Perspectives autochtones : Histoires de fonctionnaires autochtones Enjeu 10 - Priorités, partie 2

« Tous les Canadiens sont visés par les traités. Tous les gouvernements au Canada se sont engagés à entretenir des relations harmonieuses et respectueuses avec les peuples autochtones du pays, afin de pouvoir partager le territoire et ses ressources avec eux d’une façon mutuellement avantageuse. La réconciliation semble être un projet d’une ampleur inimaginable, et ce l’est, mais cela commence avec chacun d’entre nous; chaque Canadien, chaque personne qui fait quelques pas vers une société plus respectueuse. »

Dans cet épisode, les fonctionnaires partagent leurs pensées et leurs sentiments au sujet de leurs idées pour la voie à suivre sur la réconciliation (partie 2 de 2).

la durée : 32:37 minutes

Transcription

(Extrait sonore : Tim Low)

« Tous les Canadiens sont visés par les traités. Tous les gouvernements au Canada se sont engagés à entretenir des relations harmonieuses et respectueuses avec les peuples autochtones du pays, afin de pouvoir partager le territoire et ses ressources avec eux d’une façon mutuellement avantageuse. La réconciliation semble être un projet d’une ampleur inimaginable, et ce l’est, mais cela commence avec chacun d’entre nous; chaque Canadien, chaque personne qui fait quelques pas vers une société plus respectueuse.  »

(Musique : « Hoka » de Boogey The Beat)

Perspectives Autochtones. Récits des employé(e)s Autochtones.

« Tansi. »

Ceci est Perspectives Autochtones, un programme dans le cadre duquel nous comptons explorer les expériences et les points de vue de fonctionnaires autochtones, en plus de découvrir ce que la réconciliation signifie pour eux et ce qu’elle peut représenter pour le Canada.

(Musique : « Mossorgsky’s House » de Cris Derksen)

Madeleine Redfern, militante sociale et mairesse à deux reprises d’Iqaluit, au Nunavut, a déclaré :

« Nous ne parviendrons jamais à une véritable réconciliation sans prendre d’abord conscience de la discrimination systémique qui a traversé les époques et qui est toujours pratiquée aujourd’hui. Une grande partie des mentalités, des attitudes ignorantes, des partis pris et des préjugés d’autrefois sont encore bien vivants dans notre société. »

« La plupart des gens croient qu’aussi longtemps qu’ils sont bons et se comportent bien, et que le système et les politiques sont mis en place de façon prudente et avec de bonnes intentions, si une certaine discrimination existe, elle est nécessairement exercée par quelqu’un d’autre ou par les autorités. »

« La plupart du temps, les gens ne sont pas en mesure de cerner la raison pour laquelle la discrimination se perpétue ou les forces qui en sont responsables, car elles leur sont invisibles. »

« C’est pourquoi il est extrêmement important de solliciter la participation des personnes qui ont fait l’objet d’une discrimination active dans l’élaboration des politiques et la conception des mesures gouvernementales. Leurs points de vue sur les faiblesses systémiques et sur la façon d’apporter des améliorations sont essentiels au règlement des problèmes inhérents au système. »

« Il ne suffit pas de “consulter” les minorités, il faut les aider à participer activement à tous les aspects du processus : l’évaluation, l’analyse, les évaluations, les discussions sur les politiques révisées et les nouvelles politiques, les débats, l’élaboration et, bien sûr, la formation, l’embauche et la mise en œuvre. »

« Idéalement, les personnes qui sont disproportionnellement affectées par des politiques ou des mesures discriminatoires devraient pouvoir participer en grand nombre. On doit absolument leur permettre de se faire entendre. »

Et maintenant, des fonctionnaires canadiens nous font part de leurs réflexions et de leurs sentiments, dans leurs propres mots, sur la marche à suivre pour parvenir à la réconciliation.

(musique: Greg Reiter)

Todd :

En tant que personne – et non en tant que membre du Ministère ou fonctionnaire, simplement en tant qu’Autochtone – quelles seraient les trois choses prioritaires que vous aimeriez voir changer?

