Perspectives autochtones : Histoires de fonctionnaires autochtones Enjeu 11 - Joindre

« Je ne crois pas que la solution consiste à se retirer et à laisser les autres prendre les décisions. Je crois que nous devons prendre part à la conversation afin de contribuer à façonner l’avenir. »

Dans cet épisode, les fonctionnaires partagent leurs pensées et leurs sentiments au sujet du choix d'une carrière dans la fonction publique.

la durée : 38:56 minutes

Transcription

(Extrait sonore : Fannie Bernard)

« Je ne crois pas que la solution consiste à se retirer et à laisser les autres prendre les décisions. Je crois que nous devons prendre part à la conversation afin de contribuer à façonner l’avenir. »

(Musique : « Hoka » de Boogey The Beat)

Perspectives Autochtones. Récits des employé(e)s Autochtones.

« Tansi. »

Ceci est Perspectives Autochtones, un programme dans le cadre duquel nous comptons explorer les expériences et les points de vue de fonctionnaires autochtones, en plus de découvrir ce que la réconciliation signifie pour eux et ce qu’elle peut représenter pour le Canada.

(Musique: “Spirit of Indians ” de Andrea Barone)

Dans un discours prononcé en 2015, Sheila Watt Cloutier a mentionné :

« Le monde dans lequel je suis née a changé pour toujours. Au cours des 10 premières années de ma vie, je me déplaçais uniquement avec ma petite famille en traîneau à chiens sur la neige et la glace dans l’Arctique; mes frères conduisaient le traîneau et nous glissions en toute sécurité. L’Arctique peut sembler froid et désert, mais pour les familles inuites comme nous, il a toujours été et est encore aujourd’hui notre garde-manger, sans compter que les plus grandes leçons sont offertes et apprises sur cette terre de glace; l’Arctique nous donne des leçons d’humilité qui nous permettent de développer notre jugement et d’acquérir de la sagesse. Les Inuits de ma génération ont vécu à la fois à l’époque glaciaire et à l’ère spatiale. »

« Si nous continuons de permettre à l’Arctique de fondre, nous perdons non seulement la planète qui nous a soutenus pendant toute l’histoire de l’humanité, nous perdons la sagesse dont nous avons besoin pour la conserver. Toute ma vie, je me suis efforcée de rappeler aux gens qu’ils ont un rôle important à jouer dans le tissu de l’existence sur cette planète. Mon message fondamental est que nous sommes tous liés les uns aux autres. Dans l’Arctique, nous sommes loin des corridors du pouvoir, mais il y a quand même un lien entre le chasseur qui tombe à travers la glace qui s’amincit et les industries du sud; qu’il s’agisse de la montée du niveau de la mer et des ouragans de plus en plus puissants qui menacent les États-Unis, de la fonte des glaciers dans les Andes et l’Himalaya, ou des inondations qui touchent les petits États insulaires et les États côtiers de faible élévation, tout cela est relié. »

Le chasseur dont elle parle, mais qu’elle ne nomme pas dans son discours, est Simon Nattaq, son voisin à Iqaluit, au Nunavut. Depuis de nombreuses générations, ces terres et ces glaces n’avaient pas de secret pour les habitants de la région, et Simon les connaissait très bien.

Toutefois, en 2001, ce qui avait déjà été un chemin sécuritaire sur la glace est devenu dangereusement mince.

Lorsque Simon n’est pas rentré à la maison, les gens se sont inquiétés et ont entrepris des recherches.

Deux jours plus tard, on l’a retrouvé. Il avait réussi à s’extirper des eaux, mais avait subi de graves engelures. À l’hôpital, les médecins n’ont pas pu sauver ses jambes.

Il s’agit d’une terrible tragédie que l’on a du mal s’imaginer, mais ce n’est qu’un seul exemple d’une personne affectée par les effets des toxines rejetées dans l’air et dans l’eau.

Dans ses mémoires, intitulées The Right To Be Cold, Mme Watt-Cloutier établit un lien direct entre le changement climatique et les droits des Inuits. Elle qualifie le changement climatique de deuxième agression contre l’identité des Inuits, qui se remettent encore de la première, c’est à dire le régime des pensionnats.

Mais quelle est la solution? Eh bien, chaque personne peut se livrer à l’introspection pour déterminer ce qu’elle est en mesure de faire; cela peut sembler insignifiant, mais lorsque l’on additionne les gestes posés par des millions de personnes qui travaillent toutes dans la même direction, cela peut avoir un impact énorme.

Quant à eux, le gouvernement et la fonction publique peuvent agir simplement et efficacement en utilisant les outils à leur disposition, à savoir la politique étrangère, la politique environnementale et la politique économique.

