Perspectives autochtones : Histoires de fonctionnaires autochtones
Enjeu 5 - Conversation avec Gina Wilson, Sous-ministre de la condition féminine du Canada et championne des employés autochtones fédéraux

La baladodiffusion Perspectives autochtones d’EDSC traite des réalités des employés autochtones dans la fonction publique ainsi que de la signification de la réconciliation pour eux et de ce qu’elle pourrait représenter pour le Canada. Des fonctionnaires y témoignent de leurs expériences en tant qu’Autochtones et des difficultés qu’ils doivent surmonter à cet égard.

la durée : 15:10 minutes

Transcription

(Extrait sonore : Gina Wilson)

« Le gouvernement du Canada a également besoin de perspectives autochtones dans l’ensemble de ses politiques, de ses programmes et de ses activités. Ces perspectives sont valides et importantes, et doivent être entendues. C’est pourquoi il devrait y avoir un plus grand nombre de fonctionnaires autochtones. »

(Musique : « Hoka » de Boogey The Beat)

Perspectives Autochtones. Récits des employé(e)s Autochtones.

« Tansi. »

Ceci est Perspectives Autochtones, un programme dans le cadre duquel nous comptons explorer les expériences et les points de vue de fonctionnaires autochtones, en plus de découvrir ce que la réconciliation signifie pour eux et ce qu’elle peut représenter pour le Canada.

Cet épisode comprend un entretien avec une personne décrite par ses collègues et citoyens comme étant « une bâtisseuse de nation », « une grande vedette » et « une personne qui a su surmonter tous les obstacles se dressant sur son chemin ». Toutefois, notre invitée se décrit plutôt comme une personne humble qui n’avait pas de « grands rêves » lorsqu’elle était enfant et qui n’avait certainement pas imaginé qu’elle travaillerait un jour pour le gouvernement. Elle attribue une grande partie de son succès à ses deux grand-mères, deux femmes fortes qui étaient des activistes et d’excellents modèles au sein de sa communauté. Ce sont elles qui l’ont gentiment guidé et qui lui ont enseigné de précieuses leçons tout au long de son parcours.

GINA :
Bonjour!

TODD :
Bonjour, Gina. C’est Todd Lyons à l’appareil.

GINA :
Todd, comment ça va?

TODD :
Ça va bien, merci. Donc, étant donné que nous allons diffuser cette discussion à la fonction publique entière et possiblement à tous les Canadiens, pouvez-vous décrire rapidement qui vous êtes et ce que vous faites pour les auditeurs qui ne vous connaissent pas? Vous pouvez parler de votre vie professionnelle ou de votre vie personnelle et de vos objectifs de vie en général.

GINA :
Je m’appelle Gina Wilson. Je suis mère. Je suis grand-mère. Je suis membre de la nation algonquine, plus précisément de la communauté Kitigan Zibi Anishinaabeg. Actuellement, je suis sous-ministre de la Condition féminine Canada; je suis une fonctionnaire dévouée qui a travaillé pour la fonction publique fédérale ainsi que pour la fonction publique des Premières Nations. Je suis également la sous-ministre championne des employés autochtones au gouvernement fédéral. Je suis passionnée par l’avenir des jeunes, et je crois fermement en nos jeunes. Je veux les voir réussir et je veux bâtir une meilleure société pour eux. Voilà qui je suis.

TODD :
Selon vous, que signifie être un cadre autochtone dans la fonction publique? Existent-ils des réalités que les cadres ou les employés non autochtones ne connaissent peut-être pas?