TOONEEJOULEE :

Au gouvernement ou en général?

TODD :

Ça peut être les deux dans notre pays à cause de la réconciliation... C’est plus que seulement le gouvernement fédéral.

TOONEEJOULEE :

C’est vrai. Voyons voir, trois choses que j’aimerais voir changer. La première est la définition du terme Autochtone. Je fais de gros efforts pour m’assurer qu’à toutes les fois que j’ai la possibilité de démystifier le terme Autochtone, celui-ci correspond aux trois groupes. La Constitution canadienne définit les Autochtones comme les Premières Nations, les Inuits et les Métis. C’est l’un de mes premiers points... On ne devrait pas toujours utiliser seulement le terme Autochtone. On devrait toujours définir les trois groupes. Ils méritent d’être reconnus comme les trois groupes. La deuxième chose, c’est la perception que tout leur est fourni gratuitement. Comme la perception des Canadiens que l’instruction est gratuite, que les soins de santé sont gratuits, que le logement est gratuit. Par conséquent. Je pense de façon plus générale aux perceptions de certaines personnes qui assistent à un repas de Noël, par exemple. Ils sont tellement chanceux! Les Autochtones ont tout gratuitement! Et peu savent que si un Autochtone désire obtenir du financement pour poursuivre des études postsecondaires, le long processus – le processus de demande – est long [et] fastidieux. Ma fille vient tout juste de décrocher son diplôme de l’Université Carleton il y a un an et demi, et mon fils entreprend sa première année. Je peux vous assurer que le processus de demande pour être admissible – je dis bien admissible, on n’offre aucune garantie – de financement, est très fastidieux. Donc, pour moi, il s’agit d’une autre perception du public que je veux vraiment souligner. Puis, je crois que la troisième chose... définition, perceptions... et la célébration, et la possibilité pour tous les Canadiens de célébrer leur attachement mutuel. La Journée nationale des Autochtones, le 24 juin, qui célébrerait les cultures des Premières Nations, des Inuits et des Métis... les trois groupes ont fait des revendications pour que cette journée soit un congé férié au Canada. Bien sûr, nous sommes restreints à des congés fériés. Les provinces et territoires ont aussi les leurs. Mais je pense que cela permettrait de mieux faire connaître les trois nations autochtones et de modifier des perceptions. Comme le congé de la reine Victoria en mai. Peut-être pourrions-nous, par exemple, travailler en mai et utiliser ce congé férié en juin plutôt. Aussi... Je dirais ces trois volets : définition, modification de certaines perceptions selon lesquelles tout nous est fourni gratuitement, et reconnaissance des peuples autochtones à l’échelle nationale.

TIM O :

Le gouvernement est tellement vaste et c’est une des choses que j’ai réalisées lorsque j’ai achevé mon stage avec la Commission de vérité et réconciliation (CVR), j’ai pris congé, j’avais besoin de me ressourcer sur le plan spirituel. Je suis revenu au gouvernement et j’ai compris que j’étais entouré de réconciliation, de la CVR et des récits de survivants, etc. J’étais un peu surpris de constater que le niveau de connaissances était assez rudimentaire. J’avais espéré qu’il serait plus avancé. Aussi, étant donné que j’avais fait ces présentations durant mon stage à la CVR, dans les universités, etc., j’ai été autorisé par mon patron, un directeur, à commencer à prêcher la réconciliation et à créer un forum. Il s’agit d’un forum qui permettra aux gens de comprendre, « OK. Maintenant j’ai compris. » C’est une des choses que les gens me disent après mes présentations – « Je n’étais pas au courant! » – et maintenant que vous avez compris par vous-même, vous pouvez quitter et amorcer la réconciliation. Et peu importe ce que cela signifie dans votre Ministère, que vous soyez analyste des politiques, directeur général, ou autre. Maintenant vous pouvez avoir votre propre opinion sur ce que signifie la réconciliation. Une des choses que j’incite les gens à faire maintenant – ce n’est pas un aspect réservé aux observateurs. Ce n’est pas réservé uniquement aux Aborigènes ou aux Autochtones ou aux Métis, ou aux Premières Nations. « Maintenant je sais, et maintenant je peux poursuivre mon travail. » Je fais l’analogie suivante : je compare cela à l’innovation, qui signifie que vous devez faire les choses différemment. Et ma collègue, mon ancienne collègue Catherine Fournier, a déjà déclaré à des analystes des politiques ou à des personnes qui font la saisie de notes, ou quelque chose du genre, si vous pouvez l’inscrire dans une énumération : cela contribue à la réconciliation. C’est un bon départ. Cela modifie les perceptions des gens. Cela signifie que nous faisons les choses un peu différemment de ce que nous avions l’habitude de faire. Si cela ne mène pas à la réconciliation, j’examinerais de près ce que nous faisons. Et je crois que l’ensemble de ce gouvernement veut vraiment faire un pas vers la réconciliation, et je pense que ce gouvernement ou les bureaucrates doivent maintenant mieux comprendre notre histoire pour pouvoir dire, « OK. Maintenant j’ai compris. »