Les politiques peuvent faire bouger les choses. Elles sont parfois à l’origine de graves préjudices, mais elles peuvent également être utilisées pour réparer les torts commis, pour mettre fin à des préjudices existants et pour prévenir les préjudices.

Et maintenant, des fonctionnaires canadiens nous font part de leurs réflexions et de leurs sentiments, dans leurs propres mots, concernant le choix d’une carrière dans la fonction publique.

(Musique: Greg Reiter)

TIM :

Je pense que c’est une période stimulante pour être un employé autochtone dans la fonction publique étant donné que la priorité actuelle de l’administration – haute priorité – est la relation autochtone entre le gouvernement du Canada et les peuples autochtones du Canada : les Premières nations, les Métis et les Inuits. En tant qu’Autochtone, je pense que nous pouvons être encouragés à dire que c’est une priorité pour le premier ministre et pour son gouvernement. Cette priorité se retrouve dans les lettres ministérielles et on s’attend à ce que chaque ministre fasse de son mieux pour améliorer les relations entre les ministères respectifs et les communautés autochtones avec lesquelles ils interagissent régulièrement. Donc, je pense, je suppose que le défi consiste alors à voir comment nous pourrions être en mesure de contribuer à tout ce processus. Mettre nos expériences et nos connaissances et notre héritage et les enseignements que nous avons tirés tout au long de notre vie au profit des discussions au sein du ministère dans lequel nous travaillons tous et être en mesure d’apporter une contribution à la prestation de programmes et de politiques autochtones pour les peuples et les communautés autochtones par exemple, mais aussi à l’interne pour les politiques de recrutement, de rétention et de développement de carrière dans lesquelles chaque ministère est activement engagé. Je suis au courant de ce qui se passe à EDSC, à Service Canada et au ministère du Travail et je sais que c’est une grande priorité pour le ministère dans son ensemble en ce qui a trait à la sensibilisation à la réalité autochtone. La recommandation numéro 57 du rapport de la Commission de vérité et de réconciliation est prise très, très au sérieux. Le fait d’être président du Cercle des employés autochtones d’EDSC permet d’aider le ministère en ce qui a trait à la recommandation numéro 57. Cette dernière demande à tous les paliers de gouvernement du Canada d’éduquer et de sensibiliser leurs services publics respectifs aux histoires, cultures, traditions et problèmes autochtones, passés, actuels et futur. L’objectif consiste également à développer et à améliorer les compétences culturelles au sein de la fonction publique, des services publics respectifs, afin que ces services publics puissent être plus efficaces dans leurs relations et leur travail continu avec les peuples et communautés autochtones. C’est donc une grande priorité pour nous à EDSC, du ministre au sous-ministre, aux cadres supérieurs, aux équipes de gestion régionales, jusqu’au niveau des employés, et c’est là que le Cercle des employés autochtones a beaucoup d’expérience et de connaissances quant à ce qui se passe sur place. Tout n’est pas rose. Nous avons entendu des histoires récentes selon lesquelles le harcèlement et la discrimination continuent d’être un problème dans certains milieux de travail. Aujourd’hui justement, nos sous-ministres et sous-ministres adjoints principaux ont diffusé une communication à tout le personnel sur ce problème particulier. À savoir le harcèlement et la discrimination au sein du ministère dont ils entendent parler et l’engagement du ministère à faire tout son possible pour régler ces problèmes de façon très sérieuse. C’est donc encourageant. Il y a donc beaucoup de choses positives dans la fonction publique dans son ensemble et je sais que c’est également le cas dans les provinces. Mais au niveau de la fonction publique fédérale, c’est une grande priorité. Les ministères tentent de s’y retrouver sur le chemin de la réconciliation. Ils savent qu’ils ont besoin de leurs employés autochtones pour les aider à avancer dans cette voie et pour soutenir le dialogue avec les dirigeants et les communautés autochtones en cours de route. Et, comme je l’ai dit, le fait d’avoir cette occasion représente une période stimulante pour un employé autochtone de la fonction publique. Il ne s’agit pas seulement pour les hauts dirigeants et les gestionnaires, jusqu’au niveau de gestionnaire – le niveau de gestionnaire intermédiaire ou inférieur – d’être au courant de la conversation et de tenir de beaux discours, mais aussi de passer de la parole aux actes. C’est la chose la plus importante. Je pense qu’en tant qu’employés autochtones, en tant qu’Autochtones, nous avons un certain point de vue, une certaine connaissance et une certaine expérience de la façon dont nous avons été formés dans nos communautés et nos familles qui peuvent vraiment apporter une contribution, mais nous avons vraiment besoin du soutien de nos superviseurs et gestionnaires pour que cette contribution soit entendue et pour pouvoir donner l’exemple. Voilà donc un message que le Cercle des employés autochtones crie haut et fort à nos hauts dirigeants qui sont très ouverts à nos commentaires, à notre rétroaction et à notre point de vue. Notre sous-ministre est une véritable championne. Je la vois comme une véritable championne de la réconciliation et de la sensibilisation à la réalité autochtone et proactive dans tout ce que le ministère peut faire en matière de recrutement, de rétention, de développement de carrière, de respect et de reconnaissance des territoires autochtones sur lesquels nous menons tous nos activités. C’est une vraie championne et elle a montré un réel engagement à cet égard. Encore une fois, c’est une période idéale et nous avons juste besoin du soutien de nos gestionnaires pour pouvoir profiter de cette occasion et contribuer comme nous le pouvons.