GINA :
Pour moi, être une cadre et une dirigeante autochtone dans la fonction publique signifie être fière de mon identité comme membre de la Première Nation des Algonquins, offrir mon point de vue dans mes interactions quotidiennes et vivre selon mes valeurs et les enseignements que j’ai appris quand j’étais jeune et les incorporer dans ma vie de tous les jours. Comme cadre autochtone, mon rôle consiste parfois à influencer les programmes politiques et les activités relatifs aux Autochtones, à savoir ce qui se passe et à être en mesure de traduire les politiques et les connaissances autochtones pour les harmoniser avec le système fédéral ou, vous savez, à être au sein du système fédéral et à traduire le langage de ce dernier pour la communauté autochtone. Parfois, mon rôle consiste à être une fonctionnaire autochtone qui oriente et qui influence les programmes politiques et les activités non autochtones. Donc oui, le gouvernement du Canada a des cadres autochtones qui travaillent sur des enjeux autochtones ainsi que dans des domaines qui ne sont pas liés aux Autochtones.

TODD :
Vous avez dit que vous apportez vos enseignements au travail et les utilisez dans votre rôle. C’est fascinant, pouvez-vous nous donner plus de détails?

GINA :
Certainement. Par exemple, je dirais que la sagesse des aînés est d’une valeur très importante pour moi. Donc, j’ai des mentors qui sont des aînés, des mentors qui sont des fonctionnaires plus âgés et même des mentors qui sont à la retraite. Mettre en valeur ces personnes fait partie de ma compréhension et de mon apprentissage, et apprendre de mes aînés en fait aussi partie. Une autre valeur importante pour moi est d’apporter la notion d’équilibre et de bien-être à la fonction publique. Vous savez, nous parlons beaucoup de santé mentale, mais je parle plutôt de santé spirituelle, mentale, émotionnelle et physique comme des éléments de la même roue médicinale et je parle de la façon de promouvoir l’équilibre et le bien-être à cet égard. Voilà une partie des connaissances et des enseignements que j’incorpore dans ma vie quotidienne. Les valeurs de bienveillance, de force, d’honnêteté et de respect m’ont été enseignées quand j’étais jeune. Et bien qu’il existe beaucoup d’autres enseignements reliés, ces valeurs-là s’harmonisent très bien avec celles de la fonction publique. Voilà ce que ma culture signifie pour moi, qui je suis, et la façon dont je mets en pratique les valeurs autochtones dans la fonction publique.

TODD :
Pourquoi croyez-vous que les Premières Nations, les Métis et les Inuits devraient envisager une carrière dans la fonction publique? Que pensez-vous du travail de recrutement et de maintien en poste fait par le gouvernement du Canada?

GINA :
C’est une très bonne question. Donc, pourquoi les Autochtones devraient-ils envisager de se joindre à la fonction publique? Très simplement, il existe de bons emplois au sein de la fonction publique. Ces emplois offrent un bon salaire et des avantages et c’est ce que nous cherchons dans nos vies professionnelles et personnelles. Je crois aussi que si vous êtes une personne qui aime la variété et le changement, il y a beaucoup de possibilités de mobilité dans la fonction publique. La mobilité peut être sur le plan géographique étant donné que la fonction publique se trouve partout au Canada; donc, un employé peut déménager dans pratiquement n’importe quel coin du pays. Mais la mobilité peut simplement signifier travailler au sein de différents ministères et d’avoir l’occasion de connaître des cultures différentes, ce qui est un autre avantage de la fonction publique. Encore, je pense aux valeurs et à l’éthique et à la façon dont elles s’alignent avec les valeurs de respect, de force, d’honnêteté et de bienveillance des peuples autochtones, et c’est ce genre de valeurs que je veux aussi voir dans la fonction publique. Nous avons aussi besoin d’entendre les points de vue des Autochtones en ce qui concerne nos activités et nos programmes politiques au sein du gouvernement du Canada, car ces perspectives sont valides et importantes. C’est la raison pour laquelle les Autochtones devraient être dans la fonction publique en plus grand nombre. Le gouvernement fait un bon travail au niveau du recrutement. Je crois que nous avons vu beaucoup d’améliorations au cours des dernières années. Nous avons un programme d’emplois d’été pour les Autochtones qui a pris de l’expansion au cours des dernières années. Nous avons des gestionnaires dans de nombreux endroits de la fonction publique qui trouvent des façons novatrices et créatives pour recruter de jeunes autochtones talentueux partout au pays. Des fonctionnaires mettent à l’essai diverses stratégies et lancent des programmes afin de recruter des Autochtones. Je pense que nous devons faire plus d’efforts concernant le maintien en poste des Autochtones dans la fonction publique et que nous avons toujours beaucoup de travail à faire à cet égard. Nos données révèlent que beaucoup d’Autochtones sont recrutés, mais qu’ils partent plutôt rapidement. Cela signifie que quelque chose ne fonctionne pas concernant le maintien en poste des fonctionnaires autochtones et que nous devons faire quelque chose. Un rapport intitulé Unis dans la diversité est axé sur ce problème et décrit l’expérience de certains employés fédéraux autochtones.

