Fleuve Saint-Laurent : à la recherche des polybromodiphényléthers

Les PBDE, connus sous le nom de polybromodiphényléthers, sont abondamment utilisés en industrie pour leurs propriétés ignifugeantes. Bien qu’elles soient utiles, ces substances s’accumulent dans l’environnement, notamment dans le Saint-Laurent, et on s’interroge sur leurs effets potentiels. 

Depuis une trentaine d’années, les PBDE sont ajoutés durant la fabrication des plastiques, des mousses de rembourrage, des textiles et d’une foule d’autres produits d’usage courant pour réduire leur inflammabilité. C’est en 1979 aux États-Unis que la présence de PBDE, substances similaires aux biphényles polychlorés (BPC), a été détectée dans l’environnement. Plusieurs travaux réalisés en Europe et en Amérique du Nord montrent que ces produits se sont répandus dans tous les niveaux trophiques et dans les différentes composantes physiques et biologiques de l’environnement.

Photo: Scientifiques d'Environnement Canada prenant des échantillons de sédiments dans le fleuve Saint-Laurent.
© Environnement Canada, 2004

Selon Magella Pelletier, sédimentologue à Environnement Canada, « les scientifiques s’en préoccupent de plus en plus car ces contaminants émergents sont des produits organiques persistants, bioaccumulables et toxiques de plus en plus abondants dans l’environnement et dont les impacts sont encore peu connus. »

Qu’en est-il de la présence des PBDE dans le Saint-Laurent ?

Bien qu’en infimes quantités, les PBDE sont détectés dans l’écosystème aquatique du Saint-Laurent. Les résultats des travaux réalisés par des scientifiques d’Environnement Canada montrent que les concentrations augmentent depuis le milieu des années 1980. Elles ont quintuplé dans les matières en suspension à Québec et doublé dans les sédiments du lac Saint-Pierre depuis 1995.

 

L’augmentation des concentrations de PBDE se mesure également chez la faune aquatique. Depuis les années 1980, les concentrations de PBDE ont augmenté de :

  • 10 fois chez les mammifères de l'Arctique;
  • 10 à 100 fois chez les oiseaux aquatiques;
  • 100 à 1 000 fois chez les touladis des Grands Lacs;
  • 1 000 fois chez les bélugas de l'estuaire du Saint-Laurent.

Source: Santé Canada, 2007.

Concentrations moyennes de BDE209 dans les matières
en suspension du Saint-Laurent et d’un effluent municipal en 2005-2006

| Figure représentant les concentrations dans les matières en suspension du fleuve à Québec ainsi qu'à la décharge du lac Ontario, à l'embouchure de la rivière des Outaouais et dans un effluent municipal. Les concentrations dans les matières en suspension du fleuve à la hauteur de Québec sont de trois à quatre fois plus élevées qu'à la décharge du lac Ontario ou qu'à l'embouchure de la rivère des Outaouais. Les rejets urbains qui contiennent 1 000 ng/g de PBDE contribueraient à la contamination du Saint-Laurent.

Les concentrations de BDE209 dans les matières en suspension du fleuve à la hauteur de Québec sont de trois à quatre fois plus élevées qu’à la décharge du lac Ontario ou qu’à l’embouchure de la rivière des Outaouais. Les scientifiques constatent donc que le lac Ontario et la rivière des Outaouais ne sont pas les seules sources de PBDE. Les rejets urbains, les égouts pluviaux, les tributaires et les précipitations sont autant de sources potentielles de PBDE dans le Saint-Laurent. À preuve, les résultats des travaux d’Environnement Canada montrent que les concentrations de BDE209 passent de 6 ng/g en amont de l’effluent municipal de la ville de Montréal à 1 000 ng/g dans l’effluent.

Concentrations moyennes de PBDE
dans les sédiments du lac Saint-Pierre en 2003

Figure représentant les concentrations moyennes de PBDE dans les sédiments du secteur nord du lac Saint-Pierre. Les concentrations varient de 0 à 25 ng/g. Les chenaux en amont du lac et un secteur en face de Louiseville présentent les concentrations maximales, alors que le sud du chenal de navigation présente les concentrations minimales.