ANDREA :

Je n’avais jamais imaginé que je travaillerais pour la fonction publique. Quand j’ai commencé en 2004, je venais d’obtenir un baccalauréat en biologie et, avant cela, j’étais à l’université et même avant cela, je participais activement à de nombreux travaux de défense des intérêts communautaires sur le plan de la politique environnementale. Donc, l’idée de venir travailler pour « la machine » était vraiment aberrante pour plusieurs raisons. J’ai occupé mon premier emploi dans le secteur public auprès du Service canadien de la faune, lequel m’a permis de combiner deux passions – la production de connaissances traditionnelles autochtones et les espèces en péril. J’ai alors été amenée à utiliser ma formation scientifique et une grande partie de mon expérience d’engagement communautaire dans le cadre de mon premier emploi. C’est donc comme ça que tout a commencé. Je ne suis pas du tout formée à la politique, mais j’ai acquis toute cette expérience d’élaboration de politiques grâce à mon travail de défense des intérêts, en particulier sur le plan politique fédéral avant ma vie de fonctionnaire. J’étais à la direction du Parti libéral du Canada, notamment au sein des commissions des peuples autochtones. J’encourageais les voix autochtones à participer à l’élaboration des politiques fédérales et j’essayais d’encourager davantage de candidats autochtones à présenter leur candidature pour le Parti libéral du Canada, ce qui continue d’être un problème, mais c’était vraiment un gros problème en 2004, et jusqu’en 2006 et 2007 alors que j’étais au sein du parti. Voilà d’où vient mon expérience en matière de politique. Cette expérience n’a pas été acquise à travers une éducation formelle et mon parcours a débuté avec la science et ensuite je suis devenue un pont scientifique entre les personnes qui travaillaient sur l’évaluation environnementale et les personnes qui s’engageaient auprès des communautés autochtones. C’était avant que la consultation des Autochtones soit mandatée par la Cour suprême du Canada. J’ai donc pu parler deux langues et comprendre les points de vue de la communauté sur le développement des ressources naturelles et aussi la science qui les sous-tend. J’ai alors intégré Environnement Canada où j’ai accompli ce genre de travail en tant que conseillère en affaires autochtones. Puis, j’ai été contactée par Ottawa. Je suis retournée dans les régions, plus précisément au Canada atlantique dont je suis originaire, ma région. Santé Canada m’a offert un emploi à la Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits. Ça me semblait être une occasion rêvée. Je me suis dit : « D’accord, je vais à Ottawa pour un an seulement. Je me ferai une expérience et puis je repartirai. Je retournerai en Nouvelle-Écosse. »

TODD :

Comment ça s’est passé?

ANDREA :

(rires)

Eh bien, cela fera 11 ans le mois prochain. C’est étrange parce que le parcours que je pensais suivre était le suivant : je vais travailler au sein du gouvernement pendant un petit moment et puis je retournerai en Nouvelle-Écosse, ensuite je présenterai ma candidature pour être députée, puis je deviendrai ministre. C’est ce que je pensais vouloir faire. Puis je suis arrivée ici et j’ai été happée par un travail de plus en plus intéressant et ma carrière s’est développée en conséquence. J’ai travaillé à Santé Canada avant de rejoindre AANC où j’ai occupé un poste dans le domaine de la consultation et de l’accommodement, un dossier délicat. Ça a marqué le début de l’obligation légale de consulter. C’est à ce moment-là que j’ai commencé ce travail. J’ai fait ce travail pendant sept ans. Travailler à Transports Canada, dans l’aviation civile, ne s’est pas avéré être un choix judicieux. Je voulais faire quelque chose sans rapport avec le monde autochtone pendant un petit moment. Je suis ensuite retournée travailler à AANC. Et maintenant, je suis là.

