Rien n’est impossible : le colonel honoraire de l’ARC Jim Kyte
Article de nouvelles / Le 15 mars 2019
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Par Jason Friesen et Annie Chipman
Les contraintes n’ont jamais constitué un obstacle pour Jim Kyte, colonel honoraire de l’Aviation royale canadienne.
Lorsqu’il a commencé sa carrière dans le hockey professionnel dans les Jets de Winnipeg en 1982, il est devenu la première personne considérée comme sourde au sens de la loi à jouer dans la Ligue nationale de hockey (LNH). Sa carrière de joueur au style robuste l’a mené à Calgary, en Alberta, dans sa ville natale d’Ottawa, en Ontario, et à San Jose, en Californie, pendant près de 600 parties de saison dans la LNH.
Plutôt que concevoir sa surdité comme un handicap, M. Kyte y a vu une occasion d’étudier le jeu plus à fond. Il a mémorisé les systèmes de jeu et peaufiné son analyse de la situation sur la patinoire afin d’être un joueur efficace. Bien que cette façon de faire lui demandait une concentration constante et des heures supplémentaires à la patinoire pour trouver des moyens de s’adapter, M. Kyte a toujours été à la hauteur de la tâche. « Lorsqu’il faut récupérer la rondelle dans sa propre zone, les défenseurs qui ont une ouïe normale peuvent entendre les patins des joueurs qui arrivent derrière eux pour juger où ils se trouvent, dit-il. Comme je n’avais pas ce luxe, je jetais un coup d’œil à la baie vitrée pour voir le reflet des joueurs qui arrivaient derrière moi. »
Cette technique, en plus de constamment chercher à voir où se trouvaient les cinq joueurs de l’équipe adverse, ne sont que deux des nombreuses façons de s’adapter que M. Kyte a dû trouver sur la patinoire pour être un joueur efficace.
En 1997, M. Kyte a dû s’adapter encore plus après avoir été pris de court par une autre situation : un accident de voiture presque fatal à Kansas City, où il jouait pour l’équipe-école des Sharks de San Jose. L’accident a entraîné une année complète de convalescence, en plus de provoquer des symptômes de commotion cérébrale qui ont forcé M. Kyte à abandonner définitivement le hockey. Encore une fois, cependant, il a refusé de jeter l’éponge.
« La vie est difficile; on doit affronter des épreuves tous les jours, déclare-t-il. Il faut travailler fort, rester optimiste et être un bon joueur d’équipe, car on ne peut rien accomplir dans ce monde sans l’aide d’autres personnes en cours de route. Et il faut de la persévérance. Il y aura toujours des détracteurs qui vous diront ce que vous pouvez ou ne pouvez pas faire. Vous devez donc croire en vous-même. »
Après l’accident, M. Kyte est passé du monde du hockey au milieu universitaire. En 2007, il a obtenu sa maîtrise en administration des affaires de l’Université Royal Roads, à Victoria, en Colombie-Britannique, où il a terminé premier de sa promotion; aujourd’hui, il occupe la fonction de doyen du programme d’accueil et de tourisme du Collège Algonquin, à Ottawa. Selon lui, c’est grâce à son expérience du hockey qu'il a appris à persévérer.
« S’il y a une chose qu’on apprend dans la Ligue nationale de hockey, c’est que, tous les jours, la lutte est à refaire, dit-il. Le passé ne compte pas. Vous devez être à la hauteur tous les jours, car quelqu’un qui aspire à se joindre à la LNH attend que vous baissiez la garde pour pouvoir prendre votre place. La même chose se produit dans le milieu des affaires. Vous devez aller au boulot, demeurer optimiste, accomplir votre travail, faire preuve d’intelligence et vous instruire. Vous n’avez pas besoin d’être un génie, mais je pense qu’adopter la bonne attitude est un excellent gage de succès. »
Il semble toutefois que ce que M. Kyte a fait dans le passé compte après tout, puisque le Temple de la renommée du sport d’Ottawa l’a accueilli en 2018. « Beaucoup de joueurs que j’admirais en grandissant se trouvent déjà au Temple de la renommée, comme Doug Wilson et Denis Potvin, dit-il. C’est agréable d’entrer au panthéon et d’avoir la reconnaissance de sa collectivité. C’est déjà un honneur qu’on envisage de vous y recevoir, alors vous pouvez vous imaginer à quel point il est remarquable d’y être intronisé. »
Même si à elles seules, ses qualités de joueur ont suffi à lui valoir une place au Temple de la renommée, ses réalisations au service de la collectivité le placent en tête de liste. Lui et les membres de sa famille, dont bon nombre souffrent également de déficiences auditives, participent depuis longtemps aux activités du programme canadien de hockey pour les sourds. En février 2018, M. Kyte, ses frères John, Robert et Frayne, ses nièces Abigail et Emma, ainsi que ses neveux Sean, Thomas et Johnny, ont tous participé aux Jeux des Sourds du Canada, ce qui a permis de ramener la famille à Winnipeg, où la carrière de M. Kyte dans la LNH a commencé. La famille a formé l’équipe Kyte dans l’épreuve de hockey et elle a remporté la médaille d’or.
Le travail de M. Kyte fera l’objet d’un autre hommage cette année. DASCH, un organisme sans but lucratif de Winnipeg qui offre des possibilités, des mesures de soutien et des milieux permettant aux personnes ayant une déficience intellectuelle de réaliser leur plein potentiel, envisage de rendre hommage à M. Kyte lors de son gala Possibilities de 2019.
M. Kyte se dit ravi d’avoir été nommé colonel honoraire de l’Aviation royale du Canada en novembre 2017. Il occupe ce poste dans le 76e Régiment des communications, à Ottawa, en Ontario. Ses deux grands-pères ayant servi pendant la Grande Guerre, un grand-père et deux oncles ayant servi pendant la Seconde Guerre mondiale, son père s’étant enrôlé dans la marine marchande canadienne et son beau-père ayant servi comme pilote d’hélicoptère de l’ARC pendant la guerre de Corée, il a ainsi la chance de suivre leurs traces.
« C’est un grand honneur qu'on m'invite à représenter mon pays, dit-il. Je ne pourrais pas m’engager dans l’armée à cause de mes déficiences auditives, mais c’est un petit rôle que je peux jouer. » En ce qui a trait au choix du service des Forces armées canadiennes auquel se joindre, M. Kyte dit avoir eu du mal à prendre une décision. Mais, comme il a endossé pendant tant d’années le chandail des Jets, il semblait tout indiqué de porter l’uniforme bleu de l’Aviation royale canadienne. Même si M. Kyte ne montera pas vraiment à bord d’un avion de chasse, il semble que, quoi qu’il arrive, rien n’est impossible pour lui.
Note de la rédaction : Le 76e Régiment des communications, qui fait partie du 7e Groupe des communications, est issu de la fusion en mai 2016 du Groupe de services partagés des Forces canadiennes et du 76e Groupe des communications.
Jason Friesen et Annie Chipman travaillent pour WinnipegJets.com. Les Jets de Winnipeg ont autorisé la traduction et la reproduction de l’article précédent.