RYAN :

J’aimerais vraiment voir un plus grand nombre d’Autochtones faire partie du pouvoir exécutif. Ce n’est pas le cas présentement, surtout dans les groupes dont j’ai fait partie. Dans d’autres groupes c’est le cas – au ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien – de nombreux Autochtones font partie de ce groupe. Lorsque j’ai joint les rangs de la fonction publique, à Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, j’étais le seul Autochtone dans un groupe de 60 personnes, ou s’il y en avait d’autres, je n’étais pas au courant. J’avais l’impression qu’on était peu nombreux. J’aime constater que nous sommes un peu mieux représentés au gouvernement. Il existe assurément des programmes et un soutien [inaudible] au gouvernement pour permettre aux gens de gravir les échelons. C’est seulement un peu compliqué. Je crois que c’est seulement... que bon nombre d’Autochtones hésitent sans doute à cause d’un manque de confiance, surtout de la part de ceux qui vivent à la campagne, comme dans les régions rurales du Nord de l’Ontario. On parle du gouvernement de façon plutôt négative – municipal, fédéral, tous les ordres de gouvernement. Ils perçoivent cela comme un gaspillage. Mais c’est un emploi stable pour les Autochtones et il serait bon qu’un plus grand nombre d’entre eux soient intéressés. Mais malgré cela, je pense que c’est... C’est bon qu’il y ait au sein du gouvernement des choses qui peuvent apporter un soutien aux peuples autochtones. Mais quand j’ai été embauché... Je parle du fait qu’il a été très difficile pour moi d’entrer au gouvernement et j’ai tenté de faire valoir mon statut d’Autochtone pour décrocher un emploi au gouvernement et cela n’a à peu près rien donné car personne ne savait comment faire le lien. Ils ne savaient même pas comment m’intégrer dans leurs rangs et ils n’étaient pas vraiment intéressés à me voir là. Personne ne s’intéressait à moi car cela représentait beaucoup de travail et de recherche supplémentaires. Aucun spécialiste n’était présent. Et je pense qu’un gros problème à ce sujet également, même avant de franchir cette étape, c’est que vous devez être passablement instruit. Vous devez avoir une vie stable, en général. Vous devez vous spécialiser dans le domaine visé par le gouvernement. [Inaudible] Si vous vivez dans un milieu urbain, vous devez être capable de [inaudible]. Simplement les déplacements, et toutes ces choses. On rencontre beaucoup d’obstacles. C’est vraiment difficile pour moi, qui suis issu d’une petite communauté. [Inaudible] J’étais bien motivé par cela et je crois que c’est sans doute la principale raison pour laquelle je suis rendu là où je suis, j’étais motivé. Vous déménagez en ville et essayez de décrocher un emploi au gouvernement. Vous ne pouvez pas faire grand chose, et je trouve qu’il existe de nombreux organismes qui se chargeront des dossiers et tenteront de vous donner accès à ces postes. Mais je trouve que ces organismes n’ont peut-être pas un comportement prédateur, mais qu’ils veillent à leurs propres intérêts. Ils veulent bien vous procurer un emploi, à condition d’être rémunérés. Ils ne sont pas tout à fait désintéressés et cela n’est pas toujours dans votre meilleur intérêt. J’aimerais que l’on offre plus de soutien pour intégrer les gens d’origine autochtone au sein du gouvernement.