Dans les sédiments du lac Saint-Pierre, les scientifiques observent que les concentrations de PBDE ont doublé depuis le début des années 1990. Les concentrations maximales se trouvent dans les chenaux en amont du lac ainsi qu’au nord en face de Louiseville. Ces secteurs sont situés dans le panache de dispersion de l’effluent municipal, source de contamination par les PBDE.

 

Comparaison des concentrations moyennes de PBDE dans les sédiments
du Saint-Laurent avec ceux des Grands Lacs

Figure représentant la concentration moyenne de PBDETOT9 mesurée depuis les dix dernières années dans les Grands Lacs ainsi que dans les lacs fluviaux du Saint-Laurent. Le lac Saint-François est le moins contaminé avec moins de 1 ng/g, alors que le lac Ontario présente la plus forte concentration avec plus de 5 ng/g.

Le lac Saint-Pierre contient des PBDE légers dont les concentrations le placent au deuxième rang parmi les écosystèmes aquatiques canadiens, soit juste après le lac Ontario. L’effluent urbain de la ville de Montréal contribue en partie à la contamination des sédiments du lac Saint-Pierre par les PBDE légers. Des études scientifiques récentes tendent à montrer que les PBDE légers sont plus facilement bioaccumulables dans la chaîne trophique et sont plus toxiques que les PBDE plus lourds.

Que fait le gouvernement à l’égard des PBDE?

À l’heure actuelle, la Loi canadienne sur la protection de l’environnement (1999) [LCPE (1999)] n’interdit pas l’utilisation des PBDE. Toutefois, le Règlement sur les polybromodiphényléthers, en vigueur depuis le 19 juin 2008 au Canada, a pour objectif de protéger l’environnement au pays contre les risques liés à l’utilisation et au rejet des PBDE. Il interdit la fabrication des PBDE (les congénères de BDE de type tétra, penta, hexa, hepta, octa, nona et déca). L’utilisation, la vente, la mise en vente et l'importation des tétra-, penta- et hexaBDE ainsi que des mélanges, polymères et résines contenant ces substances sont interdites (Centre de collaboration nationale en santé environnementale, 2009).

Dans le cadre de la LCPE (1999), le gouvernement fédéral a évalué les effets potentiels des PBDE sur la santé humaine et l’environnement au Canada et a conclu qu’il s’agit de substances toxiques au sens de la loi. Aux concentrations auxquelles ils se trouvent actuellement dans l’environnement au pays, les PBDE ne présenteraient pas une menace pour la santé publique. Cependant, à cause de leur bioaccumulation, ils seraient problématiques pour les espèces fauniques situées en haut de la chaîne alimentaire. Compte tenu des conclusions de l’ébauche du Rapport sur l’état des connaissances scientifiques concernant le décaBDE, le gouvernement révise actuellement la Stratégie de gestion du risque pour les PBDE en vue d’y inclure des mesures de contrôle de la teneur en décaBDE des produits fabriqués au Canada et des produits importés.

Documentation

Centre de collaboration nationale en santé environnementale- Polybromodiphényléthers (PBDE).[Consulté le 5 mai 2009].

Environnement Canada -Stratégie révisée de gestion du risque pour les polybromodiphényléthers (PBDE). [Consulté le 13 juillet 2009].

Gouvernement du Canada - Substances chimiques au Canada, 2008. [Consulté le 27 avril 2009].

Hale, R.C., M. Alaee, J.B. Manchester-Neesvig, H.M. Stapleton et M.G. Ikonomou.2003. « Polybrominated diphenyl ether flame retardants in the North American environment ». Environmental International, 29 : 771-779.

Santé Canada - Incidences des éthers diphényliques polybromés sur l'environnement canadien et sur la santé des Canadiens. [Mis à jour le 14 décembre 2007; consulté le 15 avril 2009].

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