TODD :
Que pouvez-vous me dire concernant vos activités et votre rôle comme championne des employés autochtones au gouvernement fédéral?

GINA :
Donc, mon rôle comme championne des employés autochtones au gouvernement fédéral est d’être bien au courant de certains problèmes auxquels font face les employés autochtones. Et je peux dire que j’ai personnellement vécu des problèmes comme Autochtone au cours de ma carrière de plus de 20 ans dans la fonction publique fédérale. Être bien au courant de ces problèmes est le rôle d’un champion. Dans mon rôle, je dois aussi être une défenseure des employés fédéraux autochtones. Alors, être en mesure d’entendre les points de vue des Autochtones et de comprendre les limites auxquelles ils font face, et défendre les intérêts des nombreuses personnes avec qui je travaille dans la fonction publique. Jusqu’à un certain point, je reconnais aussi l’importance d’avoir un modèle et je me suis trouvée dans la position où j’étais le modèle, étant donné que j’étais la plus haute fonctionnaire d’origine autochtone. Et c’est important pour les gens. C’est important que les jeunes sachent qu’ils peuvent aussi devenir sous-ministres. C’est important pour les jeunes autochtones de savoir qu’il y a des cadres autochtones dans la fonction publique et que c’est quelque chose qu’ils peuvent aussi devenir.

TODD :
D’un côté personnel, que signifie la réconciliation pour vous?

GINA :
Pour moi, comme membre de Kitigan Zibi et membre de la nation algonquine, la réconciliation signifie le moment où nos nations, le Canada et la nation algonquine, seront en mesure d’arriver à une entente, une reconnaissance du territoire sur lequel nous vivons au quotidien. C’est quelque chose à venir, mais j’ai confiance que nous allons voir cette entente un jour. Pour nous, membres de la fonction publique, c’est-à-dire des employés de la fonction publique fédérale, la réconciliation peut être exactement ce dont nous avons parlé : le recrutement et le maintien en poste d’employés autochtones. Cela signifie que les employés autochtones se sentent valorisés et reconnus. Lorsque j’entends des histoires d’employés fédéraux autochtones qui se sentent valorisés et reconnus, selon moi, c’est un moyen personnel de comprendre la réconciliation et même un aspect de la décolonisation, un autre sujet qui doit être abordé. Et finalement, je dirais que comme mère et maintenant grand-mère, c’est les jeunes qui sont importants pour moi. Je pense à eux de plus en plus. Je parle avec eux de plus en plus. Je travaille avec beaucoup de jeunes dans ma communauté. Pour moi, c’est très, très important de voir que les jeunes autochtones progressent, qu’ils réussissent et qu’ils obtiennent des postes qu’ils méritent. Pour moi, cela serait une preuve tangible de réconciliation.

TODD :
Maintenant, lorsque je pense à certaines personnes avec qui j’ai parlé au cours de cette série et à l’extérieur du cadre de cette baladodiffusion, j’ai remarqué une sorte d’incompréhension et un sens d’éloignement de la part des Canadiens en ce qui concerne la réconciliation. Qu’est-ce que la réconciliation? Qu’est-ce que cela signifie pour le Canadien typique qui ne comprend pas comment il peut aider, ou même pourquoi il devrait aider?