LEESIE :

Vous savez que deux langues sont reconnues au Canada : l’anglais et le français. Ma langue maternelle est l’inuktitut. Je ne suis pas admissible à une prime au bilinguisme, même si mon poste exige que je possède une bonne connaissance de la langue inuktitut. C’est une chose. Deuxièmement, je crois qu’il existe un manque de programme de mentorat permettant à des Inuits d’occuper des postes de direction. Je veux progresser, mais compte tenu de mon manque de connaissance de la langue anglaise, il semble que je ne puisse gravir des échelons ou progresser. Je crois qu’il y a un manque de personnel inuit à l’échelle nationale. Il devrait y avoir un plus grand nombre d’Inuits dans chaque ministère, surtout ici à Ottawa et au nord du 60e parallèle.

DANIEL :

Parlant de réconciliation – en premier lieu, de façon générale, en ce qui me concerne et en ce qui concerne la façon dont les choses se déroulent au pays – mon expérience en tant qu’Autochtone diffère largement de celle des autres du point de vue de mes antécédents, mes intérêts et mes priorités. Dans mon cas, compte tenu du fait que je suis presque assimilé, que je vis dans un milieu urbain. Mon épouse n’est pas Autochtone. Mes enfants le sont – à l’heure actuelle je ne suis pas certain qu’ils pourraient éventuellement être membres de la communauté. Cela fait partie des choses qui peuvent changer au niveau des politiques, par conséquent je ne sais pas comment les choses se dérouleraient. Quoi qu’il en soit, j’ai toujours une famille élargie appartenant aux six nations, mais la plupart de ses membres constituent une diaspora et sont dispersés dans l’ensemble du pays, principalement dans les centres urbains à Toronto ou ailleurs. Par conséquent, ma famille ne représente pas un intérêt immédiat. J’ai évidemment une famille élargie là-bas pour laquelle les enjeux concernant la réconciliation, la discrimination et les droits sont très présents, et je veux qu’ils constatent que le travail progresse et que les choses changent pour le mieux. Les engagements pris par le gouvernement dans ces domaines sont vraiment intéressants. Certains des engagements sont assez récents et certains semblent vagues, et sous de nombreux aspects, il semble qu’on soit déconnecté par rapport aux attentes. On mettra en œuvre toutes les recommandations de la Commission de vérité et de réconciliation. Mais comment y parviendrons-nous? Est-ce que le changement se produit vraiment? Les attentes sont nombreuses. Si vous posez la question à des universitaires autochtones, à des représentants des communautés autochtones de diverses régions du pays, certains d’entre eux vous diront qu’ils sont plus ou moins satisfaits des progrès réalisés par le gouvernement, et ils ont probablement raison sous de nombreux aspects. Plus important encore, le gouvernement au pouvoir, la fonction publique ne peut pas s’attendre à ce que les membres des communautés disent simplement : « C’est super! Le gouvernement veut faire la réconciliation! Passons à l’action. » Non. Je crois que la chose la plus intéressante à propos des messages sur la réconciliation véhiculés par le gouvernement est – et cela a été mentionné explicitement par le premier ministre, je peux donc me permettre de le citer – qu’il revient aux gouvernements de modifier leurs façons de faire. À la fin du mois d’août, le premier ministre a annoncé que l’on travaille actuellement à l’élaboration d’un plan visant à diviser les Affaires autochtones et du Nord Canada en deux ministères, l’un qui gérera les relations de l’État avec les communautés et les peuples autochtones, et l’autre qui gérera la prestation de services aux communautés séparément des relations et des discussions sur la négociation de l’autodétermination, des négociations sur l’autonomie gouvernementale des Autochtones, etc. Dans son annonce, le premier ministre a mentionné quelque chose comme – pardonnez-moi si je me trompe – nous avons poussé à leurs limites les vieilles structures d’AANC et nous devons modifier les structures, les politiques, les pratiques gouvernementales afin d’établir une nouvelle relation. Et établir une nouvelle relation de façon durable, non dépendante des directives d’un gouvernement, mais qu’il s’agira d’un changement durable. Il reconnaît clairement que les Autochtones ne sont pas tenus de collaborer avec le gouvernement du Canada au sujet de la réconciliation. Il revient au gouvernement du Canada de modifier ses politiques et ses pratiques. Le fait que le premier ministre l’ait admis est très intéressant. Le fait que lentement, d’une manière fragmentaire, parfois c’est compliqué, parfois on connaît des hauts et des bas, mais on s’aperçoit que certains de ces changements sont mis en application. Il est intéressant de voir que les choses avancent. Mais en ce qui concerne la façon dont le gouvernement et la fonction publique travaillent, faisant marche arrière et se contentant de voir quels processus gouvernementaux pourraient faire taire ces opinions divergentes... Comment peut-on être d’accord avec cela?

