J’aime à penser que j’ai fait une différence

Article de nouvelles / Le 27 janvier 2022

Emily Lindahl, DAP Air

Les membres de l’Aviation royale canadienne (ARC) partent en déploiements aux quatre coins du monde, déploiements dans le cadre desquels ils sont souvent appelés à travailler avec des militaires étrangers pour assurer la sécurité du Canada et de ses alliés. Ils apprennent les pratiques exemplaires, découvrent la culture locale et s’intègrent dans leur communauté temporaire. Trouver un moyen de s’impliquer, de redonner, peut grandement contribuer à leur succès.

Pour le major Bob Mitchell, redonner à sa communauté signifie servir en tant que pompier volontaire en Nouvelle-Zélande. Officier de systèmes de combat aérien (OSCA), il est actuellement en affectation à titre d’officier prêté par l’ARC, au quartier général de la Force de défense néo-zélandaise (NZDF), à Wellington, en Nouvelle-Zélande.

« J’aime à penser que j’ai toujours eu le désir d’aider les personnes dans le besoin, et être pompier volontaire donne l’occasion d’aider la communauté », a-t-il affirmé. « Le métier de pompier exige également de travailler en équipe; il faut travailler ensemble pour effectuer la tâche à accomplir. »

Le major Mitchell rêvait d’être pompier lorsqu’il était enfant et fait remarquer que cette profession est une affaire de famille, son grand-père et son oncle ayant tous deux été pompiers volontaires à Twillingate, sa ville natale, située à Terre-Neuve-et-Labrador.

Il était lui-même pompier volontaire bien avant que sa carrière ne l’emmène en Nouvelle-Zélande. Mais une fois là-bas, il a rejoint les services d’incendies à la fin 2018, vers la fin de son cours avancé de commandement et d’état-major. Il est maintenant chef de caserne (station officer) au sein du corps de pompiers volontaires de Porirua et est l’une des quatre personnes du corps de pompiers qui peuvent conduire et faire fonctionner des engins d’incendie en cas d’urgence.

« Soyons honnêtes », a déclaré le major Mitchell le sourire aux lèvres. « Qui ne voudrait pas conduire un gros camion de pompiers en ville, tous feux clignotants et toutes sirènes hurlantes? C’est très amusant et parfois, c’est comme retourner en enfance. »

Le major Mitchell, qui a grandi dans une région rurale de Terre-Neuve, a vu l’idée de se joindre à l’ARC commencer à germer dans son esprit à l’âge de 17 ans, dès la fin de ses études secondaires. Il avait entendu des histoires sur des missions de sauvetage réalisées dans la province et en mer par le 103e Escadron de recherche et sauvetage, basé à Gander, à Terre-Neuve-et-Labrador, et il se sentait attiré par l’idée de consacrer une carrière au service des personnes dans le besoin. Avoir eu l’occasion de voler avec les « exilés » de 1999 à 2001 dans le cadre d’une formation en cours d’emploi d’été demeure l’un des moments forts et des plus beaux souvenirs de sa carrière militaire.

Interrogé sur des moments singuliers de sa carrière, le major Mitchell explique que la chose la plus inattendue qui lui soit arrivée était d’avoir été frappé par la foudre à plusieurs reprises à bord du CP-140 Aurora. Il souligne qu’il a mené des opérations et des exercices partout dans le monde, du pôle Nord géographique à l’Australie, et qu’il a participé à trois déploiements à l’occasion de l’opération IMPACT et de l’opération SAIPH, y compris une affectation de cinq mois au sein de la Royal Navy dans le but d’effectuer des opérations antipiraterie au large des côtes africaines, en 2010.

En tant qu’OSCA, il a aidé à sauver des vies au pays dans le cadre de missions de recherche et de sauvetage et a fourni du soutien sous forme de surveillance aérienne aux troupes de la coalition dans le cadre de l’opération IMPACT. « J’aime à penser que j’ai fait une différence », indique-t-il.

Le major Mitchell se souvient d’une mission en particulier, menée en mai 2006. « Nous devions aller effectuer un exercice d’entraînement conjoint avec l’un des sous-marins de la MRC (Marine royale canadienne) au large de la côte sud de la Nouvelle-Écosse lorsque nous avons reçu un appel du Centre conjoint de coordination des opérations de sauvetage - Halifax (CCCOS) au sujet d’un bateau qui était en train de couler dans la baie de Fundy », raconte-t-il.