TOONEEJOULEE :

En ce qui concerne AANC, le point de vue de certaines personnes au sein de la communauté était le suivant : « Oh, pourquoi passes-tu du côté obscur? Nous travaillons contre eux, pas avec eux. » Ce point de vue était donc partagé en partie, notamment dans certaines des communautés plus petites en raison du manque de confiance. Ensuite, 10 ans plus tard, le gouvernement actuel se penche sur la réconciliation et sa façon de travailler avec les communautés et les organisations des Premières nations, des Inuits et des Métis. Cela fait bien un an que je le répète, le moment est idéal pour être employé autochtone dans la fonction publique fédérale, que ce soit dans la région de la capitale nationale, dans les régions du Nord ou dans l’Ouest – parce qu’il y a une volonté de travailler avec les organisations autochtones et également de travailler avec les Autochtones au sein du gouvernement. Donc en ce qui me concerne, personnellement et professionnellement, je peux définitivement dire que je suis fonctionnaire et fier de l’être et que la raison pour laquelle je suis entré dans la fonction publique c’est que peu importe la race, qu’on soit quallunnaq, blanc, ou autre, on devient un fonctionnaire pour aider les autres Canadiens.

DON :

Et si vous regardez les choses d’un point de vue historique, vous pourriez penser qu’une personne autochtone ne voudrait surtout pas travailler pour la Couronne, compte tenu de l’histoire. Mais cela dit, je n’attribuerais pas nécessairement un comportement ou des caractéristiques aux Autochtones en termes de capacité à fournir un énoncé de travail ou une vision, en fonction de l’endroit où la personne en question aurait grandi, de son exposition à la culture et de l’équilibre atteint entre autochtone et non-autochtone – je n’aime pas le mot « non-autochtone », je pense que nous devons trouver un nouveau terme – mais, vous savez, qu’ils savent très bien trouver un équilibre. Je veux dire, il y a certainement des avantages en ce qui concerne la façon de penser, les valeurs que les gens pourraient apporter au travail, les processus de réflexion et l’innovation et leurs propres enseignements quant à leur comportement et leur contribution au travail. Je ne vois donc pas de différence avec une personne qui serait différente sur le plan culturel, qu’il s’agisse d’une personne de couleur ou d’une personne dont le pays de naissance est différent. Je ne pense pas qu’il y ait un inconvénient ou un avantage. Selon moi, la seule chose qu’on pourrait estimer être différente, c’est l’histoire de la relation entre la Couronne et les Canadiens autochtones.

JEANNETTE :

Je suis venue ici parce que je voulais travailler en français. Je suis originaire du Manitoba et, lorsque je suis partie il y a 20 ans, il n’y avait pas d’autres possibilités, car j’avais déjà travaillé au CKSB, à l’office national du film, au centre culturel, et j’avais enseigné dans des écoles francophones. Il n’y avait donc rien là-bas. Maintenant, les choses sont différentes. C’était également un choix personnel. C’était une séparation. J’ai quitté ma province natale en quête de changement.

DANIEL :

J’ignorais qu’à ce stade de ma carrière, j’allais être témoin de tout ce changement et avoir potentiellement l’occasion d’y contribuer, même si c’est dans une petite mesure. Mais c’est vraiment passionnant. Je participe à un programme appelé Initiative pour le développement du leadership autochtone. Cette initiative existe sous une forme ou une autre depuis 2009. Je pense qu’il y a eu quatre cohortes dans le cadre du programme. Je fais partie de la plus récente cohorte, laquelle accueille une vingtaine d’employés autochtones de l’ensemble de la fonction publique. Au départ, c’était juste au sein d’AANC. Cette année, nous avons des représentants d’AANC, d’EDSC, de Parcs Canada et des Services correctionnels. J’oublie probablement un ministère et j’en entendrai parler plus tard, mais cela touche de plus en plus de ministères. Je pense que l’an prochain, le projet consiste à rendre le programme accessible à un nombre encore plus important de ministères si possible. Je ne suis pas sûr qu’il s’appliquera à l’ensemble de la fonction publique, mais l’objectif est de l’élargir. De plus, il s’agit d’une initiative très créative. D’une certaine façon, c’est comparable à ce que font les responsables de Horizons [de politiques], ou de ce qui s’est fait dans le cadre du projet Canada 150, et de ce qui se fait maintenant dans le cadre du projet Canada au-delà de 150. Le projet Objectif [2020] a permis de rassembler des gens de différents milieux professionnels, de donner aux gens un nouveau réseau professionnel sur lequel s’appuyer ainsi que l’accès à de nouvelles formations spécialisées pour aider les personnes à assumer des rôles de gestion. Évidemment, dans ce cas-ci, l’initiative s’adresse aux employés autochtones et elle offre quelque chose que j’avais un peu perdu de vue au fil des ans, à savoir constituer un réseau professionnel d’autres employés, mentors et pairs autochtones qui ont des expériences similaires et qui apportent au milieu de travail un point de vue similaire et c’est très précieux. La formation comprend une composante culturelle qui permet d’établir des liens culturels. Avec notre groupe, nous sommes allés à Cornwall Akwesasne et avons passé du temps avec des membres de la communauté et rencontré des aînés extraordinaires à Akwesasne. Nous nous sommes aussi rendus à Iqaluit pour rencontrer d’anciens aînés inuits et des représentants communautaires qui travaillent dans différents domaines et nous irons dans l’Ouest également. L’expérience est alors enrichie par une connexion, une intégration de la culture et le fait que nous pouvons apporter quelque chose – parce que nous sommes dans ce contexte – cela nous permet d’apporter nos propres cultures et expériences et parcours dans les discussions menées et d’intégrer ces discussions aux discussions portant sur le travail, la formation et le leadership. Voilà donc une démarche très utile. C’est un programme à petite échelle qui compte environ 20 personnes cette année. Une cohorte peut comprendre jusqu’à 20 personnes. S’ils doublent la taille du programme, le nombre de participants s’élèvera à 40. S’ils quadruplent le programme, ce chiffre passera à 80. C’est bien, mais la fonction publique fédérale dans son ensemble compte plus de 250 000 personnes. Le programme sera alors utile. En tout cas, il nous aide. Est-ce qu’il pourra changer les choses – être un catalyseur de changement sur le plan de la culture dans une fonction publique élargie? Cela reste à voir.