DON :

Je dois parler franchement maintenant, en qualité d’ancien fonctionnaire, et je crois qu’il revient à l’administratrice générale de montrer l’exemple. Je crois qu’il n’était pas juste que la salle soit presque remplie de gens qui disaient que les échelons intermédiaires et inférieurs – ce n’est rien. Je veux dire, j’étais là à un certain moment, aussi. Mais ce qui est injuste c’est que ce sont ces gens qui s’engagent et manifestent de l’intérêt. Et ils ont très peu d’influence ou de pouvoir de modifier les façons de faire ou les priorités. Et j’ai le sentiment que cela créait un fossé et je n’ai pas peur de m’adresser à l’administratrice générale. Je la connaissais, ça m’a aidé. Je crois qu’il est important dans ce genre de situation que des gens de l’extérieur participent également à la rencontre si possible, parce qu’il est plus facile pour nous de voir où se trouve l’éléphant dans la salle. Mais cela doit être constructif. Par exemple, je n’ai pas compris que l’administratrice générale... mon opinion sans lui offrir la solution. Et quand ces gens m’ont demandé ce qu’ils pourraient faire, j’ai dit, vous pouvez seulement faire ce sur quoi vous avez de l’influence. Mais vous pouvez demander une formation et vous renseigner davantage sur les questions autochtones. Vous pouvez, lorsque vous négociez votre plan de travail, mentionner que vous êtes ouvert à la discussion, ou que vous travaillez en collaboration et que vous tenez compte du point de vue [autochtone], ou vous pouvez mentionner dans votre entente sur le rendement que vous atteindrez certains objectifs. Mais vous faites en sorte que cela soit inscrit dans votre entente sur le rendement et votre gestionnaire vous accordera le temps pour le faire, sans quoi cela ne fera pas partie de votre journée de travail. Vous avez donc une certaine influence. Il se peut que vous n’ayez pas le pouvoir de le faire. Un supérieur a le pouvoir de le faire, et c’est pourquoi j’ai dit au sous-ministre délégué : « Vous seul pouvez en parler à vos dirigeants. » J’ai ajouté : Je connais vos dirigeants et ce sont tous de braves gens, et ils sont tous très occupés, mais ils doivent comprendre cela. Lorsqu’on demande au personnel d’exécuter des tâches. Ils doivent comprendre que c’est important. Nous leur disons que cela est important. Le premier ministre vous dit que cela est important dans les lettres de mandat. Comment allez-vous y parvenir? J’ai siégé à un comité d’Affaires mondiales Canada, où l’on se grattait la tête pour [inaudible]. Ce qui fait défaut, c’est qu’on n’alloue pas les ressources suffisantes pour répondre au besoin. Nous disons oui, c’est une priorité, mais ça ne va pas plus loin. Par conséquent on ne joint pas les gestes à la parole. Les gestes ont plus de poids que les paroles et c’est le risque que nous courons actuellement, nous avons un grand nombre d’idées géniales, mais n’avons pas la capacité de les mettre à exécution. Il est difficile pour certaines personnes de dire la vérité, mais du même coup, ce que je tente d’illustrer c’est que je suis demeuré constructif. Il existe une réponse. Il suffit d’un peu de réflexion et de structure.

