La santé mentale : le chemin du rétablissement est rarement droit

Article de nouvelles / Le 28 janvier 2021

Cliquez sur la photo sous la rubrique « Galerie d'images » pour l’agrandir.

Par la capitaine Bettina McCulloch-Drake

Si vous avez déjà touché le fond, vous saurez normalement le moment et l’endroit où c’est arrivé.

Pour ma part, c’était par une journée chaude de la fin du mois de mai 2018. La pensée de mettre fin à tout m’a traversé l’esprit, puis s’est ancrée fermement dans ma conscience. Ma situation se détériorait depuis un certain temps, c’est vrai, mais, ce jour-là, les mots que j’ai balbutiés ont signalé à mon mari que je ne me sentais pas bien du tout et que l’aide qu’il pouvait m’apporter ne suffisait plus.

Je détestais l’idée à l’époque, mais mon séjour en psychiatrie dans un hôpital de Winnipeg s’est sans doute révélé la meilleure chose qui aurait pu m’arriver. Après tout, c’est dans cet hôpital que j’ai finalement pu voir le chemin que j’allais devoir parcourir.

Pourtant, le chemin du rétablissement est rarement droit.

Il y a des jours où nous nous sentons invincibles. Ces jours-là, nous nous sentons forts et nous pouvons accomplir ce que nous souhaitons. Par contre, il y a ces jours où nous avons l’impression de ne rien pouvoir accomplir de bon. Ces jours-là, nous oublions tout le progrès que nous avons accompli. Nous nous accablons de tous les blâmes. Nous nous critiquons à cause de nos échecs. Et nous avons l'impression que tout est à recommencer.

Mais, vous savez quoi? C’est une étape normale de tout cheminement, qui que vous soyez.

Nous avons tendance à nous accrocher au passé et à oublier tout ce que nous avons appris en cours de route. Nous pensons au passé et pleurons la personne que nous étions lorsque nous nous sentions plus confiants, plus aptes, plus en forme, plus… tout. Laisser le deuil guider notre réflexion sur le passé ne sert qu’à alimenter notre dépression, ce qui ne nous aide en rien à vivre dans le présent.

L’astuce, c’est de ne pas nous projeter trop loin dans le futur, où nous pouvons nous égarer dans le brouillard de l’incertitude. La peur de l’inconnu commence à nourrir notre anxiété et mine notre élan vers l’avant.

Il nous faut plutôt nous concentrer sur le présent, où nous pouvons apporter le plus grand nombre de changements dans notre vie. Ici, tout kilomètre que nous parcourons nous permet de nous rapprocher un peu plus de l’endroit où nous sommes censés être. La difficulté, c’est de garder le cap peu importe les intempéries. Et des intempéries, vous devrez en braver.

Bien que j’aie encore beaucoup de chemin à faire, j’espère que vous parler de certaines choses que j’ai apprises vous permettra d’éviter certains écueils lors de votre parcours.

Nous sommes tous des individus à part entière, bien entendu, mais nous sommes loin d’être uniques : quelqu’un nous a forcément précédés.

Le premier piège dans lequel donnent beaucoup d’entre nous, c’est celui de penser que personne d’autre qu'eux ne vit leur situation. Par exemple, lorsque j’ai fait ma fausse-couche en octobre 2014, je ne savais pas combien fréquent était ce type d'accident pendant le deuxième trimestre. Rien n’aurait probablement pu me préparer à la peine et à la culpabilité écrasantes que j’ai ressenties, mais il se peut néanmoins que parler à d’autres femmes qui avaient vécu une telle expérience aurait pu m’aider, idem pour ma lutte contre la dépression post-partum et l’anxiété en 2017.

Surmonter cette épreuve nécessite une quantité incroyable d’énergie. Combien de gens que vous connaissez se sentent à l’aise de parler de leur souffrance à d’autres? Je sais que moi, je ne l’étais pas. Je ne voulais pas devenir un fardeau pour qui que ce soit, encore moins pour mes proches.

Toutefois, si nous refusons de parler de ce que nous ressentons, nous nous isolons davantage et refoulons notre souffrance.

Ne croyez pas que vous devez attendre jusqu’en janvier, lorsque la campagne Bell Cause pour la cause bat son plein; parlez à quelqu’un quand vous en ressentez le besoin. Si vous n’êtes pas à l’aise d’en parler à un ami, à un pair ou à un membre de votre famille, je vous recommande fortement de vous adresser à quelqu’un qui pratique une profession médicale comme un infirmier ou un travailleur social. Si vous faites partie d’un groupe confessionnel, le dirigeant de ce groupe peut vous offrir une écoute objective afin d’amorcer ces conversations difficiles. Pour ma part, je ne saurais exagérer l’importance des aumôniers militaires dans notre collectivité. Vous trouverez aussi différents groupes de soutien dont la vocation consiste à aider les gens à composer avec toutes sortes de choses, dont les dépendances et les troubles de l’humeur.

