Guide sur l’application de l’Analyse comparative entre les sexes Plus à la recherche
Qu’est-ce que l’ACS Plus
L’Analyse comparative entre les sexes Plus (ACS Plus) est un outil analytique servant à appuyer l’élaboration de politiques, de programmes et d’autres initiatives adaptés et inclusifs. L’ACS Plus est une analyse intersectionnelle qui va au-delà des différences biologiques (sexe) et socioculturelles (genre), pour prendre en compte d’autres facteurs, comme l’âge, le handicap, l’éducation, l’ethnicité, la situation économique, la géographie (y compris la ruralité), la langue, la race, la religion et l’orientation sexuelle.
L’application de l’ACS Plus est un processus itératif et souple. En effet, une ACS Plus rigoureuse est rarement linéaire, et l’amélioration continue de l’analyse fait partie intégrante du processus. Il n’existe pas de point d’entrée unique pour amorcer l’analyse.
Si vous êtes novice en matière d’ACS Plus et en intersectionnalité, nous vous encourageons à suivre le cours « Introduction à l’Analyse comparative entre les sexes Plus (INC101) » avant de poursuivre la lecture du présent guide de recherche.
L’ACS Plus dans la recherche : aller au-delà du genre
L’ACS Plus permet aux chercheuses et chercheurs de prendre en compte les éléments suivants :
- Les multiples dimensions de l’identité sont dynamiques et façonnées par la société (par exemple, le genre, l’origine ethnique, la classe sociale, la sexualité et les capacités sont des concepts fluides et souples).
- Les facteurs identitaires individuels interagissent avec l’appartenance à des groupes, le contexte social et les systèmes d’oppression, influençant ainsi l’expérience des personnes à l’égard des politiques, des programmes et d’autres initiatives.
- L’étude de chaque enjeu ou problème exige que l’on examine la manière dont les facteurs identitaires, l’appartenance à des groupes, le contexte social et les systèmes d’oppression se combinent pour créer des défis et des obstacles uniques.
L’ACS Plus permet de démontrer pourquoi et comment certaines catégories sociales et expériences vécues doivent être intégrées à tout projet de recherche donné.
Version textuelle – Représentation visuelle de l’approche intersectionnelle
Quatre cercles concentriques avec une icône dans chaque cercle. La première icône, dans le cercle interne, montre une personne, et correspond aux « Facteurs identitaires ». La deuxième icône, dans le deuxième cercle, montre un groupe de quatre personnes, et correspond à « Appartenance à un groupe ». La troisième icône, dans le troisième cercle, montre un groupe de trois personnes, et correspond au « Contexte social ». La quatrième icône, dans le quatrième cercle, montre un globe, et correspond aux « Systèmes d’oppression ».
Les facteurs d’identité :
La race, l’ethnicité, la religion, l’âge, un handicap, le genre, la géographie, la langue, le revenu, l’orientation sexuelle, l’éducation et le sexe.
L’adhésion à un groupe :
La famille, la communauté, les groupes de paires, les réseaux sociaux.
Le contexte social :
Les institutions, les attitudes, le privilège, les normes, les croyances.
Les systèmes d’oppression :
Les inégalités systémiques et structurelles, le racisme, le sexisme, le capaticisme, l’âgisme, le classisme, l’oppression religieuse, la répartition du pouvoir.
L’importance de l’application de l’ACS Plus à la recherche
L’ACS Plus permet aux chercheuses et chercheurs de :
- tenir compte de chaque personne participant à la recherche selon une approche intersectionnelle;
- reconnaître leurs propres facteurs individuels et intersectionnels et réfléchir à leurs suppositions et préjugés inconscients;
- déconstruire les stéréotypes en mettant en lumière la diversité au sein des différents groupes;
- analyser l’influence des structures sociales, historiques, systémiques et de pouvoir sur les expériences vécues et les résultats;
- repérer et atténuer les obstacles auxquels font face les personnes présentant des facteurs identitaires divers et intersectionnels lorsqu’elles accèdent à des programmes, des services ou des prestations;
- produire des données probantes sur les besoins, les priorités, les capacités et les expériences de groupes diversifiés;
- accroître la pertinence des résultats afin d’appuyer l’élaboration de politiques et de programmes inclusifs et équitables;
- reconnaître les différences et soutenir toutes les personnes dans la pleine réalisation de leur potentiel en tant que membres de la société canadienne.
