Un adieu chaleureux au Sea King
Article de nouvelles / Le 28 novembre 2018
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Par Peter Mallett
Lorsque les derniers hélicoptères Sea King de l’Aviation royale canadienne seront retirés du service, le major à la retraite Paul O’Reilly confie que ce sera comme perdre un ami proche.
C’est parce que le militaire a passé une grande partie des 34 années de sa carrière à piloter l’hélicoptère amphibie biturbine de Sikorsky de l’époque de la Guerre froide, dont le Canada a acheté son premier modèle le 24 mai 1963, à bord des navires de guerre de la Marine royale canadienne et ailleurs.
Le major O’Reilly, âgé de 71 ans, croit que dire au revoir à l’hélicoptère lui fera verser des larmes. « Je ne pourrai faire autrement qu’avoir les yeux pleins d’eau. » Selon lui, tout pilote qui a utilisé un aéronef finit par s’y attacher au fil des ans, et le reconnaîtra toujours d’un seul coup d’œil.
Aujourd’hui, le major O'Reilly passe deux jours par semaine à faire du bénévolat au musée maritime et militaire de la base des Forces canadiennes Esquimalt. Féru d’histoire militaire, il figure parmi les fondateurs du groupe Vimy Flight, qui, en 2017, a apporté des répliques d’aéronefs de la Première Guerre mondiale à la cérémonie du 100e anniversaire de Vimy, en France.
Son amour pour l’histoire et le fait d’y avoir participé lui-même, lui donne un point de vue intéressant sur le Sea King.
En 1987, le major O’Reilly était pilote à bord du navire canadien de Sa Majesté Huron, pendant que celui-ci traversait le Canal de Panama en provenance de la 12e Escadre Shearwater, en Nouvelle-Écosse, pour se rendre à Esquimalt, port de la Colombie-Britannique, ayant à son bord deux Sea King. Il s’agissait des deux premiers hélicoptères qui arrivaient sur la côte ouest du Canada pour y effectuer des opérations maritimes.
« Je suis surpris qu’ils soient encore ici, dit-il. Lorsque je suis arrivé sur la côte ouest avec les premiers Sea King, nous pensions que ces aéronefs allaient durer trois ou quatre ans et qu’ils allaient être remplacés par un hélicoptère nouveau et plus moderne. »
Mais, aucun remplacement rapide n’a eu lieu au Canada et les décennies se sont succédé.
« Les mises à niveau technologiques continues leur ont permis de toujours faire le travail; voilà l’une des raisons pour lesquelles ils ont duré aussi longtemps. Pourquoi changer d’aéronef et en acheter un nouveau lorsque celui que vous utilisez fait tout ce que la marine lui demande de faire? »
La forme compacte du Sea King, combinée au rotor à pales et à la poutre-fuselage repliables, lui permettait de se loger parfaitement dans le hangar d’un navire de guerre après son atterrissage sur le pont, et grâce à sa coque amphibie, il pouvait réaliser des amerrissages d’urgences.
« Ils permettaient d’accomplir le travail parce qu’ils étaient manœuvrables, explique le major O’Reilly. Le pont d’envol de la plupart des navires mesurait environ 14,6 m sur 23,8 m, donc la plus grande difficulté pour le Sea King, ainsi que les autres hélicoptères de cette taille, était d’atterrir pendant que le navire montait et descendait sur l’eau, particulièrement dans des eaux agitées. Votre approche devait être parfaite pour que l’équipage du navire puisse accrocher l’hélicoptère à l’aide du dispositif Beartrap. »
Une invention canadienne, le mécanisme d’appontage Beartrap fonctionne à l’aide d’un câble et d’une sonde qui descend de l’hélicoptère jusqu’au pont. Une fois la sonde attachée au navire, le Beartrap fait descendre l’hélicoptère au moyen d’un treuil afin que celui-ci repose de façon solide et sécuritaire sur le pont.
« La Marine royale canadienne était à l’avant-garde en ce qui concerne l’arrimage de gros hélicoptères à bord de petits navires, poursuit le major O’Reilly, et ces appareils étaient beaucoup plus efficaces que les hélicoptères plus petits, parce qu’ils pouvaient voler plus longtemps, ils pouvaient transporter plus de provisions, et ils étaient munis d’une série d’équipement de détection plus avancé. »
Mais l’arrivée de nouveaux hélicoptères dotés de la technologie moderne a graduellement éclipsé leur utilité. De nos jours, très peu de pays utilisent encore les Sea King, dont le Royaume-Uni, qui a dit adieu à ses derniers Sea King en 2016, et les États-Unis, qui les ont remplacés il y a douze ans.
« La raison principale pour laquelle l’hélicoptère est retiré du service, conclut M. O’Reilly, est que personne ne fabrique plus les moteurs ou les pièces de rechange, ce qui rend les réparations presque impossibles. »
L’année 2018 marque le remplacement des Sea King par les CH-148 Cyclone, qui entreront progressivement en service. Le major O’Reilly conseille à la prochaine génération d’aviateurs qui se préparent à monter à bord des cabines de pilotage du nouveau Cyclone de « s’attendre à l’inattendu », comme pour toute nouvelle technologie. « Mais j’ai l’impression que cet appareil pourra également résister à l’épreuve du temps. »
Peter Mallett est rédacteur attitré du journal Lookout à la BFC Esquimalt, en Colombie-Britannique.