Vous connaissez l’expression « rivaliser avec ses voisins »?

Non? C’est une expression qui correspond à notre besoin de comparer notre vie à celle des autres en tentant d’imiter leur succès. Bien entendu, un peu de compétition n’est pas forcément une mauvaise chose, mais nous risquons de nous engager dans un cercle vicieux où nous nous dévalorisons en nous comparant à ce que nous étions dans le passé ou à d’autres gens.

Regardez-vous dans le miroir. Qu’est-ce que vous voyez?

Moi, je vois une femme ménopausée qui amorcera sa cinquantaine l’an prochain. Trapue et ne mesurant que 152 centimètres, elle a environ quatorze kilogrammes de poids en trop.

Oh, là! Voilà une autocritique sévère. Ça, c’est mon combat. Et vous, quel est le vôtre?

Nous comparer aux autres est beaucoup plus facile grâce à notre accès aux médias de masse et, plus récemment, au cours des dernières décennies, à Internet. Il est facile de voir comment les autres sont de meilleurs parents que moi. Qui peut réussir à garder sa maison propre, faire l’école à la maison, occuper un emploi à plein temps et avoir du temps à consacrer à son ou à sa conjointe? Tout le monde, il me semble. Donc, pourquoi en suis-je, moi, apparemment incapable? Me voilà encore en train d’exercer de la pression sur moi-même (et sur mes proches) afin de rivaliser avec mes voisins.

Nous pouvons surmonter cette épreuve, mais non sans déployer des efforts. Pour y arriver, nous devons remettre en question nos pensées négatives en leur opposant des arguments constructifs. Il s’agit d’une des pierres angulaires des thérapies cognitivo-comportementale et comportementale dialectique : pour améliorer notre santé mentale, il nous faut modifier, petit à petit, notre façon de penser.

N’oubliez pas de faire preuve de patience et d’indulgence envers vous-même. J’admets qu’il s’agit d’un problème auquel je continue à me heurter parce que, après tout, je suis ma pire critique.

Il est vrai qu’agir semble logique, mais la dépression et l’anxiété rendent cette option difficile. La dépression vous prive de toute joie de vivre, sapant votre énergie et votre motivation. L’anxiété, quant à elle, vous paralyse; elle vous incite à vous protéger contre toute chose qui risque de perturber le peu de confort que vous avez réussi à trouver en évitant les situations qui risqueraient d’entraîner chez vous une réaction de fuite.

Dans les pires moments de ma dépression, sortir du lit et m’acquitter des tâches les plus simples (p. ex., manger et me laver) nécessitaient un effort herculéen. Si, avant, je jouais un rôle actif dans ma collectivité (p. ex., je chantais dans le chœur du Centre de ressources pour les familles des militaires de Winnipeg et j'étais chef d’une troupe de Guides du Canada dans ma région), j’ai bientôt tout abandonné les activités qui, déjà, m’apportait de la joie. Mon travail à titre d’officière d’affaires publiques a été la seule source de distraction qui m’a permis de continuer à bouger pendant un bon moment, mais on m'a privé de cela aussi, parce que des gens bien intentionnés m'ont dit de prendre congé pour me rétablir. J’avais l’impression que ma vie s'était arrêtée.

Seule une bonne combinaison de médicaments et de thérapie m’a permis de reprendre mes activités. Et, bien que quelques semaines se soient écoulées avant que je ne trouve les bons médicaments et la bonne dose, j’ai découvert la seconde clé de mon chemin vers le rétablissement.

En m’opposant à la voix intérieure qui me disait que je n’avais pas suffisamment d’énergie pour faire des activités ou que je n’avais pas le goût de faire telle ou telle chose, j’ai percé le secret de l’activation comportementale. Après tout, un objet en mouvement demeure en mouvement, non?

Le chemin à parcourir vous semblera sans doute long et semé d’embûches, mais vous finirez par découvrir et suivre votre propre itinéraire vers le rétablissement. Accordez-vous une chance et n’oubliez pas de faire des arrêts en cours de route afin de faire le plein et de vous ressourcer. Après tout, la vie, c’est comme un chemin qui s'étire devant nous.

Détails de la page

2021-02-22