TODD :

Pour le Canadien typique qui ne comprend pas vraiment l’importance de la réconciliation, comment pouvez-vous expliquer à un Canadien moyen pourquoi ce processus de réconciliation est si important pour l’avenir de notre pays?

TIM L :

Bien, en premier lieu, tous les Canadiens sont visés par les traités. Les traités qui ont été conclus avec les peuples autochtones et qui comprennent les Premières nations, les Métis et les Inuits. Les Inuits ont une relation État-communautés autochtones, à laquelle ils se réfèrent. La nation Métis a conclu des accords et les Premières nations ont conclu des traités. Mais tous les Canadiens... leurs gouvernements ont pris des engagements et fait des promesses aux peuples autochtones de ce pays afin d’établir une relation paisible et respectueuse permettant de partager le territoire et ses ressources dans leur intérêt mutuel. Par conséquent, lorsque ces engagements et ces promesses ont été rompus au cours des cent dernières années ou plus, 150, 200 ans, je pense que tous les Canadiens ont intérêt à reconnaître que... à reconnaître des choses comme la politique régissant les pensionnats indiens et l’impact qu’a eu cette dernière sur les peuples autochtones. Et l’impact intergénérationnel qu’elle a eu. Je pense que tous les Canadiens doivent admettre que – premièrement – admettre la vérité, et c’est la partie de la réconciliation qui mise sur la vérité. Mais il est de l’intérêt de tous de concilier l’impact de la vérité – ce qui s’est vraiment produit – et de faire en sorte que la réconciliation fonctionne. Et la réconciliation est perçue comme une entreprise de taille, et c’en est une. Mais elle commence avec chacun d’entre nous. Chaque Canadien, chaque personne doit avancer à petits pas pour rendre la société plus respectueuse pour que les peuples autochtones ne soient plus perçus selon les stéréotypes anciens, mais comme les premiers habitants de ce pays qui ont partagé leurs ressources et ont vraiment assuré la survie des Européens et de leurs ancêtres, dont plusieurs sont Canadiens – les nouveaux venus peut-être un peu moins. Mais ils ont aussi respecté leur engagement envers la réconciliation, en devenant citoyens de ce pays. Et nous tentons seulement de faire en sorte que notre pays soit pour tous un endroit où il fait bon vivre. Donc, pour répondre à votre question, en tant que Canadiens nous devons tous faire en sorte que cela se produise. Et la société canadienne correspond à l’idée qu’on s’en fait. Nous ne devons pas retourner en arrière, nous devons construire un meilleur avenir pour tous. Je veux dire, de petites choses comme, par exemple, participer à la Semaine de sensibilisation aux cultures autochtones et à certaines activités qui ont eu lieu à l’interne dans la fonction publique, nous avons la Semaine de sensibilisation aux cultures autochtones, et organisons des activités dans nos bureaux dans tous les ministères du pays. En ce qui concerne la Journée nationale des Autochtones, qui pourrait être appelée Journée nationale des peuples autochtones cette année, je ne suis pas certain – ou l’an prochain. Mais un tout petit geste, comme celui de participer à la Journée nationale des Autochtones et de se renseigner davantage sur la culture et les traditions des peuples autochtones, de discuter avec eux de leur culture et de ce qu’ils font, et de ce qu’ils souhaitent pour l’avenir, et découvrir comment ils pourraient participer à la réalisation de cet objectif avec les moyens du bord. Il n’est pas nécessaire de réaliser de grandes choses, bien que celles-ci peuvent se produire et se produiront, mais il suffit que chaque personne se renseigne et respecte davantage la culture autochtone, c’est vraiment le point de départ.

