’hui.

Ce soir, je peux donc dire, en citant Albert Camus : « Il faut imaginer Sisyphe heureux. »

Merci.


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