GINA :
Oui, c’est une excellente question, et une question que j’entends beaucoup lorsque je parle avec des fonctionnaires concernant la réconciliation et la décolonisation. Les gens demandent souvent : « Eh bien, que puis-je faire? Je ne peux pas faire grand-chose. Je ne travaille pas sur les politiques ou les programmes relatifs aux Autochtones. Je suis un employé de Service Canada qui travaille dans un bureau où il n’y a pas beaucoup d’Autochtones ». Donc, c’est les petites choses que les gens peuvent faire. Pour cet employé, il pourrait apprendre la façon de retourner une salutation dans la langue autochtone locale ou la façon dont la région est reconnue. Je crois que beaucoup de Canadiens ont compris qu’il y avait un pensionnat dans leur région. C’est peut-être quelque chose que les gens peuvent essayer de comprendre et d’examiner. Avait-il un pensionnat près de chez eux? Qui le fréquentait? Quelle est l’histoire de ce pensionnat? Les Canadiens peuvent apprendre à connaître leur région locale et certaines communautés autochtones qui habitent près de chez eux. Et beaucoup de Canadiens ont eu des interactions avec des communautés autochtones locales, mais ne comprennent peut-être pas l’ensemble de la diversité. Nous pouvons écouter des baladodiffusions, lire des livres et parler avec des amis et des collègues autochtones. Nous pouvons aussi assister à des événements culturels, beaucoup, beaucoup d’événements culturels autochtones. Tout le monde est le bienvenu. Ou nous pourrions nous joindre à un groupe, ou en créer un. Le Canadien typique peut participer à un grand nombre d’activités et beaucoup de Canadiens le font déjà. C’est formidable de voir ce progrès et je veux continuer de l’encourager.

TODD :
Avant de terminer, aimeriez-vous ajouter une dernière chose?

GINA :
Bien, je dirais que pour plusieurs employés autochtones au sein du gouvernement fédéral, au sein d’autres gouvernements ou même au sein de la fonction publique des Premières Nations, ce n’est pas toujours facile de travailler dans ce monde, et pour certains d’entre nous, parfois c’est comme être entre deux mondes. Des limites existent et je ne les vois pas nécessairement comme des obstacles, mais c’est quand même quelque chose qui nous force à travailler plus fort pour atteindre un objectif. Finalement, j’aimerais aussi dire que c’est important que les personnes non autochtones reconnaissent que parfois, il y a un parti pris et que c’est parfois inconscient. Vous savez, je le vois moi-même dans différents endroits lorsque je travaille dans différentes parties de la fonction publique fédérale. J’ai appris que je ne comprends pas assez de choses concernant la communauté chinoise. Je ne comprends pas assez de choses concernant la communauté musulmane. Je ne comprends pas assez de choses concernant la communauté LGBTQ2. J’ai possiblement un parti pris inconscient aussi. Donc, j’essaie de continuer mon apprentissage à cet égard et j’encourage tout le monde à faire la même chose, y compris vos auditeurs. Et c’est tout!

TODD :
C’est très bien. Ce sont de bons conseils que nous pouvons tous suivre. Merci beaucoup d’avoir parlé avec moi aujourd’hui.

GINA :
Merci, je vous souhaite le plus grand des succès. C’était un plaisir pour moi, Todd. Bonne journée.

Perspectives Autochtones : Récits des employé(e)s Autochtones est une production d’Emploi et Développement social Canada.

Toutes les opinions exprimées dans le cadre de la série sont strictement celles des personnes qui les expriment et ne sont pas nécessairement partagées par leur employeur.

Notre musique thème est signée Boogey the Beat.

Mon nom est Todd Lyons. Je suis animateur, auteur et directeur technique pour la série Perspectives Autochtones.

Merci de votre écoute.

Lien de téléchargement

Lien de téléchargement (MP3, 10,7 Mo) Enjeu 5 - Conversation avec Gina Wilson, Sous-ministre de la condition féminine du Canada et championne des employés autochtones fédéraux

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