FANNIE :

J’écoutais un podcast en conduisant il y a quelque temps et j’entendais un panel d’experts discuter du fait que certains dommages sont causés par le fait que nous avons toujours certains noms et certaines statues et monuments commémoratifs partout au Canada. Ils parlaient en particulier du Fort Amherst et comment l’un des chefs autochtones avait refusé l’Ordre du Canada parce qu’il avait été confronté durant plus d’une décennie à de l’opposition car on voulait renommer ce port. Et j’ai été un peu surprise d’entendre les propos des membres du panel sur la nécessité de protéger notre histoire, et ne pas vouloir réécrire l’histoire et peut-être se contenter de la recadrer. Cela m’a surprise. Ça m’a surprise parce que pour moi c’était très simple. Si, par exemple, j’étais agressée au travail par disons un de mes gestionnaires et que cela se sache et que tous admettent que ce soit le cas, et que mon gestionnaire garde son poste. Pas seulement cela, je continuerais de recevoir des courriels portant son nom et son nom serait cité lors de célébrations. Vous savez, l’injure ne sera pas effacée, mais on ne doit pas ajouter l’insulte à l’injure. Aussi, quand j’entends des choses de ce genre, je dis que je ne m’intéresse pas vraiment à l’histoire canadienne. Je m’intéresse aux Canadiens et aux valeurs que nous voulons inculquer dans notre pays et si je pense à la réconciliation, je ne pense vraiment pas que de simples excuses vont régler le problème. Je pense que ces parties et ces statues et édifices devraient être renommés et remplacés en guise de symbole qu’au Canada nous défendons les droits des opprimés et nous écrivons les valeurs. Nous montrons à la prochaine génération ce à quoi nous accordons de la valeur, les héros que nous chérissons, et lorsque nous racontons l’histoire du nouveau nom du port, par exemple, cela ne signifie pas que son ancien nom est tombé dans l’oubli. C’est intégré dans l’histoire, non pas la nouvelle histoire de ce qui s’est produit, mais ce que nous en avons fait, et je crois que le fait d’adopter cette approche sera tellement puissante pour notre pays. Et après avoir vu le film sur les pensionnats autochtones et étant moi-même une mère, je crois que nous ne méritons rien de moins que ce genre d’unité en tant que pays pour ce groupe, comme nous le ferions pour tout autre groupe.

TOONEEJOULEE :

D’où je viens, la nuit dernière j’étais sur Facebook et je parcourais les listes de quelques-uns de mes amis et j’ai vu une couple d’articles, de pièces, de vidéos, de courts vidéoclips sur lesquels un Inuit interviewait un de ses concitoyens à Iqaluit, sur la plage, dans une tente. Vous savez, il y a tellement d’enjeux seulement dans ce pays où les Canadiens. Et les Inuits disent « Premiers Canadiens, les Canadiens d’abord ». Cela fait partie du slogan d’ITK, on trouve sur leur logo une feuille d’érable du Canada qui illustre à quel point ils sont fiers d’être Canadiens. Et nous avons pourtant des Canadiens qui vivent sur la plage et meurent de froid sur un bateau ou meurent dans un incendie après avoir utilisé un poêle Coleman dans un espace clos. Vous savez, beaucoup de choses pourraient être faites pour régler certains de ces enjeux sociaux auxquels sont confrontées de nombreuses communautés des régions du Nord.

TODD :

Je pense qu’il est très difficile pour les gens d’imaginer... des gens qui n’ont jamais... des gens qui ont toujours vécu dans une ville... des gens appartenant à la classe moyenne ou à une classe supérieure, d’imaginer de telles situations. Ou comme à Grassy Narrows, où génération après génération, des gens souffrent d’empoisonnement au mercure et où il existe une pénurie d’eau potable. C’est parce que nous ne sommes pas confrontés à cela tous les jours. Ce n’est pas notre réalité. Il est difficile d’imaginer qu’une telle situation puisse exister en 2017.