TODD :

Avez-vous toujours voulu devenir fonctionnaire ou est-ce quelque chose de nouveau pour vous?

PAMELA :

Mes deux parents étaient fonctionnaires.

TODD :

C’est un peu comme si un sort avait été jeté alors.

PAMELA :

(rires)

TODD :

Avez-vous eu l’impression d’avoir le choix? Ou est-ce qu’ils vous ont ouvert les yeux en quelque sorte, à savoir que c’est quelque chose d’important, que vous pourriez avoir une influence et joindre votre voix? Certains enfants veulent en effet se lancer dans une carrière à l’opposé de celle de leurs parents et se disent qu’ils vont suivre leur propre chemin dans la vie. Dites-m’en davantage à ce sujet.

PAMELA :

Alors, mes parents se sont toujours réjouis pour moi ou se sont dit que ma place était au sein de la fonction publique. Donc, en grandissant, tout ce que je savais, c’est que je devais aller à l’université une fois mes études secondaires terminées. Alors c’est ce que j’ai fait. Et mon emploi d’été, je l’ai occupé dans la fonction publique à Yellowknife. Alors, quand je suis sortie de l’université, le travail de bureau était ma seule expérience, et trouver un emploi au sein du gouvernement était tout indiqué. Alors c’est ce que j’ai fait. Et je pense que c’est probablement dû au fait que mes parents ont fait la même chose. Et j’ai toujours bénéficié d’une vie confortable parce qu’ils étaient dans la fonction publique. Je suis donc très heureuse d’être fonctionnaire aujourd’hui.

TODD :

Recommanderiez-vous à d’autres Autochtones de se joindre à la fonction publique? Vous n’avez pas exactement... Il y avait un précédent, parce que vos parents avaient fait ce choix de carrière, mais ils n’ont pas forcément dit que vous deviez vous joindre à la fonction publique.

PAMELA :

Non, pas du tout.

TODD :

Recommanderiez-vous à d’autres personnes – d’autres Autochtones – de se joindre à la fonction publique?

PAMELA :