L’équipage est rapidement passé d’un exercice de guerre anti-sous-marine (GASM) à une intervention de recherche et de sauvetage (SAR) réelle. Il a rapidement traversé la province vers le nord tout en essayant de préparer l’intervention avec le CCCOS et d’autres bateaux de pêche présents dans la région. Grâce à la multitude de capteurs présents à bord du CP-140 Aurora, l’équipage a pu localiser les trois pêcheurs du bateau de pêche Never Enough. Leur bateau ayant coulé trop rapidement, les pêcheurs avaient sauté à l’eau et n’avaient pas été en mesure de monter dans leur radeau de sauvetage.

L’équipage de l’Aurora a largué des marqueurs fumigènes dans l’eau pour marquer l’emplacement des survivants et un autre bateau de pêche est venu sortir ces derniers de l’eau. Il n’a fallu que 45 minutes entre le moment où l’appel du CCCOS a été reçu et le moment où les pêcheurs ont été repêchés. Le sauvetage terminé, l’équipage est retourné en mer pour aller terminer l’exercice de GASM avec la Marine.

« Ce fut une démonstration épatante de la souplesse de l’ARC ainsi que du CP-140 Aurora et de son équipage », a-t-il déclaré. « C’est probablement l’une de mes missions les plus mémorables, et l’image de l’équipage du bateau nous faisant des signes de la main une fois en sécurité hors de l’eau restera à jamais gravée dans mon esprit. »

La prochaine histoire du major Mitchell a fait la une des journaux nationaux en Nouvelle-Zélande. Le 11 juillet 2021, une jeune orque s’est échouée sur des rochers acérés dans le village de Plimmerton. La nouvelle de la baleine qui s’était échouée s’est rapidement répandue dans la communauté, et le major Mitchell et son épouse se sont rendus sur les lieux pour apporter leur aide. Le major Mitchell a commencé à aider le corps de pompiers volontaires de Plimmerton et la police néo-zélandaise à retirer la baleine échouée des rochers.

On est parvenu à renflouer la baleine, mais comme elle était trop épuisée pour nager, elle s’est immédiatement échouée à nouveau. Des experts en sauvetage de baleines ont alors indiqué, par téléphone, que l’équipe devrait retirer la baleine de la plage et l’amener au club nautique local, où elle pourrait être examinée.

Compte tenu de l’urgence de la situation, on a construit un enclos temporaire à la hâte pour contenir la baleine le temps que des chercheurs, des vétérinaires et des responsables du ministère de la Conservation élaborent un plan pour la relâcher. Le jeune animal avait besoin d’un soutien 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et sans qu’on le leur demande, de nombreux membres de la communauté se sont rendus sur les lieux pour aller rejoindre l’orque dans l’eau afin de l’empêcher de heurter les côtés de l’enclos et de la réconforter.

« Ma femme et moi avons effectué un quart de trois heures le soir du 13 juillet, puis je suis retourné seul pour effectuer un autre quart de trois heures le lendemain », a affirmé le major Mitchell. « L’hypothermie était une préoccupation majeure et nous avons découvert que les bénévoles ne voulaient pas sortir de l’eau et qu’il fallait parfois leur en donner l’ordre pour qu’ils en sortent. »

La communauté a nommé la baleine Toa, ce qui signifie courageux en maori de la Nouvelle-Zélande, et ce qui devait être un événement de 24 à 48 heures a duré près de deux semaines. La baleine étant si jeune (entre deux et quatre mois), on ne pouvait pas la relâcher tant qu’on n’avait pas retrouvé son banc, une tâche qui était devenue difficile en raison des fortes tempêtes qui faisaient rage dans l’ensemble de la région. Cependant, le public n’a pas cessé ses recherches. Des pilotes privés ont investi le ciel et des marins l’océan à la recherche de la famille de Toa.

Malheureusement, l’état de santé de Toa s’est détérioré le soir du 23 juillet et le jeune animal est décédé.

Le major Mitchell a fait part de ses sentiments : « Ce fut une perte dévastatrice, car nous avions été si nombreux à déployer, pendant treize jours, des efforts incroyables pour essayer de réunir la baleine et sa famille. En fait, les aînés maoris locaux ont enterré la baleine sur une terre sacrée dans le cadre d’une cérémonie de l’aube à laquelle ont assisté plus de 60 personnes. Bien que l’événement ait abouti à une triste fin, il a donné suite à une démonstration éloquente du pouvoir du nombre et de l’esprit de communauté et je suis heureux d’avoir contribué aux efforts déployés en ce sens. »

Poursuivant son travail au sein de la NZDF, le major Mitchell est fier d’être membre de sa communauté... et l’ARC est fière de le compter parmi ses membres.

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2022-01-27