Les liens entre l’ACS Plus et d’autres méthodes de recherche
L’ACS Plus possède certaines caractéristiques communes avec de nombreuses autres approches de recherche, notamment l’approche axée sur les déterminants sociaux de la santé, la recherche communautaire et les méthodologies autochtones. Dans le domaine de la santé, par exemple, l’ACS Plus recoupe des méthodes bien établies pour comprendre les inégalités en santé et intervenir en conséquence.
L’Agence de la santé publique du Canada reconnaît douze déterminants sociaux de la santé et des inégalités en santé qui représentent un vaste éventail de facteurs sociaux, culturels, environnementaux, génétiques et biologiques. Par exemple, ces déterminants comprennent : le revenu et le statut social; l’emploi et les conditions de travail; l’éducation et la littératie; les expériences vécues pendant l’enfance; l’environnement physique; le soutien social et la capacité d’adaptation; les comportements sains; l’accès aux services de santé; la biologie et le patrimoine génétique; le genre; la culture; ainsi que la race et le racisme.
Depuis des années, les chercheuses, les chercheurs et les responsables des politiques étudient le recoupement de ces déterminants et leurs effets sur les résultats en matière de santé humaine. L’Organisation mondiale de la santé a reconnu que les déterminants sociaux de la santé, définis au sens large comme les conditions dans lesquelles les individus naissent, grandissent, vivent, travaillent et vieillissent, ainsi que l’accès au pouvoir, à l’argent et aux ressources, ont une influence considérable sur les inégalités en santé.
L’ACS Plus et la méthode axée sur les déterminants sociaux de la santé reconnaissent toutes deux que de multiples facteurs dynamiques influent sur la vie des gens. Elles reconnaissent également la nécessité de comprendre ces facteurs et d’y répondre dans l’ensemble des efforts visant à éliminer les inégalités, y compris les inégalités entre les genres. Pour en savoir plus, veuillez consulter : Apprentissage de l’Institut de la santé des femmes et des hommes - Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).
Application de l’ACS Plus à la recherche : questions clés
Il n’existe pas de formule ou de méthode universelle pour appliquer l’ACS Plus dans le cadre d’une recherche. Il existe toutefois une série de questions directrices qui peuvent faciliter la conception, la mise en œuvre ou l’évaluation de la recherche, à commencer par la formulation de la question de recherche.
Revue de la littérature
Avant d’entamer tout projet de recherche, il est essentiel de procéder à une revue de la littérature. Les renseignements et les données nécessaires à cette revue peuvent être obtenus de diverses façons, notamment au moyen des enquêtes de Statistique Canada, y compris le Recensement du Canada, de bases de données administratives, de bases de données universitaires et de la « littérature grise » (p. ex. rapports scientifiques et techniques, communications de conférences, rapports internes, documents gouvernementaux, bulletins, fiches d’information, ainsi que thèses et mémoires non publiés). Idéalement, la collecte d’information s’appuie à la fois sur des données quantitatives et qualitatives et met l’accent sur les travaux des cinq dernières années.
Il est également important de consulter, dans la mesure du possible, des parties prenantes internes et externes, y compris des organismes non-gouvernementaux possédant une expertise pertinente. En outre, des renseignements précieux peuvent être obtenus en consultant des personnes expertes dans divers domaines, notamment des personnes ayant une expérience vécue par rapport à un sujet donné. Afin que vos consultations soient aussi inclusives que possible, ne vous limitez pas aux candidates et candidats habituels.
Une fois tous les renseignements pertinents recensés et obtenus, une analyse critique des données probantes doit être réalisée afin de déterminer :
- ce que l’on sait de l’enjeu ou du problème, ainsi que les lacunes en matière de connaissances concernant différentes populations de femmes, d’hommes et de personnes de diverses identités de genre;
- la mesure dans laquelle la prise en compte de la diversité se reflète dans la recherche, et si l’analyse est objective ou partiale et contribue à perpétuer les stéréotypes;
- les facteurs et dimensions de l’identité qui ont été pris en considération;
- la mesure dans laquelle la prise en compte de la diversité dans l’échantillon aurait donné lieu à des résultats différents.
Une schématisation des renseignements disponibles constituera le fondement de l’élaboration du plan de recherche, notamment pour définir précisément l’orientation des travaux proposés.
Questions de recherche
- Quel est l’enjeu ou l’occasion à l’étude? Que révèlent les recherches, les données et les éléments probants à ce sujet?