Est-ce que je ferais cette recommandation à mon fils? Non. Et ce n’est pas parce que j’ai quelque chose contre la fonction publique. C’est parce que, dans notre culture, c’est ma responsabilité en tant que parent et que l’on m’a enseigné qu’il fallait découvrir le talent, ou les talents, de mon enfant et l’aider à développer ces talents. En d’autres termes, découvrir dans quels domaines mon enfant est doué et continuer de l’aider à se perfectionner dans ces domaines. Et toutes les choses pour lesquelles il n’est pas doué, eh bien, il ne faut pas se concentrer dessus parce que ça ne sert à rien. Donc, actuellement, il est doué dans le domaine informatique et il peut exercer son talent dans la fonction publique fédérale, mais est-ce que je l’encouragerais à le faire? Je me dois de répondre par la négative. Du fond du cœur, honnêtement, non. Parce que c’est un milieu de travail difficile et que l’on peut gagner beaucoup plus d’argent, je pense, en faisant autre chose. Je pense qu’il vaut mieux faire ce qu’on est venu faire sur terre. Il faut suivre sa passion, et si c’est la fonction publique, eh bien, qu’il en soit ainsi, mais je trouve qu’il est difficile d’exercer sa passion dans la fonction publique parce que ce n’est pas encouragé. Cela dit, si je sais cela aujourd’hui, c’est grâce à mon travail dans la fonction publique – je travaille dans un secteur avec beaucoup de gens qui sont passionnés par leur travail et très passionnés par la mobilisation des Autochtones, qui sont très passionnés par le fait de travailler avec leurs partenaires, qui sont très passionnés et prennent des mesures pour améliorer les choses. Et pour moi, voir cette passion et les gens avec qui je travaille penser et croire ça, et travailler en ce sens font que je suis très heureuse de travailler là. Mais, si c’est la passion d’un élève du secondaire ou d’un étudiant universitaire de vouloir faire une différence, alors il faut avoir le bon SMA. Il faut avoir le bon dirigeant. Et si ce n’est pas le cas, alors vous faites votre travail au jour le jour. Vous faites votre travail du mieux que vous pouvez. Mais cela ne mènera nulle part si vous n’avez pas un SMA qui vous écoute ou qui veut faire une différence avec les peuples autochtones et leurs communautés. Et j’ai de la chance en ce moment d’avoir un SMA qui veut faire une différence et qui est prête à écouter. Je suis très chanceuse. Donc, pour répondre à votre question de savoir si j’encouragerais un jeune, je lui dirais de suivre sa passion, de suivre sa passion parce qu’il est difficile d’être au sein d’un gouvernement en tant qu’employé autochtone.

TODD :

Pourquoi pensez-vous que les Autochtones devraient envisager une carrière dans la fonction publique?

JEANNETTE :

C’est notre terre. C’est notre gouvernement. Qu’il s’agisse de nos origines, de nos racines ou de nos liens, tout nous relie à la terre. Elle représente notre identité et nous devons la conserver. Nous sommes témoins du changement climatique. Nous voyons l’environnement. Nous constatons la contamination. C’est une façon de prendre position, de prendre la place qui nous revient. Nous avons nos propres structures de gouvernance dans notre propre pays. Nous devons nous orienter vers une structure globale. Nous devons participer. Nous devons faire participer les autres. C’est une carrière et le niveau n’a pas d’importance. Il n’est pas nécessaire que nous soyons tous des directeurs généraux, mais nous devons participer, de la base au sommet.

LEESIE :

Je pense qu’ils devraient le faire parce que [le] gouvernement fédéral – le gouvernement du Canada – représente les Inuits au nord du 60e parallèle. Nous avons besoin d’Inuits dans nos régions, dans les secteurs, les ministères et les divisions afin que nous puissions faire encore plus progresser le portefeuille inuit.

TOONEEJOUEE :

Je dirais que c’est agréable. Les possibilités sont quelque peu limitées en raison de certaines politiques linguistiques. Mais je dirais que c’est bien. La première partie du déménagement visait en fait à appuyer le leadership d’ITK parce que nous étions en négociation avec le ministre d’AANC pour la création de ce qu’on appelait alors le Secrétariat inuit, qui allait devenir le secrétariat responsable au sein d’AANC. Cela faciliterait la sensibilisation et la promotion des questions propres aux Inuits dans le ministère, car auparavant, le ministère était fortement axé sur les politiques et les programmes des Premières Nations et des Métis ainsi que sur les affectations de fonds. Ainsi, tout au long des négociations d’ITK et d’AANC à l’époque, le ministère a reconnu qu’il était nécessaire de consacrer des ressources et une capacité organisationnelle pour résoudre les problèmes inuits, du logement à la mise en œuvre des revendications territoriales en passant par les études postsecondaires. Ce type d’enjeux. Tout au long de ce processus, l’un des engagements consistait à faire venir au ministère des employés inuits qui connaissaient bien les questions inuites, les priorités inuites et les communautés inuites, afin d’aider le nouveau Secrétariat dans toutes les directions générales au sein du ministère. Le rôle principal de ce Secrétariat était également d’éduquer les autres directions générales et directions au sein du ministère. Les Inuits estimaient donc qu’il était très important qu’il y ait des Inuits au gouvernement pour les aider à promouvoir et à accroître la sensibilisation. Donc, tout au long de ce processus, le président de l’époque, Jose Kusugak, s’est adressé à moi parce que j’étais dans son bureau et m’a demandé si je souhaitais m’y rendre à court ou à long terme pour faciliter la transition. Tel était le processus dans son intégralité et j’ai décidé d’aider à promouvoir les Inuits au sein du ministère, mais aussi la sécurité de l’emploi, les avantages, la permanence en matière de rémunération et la sécurité derrière cela parce que ITK est une organisation donc personne n’avait de poste à durée indéterminée ou à temps plein. Voilà ce qui m’a amené là-bas.