TOONEEJOULEE :

C’est exact. Et lorsque nous consultons l’indicateur du développement humain des Nations Unies et les pays offrant les meilleures conditions de vie, nous nous situons toujours dans les dix premiers. Mais lorsque vous analysez les données à ce sujet, la longévité des Autochtones se situait auparavant à 80 ans je crois, ou à peu près, et maintenant elle se situe à la fin de la quarantaine ou au début de la cinquantaine. Donc, vous avez tout à fait raison, Todd. Il est difficile pour la moyenne des Canadiens de penser que c’est la réalité dans certaines communautés du Nord ou que l’on puisse ne pas avoir accès à de l’eau potable salubre et propre. Oui, vous soulevez un très bon point, car il est très difficile pour eux d’imaginer cela pendant qu’ils vivent confortablement, j’ai raison? Ils possèdent deux ou trois voitures, une maison. À propos de mon ancien mentor, l’ancien président d’ITK Jose Kusugak, aujourd’hui décédé, a déjà déclaré : dans les villes au sud, vous avez votre maison, votre appartement, votre terrain. Et si vous tondez la pelouse, vous ne pouvez franchir la limite de votre terrain, car vous êtes sur la propriété de votre voisin. Et c’est vrai car nous sommes tous restreints à une parcelle de terrain dans de nombreuses villes au sud. Aussi quelquefois il n’est guère réconfortant de sortir de cet espace restreint et de penser aux autres qui ne sont peut-être pas dans la même situation. Je pense toujours à cette analogie qu’il a partagée lorsque nous disons « penser autrement » par rapport à « être campé dans ses opinions » ou « agir selon une ligne de pensée ».

JANICE :

J’ai suivi un cours à l’Université de la Colombie-Britannique et j’ai été fascinée par les propos d’un homme originaire de l’Afrique du Sud. Il y avait une petite vidéo. Il a parlé de leur processus de vérité et de réconciliation. Il fait donc un parallèle entre ce qui se passe au Canada et ce qui s’est passé en Afrique du Sud. Il disait qu’il s’était absenté du pays durant un bon moment et qu’il était revenu et il a déclaré : « Il y a tellement à faire en Afrique du Sud. » Il y a tellement de torts à redresser. Et je crois qu’il faut célébrer toutes les petites réussites. Et parfois je suis vraiment découragée car je vois une immense montagne à franchir. J’ai l’impression qu’on n’y arrivera jamais. Et hier, lorsque j’ai fait l’exercice de la couverture l’un des animateurs a dit : « Il est très, très important de célébrer chaque réussite, si minime soit-elle. » Puis j’ai réfléchi sérieusement à cela et j’ai pensé, vous savez quoi? J’ai participé à cet atelier. C’est une réussite. Des gens ont fait des commentaires élogieux à ce sujet et ont demandé des précisions. C’est une réussite. Une personne à la fois. C’est comme lorsque je travaillais avec acharnement pour réussir ma maîtrise et que quelqu’un m’a dit : « Comment vous y prenez-vous pour manger un éléphant? Une bouchée à la fois. » C’est à peu près la même chose. Nous pouvons seulement franchir une petite étape à la fois. Mais il est tellement important de reconnaître et de célébrer ces petites réussites parce qu’elles vont continuer de s’accumuler. Et vous savez, si nous pouvons continuer de progresser et si les gens continuent d’être curieux et de vraiment ouvrir leur cœur pour tenter de comprendre, peut-être arriverons-nous à obtenir des résultats et à honorer tous ces mots, ces traités et ces ententes auxquels nous nous sommes engagés en tant que nation.

Perspectives Autochtones : Récits des employé(e)s Autochtones est une production d’Emploi et Développement social Canada.

Toutes les opinions exprimées dans le cadre de la série sont strictement celles des personnes qui les expriment et ne sont pas nécessairement partagées par leur employeur.

Les fonctionnaires que vous avez entendus dans cet épisode sont : Fannie Bernard, Don Bilodeau, Janice Edgar, Ryan Jeddore, Daniel Jette, Tooneejoulee Kootoo-Chiarello, Tim O'Loan, Tim Low et Leesie Naqitarvik.

Notre musique thème est signée Boogey the Beat, et vous avez également entendu la musique de Cris Derksen et Greg Reiter.

Mon nom est Todd Lyons. Je suis animateur, auteur et directeur technique pour la série Perspectives Autochtones.

Merci de votre écoute.

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