- Quelles populations ou quels groupes sont concernés, et de quelle manière sont-ils touchés, directement ou indirectement?
- Quels groupes sont plus susceptibles de subir des effets négatifs de l’exclusion ou des obstacles à l’accès, et pour quelles raisons?
- Dans quelle mesure certaines caractéristiques démographiques contribuent-elles à des retombées inégales, à des effets négatifs indirects ou à des obstacles?
- Quels sont les facteurs qui contribuent aux inégalités liées au problème abordé, et quels sont les individus ou groupes les plus susceptibles d’en faire l’expérience?
- Quelles sont les lacunes en matière de données, et quelle nouvelle information cette initiative permettra-t-elle de générer pour les combler?
- Les données appuient-elles les options ou recommandations proposées?
- Le cas échéant, les disparités sont-elles enracinées dans des facteurs historiques ou systémiques susceptibles d’éclairer les options envisagées?
- Quelles sont les priorités des personnes les plus touchées, tant positivement que négativement, par cette initiative?
Outils et analyse de recherche
L’ACS Plus reconnaît diverses formes de connaissances, notamment l’expérience vécue, les recherches portant sur des groupes diversifiés et les données désagrégées. Elle mobilise des données quantitatives et qualitatives, ainsi que les savoirs autochtones, s’appuie sur de multiples sources et implique différents groupes et communautés afin de déceler les lacunes et de produire des analyses intersectionnelles pertinentes.
Outils
- Les facteurs individuels fortement corrélés peuvent-ils être combinés afin d’explorer des croisements statistiques (dans le cas de recherches quantitatives)?
- L’échantillon reflète-t-il les expériences d’un groupe diversifié de personnes concernées par l’enjeu à l’étude?
- Les instruments de recherche permettent-ils désagrégation des données recueillies?
- L’outil est-il adapté à la collecte de micro-données, de macro-données, ou à une combinaison des deux?
Conception
- La conception de la recherche précise-t-elle clairement comment les facteurs identitaires interagissent avec l’adhésion à un groupe, le contexte social et les systèmes d’oppression pour créer des expériences et des obstacles uniques? Fournit-elle une justification de leur inclusion?
- Évalue-t-elle les effets positifs et négatifs d’une initiative en fonction de divers facteurs?
- Permet-elle de cerner adéquatement les risques et les défis dès le départ afin d’élaborer des stratégies d’atténuation efficaces?
- Fait-elle preuve d’innovation et aborde-t-elle les enjeux et les politiques de manière plus globale et inclusive en tenant compte de facteurs identitaires diversifiés et intersectionnels?
- Intègre-t-elle des méthodes de recherche qualitatives, notamment la consultation du milieu universitaire, d’organismes non-gouvernementaux, de communautés concernées et d’autres partenaires intéressés?
Méthodes quantitatives
Ce modèle empirique examine la relation de cause à effet entre des facteurs indépendants (par exemple, le genre, l’origine ethnique, la classe sociale, etc.) et des facteurs dépendants afin de produire des données démographiques à grande échelle. Les principaux défis associés à une approche quantitative dans le cadre de l’ACS Plus sont les suivants :
- Les concepts comme le genre, l’origine ethnique, l’orientation sexuelle ou les capacités sont établis par la société; de nouvelles catégories émergent constamment et leurs définitions évoluent.
- Les dimensions de l’identité sont généralement analysées séparément afin d’en mesurer les effets respectifs sur le phénomène à l’étude, souvent au détriment de l’analyse des recoupements entre les variables indépendantes et dépendantes.
- Bien que la valeur des données probantes intersectionnelles soit largement reconnue, le manque de données désagrégées demeure un obstacle à une application rigoureuse de l’ACS Plus. La documentation des lacunes en matière de données et la mise en œuvre de mesures pour les combler sont essentielles à la poursuite des progrès.
- Traditionnellement, le groupe dominant au sein d’une culture (par exemple, les hommes blancs) sert de point de référence pour toutes les autres catégories, ce qui limite les comparaisons sous-groupes relativement à l’enjeu à l’étude.
Pour que les méthodes quantitatives soient conformes aux exigences de l’ACS Plus, les chercheuses et chercheurs peuvent recourir à diverses stratégies.