RYAN :

C’est une question relativement délicate. J’ai l’impression que si quelqu’un me posait la question – j’étais encore à l’école il y a trois ou quatre ans de cela – et j’ai eu beaucoup d’interactions avec les étudiants, et certains me demandent encore comment... est-ce bien de travailler pour le gouvernement? Je leur répondrais que oui, vraiment, mais que c’est toujours frustrant – le processus de décision relativement à tout ce qui se fait. Et parfois, je trouve que les décisions prises – et c’est mon opinion personnelle – ne sont pas dans l’intérêt supérieur des Canadiens. C’est juste travailler pour travailler. Donc, entrer dans la fonction publique, c’est bien, mais pour certaines personnes qui ont peut-être une vision vaste de leur avenir... Quand j’ai commencé, je voulais entrer dans le domaine de la production vidéo. Je voulais faire des vidéos [inaudible] et des trucs sympas dans ce genre et j’ai entendu parler de ce poste gouvernemental qui allait être créé, un poste au sein de l’ARC. J’ai beaucoup hésité parce que je pensais que ce serait un travail ennuyeux. Mais nous avons fait des trucs plutôt sympas. Et j’ai travaillé dans d’autres groupes et cela dépend. Il y a des moments de famine et des moments de fête où on passe vraiment du bon temps à apprécier son travail et c’est plutôt cool. Mais je pense que dans le secteur privé, il y en a juste un peu plus. Le superflu est éliminé, pour ainsi dire. Il y a juste un peu plus de concentration, peut-être un peu plus de dynamisme, et cela mène à des projets sympas et à d’autres choses du genre. Et les gens me demandent, est-ce une bonne idée de postuler pour le gouvernement et je leur dis toujours que cela dépend de ce qu’ils cherchent. Si vous cherchez la sécurité de l’emploi et des trucs sympas à faire, vous le ferez, mais ce ne sera pas le cas tous les jours. J’ai dit à d’autres personnes que c’était pour elles parce que parfois, elles n’ont pas besoin d’un travail aussi dynamique.

TODD :

Pour les Autochtones qui ont une perception très négative de la fonction publique fédérale, que pourriez-vous dire pour encourager l’idée qu’en tant qu’individus, ils pourraient vraiment faire la différence et apporter des changements, contribuer aux politiques, faire part de leur point de vue de manière à ce que l’on voie une différence dans la façon dont notre gouvernement, ou du moins la fonction publique, fonctionne.

FANNIE :

Je pense que le gouvernement est honnête dans sa volonté d’être inclusif, juste et transparent. Je pense donc que le fait de se joindre à la conversation fera en sorte qu’elle soit juste et productive dans l’ensemble et je pense que le nombre fait la force, donc je ne pense pas que la solution consiste à se retirer et à laisser les autres prendre les décisions. Mais je pense qu’il s’agit de se joindre à la conversation et de façonner l’avenir en tenant compte, comme je l’ai mentionné plus tôt, des différents points de vue.

TODD :

J’ai parlé à d’autres invités qui ont... Ils ont eu, je suppose, des sentiments négatifs, presque comme s’ils se rangeaient du côté de la « grosse machine » en devenant des employés de la fonction publique fédérale. Que pourriez-vous dire pour tenter d’apaiser les craintes selon lesquelles les Autochtones qui viennent travailler pour la fonction publique sont assimilés, qu’ils sont happés et que cela crée des conflits d’allégeance.

TIM :

