Résumé de recherche
Repérer la violence familiale dans les communautés musulmanes et y réagir : les répercussions potentielles sur l’identification et la réponse à la violence familiale par les avocats en droit de la famille
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Le présent document est un résumé du rapport intitulé Identifying and responding to family violence in Muslim communities: The potential impact on the identification and response to family violence by family lawyers, par Mohammed BaobaidFootnote 1 (2020).
Contexte
Les femmes musulmanes victimes de violence familiale doivent composer avec deux systèmes différents : le système canadien, qui protège leurs droits individuels, et la communauté à laquelle elles appartiennent et dont elles veulent continuer de faire partie, qui est collectiviste. Dans les communautés collectivistes telles que la communauté musulmane, les intérêts de la communauté l’emportent sur ceux de la personne, ou du moins ont un poids égal. Au Canada, les femmes musulmanes sont confrontées à des défis uniques quand elles cherchent à concilier leurs droits individuels et leurs obligations envers leur famille et leur communauté collectiviste.
La population musulmane du Canada est très diversifiée; ses membres ont un vécu et des antécédents culturels différents. Par conséquent, il est important de noter que les expériences de violence familiale des femmes musulmanes ne sont pas toutes les mêmes.
Méthode
Le rapport de recherche s’appuie sur des données probantes et sur des stratégies d’intervention efficaces fondées sur la recherche, la sensibilisation et la mobilisation pour transmettre des connaissances sur les défis auxquels sont confrontées les victimes musulmanes de violence familiale. Il expose des leçons apprises auprès du Muslim Resource Centre for Social Support and Integration (MRCSSI) et de prestataires de services de l’Ontario.
Principales conclusions
Les femmes qui demandent de l’aide rencontrent de nombreux obstacles, notamment :
- le maintien de l’unité familiale
- la stigmatisation et la honte
- la peur d’être rejetées et de perdre le soutien de leur communauté
- la peur d’être déportées
- la peur de perdre leurs enfants
- ne pas vouloir que l’agresseur soit accusé
Les conclusions de la recherche font ressortir trois facteurs clés qui aident à comprendre les expériences de violence familiale des femmes musulmanes :
- Religion : interprétation des enseignements islamiques et influence de ces enseignements sur les obligations familiales.
- Culture : le rapport entre l’ouverture et l’isolement propre à la culture contribue à la rigidité du maintien des rôles traditionnels de genre et de la hiérarchie familiale, et exerce une influence sur la compréhension de la violence familiale.
- Expérience de migration : les traumatismes résiduels découlant des expériences préalables à la migration peuvent influer sur la perception des rôles familiaux et de genre par les hommes et les femmes. Les difficultés d’intégration peuvent également contribuer aux facteurs de risque de violence familiale.
Le MRCSSI a mis au point un outil de dépistage axé sur quatre aspects qui tient compte des dynamiques propres au contexte collectiviste et immigrant qui peuvent avoir des répercussions positives ou négatives sur le bien-être et la sécurité des familles. Il aide à découvrir les risques pour la sécurité des femmes et des enfants en fonction des aspects suivants :
- les aspects universels tels que les problèmes de santé mentale non traités, la pauvreté, l’insécurité en matière de logement ou les antécédents de violence familiale pendant l’enfance;
- les aspects liés à la migration, y compris le parrainage et le statut juridique, l’intégration, le trouble de stress post-traumatique ainsi que les traumatismes, les pertes et le deuil qu'ont vécus par les personnes réfugiées et immigrantes;
- les aspects ethnoculturels, qui peuvent comprendre le réseau de soutien informel d’une personne, les barrières linguistiques et les méthodes disciplinaires à l’égard des enfants;
- les aspects religieux et confessionnels, comme l’importance de la religion dans le règlement des différends ou l’utilisation des enseignements islamiques pour régler les problèmes familiaux.
Même si les communautés musulmanes du Canada sont en croissance, il existe peu de ressources propres à la violence familiale qui sont adaptées à leur culture. Le rapport met en évidence trois ressources utiles :
- Le MRCSSI a été créé pour répondre aux besoins uniques des familles victimes de violence, combler les écarts entre les principaux prestataires de services et, en fin de compte, offrir une perspective culturelle qui favorise la prise en compte des contextes migratoires, culturels et religieux.
- Muslim Family Services of Ottawa est une clinique de counseling et de psychothérapie qui offre des conseils adaptés à la culture et des conseils spirituels aux Canadiennes et Canadiens musulmans.
- Nisa Homes est un ensemble de six maisons de transition situées dans différents endroits du Canada et destinées exclusivement aux femmes musulmanes immigrées et réfugiées. Elle permet aux femmes de conserver leurs liens avec leur communauté culturelle.
Retombées sur les politiques et les programmes
Cette recherche s’harmonise avec les piliers « soutenir les personnes survivantes et leurs familles » et « promouvoir des systèmes juridiques et judiciaires adaptés » de la stratégie intitulée Il est temps : Stratégie fédérale pour prévenir et contrer la violence fondée sur le sexe et du Plan d’action national pour mettre fin à la violence fondée sur le sexe.
La recherche sur la violence familiale devrait inclure une perspective collectiviste au lieu de se limiter à une compréhension individualiste de la violence familiale et de ses répercussions. Elle devrait aller au-delà de la famille nucléaire pour tenir compte de la communauté dans son ensemble. De cette façon, les programmes et politiques refléteraient les expériences et les besoins uniques de la communauté musulmane tout en ayant recours à une approche fondée sur des données probantes.
Le rapport de recherche souligne la nécessité d’offrir des services et des interventions mieux adaptés à la culture des personnes survivantes de violence familiale. Quand il s’agit d’intervenir face à la violence familiale dans la communauté musulmane, il faut tenir compte de la difficulté que représente le fait de vivre dans un système à la fois individualiste et collectiviste, ainsi que des considérations religieuses, par exemple les conséquences d’un divorce dans l’islam. Une autre considération importante pour la prestation de services culturellement adaptés mentionnée dans le rapport est l’offre d’une traduction adéquate aux personnes qui ne parlent ni l’anglais ni le français. Lorsqu’un service d’interprétation est requis, il est important de tenir compte de la vie privée de la personne survivante et de discuter avec elle du choix de la personne qui traduira. Par exemple, pour garantir l’anonymat, beaucoup de gens voudront que l’interprète leur soit inconnu.
Pour que les services soient culturellement adaptés et accessibles, les avocates ou avocats et les prestataires de services doivent pratiquer l’humilité culturelle en s’abstenant de juger, en remettant en question leurs préjugés et en étant ouverts à la culture et au vécu de leur clientèle. L’humilité culturelle fait en sorte que les services offerts sont plus respectueux des diverses perspectives culturelles et religieuses.