- Mettre l’accent sur les groupes traditionnellement négligés. Les groupes marginalisés depuis longtemps ont été exposés de manière disproportionnée au racisme, à la discrimination, à la violence fondée sur le sexe ou à d’autres problèmes systémiques. Ces groupes comprennent notamment, sans s’y limiter : les femmes et les filles autochtones et racisées, les personnes sans statut officiel au Canada, les personnes vivant avec un handicap, ainsi que les membres des collectivités rurales, éloignées et nordiques.
- Il n’existe pas de point d’entrée unique pour l’analyse. Recueillir des données désagrégées sur divers groupes de population permet de déterminer qui pourrait bénéficier de manière inégale, bénéficier indirectement ou subir des effets négatifs, notamment en raison d’obstacles à l’accès aux possibilités ou aux mesures de soutien.
- Dans de nombreux cas, il se peut que des données désagrégées suffisantes ne soient pas disponibles pour permettre une analyse au niveau individuel. Une solution utile consiste alors à recourir à des données à l’échelle des collectivités, en particulier dans un contexte autochtone.
Pour les données relatives au genre, à la diversité et à l’inclusion, les chercheuses et chercheurs sont encouragés à consulter le Carrefour des statistiques sur le genre, la diversité et l’inclusion (SGDI). Le Carrefour des SGDI constitue le point d’accès central aux données désagrégées et intersectionnelles sur le genre, la diversité et l’inclusion. Le catalogue des SGDI propose une base de données consultable regroupant des tableaux, des publications et des outils de visualisations des données.
Méthodes qualitatives
La force des méthodes qualitatives, comme les études communautaires, la recherche sur l’action participative, les analyses historiques, les entrevues structurées, les analyses textuelles des ressources médiatiques etc., réside dans leur capacité à examiner en profondeur les positions sociales uniques et intersectionnelles des personnes, ainsi que leurs expériences. Les principaux défis d’une approche qualitative dans le cadre de l’ACS Plus sont les suivants :
- Comment formuler des questions afin de produire des connaissances les expériences intersectionnelles;
- Le temps nécessaire à l’analyse et à l’interprétation de volumes importants de données;
- La qualité de l’analyse des données, qui dépend des connaissances individuelles en matière de recherche quant à l’importance et aux effets des catégories sociales qui se recoupent et des réalités sociohistoriques des groupes traditionnellement marginalisés;
- La nécessité de reconnaître la valeur de la recherche qualitative pour produire des données probantes fiables pour les politiques et les programmes.
Parallèlement, la recherche qualitative est reconnue pour sa capacité à générer des renseignements détaillés sur les individus, leurs expériences vécues, leurs opinions et leurs motivations. Elle permet ainsi de mieux comprendre comment les facteurs identitaires intersectionnels, l’adhésion à un groupe, le contexte social et les systèmes d’oppression influencent les interactions des individus avec une initiative. En s’appuyant sur les expériences individuelles, cette approche est particulièrement efficace pour cerner les similitudes et les différences entre les groupes, ainsi que leur importance.
Méthodes mixtes
La combinaison de données issues d’analyses quantitatives et qualitatives permet de mieux comprendre comment certaines situations de vie et certains obstacles sociaux influencent les positions sociales, les expériences et les besoins.
Quelle que soit la méthode retenue, il est important de tenir compte des éléments suivants lors de la présentation des données et des résultats de la recherche :
- Les données doivent être recueillies de manière respectueuse envers les personnes qu’elles représentent, sans causer de préjudice ni perpétuer les inégalités existantes.
- De quelle manière les données sont-elles présentées et analysées?
- Les données recueillies peuvent-elles être désagrégées en sous-catégories ou selon des croisements entre celles-ci et d’autres sous-catégories afin de fournir un portrait complet de l’enjeu?
- Quelles sont les lacunes en matière de données, et comment seront-elles comblées?
- Que révèlent les données quant aux effets positifs ou négatifs de l’enjeu sur les collectivités concernées?
- Des stéréotypes préjudiciables sont-ils reproduits? Certains groupes sont-ils injustement stigmatisés?
En résumé, l’ACS Plus constitue une condition essentielle à l’élaboration de politiques efficaces et efficientes, puisqu’elle permet aux responsables des politiques d’anticiper les effets d’une initiative donnée et de concevoir des programmes plus inclusifs. Elle garantit également une responsabilité à l’égard du public et accroît la crédibilité. Il ne fait pas de doute que l’ACS Plus est une pratique exemplaire pour toute approche moderne d’élaboration des politiques.
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