Eh bien, c’est l’histoire de la politique gouvernementale au Canada depuis plus de 200 ans. L’assimilation. Ce que je veux dire, c’est bien de cela qu’il s’agit dans la Loi sur les Indiens. C’est sur cette question que portent certains des traités. C’est en ça que consiste la politique menée par le gouvernement. Et étant donné que cela fait si longtemps que la politique du gouvernement fait de son mieux pour assimiler les peuples autochtones de ce pays, vous ne pouvez pas faire autrement en tant qu’Autochtone que de penser que vous faites partie intégrante de cette machine assimilatrice qui essaie d’engloutir votre identité, votre culture, et votre vision du monde. C’est quelque chose de naturel. L’École de la fonction publique du Canada a mis sur pied une nouvelle Série d’apprentissage sur les questions autochtone et deux séances sont actuellement offertes partout au pays. L’une des sessions porte sur l’exercice des couvertures, un exercice puissant qui illustre la nature de la relation entre les Européens et les communautés autochtones à Turtle Island ces cinq cents dernières années. Et c’est tout simplement incroyable de voir l’évolution, du premier contact à la situation actuelle, et de voir à quel point les territoires traditionnels des peuples autochtones et leurs modes de vie ont été décimés. C’est une expérience tout simplement incroyable qui montre vraiment ce qui s’est passé là-bas. Mais cette expérience souligne aussi ce qui se fait de bien, grâce à la résilience des communautés et des peuples autochtones. Citons notamment le rêve de Shannon. Cette dernière rêvait d’un meilleur système d’éducation pour les enfants et de meilleures écoles et de l’eau potable dans les collectivités et ce genre de choses. La Journée du chandail orange où les gens se battent contre les répercussions des pensionnats indiens. Et le rapport de la Commission de vérité et de réconciliation et les récentes excuses du gouvernement du Canada aux survivants des pensionnats indiens et à tous les peuples autochtones du pays. Nous ne pouvons donc pas nous empêcher de penser qu’ils ont essayé d’imposer l’assimilation depuis le début. Mais la communauté autochtone, les peuples autochtones ont été résilients et ils se battent et nous gagnons lentement notre place dans la société canadienne où nous sommes égaux et nous ne serons pas assimilés. Nous pouvons nous intégrer. L’intégration est très différente de l’assimilation. Lorsque vous vous intégrez, vous pouvez conserver votre culture, votre identité et votre vision du monde intactes, et c’est un partenariat. C’est un processus de réconciliation qui permet de rassembler ces cultures et visions du monde, et ce, pour que nous puissions nous engager ensemble. Travailler pour le gouvernement, tout ce processus de réconciliation et le fait d’apporter des contributions grâce à notre expérience, notre parcours et nos connaissances culturelles. Donc je comprends parfaitement ces points de vue, mais nous avons une réelle occasion de changer cela. Nous avons une occasion réelle d’intervenir et d’être fiers de nos cultures, de nos traditions, de notre patrimoine et de notre perspective – notre façon de penser maintenant et la façon dont, selon nous, la perspective autochtone devrait être intégrée dans l’élaboration de politiques et la prestation de programmes pour l’obtention de meilleurs résultats. Donc, nous avons cette occasion à saisir et je pense que nous pouvons continuer à penser que ce n’est pas un endroit confortable, mais si nous faisons tous notre part pour en faire un endroit plus confortable, un endroit plus respectueux, je pense que nous pourrons conserver notre culture et notre intégrité intactes et ne pas avoir l’impression que nous sommes engloutis par ce processus, par la machine et que nous devenons des robots. Il faut prendre position et s’impliquer et apporter sa contribution du point de vue autochtone. Pendant si longtemps, je parle des politiques gouvernementales et de la façon dont elles ont essayé de nous assimiler pendant des centaines d’années – la Loi sur les Indiens - et c’est ça. C’est une politique d’assimilation qui existe encore aujourd’hui et qui a toujours été combattue et des progrès ont été faits, et finalement ce ministère, la stigmatisation de ce ministère s’estompera lentement. De plus, j’espère que la nouvelle voie permettra aux gens de contribuer de manière égale, et qu’ils ne seront pas assimilés, qu’ils n’auront pas l’impression de valoir moins qu’une autre personne et que nous avons besoin d’un ministère pour prendre soin de nous et que nous ne pouvons pas prendre soin de nous-mêmes. Je pense que nous sommes en train... nous sommes entrés dans le processus de guérison maintenant. Nous sommes entrés dans le processus de réconciliation. Un engagement a été pris par les cadres supérieurs du gouvernement et nous devons contribuer et nous assurer que nous tenons cet engagement et nous devons mettre la main à la pâte pour que cela fonctionne pour tout le monde.

Perspectives Autochtones : Récits des employé(e)s Autochtones est une production d’Emploi et Développement social Canada.

Toutes les opinions exprimées dans le cadre de la série sont strictement celles des personnes qui les expriment et ne sont pas nécessairement partagées par leur employeur.

Les fonctionnaires que vous avez entendus dans cet épisode sont : Fannie Bernard, Don Bilodeau, Andrea Dykstra, Jeannette Fraser, Ryan Jeddore, Daniel Jette, Tooneejoulee Kootoo-Chiarello, Pamela Kupeuna, Tim Low et Leesie Naqitarvik.

Notre musique thème est signée Boogey the Beat, et vous avez également entendu la musique de Andrea Barone et Greg Reiter.

Mon nom est Todd Lyons. Je suis animateur, auteur et directeur technique pour la série Perspectives Autochtones.

Merci de votre écoute.

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